CHAPITRE IV
La guerre civile éclats I3 2 avril. — Flourens. — Lss Chouans, les Vendéens et les Bretons. — Le citoyen Lisbonne. — Bergeret LUI-MÊME est à Nsuilly. — Décrets. — Le Comité central qui devait disparaître ne disparait pas. — Concentration de troupes. — Le plan des fédérés. — Cluseret délégué à la guerre. — Marche sur Versailles. — Journée du 3. — Dépêches officielles. — Mort de Flourens. — MM. Thiers, Favre, Picard, Dufaure, Simon, Polhuau et la Commune. — L'Église est séparée de l'État. — Le COMMUNIQUÉ au Paris-Journal. — Vive le jamibon! — Arrestations de l'archevêque de Paris et d'autres ecclésiastiques. — Garibaldi en a assez des Français. -- Suppressions de journaux. — Parenthèse à propos des événements guerriers. — De dixsept à trente-cinq ans les célibataires doivent aller au feu. — La Commission executive. — Enterrement d"Ém le Prodhomme. — La loi sur les otages. — Les relations extérieures et l'Equateur. — La guillotine est b^û:ée. — Les victimes des 2, 3 et 4 avril. — A la province. — Tuezvous les uns les autres. — Le vendredi saint à Notre-Dame.
La guerre civile a éclate le 2 avril. Une reconnaissance, composée de près de 2,000 hommes, s'était avancée jusqu'à Courbevoie. Les troupes versaillaises ont cru à une attaque sérieuse, et les grand'gardes, avec quelques renforts, se sont avancés pour les repousser. Vers dix heures, les belUgérants étaient en présence. Un officier, du côté des Versaillais, se serait détaché alors en parlementaire, et l'on aurait tiré sur kii ; c'est la version la plus accréditée que nous rap-
portons, et cette violation des lois de la guerre fut le signal de la fusillade.
Une batterie est installée au rond-point de Courbevoie ; Neuilly est fouillé par quelques obus qui poursuivent des gardes nationaux débandés et errants.
La journée est triste, le tennps est gris, le ciel est de plomb. C'est dimanche. On tire dans la campagne; la fusillade, le crépitement des mitrailleuses, le bruit des canons, font comme un roulement sinistre.
A deux heures, Flourens passe à cheval. Il est fort pâle. Je remarque qu'il a les cheveux coupés et la barbe complètement rasée; ce n'est plus, physiquement, le même homme que j'avais vu dans Neuilly, lors de l'enterrement du malheureux Victor Noir, il y a seize mois.
Dans Paris, voici ce que l'on affiche :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, Égalité, Fraternité.
COMMUNE DE PARIS
A la garde nationale de Paris,
Le^ conspirateurs royalistes ont attaqué.
Malgré la mo<iéralioîi de n«'tre ;illiîiuîe, il-' ont attaqué.
Ne poMvarjt plus compler sur rarn>,ée ffançaise, ils Ont ATTAQUÉ avec les zon^ves pontificaux et la police irrijér'iale.
Non contants de couper les correspondances avec les provinces, et de faire de vains efforts pour nous vaincre par la fauiine, ces furieux ont voulu imiter jusqu'au bout les Prussiens et bombarder la capitale.
Ce malin, les Chouans de Charette, les Vendéens rie Cathelineau, les Bretoris de Trochn, flanqués des gendarmes de Valenlin, ont couvert de nnitroille f t d'obus le village inolTensif de Neuilly et engagé la guerre civile avec nos gardes nationaux.
I! y a eu des morts et des blessés.
Élus par la population de Paris, notre devoir est de défendre la grande cité contre les coupables agresseurs. Av^h^ voire aide, nous la défendrons.
Paiis, 2 avril 1871.
La commission executive,
Bergeret, Euoes, Duval, Lefrançais, Félix Pyat, TuiDON, Vaillant.
Quel mensonge ! les Chouans de Cbaretle, les Vendéens de Cathclineau ! les Bretons de Trochu ! alors que Charette et Cathclineau étaient loin de Yersailles, et que mille troupe bretonne n'était même appelée !
Mais c'était propre à exciter le peuple, et la commission executive n'avait garde de négliger de pareils moyens.
A trois heures et demie passe devant l'arc de rEtoile une batterie d'artillerie qui va prendre part au combat. Elle est conduite par un lieutenant de la garde nationale qui se fait remarquer par ses aiguillettes d'or fort belles à voir. C'est le citoyen Lisbonne. Ce nom portugais sert à désigner un homme bien singulier, un type en un mot. M. Lisbonne est, en temps normal^ directeur du théâtre Saint-Antoine, près \d Bastille. C'est un ancien zouave qui a des prétentions
comme jeune premier et comme grand premier rôle; aussi, quand il fait représenter une pièce, si celui qui joue le beau rôle a du succès, immédiatement le citoyen Lisbonne, en sa qualité de directeur, se distribue le rôle à lui-même ; si le rôle est mauvais, il le laisse sans conteste entre les mains du créateur.
Les promeneurs abondent en ce moment dans toutes les avenues des Champs-Elysées. C'est à qui viendra au spectacle du jour! L'Arc-de-Triomphe est encomibré de curieux suspendus à toutes les aspérités du monument. On veut voir; mais on ne voit rien, que quelques flocons blancs qui indiquent la part que le Mont- Valérien prend à la lutte.
De nouveaux bataillons arrivent sans cesse; et c'est très-pittoresque, en même temps que douloureux, de voir cette foule, en habits de dimanche, sillonnée en tous sens par des hommes armés qui vont se battre.
Vers les six heures, des affiches donnent quelques détails du théâtre de la guerre :