‹ Paris sous la commune--Chapitre 33 sur 65 · FOUTRE · texte numérisé non relu

FOUTRE

En deux jours, trois hommes viennent s'enrôler, et encore c'étaient des compères!...

Autre création, — Un corps de francs-tireurs s'organise sous le nom à' Éclaireurs-Bergeret, Les officiers portent à la boutonnière des rosettes d'officiers de la Légion-d'Honneur, comme signe de ralUemenL

Autre corps. — Les Vengeurs de Flourens sont formés avec des hommes sur lesquels la Commune peut compter pour toutes les missions difficiles. Ce sont des journaux bien pensants qui l'affirment.

Guerre atix journaux. — Suppression des journaux la Paix et VÉcho du Soir^ sans mention à VOfficieL

Les clabistes, — Los clubistes qui se réunissent à la salle Nicolas-des-Cbamps (église Saint-Nicolas-des- Champs) votent des propositions d'un radicalisme effrayant. Ainsi, un citoyen Sens — on ne peut pas mieux mentir à son nom — demande :

lo Le rétablissement de la loi des suspects sur preuves morales;

2« Des assises communales où les électeurs pourront toujours citer leurs mandataires ;

3» Que tout négociant qui suspendra son commerce par manque de confiance en la Commune perdra ses droits civiques, et ne pourra plus jamais exercer sa profession;

4^ Que tout citoyen qui refusera de servir la République les armes à la main sera fusillé.

Et cela a été voté à l'unanimité par les assistants ! de même, d'ailleurs, que la mort de Farcbevêque de Paris !

Journée du 2 mai.

Comité de salut public. — Un décret de la Commune que rien ne faisait prévoir, que rien n'avait annoncé, apparaît à VOfficiel :

Un Comité de salut public, y est-il dit, sera immédiatement organisé. Il sera composé de cinq membres nommés par la Commune , et les pouvoirs les plus étendus sur toutes les délégations et commissions lui sont donnés. Il ne sera responsable qu'à la Commune.

-~ no —

C'est au citoyen J. Miot qu'on doit ce décret. Il n'a pas trouvé la Commission executive à la hauteur des circonstances; il la voit négligente, molle, reculant devant les mesures radicales et énergiques que réclame la situation. • ^ M?n

Il déposa cette proposition à la séance du 28 avril; et pendant trois jours elle occupa la Commune, qui ne s'est jamais tant appesantie sur une même question, quoiqu'il s'en soit présenté qui eussent tout autant d'importance.

Ces mots : « Comité de salut public, » ont d'abord effrayé ; la Commission executive y a vu une mise en accusation indirecte; quelques membres ont déclaré la proposition impraticable; d'autres y ont vu un inutile plagiat de 93. Comme toutes les propositions possibles déposées, celle du citoyen J. Miot engendre une foule d'amendements : l'un demande l'établissement d'un comité exécutif; l'autre, d'un comité directeur; un troisième le veut de trois membres; un quatrième, de neuf. Enfin, le projet mis aux voix donne, pour le vote au sujet du titre :

Comité de salut public, . . . . 34voix.' ***' Comité exécutif 28 voix.

et pour l'ensemble, sur 68 votants (1) :

(i) Voir à la note. ./ les curieux votes motivés de chacim des

Pour ^i5

Contre ..:..,,,.. 23

;JLa Commune^ ayant discuté cette grave question a huis-clos, ne voulait pas que les comptes-rendus de ces trois séances fussent rendus publics. Mais sur les observations qui lui furent présentées, elle se décida à, revenir sur sa détermination, et VOfficiel des 3 et 4 mai donna le détail de ce qui s'était passé dans le Sanchim sanctorum des 28, 30 avril et l^^mai.

Sont nommés membres de ce comité de salut public les citoyens :

Antoine x\rnaud, Léo Meillet, Ranvier, F. Pyat et Charles Gérardin.

Gomme on le voit, Fauteur de la proposition n'eut pas la récompense qu'il pouvait espérer, et on ne l'élut pas au qîiiiiquemvirat ; en revanche, on y remarque F. Pyat, à qui ses collègues, pour le punir d'avoir dernièrement donné une démission regardée comme une désertion, ont joué le mauvais tour de le mettre tout à fait en avant.

Quand il sera au bout du fossé, comment fera-t-il pour éviter la culbute ?

La caisse s'emplit. — Les compagnies des chemins de fer de l'Est, d'Orléans et de Lyon versent entre les

membres de la Commune. C'est un document plein d'intérêt historique on chaque personne s'est un peu peinte elle-même.

mains du trésorier (1(3 la Commune les sommes qui leur ont été réclamées. Total de la recette du jour : i/m,000 francs.

La compagnie du chemin de fer de ceinture, oubliée dans le premier arrêté, reçoit sommation d'avoir à s'exécuter comme les autres.

Bulletin de la guerre. — Occupation par les Versaillais du château d'Issy et de la gare de Clamart. Trois cents fédérés prisonniers.

L'abord des buttes Montmartre est gardé par des sentinelles. Les obus y tombent toujours.

Comment finit la manifestation franc-maçonnique, — V Officiel du matin de ce jour contient cette note laconique :

Les francs-maçons de tous les rites sont convoqués mardi 2 mai, à deux heures très- précises, place de la Concorde, pour aller reprendre les bannières arborées sur les remparts de Paris j et que le feu de Versailles n'a pas su respecter.

Journée du 3 mai.

Paris port de guerre. — Le rêve de Paris a toujours été d'être port de mer; mais la Commune va plus loin : elle en fait un port de guerre. Ne croirait-on pas qu'il s'agit en effet d'une flotte formidable en lisant cet ordre du Comité de salut pubhc :

Tous les marias, fusiliers et matelots incorporés dans les compagnies de la garde nationale se mettront dans les vingt- quatre heures à la disposition du délégué à la marine.

Les marins fusiliers seront immédiatement organisés en compagnies de débarquement.

Le délégué à la marine prendra dans les cadres des bataillons des marins de la garde nationale les officiers, sousofficiers et matelots capables, nécessaires à la composition des équipages de la flottille de la Seine.

Toujours pour la caisse. — Le citoyen Cournet, délégué à la sûreté générale, dans Tintérêt de l'approvisionnement et des recettes commimales^ réorganise ou plutôt désorganise le service du factage des halles, c{ui rentre désormais tout entier dans k direction des perceptions de la Commune.

U artillerie en désarroi, — Le colonel Rossel a tellement à faire sans doute, qu'il néglige complètement le service de l'artillerie. Aussi, des contre-temps se produisent-ils à chaque instant dans ce service et dans celui des munitions. Le citoyen Avrial, dn^ecteur général du matériel, s'en plaint dans une aflîche et rappelle les signatures sur le vu desquelles les pièces et les munitions doivent être livrées. Il ne se doute pas, le citoyen Avrial, que sa plainte dénonce au public le gâchis de l'administration communale.

lJiw intrusion à rOfficiel. — Le sorvicr» de VOffi-

ciel est aussi bien surveillé que celui de rartilleRiaHPt ce qui le prouve, c'est la note suivante : kaiiiuiDr

Les citoyens May, l'un intendant général et l'autre intendant divisionnaire, révoqués pour motifs sérieux, ont trouvé moyen de faire insérer dans le Journal officiel:, en l'absence du directeur, un panégyrique de leurs actes, qui est un faux d'un bout à l'autre.

Une enquête est ouverte.

Le membre de la commission de la gverre, chargé du contrôle de la manutention,

G. Tridon.

Il ne manque cependant pourtant pas de journalistes dans la Commune; mais chacun d'eux ayant son journal, se soucie fort peu de prêter ses lumières à la direction de VOfiïciel, qui va comme il peut, c'est-àdire très-mal.

Les ordres de RosseL — Le délégué à la guerre voulant réprimer quelques licences que se permettaient les officiers fédérés avec les Versaillais, leur interdit toute communication avec l'ennemi ; et comme l'envoi d'un parlementaire peut servir à couvrir une ruse de guerre, il défend d'interrompre le feu pour le recevoir, quand même l'ennemi aurait interrompu le sien,,!.

De plus, comme il ne veut pas que le public soiti renseigné sur ce qui se passe aux remparts et aux forts, l'officier ou l'employé qui aura publié un docu- | ment quelconque pouvant donner quelques éclaircis-

sements sur les événement militaires sera révoqué et^ emprisonné. "*î^"'' moim oi t^ip o^j

Arrestations. — Piazza, chef de la 14^ légion, est arrêté. On ne dit pas pourquoi. Piazza est celui qui lit le 22 janvier et qui donna ainsi le signal du mou-; vement qui se termina à l'Hôtel-de- Ville.

Trois correspondants de journaux anglais, en relations avec Cluseret, sont arrêtés.

Suppression de journaux. — Cette fois, c'est le tour de la Nation souveraine, un journal républicain qui a le malheur de critiquer la Commune.

Les^h'àiiïangers en révolte. • — Trois mille boulangers de la société dite de Saint-Honoré vont demander a rHôtel-de-Yille qu'on les laisse libres de discuter leurs intérêts.

(( Et Faristocratie du ventre! » leur répond Veriiiorel, lequel, comme on sait, a encore moins de I ventre que d'aristocratie.

Chaire et tribune. — Ouverture, dans l'église de Saint-Michel, rue Saint-Jean, à Batignolles, du club de la Révolntion sociale. Plusieurs membres de la Commune sont présents :

a Le bureau était disposé juste en face de la tribune : la chaire, naturellement. »

[Journal officiel.)

L'orgue ouvre la séance par l'air de la Marseillaise, chantée tout au long par les citoyens et les citoyennes. Une écharpe rouge est attachée à la chaire, (( transformée désormais en une tribune populaire, »

Tribunaux, — Première audience tenue par M. Voncken, président des référés. Pas un avoué de présent. Plusieurs affaires sont jugées tant bien que mal.

Les juges d'instruction sont installés et préparent les atïaires destinées au prochain jury d'accusation.

Accusés et témoins sont entendus par eux.

La Commune en séance. — Le citoyen Paschal Grousset est dans la jubilation. Il a reçu des nouvelles de la province : dans presque toutes les villes, la liste radicale a passé, et à Lyon l'insurrection est triomphante.

Enivré par ce triomphe, M. Paschal Grousset s'écrie : (( L'Europe commence à comprendre le mouvement et se prépare même à le soutenir, »

Encore un peu, et il annoncerait à ses collègues que les rois et les empereurs ont abdiqué en faveur de la Commune. Aussi, il ne serait pas étonné (( que, vu le résultat des élections, l'Hôtel-de-Ville ne reçût des communications de Versailles; mais lorsque Thiers enverra ses parlementaires pour traiter, il faudra les renvoyer d'où ils viennent. Assez de concihateurs comme cela ! »

Devant de pareilles fanfaronnades, on se demande si les membres de la Commune disaient de bonne foi toutes ces absurdités, ou si ce n'était pas une comédie qu'ils jouaient pour Paris.

< La séance continue par un véritable pot-pourri, où on entremêle des discussions sur la pension à accorder à la pauvre mère de Vinnocent Nourri; sur l'appropriation par la Commune des biens communaux; sur le Mont-de-Piété, sur les tabacs, sur le livre d'or, sur la saisie des pains, etc.

On va de l'une de -ces questions à l'autre, pour revenir à la première, et discuter tout à coup la cinquième, sans ordre, sans raison; aussi, chacune de ces discussions finit-elle par être renvoyée à un jour meilleur, sauf une, celle ayant trait à la proposition du citoyen Andrieu, qui demande — pour éviter la confusion — la formation d'un registre sur lequel les propositions seront inscrites par ordre de date, pour être discutées ensuite.

Voilà une mesure dont le besoin se faisait furieusement sentir à l'Hôtel-de-Yille.

Les contre-chouans, — Versailles a ses chouans^ dit l'Hôtel-de-Ville* La Commune aura ses contre-chouans : pantalon-jupon bleu^ veste noire, képi noir avec liserés jaunes, et ceinture mi-rouge, mi-blanche. Ce bataillon est en partie composé de jeunes gens de dix- -ept à vingt ans.

Le couvent de Picpits, — Trois sœurs séquestrées comme folles; instruments de tortures; traité d'avorr.ement; squelettes: voilà ce que la Commune prétend avoir découvert ce jour dans le couvent de Picpus. De là, grand scandale que la Commune a tout fait pour propager, afin d'y trouver une excuse aux procédés arbitraires et terroristes qu'elle a employés vis-à-vis de tous les religieux, à quelque catégorie qu'ils appartiennent,

La rue Picpus devient un pèlerinage; chacun veut

aller voir les vestiges des crhnes qui ont dû s'y commettre. ^ - ■';>i'^-..-r;.;>„j^^n.^ .::-.. t^ùr^

Les commentaires circulent dans ïà^ foule :' Ses religieuses ont été arrêtées; une instruction est commencée, et on saura bientôt toutes les /lorr^wr^ qui se sont passées dans ce couvent.

Les journaux publient à foison des articles sur ce sujet, et nous donnons à titre de documents la version du Vengeur^ puis celle de Y Univers^ ainsi qu'une lettre adressée au National par d'anciennes pensionnaires de Picpus.

Nous aurions bien renvoyé ces récits dans les documents placés à la fin du volume; mais l'intérêt tout de chronique de cet événement lui assigne sa place ici.

liés séquestrées dé Piepus.

Récit du Vengeur.

Une femme âgée de cinquante ans, nommée en religion Bernardine, aurait été enfermée depuis dix ans dans une

sorte dé cage tsi petite, que lorsqu'elle laissait tomber son aiguille, elle ne pouvait se baisser pour la ramasser. Là on lui apportait sa nourriture, mais non tous les jours. On la frappait en outre fréquemment, et ce devait être la même personne qui lui infligeait les punitions, car la victime la désigne sous ce titre : Elle, Ce mot est d'ailleurs prononcé avec une terreur enfantine, et sœur Bernardine nous apprend, en imitant le mouvement de son bourreau, que l'exécution ne cessait que par suite de la l^tigue de l'exécuteur.

L'interrogatoire qu'on a fait subir à cette religieuse avec toutes les précautions que réclame son état mental, et dans ses trop rares intervalles de lucidité, a établi que le principal motif de cette persécution était le désir de cette infortunée de revoir sa famille. Son père se nommait Antoine Fanger et demeurait à Bourg- Argental, près Saint-Etienne. La pauvre femme demande à tous les visiteurs des nouvelles de sa famille et de son pays.

Sur la promesse qu'elle n'avait rien à craindre des sœurs, elle finit par avouer qu'elle avait souvent pensé au mariage, surtout depuis son entrée au couvent, quand elle était encore jolie. C'est alors qu'elle avait connu un père Raphaël, qui paraît lui avoir inspiré un véritable amour. Et comme on lui demanda si cette affection était partagée. — Oh! oui, il m'aimait bien, répondit-elle.

A toute force, elle voulait quitter le cloître. Toutes les sœurs, après lui avoir vainement démontré que c'était une tentation du diable, lui dirent de s'en aller. On lui fit quitter ses vêtements monastiques ; on la fit sortir par une porte dérobée, passer par un jardin, et on l'enferma dans ce cachot, d'où les gardes du 73^ bataillon l'ont délivrée.

On peut voir la prison, le chenil où trois femmes étaient

martyrisées par leurs compagnes depuis dix ans; on peut se faire montrer la couronne de fer, le corset de fer sans bourrelets aucuns^ enfin tout l'appareil digne d'une succursale de l'inquisition. Les perquisitions ont amené la découverte d'ossementSj de deux cents robes et costumes de toute sorte, d'un souterrain communiquant avec un établissement de religieux de l'autre côté de la rue, du Traité de Vavortement, du père Bousquet, capucin, trouvé chez la supérieure, etc.

Eh bieu ! une sœur a eu le triste courage de soutenir, avec le plus grand sang-froid, que ces instruments de torture étaient des instruments d'orthopédie; que des trois sœurs enfermées, deux n'étaient que des misérables folles, et que la troisième, sœur Stéphanie, avait été justement punie : elle avait l'esprit d'indépendance.

Il y a dans ces maisons une faute qu'on ne pardonne jamais : c'est la désobéissance.

Récit de V Univers.

Après s'être évertués à chercher sans succès des souterrains où douze à quinze mille chassepots ontj dit-on, été déposés, les gardes nationaux ont découvert dans un de ces établissements trois pauvres filles aliénées, mais inoff*ensiveSj auxquelles les rehgieuses donnaient leurs soins. Ayant besoin d'air et de Uberté, ces aliénées habitaient un petit pavillon d'assez pauvre apparence, avec cave au-dessous et grenier au-dessus.

Ce pavillon est situé à l'extrémité d'un jardin, où elles pouvaient prendre l'air et l'exercice nécessaires à leur malheureux état. Afin d'empêcher qu'elles pussent se nuire ou se frapper la nuit, deux des Uts étaient entourés d'une grille en bois sans clé*

L'une d'elles, au dire des citoyens, aurait témoigné le désir de sortir du couvent; c'était, du reste, sa monomanie/' ''

Après l'avoir interrogée, sans que les religieuses eussent le droit d'assister à cette séance, on a cru devoir l'emmener,' et la conduire où? dans une caserne du faubourg!..

Le lendemain, sans prévenir personne, et sans laisser aux religieuses la liberté de s'approcher des aliénées, on a réussi à en emmener une seconde ; la troisième s'est échappée deux fois, au moment où l'on allait lui faire franchir la porte du couvetit, et s'est retirée, toute tremblante, dans l'intérieur de la communaulé.

Pour intéresser le peuple en faveur de ces infortunées, que Ton a soustraites à leurs habitudes bien différentes de celles d'une caserne,, après avoir défoncé la cave sur laquelle est situé le pavillon qu'elles habitaient, on a fait accroire aux visiteurs que c'est dans cette cave qu'elles vivaient depuis dix ans et plus. Pendant trois jours, une affluence considérable a violé le seuil de cette maison de retraite et de prière, pour aller voir ces prétendus cachots. Gomme toute liberté a été donnée à la foule, elle est montée dans un grenier où l'on avait déposé, depuis quinze à vingt ans, des lits orthopédiques, employés par l'ordre des parents, pour le traitement delà taille de quelques élèves; personne parmi la foule ne connaissant l'usage de ces lits, on a conclu et débité les choses les plus absurdes et les plus outraîieantes.

Mardi 2, le concours du peuple, plus nombreux encore que les deuxjours précédents, a envahi non seulement les jardins, mais l'établissement tout entier, sans que les gardes nationaux de faction pussent l'empêcher de forcer les

portes et les fenêtres, et de se précipter pati toutes ees ouvertures, avec un tumulte effroyable. Ce n'est pas ^ans peine que deux délégués de la Commune, arrivés au moment de l'envahissement, sont parvenus à faire évacuer.

Pour donner un nouvel intérêt à cette visite, on avait placé sur le passage du peuple deux têtes de mort, que les fouilles de la nuit précédente avaient fait découvrir dans un lieu qui a été autrefois un cimetière ; elles pouvaient être enterrées depuis deux cents ans. r'^uiqoi'

■ '-i aebviluiii ^tWi^ • ' -- ■■ — •■■, ^.^lioq'j» c^ojasiëûib / ......... /..- LeUre adressée au J\^a/?o;iaL^/ , -iC ^'i?,.\^^ -

En réponse à votre article du dimanche 7 niai, ^què> vous terminez ainsi : ce II faut que la lumière se fasse sur tous les lugubres récits concernant le couvent de Picpus... » nous croyons devoir vous envoyer une protestation qui est déjà insérée dans le grand Moniteur universel d'hier ; et en y ajoutant quelques petits détails, nous vous prions de la reproduire dans votre honorable journal.

Les anciennes élèves du couvent de Picpus, présentes à Paris, protestent toutes contre les assertions calomnieuses émises par le Mot d'Ordre et le Cri du Peuple sur les religieuses dites « les Dames-Blanches.» Ces élèves sont prêtes à se porter témoins dans les informations de la

Nous affirmons que les' sœurs Victoire, Bernardine et Stéphanie étaient attaquées d'ahénation mentale depuis nombre d'années, et que c'est par suite d'accès réitérés qu'elles ont dû être séparées du reste de la communauté et placées dans un pavillon aéré, chaufle, de plus de 2 mètres 30 de hauteur sous plafond, et situé au milieu du jardin, où elles avaient un libre accès.

Quant aux instruments supposés de torture trouvés en-

— Zoo

tassés dans uh grenier au-dessus d'une chapelle dédiée à Sainte- Anne, nous les reconnaissons pour des lits orthopédiques, avec accessoires, sur lesquels ont été traitées nos compagnes affectées de déviation.

'Pour le petit berceau trouvé dans le même grenier, ce n'est autre chose qu'un jouet d'enfant (d'environ 45 centimètres de longueur)i>i*i^î^i^

Les ossements exhibés proviennent de la portion de la propriété située sur l'emplacement d'un ancien cimetière. A différentes époques déjà, après des fouilles motivées par la réédification de la chapelle et autres travaux, nous avons yu extraire des ossements.

-^iTùi 'r Augustine Gourdellïeb, direclrice d'institution, 22, rue Saint-Sauveur. — Marie Langlois, femme Lozier, 24, rue Folie-Méricourt. — Jusiine Langlois, femme Drouet, même adresse. — JiiUeUe Thibault, femme Vasseur, même adresse. — Anaïs de Saint-Hilaire, institutrice, 78, rue du Faubourg-Saint-Honoré. — Lucy de Saint-Hilaire, institutrice, même adresse. — '. Hortense Vaillant, institutrice, 16, boulevard des Filles-du-Calvaire. — Armandine MoNNiER, modisto, 5, rue Neuve-Saint-Augustin. — Gélina Vibien, femme

Carbonnier, 11, rue Neuve-Popincourt, etc. ibjmio

11 résulte d'informations précises que le seul tort des sœurs de Picpus est d'avoir gardé dans leur couvent trois pauvres filles, au lieu de les avoir lait mettre dans des asiles d'aliénés, oii c'était leur place.

La Commune n'a pas eu le temps de faire une instruction.

Journée du 4 mai.

Le Livre d!or de la Commune, — Un gouvernement démoc-soc ne peut pas songer à distribuer de vains hochets de gloire, comme dirait M. Prud'homme, à ceux qui se distingent à son service. Comme, d'un autre côté, la vanité humaine a besoin d'être caressée et le courage stimulé par l' amour-propre, la Commune décrète :

Un registre sera ouvert dans les mairies de chaque arrondissement.

Ce registre aura pour but l'inscription des noms de tous les citoyens qui se seront distingués en combattant pour la défense de la République et des liberlés communales.

La Commune de Paris.

Ces registres n'ont jamais été ouverts, et cela n'a peut-être pas été un mal pour les citoyens inscrits, car les vaillants défenseurs de ce gouvernement sont les ennemis déclarés des autres, et de telles preuves peuvent motiver des représailles toujours rigoureuses. ',,,.,-.

Cependant, ce n'est pas seulement des inscriptions que la Commune a offert pour encourager ses défenseurs. Cluseret et Delescluze ont donné des revolvers d'honneur, et la Commune a voté sur la proposition de Mégy, commandant du fortd'Issy :

di L'offre d'un sabre crhonneur au courageux rriaréchal-des-lo2iîs Manuel. »

Toujours la Commune et les boulangers, — Les boulangers n'ayant pas tenu compte du décret de la Commission executive, interdisant pour eux le travail de nuit, la Commune arrête :

Art. 1^^. — Toute infraction à celte disposition comportera la saisie des pains fabriqués dans la nuit, qui seront mis à la disposition des municipalités^ au profit des nécessiteux.

Le commeree. — La Commune essaie de galvaniser le commerce parisien, qui n'existe plus qu'à l'état de souvenirs et de regrets :

Voulant, autant que possible, concilier les nécessités de la défense avec le& intérêts commerciaux de la France et derétranger:. r.t;. . '^'^ A'ii^.«ifM^

Art. i^^\ — La sortie des marchandises de toute nature est autorisée à partir de ce jour.

Art. 2. — Sont exceptés de cette disposition les vivres, farines, liquides ou denrées alimentaires, les équipementsmilitaires, armes et munitions de guerre.

On a prétendu aussi, nous devons tout dire, que cet arrêté avait été imposé par les Prussiens.

Le Muséum et la Bibiiothèque, — Le délégué de

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lance les arrêtes suivants : ....r , t

Le citoyen Ernest Moullé est délégué en qualité de commissaire administratif près le Muséum d'histoire naturelle.

Il s'entendra avec le directeur et les professeurs pour la prochaine reprise des cours, veillera à la conservation du matériel, des collections, etc., et prendra toute mesure utile destinée à garantir les intérêts du public et, ceux de

l'établissement. ,^j||^,j^jpiaf, .?, rn

Dans le plus bref délai, il devra présenter un rapport indiquant les améliorations à apporter dans le service.

Le Citoyen B. Gastineau, délégué à l'inspection des bibliothèques communales, est chargé de faire rouvrir la bibliothèque de rinstitut, dite Mazarine, et de la difiger.

Dégitisement. — Plusieurs escadrons de cavalerie de la Commune sont habillés avec des uniformes de hussards bleus et de cavaliers de remonte trouvés dans les magasins de la guerre. Economie pour Paris, trompe-l'œil pour Versailles.

Transtormahon des huissiers. — Les avoues avant brillé par leur absence à l'audience des référés^ le délégué à la justice autorise les liuissiers à les remplacer.

Chcmqement de 'domicile, — V Officiel publie l'avis suivant • ' '-^'^^^^^"^-'^'^'^ ^^' .^^ibù^'jfîlj soa n\ ^-m[Hm\:-\

ij^^ajj,ÇQiïmmiie se Iraiisporterav w ^itie possi)3le5

dans un local convenable, et admettra le public à ses séances. Les citoyens Billioray et Courbet sont chargés de trouver ledit local et de le proposer à la Commune.

^Cët aussitôt que possible n'est jamais arrivé!

X-^B^e/f/îie^Ti^^f.i'-T-T Si la Commune a de Targent pour payer ses gardes nationaux, elle n'en a guère pour le paiement des instituteurs et des institutrices. Il est vrai que cette profession lui est moins utile pour le moment que celle d'artilleur. Ce sont les municipalités qui sont chargées du soin de rétribuer les instituteurs.

Rapjjorts militaires, "^^^^^ continue à pu-

blier des rapports qui sont la joie des gardes nationaux sédentaires et la tranquillité de leur famille :

AsNiÈRKS. —Deux heures, — Combat vif, ennemi re-

poussé. ,;,^,,^^,,^,,^.

Aeuillv. — Quatre heures. — Combat d'artillerie; excellent succès pour les fédérés.

Vanves, Issy. — Trois heures, -— Bombardement jusqu'à huit heures. Ruraux repoussés vigoureusement.

MoNTROUGE, BiCKTRE. — Attaque versaillaise côté Bagneux; ennemi repoussé.

Le MoulinSaquet, — Pendant que la population parisienne lit ces dépêches, les Versaillais s'emparent

du Moulin-Saquet, redoute située à rextrémité sudest du plateau de Villejuif, et dominant toute la plaine jusqu'à la Seine.

D'après les journaux de Versailles, cette affaire est due à l'intelligence du général Lacretelle et à la bravoure de ses troupes; d'après les journaux de la Commune, comme tous les échecs qu'elle a subis, elle est le résultat d'une trahison (1).

Toujours est-il que les Versaillais, après avoir occupé le Mouhn-Saquet, l'abandonnent par la raison que ce n'est pas une position tenable lorsque l'on n'est pas maître des forts, ce qui permet aux fédérés de le réoccuper avec le 133'' bataillon, commandant Quiniou.

Cette affaire a coûté à la Commune deux cents hommes tués et trois cents prisonniers appartenant aux 55®, 20^ et 177® bataillons, plus dix canons.

La vérité sur ce fait militaire, si tant est qu'on peut la débrouiller, serait que des gardes nationaux en libations dans le village de Vitry auraient livré le mot d'ordre qui, rapporté au capitaine du 1¥ d'infanterie, lui suggéra l'idée de surprendre, la nuit, la garnison de la redoute; cela réussit on ne peut mieux. .il.mol «!

De ce jour, le colonel Rossel commence à être mis

(1) Voir à la note K les vei;sions diverses de TafTaire du Moulin- Saquel.

en suspicion par le Comité central de la garde nationale, qui voyait a\€C déplaisir s'accroître l'autorité du délégué à la guerre.

Rossel prend les devants, — Est-ce habileté? Est-ce effet fdu -hasard? Est-ce sincérité? Mais Rossel, le même jour de la pi^ise du Moulin-Saquet, va, à cinq heures du soir, à la Commune dénoncer des ordres donnés par le Comité de salut public à des généraux et des officiers sous son commandement, afin de dégager sa responsabilité des conséquences qui pourraient en résulter.

En même temps parait une lettre adressée au Times dans laquelle Rossel se défend d'avoir demandé un grade à M. Thiers.

Rossel à la Commune. — La Commune tenait sa séance en comité secret lorsque Rossel se présente. Admis à l'honneur de pénétrer dans le secret des dieux, il est soumis à un interrogatoire sévère, et, entre autres choses, on lui demande quels sont les motifs de son organisation de la garde nationale par régiment.

Il répond que la formation par régiment n'est nullement incompatible avec l'organisation par légion. La légion est une unité politique et administrative, correspondant à l'arrondissement. Ce n'est pas une unité tactique, et la preuve, c'est qu'il y a dans Pa-

ris une iégioii composée de sept bataillons et une autre composée de vingt-huit bataillons. Il a eu simplement en vue, en ordonnant la formation de régiments, le groupement d'un petit nombre de bataillons appartenant à la même légion, et formant ainsi, sous le nom de régiment ou demi-brigade, de véritables unités tactiques.

^Malgré les bonnes raisons données par le citoyen Rossel, cette organisation ne s'est jamais effectuée.

Un odieux abus, — Ainsi commence un avis du ministère de la guerre, qui dénonce un trafic qu'on ne comprend guère, puisque les habillements et les équipements sont fournis par la Commune :

Un abus odieux, qui est un vol à la nation, a lieu trop souvent dans la cité.

Des hommes indignes du nom de gardes nationaux revendent, à des compHces plus coupables encore, les équipements et les habits qui sont la propriété du peuple.

Nous avertissons ces effrontés trafiquants quêteurs marchés sont nuls et non avenus, et que ceux qui s'y livrent s'exposent non seulement à voir saisir les objets illégalement achetés, mais à être poursuivis selon toute la rigueur des lois.

Les municipalités, les chefs de légion et de bataillon sont chargés de l'exécution du présent arrêté.

Les postes. — Les bureaux de tabac doivent se trouver en mesure de fournir à première réquisition des timbres-postes de un à vingt centimes. ^*"*'^'' iï^i^

' -AssocicitimVck Ha' défende commn)Uilé!'-^'¥ é\ixl\ai

fiiit un rêve dans lequel il voit assure le salut de lîi

Commune. Qu'est la fusion des sociétés républicaines f''^

'' UalUaiiœ républicaine, président Ledru-Rollin.

^^>I/î(Mûtt républicaine y président Dupont de Bussac:

Les défemeurs'M'là République], président Baveux-

Dumesnil. '^'^"P*^ ^ -^

'' L^- ' Comité : des vMgt 'ïirrùndissemmts , président

Hriosne^l ' ^i'î^^<*'t ^^'' -" '"' rîniifi^fanilTn ^\h M

Le Comité central de la fédération de la garde nationale, en une vaste association dite Association cle la défense communale, ^ • . •

Malgré toute Fenvie du citoyen Pyat de voir réussir ce projet, cette fusion, dont la Commune eût certainement profité/ n'eut pas lieu. ^^^^y^^y ^iKi

Nous dirons au lecteur que parmi ces socïètéé!,^ celle du Comité des vingt arrondissements existait depuis le 5 septembre 1870. Elle a fait le 31 octobre, \ affiche ronge le 2^ janvier. Beaucoup des membres du Comité central de rilôtel-de- Ville et de ceux de la Commune de Paris en' ont fait partie. ^ ^^^'^^^^'^''' •^•^'* ^to^oq^y.

Autre association. ~-, A J^x^i^ suivant est lait par les soins de la Commune, qui partout cherche des partisans :

Tous les B3.-. CG.:- FF.-. CHARB.-. des deux hémisphères, présents à Paijjj^, sont invités à assister J^ la réunion

qui aura lieu jeudi 4 mai, à sept heures et demie du soir, à l'école communale, 14, rue Volta.

Ordre du jour :

Des voies et moyens pour faire cesser la guerre civile.

Défense intérieure. — Les barricades se construisent avec ardeur. On ouvre une tranchée de la rue Pujet jusqu'au-delà du Bal de la reine Blanche. La barricade qui s'élèvera derrière cette tranchée commandera la rue Fontaine, la rue Blanche et la rue de Bruxelles.

Au rond-point d'Eylau, on installe une batterie qui aura pour objectif le Mont-Valérien.

Encore un innocenl, — Le colonel Boursier, marchand de vins, commandant la 1^^ légion, est arrêté et emprisonné, et iF ne connaît les causes de son ar» restation que par le Bappel^ auquel il adresse la lettre suivante :

De la prison militaire du Cherche-Midi, 4 mai 1871*

Citoyen rédacteur du Rappel,

J'apprends ce matin, par la voie de votre estimable journal, la cause de mon arrestation ; je l'ignorais. Je suis donc très- heureux qu'un peu de lumière se soit faite sur ma situation.

Ainsi, je suis accusé d'avoir fait évacuer le palais National par un bataillon de ma légion (le 196«^) et d'avoir conduit ce bataillon à la caserne ci-devant Napoléon.

Je suis stupéfait que le Comité de salut public ait pu, sans aulre forme de procès, mettre la m: in, sans lui demander la moindre explication, sur un des plus dévoués serviteurs de la Commune, sur un des hommes du 18 mars, qui, descendu de THôtel-de-Ville le 26, suivant sa promesse au peuple de Paris, n'a cessé de donner le concours le plus absolu, le dévoûment le plus entier à la Commune de Paris, émanation de la plus belle révolution dont la population parisienne puisse se glorifier.

Il est très-vrai que j'ai donné Tordre aux compagnies de marche du "196° bataillon d'aller occuper cette caserne ; mais cet ordre, je l'avais reçu moi-même, et par deux fois, de l'autorité directe , c'est à dire de la délégation à la guerre.

J'espère donc qu'il n'y a qu'un malentendu, et que mes amis qui m'ont ainsi fait arrêter regretteront la mesure prise à mon égard.

Je vous salue fraternellement.

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