‹ Paris sous la commune--18 mars au 28 mai--Chapitre 57 sur 124 · TRES · texte numérisé non relu

TRES

La Commune se transportera, aussitôt que possible, dans un local convenable, et admettra le public à ses séances. Les citoyens Billioray et Courbet sont chargés de trouver ledit local et de le proposer à la Commune.

Cet aussitôt que possible n’est jamais arrivé!

L'enseignement. — Si la Commune a de l'argent pour payer ses gardes nationaux, elle n’en à guère pour le paiement des instituteurs et des institutrices. IL est vrai que cette profession lui est moins utile pour le moment que celle d'artilleur. Ce sont les municipalités qui sont chargées du soin de rétribuer les instituteurs.

Rüipports nulitaires. —- 1/Officiel continue à publier des rapports qui sont la joie des gardes nationaux sédentaires et la tranquillité de leur famille :

ASNIÈRES. — Deux heures. — Combat vif, ennemi re-

‘poussé.

NEUILLY. — Quatre heures. — Combat d'artillerie ; excellent succès pour les fédérés.

VANvES, Issy. — Trois heures. — Bombardement jus-

qu’à huit heures. Ruraux repoussés vigoureusement. MoxTROUGE, BICÈTRE. — Attaque versaillaise côté Bagneux ; ennemi repoussé.

Le Moulin-Saquet. — Pendant que la population parisienne lit ces dépêches, les Versaillais s'emparent

du Moulin-Saquet, redoute située à l'extrémité sudest du plateau de Villejuif, et dominant toute la plaine jusqu’à la Seine.

D'après les journaux de Versailles, cette affaire est due à l’intelligence du général Lacretelle et à la bravoure de ses troupes; d’après les journaux de la Commune, comme tous les échecs qu’elle a subis, elle est le résultat d’une trahison (1).

Toujours est-1l que les Versaillais, après avoir oe-

cupé le Moulin-Saquet, l’abandonnent par la raison.

que ce n'est pas une position tenable lorsque l’on n'est pas maitre des forts, ce qui permet aux fédérés de le réoccuper avec le 133< bataillon, dNRRENES Quiniou.

Cette affaire a coûté à la Commune deux cents

hommes tués et trois cents prisonniers appartenant

aux 90€, 20e et 177€ bataillons, plus dix canons. La vérité sur ce fait militaire, si tant est qu’on

peut la débrouiller, serait que des gardes nationaux” en hbations dans le village de Vitry auraient livré les

mot d'ordre qui, rapporté au capitaine du 74e d’infanterie, lui suggéra l'idée de surprendre, la nuit, la garnison de la redoute; cela réussit on ne peut mieux. |

De ce Jour, le colonel Rossel commence à être mis

(1) Voir à la note K les versions diverses dé l'affaire du Moulin: Saquet.

Se AO en suspicion par le Gomité central de la garde nationale, qui voyait avec déplaisir s’accroitre l'autorité du délégué à la guerre.

Rossel prend les devants. — Est-ce habileté? Est-ce eflet du hasard? Est-ce sincérité? Mais Rossel, le même jour de la prise du Moulin-Saquet, va, à cinq heures du soir, à la Commune dénoncer des ordres donnés par le Comité de salut public à des généraux et des officiers sous son commandement, afin de dégager sa responsabilité des conséquences qui pourraient en résulter.

. En même temps parait une lettre adressée au Times dans laquelle Rossel se défend d’avoir demandé un grade à M. Thiers.

Rossel à la Commune. — La Commune tenait sa séance en comité secret lorsque Rossel se présente. Admis à l'honneur de pénétrer dans le secret des dieux, il est soumis à un interrogatoire sévère, et, entre autres choses, on lui demande quels sont les motifs de son organisation de la garde nationale par régiment.

IL répond que la formation par régiment n’est nullement mcompatible avec l’organisation par légion. La légion est une unité politique et administrative, correspondant à l’arrondissement. Ce n’est pas une unité tactique, et la preuve, c'est qu'il y a dans Pa-

ris une légion composée de sept bataillons et une autre composée de vinet-huit bataillons. I a eu simplement en vue, en ordonnant la formation de régiments, le groupement d’un petit nombre de bataillons appartenant à la même légion, et formant ainsi, sous le nom de régiment ou demi-brigade, de véritables unités tactiques.

Malgré les bonnes raisons données par le citoven Rossel, cette organisation ne s’est jamais effectuée.

Un odieux ubus. —— Ainsi commence un avis du ministère de la guerre, qui dénonce un trafie qu’on ne comprend guère, puisque les habillements et les équipements sont fournis par la Commune :

Un abus odieux, qui est un vol à la nation, a lieu trop souvent dans la cité.

Des hommes indignes du nom de gardes nationaux revendent, à des complices plus coupables encore, les équipements et les habits qui sont la proprièté du peuple,

Nous avertissons ces effrontés trafiquants que leurs marchés sont nuls et non avenus, et que ceux qui s’y livrent s’exposent non seulement à voir saisir les objets illégalement achetés, mais à être poursuivis selon toute la rigueur des lois.

Les municipalités, les chefs de légion et de bataillon sont chargés dé l'exécution du présent arrêté.

Les postes. — Les bureaux de tabac doivent se trouver en mesure de fournir à première réquisition es timbres-postes de un à vingt centimes.

Association de la. défense communale, — Félix Pvat fait un rêve dans lequel il voit assuré le salut de la Commune. C'est la fusion des sociétés républicaines :

L'alliunce républicaine, président Ledru-Rollin.

L'union républicaine, président Dupont de Pussae.

Les défenseurs de la République, pr ésident Baveux- Dumesnil.

Le Conaté des vingt urrondissements, président Briosne. |

Le Comité central de lu fédération de lu qurde nationale, en une vaste association dite Association de la défense communale.

Malgré toute l'envie du citoven Pvat de voir réussir ce projet, cette fusion, dont la Commune eût certainement profité, n'eut pas lieu.

Nous dirons au lecteur que parmi ces sociétés, celle du Comité des vingt arrondissements existait depuis le » septembre 1870. Elle à fait le 31 octobre, l'affiche rouge le 22 janvier. Beaucoup des membres du Comité central de lHôtel-de-Ville et de ceux de la Commune de Paris en ont fait partie.

Autre association. — L'appel suivant est fait par les soins de la Commune, qui partout cherche des par- LiSans :

Tous les BB.:. CC.:. FF.+, CHARB.…. des deux hémis-

phères, présents à Paris, sont invités à assister à la réunion

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qui aura lieu jeudi 4 mai, à sept heures et demie du soir, à l’école communale, 14, rue Volta.

Ordre du jour :

Des voies et moyens pour faire cesser la guerre civile.

Défense intérieure. — Les barricades se construisent avec ardeur. On ouvre une tranchée de la rue Pujet jusqu’au-delà du Bal de lu reine Blanche. La barricade qui s’élèvera derrière cette tranchée commandera la rue Fontaine, la rue Blanche et la rue de Bruxelles.

Au rond-point d’Eylau, on installe une batterie qui aura pour objectif le Mont-Valérien.

Encore un innocent. — Le colonel Boursier, marchand de vins, commandant la {re légion, est arrêté et emprisonné, et il ne connait les causes de son arrestation que par le Rappel, auquel il adresse la lettre suivante :

De la prison militaire du Cherche-Midi, 4 mai 1871.

Citoyen rédacteur du Rappel,

J'apprends ce matin, par la voie de votre estimable journal, la cause de mon arrestation ; je l’ignorais. Je suis donc très-heureux qu’un peu de lumière se soit faite sur ma situation.

Ainsi, je suis accusé d’avoir fait évacuer le palais National par un bataillon de ma légion (le 196-) et d’avoir conduit ce bataillon à la caserne ci-devant Napoléon.

Je suis stupéfait que le Comité de salut public ait pu, sans autre forme de procès, mettre la min, sans lui demander la moindre explication, sur un des plus dévoués serviteurs de la Commune, sur un des hommes du 18 mars, qui, descendu de l’Hôtel-de-Ville le 26, suivant sa promesse au peuple de Paris, n’a cessé de donner le concours le plus absolu, le dévoûment le plus entier à la Commune de Paris, émanation de la plus belle révolution dont la population parisienne puisse se glorifier,

Il est très-vrai que j'ai donné l’ordre aux compagnies de marche du 1969 bataillon d'aller occuper cette caserne ; mais cet ordre, je l'avais reçu moi-même, et par deux fois, de l'autorité directe, c’est à dire de la délégation à la guerre.

J'espère donc qu'il n’y a qu’un malentendu, et que mes amis qui m'ont ainsi fait arrèter regretteront la mesure prise à mon égard.

Je vous salue fraternellement.

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