‹ Paris sous la commune--18 mars au 28 mai--Chapitre 69 sur 124 · F LA · texte numérisé non relu

F LA

cénérale.

Paris, le 27 floréal an 79.

Le Comité de salut public.

Détail curieux : presque toutes les pendules du quartier avoisinant la cartoucherie se sont arrêtées à six heures moins dix minutes.

L'élat-major communal. — Pendant que les fédérés sont sur les remparts, les officiers d'état-major mènent une si agréable vie, que l'Officiel est obligé de la signaler dans une note de la facon suivante :

Des officiers d'état-major de la garde natiouale, qui manquaient à leur service pour lanqueter avec des filles de mauvaise vie chez le restaurateur Peters, ont été arrétés avant-hier, par ordre du Comité de salut public. Ils ont

été dirigés sur Bicêtre avec des pelles et des pioches pour

le service des tranchées, Les femmes ont été envoyées à Saint-Lazare pour confectionner des sacs à terre.

Ces petites orgies amènent les rigueurs de la Commune sur le café Peters, dont la fermeture est ordonnce.

La Commune en séance. —— La Commune, se trouvant sans doute bien de ladoption des mesures qni rappellent 93, veut persévérer dans la même voie, et

elle songe à de seconds massacres de septembre. Le

citoyen Urbain communique un rapport d’un lieute-

RRra es

nant Butin, de la 3° compagnie du 105€ bataillon, dénoncçant le viol et le massacre d’une ambulancière par les Versaillais, et demande, en compensation, que dix des ôtages de P'Hôtel-de-Ville soient fusillés dans les vingt-quatre heures. Cette sinistre proposition est appuyée par le citoyen J.-B. Clément.

Le citoyen Raoul Rigault veut qu'on réponde aux assassinats des Versaillais en frappant les coupables et non les premiers venus. « J'aimerais mieux, dit-il, laisser échapper des coupables que de frapper un innocent! » Que n’a-t-1l fait ce qu'il disait! M. Chaudey vivrait encore!

Le citoyen Protot veut que les choses suivent le cours ordinaire : les prisonniers seront jugés.

Pour en finir, la Commune adopte l’ordre du jour suivant : | « La Commune, s’en référant à son décret du 7 avri] 1871, en demande la mise à exécution immédiate. »

La séance continue par cette déclaration, en réponse à celle de la minorité :

La majorité de la Commune déclare :

4° Qu'elle est prête à oublier la conduite des membres de la minorité qui déclareront retirer leur signature du manifeste ; ;

99 Qu'elle blâme ce manifeste, et passe à l’ordre du Jour.

La séance se termine par le dépôt des propositions suivantes :

Proposition Vésinier :

4e Les titres de noblesse, armoiries, livrées, priviléges

nobiliaires et toutes les distinctions honoifiuss sont abolis.

Les pensions, rentes, apanages y afférents sont supprimés.

2° Les majorats de tous genres sont abolis; les rentes,

pensions et priviléges en dépendant sont supprimés. 30 La Légion-d’Honneur et tous les ordres honorifiques sont abolis. |

Autre proposition Vésinier :

La loi du 8 mai 4816 est rapportée; le décret du

21 mars 1803, PPT le 31 du même mois, est remis en vigueur.

Tous les enfants reconnus sont légitimes et jouiront de tous les droits des enfants légitimes.

Tous les enfants dits naturels non reconnus sont reconnus par la Commune et légitimés.

Tous les citoyens âgés de dix-huit ans ettoutes les cifoyennes âgées de seize ans qui déclareront devant lé magistrat

municipal qu'ils veulent s’unir par les liens du mariage !

seront unis, à la condition qu'ils déclareront, en outre, qu'ils ne sont pas mariés, ni parents jusqu’au degré qui, aux yeux de la loï, est un empêchement au mariage.

lis sont dispensés de toute autre formalité légale.

Leurs enfants, s’ils en ont, sur leur simple HorteRs seront reconnus tonne:

Proposition Durand :

Je propose à la Commune de décrêter qu’à l’avenir, nul

déménagement n'aura lieu qu'après avoir été surveillé à

l'emballage par un douanier ou tout autre agent de la Commune.

Proposition du conseil de la 5° légion :

Considérant que tout citoyen honnête a le droit de com-

. battre pour la liberté de son pays dans quelque camp que

le hasard l’a placé, Décrète :

Arr. 1er. — Tout citoyen qui aura pris part à la défense des libertés communales et de la République aura droit à une pension de 300 fr., dont le premier trimestre sera

payé trois mois après le jour où une victoire complète aura

été remportée par l’armée des défenseurs de la République sur celle des royalistes versaillais.

ART. 2,— Tout soldat de l’armée versaillaise, à quelque corps qu'il appartienne, venant se ranger sous la bannière de la Commune et de la République, aura droit à la même retraite.

ART. 3. — Tout citoyen de la province qui prendra les armes pour défendre la République et les institutions communales aura également droit à la même retraite.

ART. 4. — Tout officier et sous-officier de l’armée de Versailles venant défendre le drapeau de la liberté aura le droit à la retraite, proportionnellement à son grade.

Les communards, comme toujours, en élucubrant leurs propositions, se souciaient fort peu de la désorganisation qu'ils allaient apporter dans la société, si elles allaient être prises au Sérieux.

Pntervention prussienne. — Depuis le traité de paix il n’est bruit dans Paris que de l'intervention prus=« sienne dans les affaires intérieures de la France. Les journaux annoncént des concentrations de troupes allemandes dans les environs de la capitale, dont elles se rapprochent. On va jusqu'à dire que si dans trois, jours Paris ne s’est pas rendu, la Prusse imposera un vote plébiscitaire à la France, et que si Paris ne veut pas se soumettre à ce vote, les Prussiens le bombarderait sans merci. ;

Ces bruits seraient-ils devenus une réalité si Paris n'avait été aussitôt délivré? C’est ce qu’on ne peut | dire ; mais ce qu'il ya de certain, c’est que la Prusse, créancière de la France, n'aurait pas voulu laisser perdre son gage. |

Les artistes fédérés. — 1 est fait quelques nomina-" nations assez intéressantes :

Sur la proposition de la commission fédérale des artistes,

Le citoyen André Gill, dessinateur, est délégué comme administrateur provisoire du musée du Luxembourg.

Les citoyens Chapuy (Jean), sculpteur, et Gluck, peintre, lui sont adjoints pour l'assister dans ses fonctions provisoires,.

Le citoyen Oudinot (Achille), architecte et peintre, est délégué comme administrateur provisoire des musées du Louvre. |

Et les citoyens Héreau (Jules), peintre, et Dalou, sta-

gap

tuaire, lui sont adjoints pour l’assister dans ses fonctions provisoires.

Journée du 18 mai.

Encore des squelettes. — Après Picpus, Saint-Laurent; après Saint-Laurent, les Petits-Pères.

- Des squelettes ont encore été découverts dans celte dernière église. Sur cette découverte, quatre prêtres «de Notre-Dame-des-Victoires sont arrêtés.

Ces exhumations ont produit des exhalaisons tellement malsaines, que deux gardes nationaux, de faclion dans l'église, se sont évanouis, et n'ont repris

leurs sens qu'au grand air.

Craintes de la Conunune — La Commune apercevant du découragement dans les gardes nationaux ou sentant arriver sa chute, croit devoir, pour ranimer le zèle de ses soldats, publier un manifeste où, exaltant la cause pour laquelle ils combattent, elle montre la perte des républicains et de la République, s'ils hésitent ou s'ils reculent:

Aux gardes nationaux.

Vos ennemis, ne pouvant vous vaincre, voudraient vous

déshonorer. Ils vous lettent les épithètes de brigands et de Î 8

pillards, en ajoutant ainsi la calomnie à la série de leurs

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