‹ Paris sous la commune--Chapitre 2 sur 65 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

nos pères avaienl eu hi nuit du 10 août, la fête de la fédération, et ce fut, en quelque sorte, sous des berceaux de fleurs troinj3euses, non sans échanger en chemin force baisers Lamourette, qu'ils allèrent à Tabîme. Cette fois, rien de pareil. L'abîme tout de suite, et sans phrases, sans stations sur la route. Ordinairement l'ivresse de l'anarchie, comme l'ivresse du vin, ne fait pas rouler tout de suite les convives sous la table. La gaîté d'abord jaillit des verres, puis l'ébriété, enfin la soûlerie. Vous rappelez-vous l'anecdote suivante? C'était à un de cesftmieux soupers de la Régence ; un des roués. Noce, je crois, se mit dès le potage à conter des gravelures qui auraient été tout au plus de mise au dessert. Quelqu'un qui, du moins, assaisonnait d'un peu de bon goût sa crapule, Farréta tout court : « Ta conversation, lui dit-il, est trop en avance sur les bouteilles; qu'est-ce qu'on dira quand elles seront vides, si tu vas jusque-là alors qu'elles sont pleines? » Cette révolution du 18 mars, qui eut

d'un bout à l'autre de son existence le caractère

d'une orgie, lui exlréirie, elle aussi, dos son premier })as.

En eela, elle a bien mëritë de nous. C'est seulement en éîant horrible qu'elle pouvait nous servir. A forée d'être châtiés^ peut-être seronsnous corrigés. Ce sont les révolutions et les révolutionnaires a Teau de rose, comme disait Champfort^ qui nous ont perdus. Rien n'est dangereux comme de ne pas être étrillé quand on s'asseoit à une table de roulette^ et le feu qui ne vous brûle pas d'abord jusqu'aux os vous induit dans la tentation fatale déjouer avec lui. On s'imaginait que les crimes révolutionnaires étaient d(^sormais impossibles ; on vantait la douceur de nos mœurs ; on se flattait d'avoir canalisé le toi*rent. Que de fois n'avons-nous pas entendu délaisonner sur ce thème : la meilleure garantie de l'ordre, c'est la démocratisation de la rente ! Qui voudrait le désordre, quand tout le monde est int(4*essé à l'ordre? On a armé, il est vrai, quelques mauvaises gens dans la masse: mais conmie les lionnêles gens ont des armes aussi, nous dé-

fions bien les requins de bouger. « Ajoute/, disait M. Priidhomme^ officier de la garde nationale, que les coquins sont toujours lâches. »

La journée du 31 octobre mit le comble h cette sécurité de la bourgeoisie gardée par ellemême. « Avez-vous vu comme nous avons mis les Flourens en déroute? Les sergents de ville et les gendarmes ne servent qu'a gâter les affaires. » Allez, allez, o bonnes gens ! complices naïfs et préparateurs inconscients du drame qui frappe à votre porte aujourd'hui et qui Fenfoncera riemain.

Le premier livre que j'ai ouvert dans le lit où je suis encore par la grâce des balles du 22 mars était une Histoire de la Révolution française par* un écrivain éminent dont la place serait à l'Académie française bien plutôt que dans nos assemblées politiques. Louis Blanc a écrit ceci dans le préambule de son Histoire de la Révolution française; je cite textuellement, avec le volume sous les yeux :

« ... Quelle formidabl(\ quelle sanglante bis-

toii'e!... Mais loin do nous consterner, que ces souvenirs de deuil nous rassurent ! Si la partie intellectuelle de Fœuvre a accomplir nous est désormais réservée, c'est parce que les hommes de la Révolution en ont pris pour eux la partie funeste. Cette mansuétude de mœurs au nom de laquelle nous avons souffert qu'on voilât leurs statues, cœurs pusillanimes et ingrats que nous sommes, ce sont eux qui nous l'ont rendue facile par les obstacles qu'ils ont affrontés à notre place et surmontés pour notre compte, par les combats dont ils nous ont dispensés, en y périssant. Leurs violences nous ont légué ainsi des desti- j NÉES tranquilles, lls out épuisé l'épouvante, j épuisé la peine de mort; et la Terreur, par son

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