‹ Paris sous la commune--Chapitre 4 sur 65 · X\IV · texte numérisé non relu

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muiie. Les niais du 22 en fui*eîit pour leurs frais. M. Thiers les injuria de Versailles^ pardessus le marché^ s'ëtonnant^ dans la série de l)roclanialions qui ont émaillë la guerre civile, que Paris n'eut rien lait i)our se délivrer luimême. Permettez ; qui avait donné le signal du départ^ après avoir fourni, par le rapt manqué des canons de Montmartre, le signal a l'émeute? Qui nous abandonna a nous-mêmes? Qui, enfin, j)Our comble de désastres, nous avait envoyé comme chef un amiral, brave^ je n'en doute pas, mais alïolé d'un deuil récent et sans doute de peu de cervelle en tout temps ?

Que de fois, pendant les longs jours d'oisivité et les interminables nuits d'insomnie auxquels m'avaient voué les coups de feu de la place Vendôme, j'ai retourné dans mon esprit les crimes des uns et les fautes des autres, tout ce triste bagage dont était déjà chargée la révolution dont je n'ai vu ([ue le prologue ! Il était dans ma destinée de ne plus paraître aux actes suivants. On me les a l'acontés^ et je les ai lus: je vais les

i*elire dans ce livre que ma curiosité attend avec impatience^ parce que je sais qu'il fut écrit joui* par jour, par un témoin attentif^ hardi et impartial des événements. Ceux qui se sont dévoués à la tache souvent périlleuse d'assister aux péripéties terribles ou grotesques de ce drame de deux moisj pour s'en faire ensuite les historiens, auront bien mérité de leurs concitoyens. Plus la vérité sera connue, plus il y a de chance pour qu'elle nous profite. L'écrire et la propager, c'est servir la cause nationale, apporter sa pierre à l'édifice de la restauration du peuple par le peuple. L'ignorance est un des vices cardinaux de la France moderne. Dans tous les états, on ne sait pas son état. On a inventé un mot parisien : le chic, et la France s'est mise à tout faire de chic. On a fait de chic la guérie contre la Prusse; les, résultats ne se sont pas fait attendre. C'est de chic aussi que l'on s'est flatté de maintenir l'ordre depuis le 4 septembre, et lé 18 mars avec son cortège exécrable fait foi qu'a l'intérieur comme a l'extérieur, le chic est peut-être

le pire ennemi de noli'e pays enduirai dans sa frivolité, tandis que de vieux souvenirs de gloire berçaient son amour-propre.

Le travail est la grande loi moderne. Sans lui* on ne peut faire que le mal. Voyez plutôt ce ramassis de fruits secs de toutes les écoles et de déclassés de toutes les professions, qui furent, ô honte éternelle! les maîtres de Paris pendant tout un printemps ; ne rien savoir ne les empêcha pas d'être tout-puissants pour nuire. Le crime se meut même plus à Taise dans l'ignorance, comme dans la nuit. La lumière Feiïarouche et le trouble; mais, pour être digne de servir la cause du bien, il faut ou une naïveté qui n'est plus guère de notre temps, ou une éducation sulïisante pour triompher des poisons du demi-savoir. De Fhistoire nos émeutiers ne savent que les déclamations popularisées par le roman et le drame ; de la stratégie ils ont appris l'art de faire des barricades, et de la chimie juste ce qu'il en faut pour noyer Paris dans le pétrole enflammé. Feraient-ils i)as mieux de rien savoir du tout ? Mais

il ne dépend ni d'eux, ni de nous, de retourner à Fignorance, tandis qu'il est en notre pouvoir à tous, et de notre devoir, de franchir ces méchants défilés pleins d'emhûches, et de redevenir sages par Fétude, la réflexion, Fapprentissage des notions saines, comme on le fut autrefois par l'ignorance et la foi.

S'il fallait encore absolument abattre quelque chose dans Paris, où les ruines sont ce qui manque le moins, je sais bien quelle est la co-^ lonne dont nous pourrions faire le plus volontiers le sacrifice. Je ne demande pas sa mort ; mais je me complais dans l'hypothèse où l'on nous imposerait un sacrifice déplus, et je dis : a S'il faut perdre encore un monument, eh bien ! désignons la colonne de Juillet aux coups des destructeurs, et peut-être en la perdant auronsnous joué à qui perd gagne. Cela nous changera. M. Thiers, qui en fut le père, pourra prendre le deuil, au moins par convenance; mais, en lui-même, h moins qu'il n'ait rien appris et rien oublié, je le défie de ne pas corne-

nir que noire choix est bon, et que le monument érigé par lui et désigné par nous pour le supplice, n'a jamais valu rien qui vaille pour l'éducation d'un peuple. »

C'est juillet 1830 qui a commencé la série des journées décevantes où Ton promet au peuple plus de beurre que de pain, tout en promettant de respecter le beurre de la bourgeoisie. Avant juillet 1830, révolution voulait dire : secousse terrible, crise mortelle, tremblement de terre, explosion de volcan, pluie de sang; et il n'y avait que des hommes d'un naturel vraiment féroce, montrés au doigt et fuis par leurs contemporains, qui pussent appeler de leurs vœux une révolution nouvelle. Alors vinrent les trois glorieuses que l'on vif aboutir, après une médiocre effusion de violence, à un régime à peu près semblable à celui qu'elles avaient renversé, avec plus de changements dans les personnes que dans les choses, si ce n'est que le fruit avait désormais cette tache noire, imperceptible à l'œil du vulgaire, mais qui., selon le moraliste sagace, classe

une pèche dans le panier a quinze sous; la révolution ne fit plus peur^ et Ton vit des gens qui n'étaient point du tout des scélérats ni des brutes^ qui avaient des enfants, et dont quelquesuns cultivaient un art d'agrément, commencer à propager cette doctrine que la révolution n'était pas du tout une hydre malfaisante; quatort on en fiusait peur aux hommes comme de Croquemitaine aux enfants; que c'était dans la vie des nations un enfantement douloureux parfois, mais fécond et nécessaire, et Ton vit quantité d'esprits renommés embrasser la profession lucrative d'accoucheurs de révolutions.

Voila la leçon que donne la colonne de Juillet.

Il est curieux de suivre la liste des histoiiens célèbres de notre révolution mère et modèle des autres. C'est d'abord MM. ïhiers et Mignet, dont l'admiration ne va pas au-delà de Mirabeau et de la Constituante; M. de Lamartine pousse jusqu'aux Girondins; M. Michelet a pris pour dieu Danton; M. Louis Blanc préfère Robespierre;

un autre n'a pas reculé devant Tapothëose de Marat. Après ce dernier^ il faut tirer réchelle.

Ce changement successif de héros chez les historiens divers de la Révolution est intéressant à noter au passage^ parce qu'il coïncide exactement avec la marche de Tesprit public et les progrès de son ascension jusqu'au sommet de la montagne. Peu à peu les crimes sont devenus vertu s ^ et les vertus fadeurs. Les tribuns du peuple ont inventé a l'usage de leurs passions un évangile révolutionnaire aussi étranger à la vérité historique que les sermons monarchiques du Père Loriquet. Et voila comment, l'ignorance des uns secondant la perversité des autres, et le prolétariat ayant mis de la partie les rugissements de son ventre 5 nous eûmes 1848 succédant presque sans secousse à 1830. et la République tout court à la meilleure des républiques.

Je ne referai ici l'histoire ni des journées de Juin ni de l'Empire qui en sortit tout armé pour la répression, ni da 4 septembre, où nous vîmes triompher la révolution idéale selon les bour-

geoîs^ la révolution sans un coup de fusil^ en deux promenades^ Tune à la Chambre des députésj Fautre à FHôtel-de-Ville. On s'embrassait partout. Celait délirant. Les Prussiens en furent oubliés. Les fusils ne furent plus^ quinze jours durant^ que des porte-bouquets. Nous expions à présent ces rêves d'Arcadie et ces enfantillages. La vraie l'évolution nous a montré sept mois plus tard son visage de Méduse^ enluminé des pourpres carnavalesques dont^ nouveaux Marat^moins la sobriété, les cascadeurs du 18 mars Tavaient panaché. Ce qui suit est féroce à dire, et j'invoque avant de le dire mon titre de victime et mon franc parler de blessé : il ne faut rien regretter, ni le sang précieux prodigué, ni les édifices rares brûlés, ni les églises profanées, ni les martyrs eux-mêmes, si nous avons appris enfin à ne plus confondre le bien avec le mal, Ba cause avec Feffet, et à ne pas nous imaguier [u'un pays qui a perdu pied en rejetant tout uûncipe peut rester suspendu en Fair au-dessus les abîmes, invoquant 1 ojdre comme un enfant

perdu appelle sa bonne, et ne sachant pas revenir à la maison.

La maison pour un peuple égaré, ce sont les principes.

Saint' Germain, le 3 juin 187i.

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