‹ Paris sous la commune--Chapitre 16 sur 65 · PUGET. — S · texte numérisé non relu

PUGET. — S

Delescluze. -" Opte pour le \\^ arrondissemenf,

MiOT (Jules), pharmacien, 61 ans. — J.

OSTYN. — S.

FLOUftENS. — Opte pour le 20^ arrondissement.

Vingtième arrondissement,

Bekgeret (Jules), chef de claque, 30 ans. — J. Ranvier (Gahriel), peintre-dccoraleur, 55 ans. — S. Flourens (Gustave), publiciste, 33 ans. — J. Dlanqui (Louis-iVuguste), 66 ans. — J.

Ceci, c'est la fleur des arrondissements ; le radicalisme y est poussé k l'extrême puissance. Et dire que Blanqui, qui a rêve toute sa vie une heure de pouvoir suprême, est empêché d'y goûter juste au moment oii il touche enfin au hut de sa vie ! Tantale n'est pas une fable.

Voilà donc les élus de Paris.

Quel mélange ! Dieu seul pourra jamais y reconnaître les siens.

Je me suis livré à un calcul qui n'est pas sans enseic»'nement :

Sous rEinpire, il y âvail dans Paris 304,000 inscrits.

De votants 815,000

Sous la Commune, il y a. . . 485,509 inscrits, Et de votants. . . • 221,798

D'après un autre calcul l'ait sur les chiiTres de V Officiel, je trouv(3 que les candidats à la Commune n'auraient obtenu en tout que 140,418 voix; néanmoins, c/est encore trop.

CHAPITKE 111.

Cérémonie de rinstallation de la Commune, — La place de i'Kôtel-de- Ville vue de nuit. — Dernier acte du drame des quatre sergents de la Rochelle. — Figaro vit encore, — Les affiches de M. Ernest Picard. — Première séance de la Commune. — Biographie du général Eudes, dit Desciia.mps. — Ne 1 du Journal officiel de la Commune. — Rampon. Theisz et les pestes, — > Excitation à la guerre civile. — Le Père DuCHÈNE. — Liberté de la presse. — Un déménagem.ent dans l'embarras. — A-t-on tout cassé chez moi? — Le discours de la Commune. — Poisson d'avril. — Coup d'œil sur la situation. — Qui a commencé?

La Coiïiiiiune étant élue, le Comité central procéda à sa proclamation; mais il tint à le faire assez solennellement pour impressionner un peu la masse rlu public.

Une grande draperie rouge à crépines d'or couvre une partie de riIôtel-de-Ville et masque la statue d'Henri IV. Le buste de la Liberté, coiffé d'un bonnet phrygien, se dresse sur un fiit de colonne, entouré de drapeaux rouges. Au-dessous de la statue est une estrade garnie de fauteuils en velours rouge. Au centre il y a un siège plus élevé, destiné au président... Assi. On arrivo n cH\p pstradn par qnatrf^. escabors, dont

deux coiiiiiiuiiiqaeiil avec l'intérieur do IMlùlel-de- Ville; les deux autres donnent accès sur la place.

Une batterie de pièces de 7 est rangée sur le quai. Ces canons sont destinés à saluer la proclamation des votes. D'ailleurs, toute l'artillerie a été retirée de la place et rangée derrière les grilles de riiotel-de-Aille.

Depuis une heure de l'après-midi arrivent les bataillons fédérés. Leurs délégués marchent en tête, le bras ceint d'un ruban rouge. Ce ne sont que roulements de tambours et sonneries de clairons. Le public, qui a envahi toutes les rues adjacentes, ne laisse passer les gardes nationaux qu'un a un, ce qui rend les défilés excessivement longs et sème le désordre dans les rangs. Ce n'est qu'à grand'peine que les bataillons se reforment sur la place, tandis que le drapeau et l'état-major se rendent au pied de l'estrade.

A quatre heures, un long roulement se fait entendre, et avec une exactitude fort remarquée le Comité central monte sur l'estrade. Franchement, cette fête avait un caractère imposant. Le canon tonne, les vivats encombrent l'air de bruits, les fanfares éclatent, le tambour et les clairons battent aux champs, les képis sont au bout des baïonnettes. Évidemment ceux qui sont là sont tous des partisans du Comité, et Ton voit qu'ils sont convaincus. Le citoyen Assi prononce un discours auquel le bruit et l'éloignement ne font que peu d'auditeurs, et Ton proclame le nom des élus. Après chaque arrondissement, les musiques militaires

jouent la Marseillaise, et la force de rhabitude fait que beaucoup de gardes nationaux entonnent à pleine voix rhymnc de Rouget de Lisle.

Cette proclamation, ainsi coupée par de la musiq^ic, dure jusqu'à cinq heures et demie. Puis il y a eu des discours, que fort peu de personnes ont entendus ; mais quoiqu'un qui avait réussi à monter sur l'estrade nous disait qu'il avait été frappé par les paroles haineuses et le ton acrimonieux des improvisations du Comité central. Ces hommes-là faisaient pressentir tout ce qu'ils feraient par la suite.

Après les discours vint le défilé, et tout fut dit pour ce jour-là. C'était une imitation de la fédération de la grande République. Le soir, les bataillons qui ont repris leurs postes dans la place de l'Hôtelde-Yille se livrent à la joie, et la présence de quelques cantinières permet de former un quadrille. Si l'on s'amuse en bas de l'IIôtel-de-Ville, on a l'air gai en haut aussi. On festine, et le Comité central est reçu par la Commune; mais assurément ici la gaité est moins franche que sur la place. Il y a les préoccupations du lendemain qui font pencher ces têtes ; il y a les soucis de la revanche sociale que ces hommes veulent prendre qui excitent leur bile et les rendent maussades malgré eux, quoique dans sa séance d'installation la Commune ait déclaré que la garde nationale et le Comité central ont bien mérité de la patrie et de la République,

Comme il est vrai que, seules, les montagnes ne se rencontrent pas !

Yers onze heures et demie du matin, au coin de la rue des Deux-Portes-Saint-Jean, on a arrêté le fameux Rignon, qui a joué un rôle dans Taffaire des quatre sergents Bories, Raoulx, Goubain et Pommier, qui furent exécutés sous le règne de Louis XYIU pour avoir voulu être libres.

Voici comment eut lieu cette arrestation :

Un petit-fils de Pommier était assis devant le café de l'Yonne et causait avec un de ses amis. Tout à coup il se leva brusquement et alla droit à un homme qui passait dans la rue de Rivoh :

• — Yous êtes Rignon, le dénonciateur des quatre sergents de La Rochelle, et je vous arrête !

— De quel droit?

— Yous me demandez de quel droit, vous qui avez fait assassiner mon grand-père par la Restauration ?

Rignon ne répondit pas et voulut fuir. La foule s'amassa devant le café, et Rignon parvint à s'enfuir. Le petit-fils de Pommier se met à sa poursuite en criant :

— Arrêtez-le ! arrêtez-le !

Rignon fut arrêté, et la foule apprenant que c'était lui qui avait fait arrêter les quatre sergents de La Rochelle lors du procès, voulut le fusiller séance tenante. Le petit-fils de Pommier s'interposa. Deux gardes nationaux s'emparèrent de la personne de Ri-

gnon et le conduisirent à la mairie du hf^ arrondissement, où le maire le fît mettre en lieu sûr jusqu'à ce qu'il soit statué sur son sort.

Bignon est un homme âgé d'environ soixante-dixhuit ans. Il est de petite taille et semble assez aisé.

Le Figaro reparaît, mais pour peu de temps. On lui signifie d'avoir à suspendre sa publication.

Bercy est dans la consternation. Un ordre du Comité vient d'interdire form.ellement l'exportation des vins. Toute voiture chargée de vin est arrêtée à la barrière. Le Comité central craignait qu'on affamât Paris, et il prenait ses précautions.

Tandis qu'il empêchait de sortir les denrées servant à l'ahmentation de Paris, il empêchait d'entrer les affiches du gouvernement de Versailles.

M. Ernest Picard, ministre de l'intérieur, informait la population, par affiches apposées dans Paris, que la Commune était vaincue sans efforts à Toulouse, Saint-Etienne et au Creuzot. Des bataillons entiers furent commandés pour déchirer ces affiches, et des patrouilles furent organisées pour s'emparer des afficheurs s'ils renouvelaient leurs affichages.

Première séance de la Commune, • — Il ne faut pas oubUer que c'est sur une proposition du citoyen Eudes que le conseil municipal de Paris a pris le nom de Commune.

Puisque ie nom de M. Eudes vient ici, nous allons dire qui est ce jeune homme, et nous ferons de même au courant des événements la biographie des membres du conseil communal.

Eudes, François-Désiré, dit Deschamps, est né à Ronccy (Meurthc). 11 n'est âgé que de vingt-six ans, et a été tour à tour élève en pharmacie, puis sténographe.

On se rappelle la tentative du parti blanquiste contre la caserne des sapeurs-pompiers de La Yillette (14 août 1870). On ne peut se refuser à dire que, dans cette circonstance déplorable, la conduite d'Eudes avait eu un certain côté chevaleresque. Voyant que l'effusion du sang était imminente, il s'était avancé en face du groupe des pompiers, et découvrant sa poitrine il avait dit : Si le sang doit couler, que le mien seul soit répandu!

Nous étions à Taudience du 29 août 1870 quand Eudes et Bridau comparurent : leur attitude était ferme et sans pose. L'organe de l'accusation voulut absolument voir dans les accusés des agents prussiens — exagérations maladroites et trop familières aux organes de l'accusation sous tous les régimes. — L'un des avocats, M^ Gatineau, releva chaleureusement cette accusation, et Eudes ajouta, avec un accent de sincérité qu'on ne peut méconnaitre, ces mots : Voici ma tête, prenez-la; mais ne me déshonorez pas! Cette réponse n'intlua pas sur le jugement du conseil de guerre, qui le condamna à mort.

Eudes est marié ; il a un enfant d'environ trois ans. Il a été gérant de la Libre pensée, journal athéiste, et comme gérant de ce journal, Eudes a été condamné à trois mois de prison.

Il est presque imberbe : on ne lui donnerait pas son âge. Sa taille est moyenne, son regard est vif, et sa physionomie ne manque pas d'intelligence.

V Officiel contenait Favis suivant :

Les citoyens membres de la Commune de Paris sont convoqués po":r aujoiird'hui mercrerli, 8 germinal, à une heure tiès-précise, à l'Hôlel-de- Ville, salle du Conseil.

Germinal! Pourquoi pas mars? Quand donc cessera le pastiche de 89?

Le lendemain, nous devions savoir ce qui avait été décidé dans cette séance. Le Journal oflîciel paraissait avec un nouvel en-tête (1) :

No 1.

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