‹ Paris sous la commune--Chapitre 51 sur 65 · L. Boursier, Collet, Chardon^ Houx, P. Henry · texte numérisé non relu

L. Boursier, Collet, Chardon^ Houx, P. Henry

Note B {p. 173).

La police sous la Comtuune.

Suppression du Bien public et de I'Opinion nation.vli:.

C'est M. Pilotell, dessinateur caricaturiste, homme de lettres, qui est venu hier soir procéder, au nom de la Commune, à la saisie du Bien public et de VOpinion nationale.

Mais déjà la plupart des exemplaires tirés avaient été emportés par les marchands, et M. Pilotell dut se contenter de quatre ou cinq cents numéros.

Toutefois, la saisie du Bien public ne s'est pas seulement faite à Fimprimerie : on a été chez les vendeurs, dans les kiosques; on a arrêté les crieurs. Le butin n'a pas été grand: l'éveil avait été donné, et tout ce monde qui vit de la presse était sur ses gardes.

Les agents ont mis en œuvre, sans plus de succès, un pioeédé fort ingénieux : chacun d'eux prend une petite lille à qui il donne 1 fr. ou 1 fr. 50, et la conduit devant le kiosque; l'enfant demande le journal pour son papa ; la marchande, sans défiance, tire un numéro; l'agent survient et saisit tous les autres.

Le zèle de ces agents les a même emportés à des façons tout à fait... impériales. L'un d'eux, sur le boulevard Montmarti'e, s'est avisé d'arracher le Bien public à un passant. Mais la foule s est amassée, et comme l'individu était en bourgeois, on l'a conduit au poste de la rue Drouot, où il a dû exhiber une commission d'agent. Il continuait le rhétier dont il avait Thabitude sous l'Empire.

Note C(p, 173).

Lii^te deM prêtres et des religieux arrêtés à Paris du f<^* au S O avril 1891.

La liste que nous publious a été faite d'après les renseignements que nous avons pu nous procurer; elle est exacte, mais incomplète, l^r avril. — M. Blondeau, curé de Notre-Dame de Plaisance.

2 avril. — M. Crozes, aumônier de la prison de la Roquette.

3 a.vril. — Le R. P. Ducoudray, jésuite, recteur de Técole Sainte- Geneviève. — Les RR. PP. Clair, Chauveau Tailhan, de Régnon, Biot, Guilhermy, jésuites. — Les RR. PP. Dominicains présents au couvent de la rue Saint-Jean-de-Beauvais, gardés à domicile.

4 avril. — Ma^' Darboy, archevêque de Paris. — Ma^ Sura, grandvicaire, archidiacre. — M. Lagarde, grand-vicaire, archidiacre. — M. Jourdan, grand-vicaire, archidiacre. — M. Petit, secrétaire-général de rArchevêché. — MM. Pelgé et Schapfer, secrétaires.

5 avril. — M, Deguerry, curé de la Madeleine. — M. Moléon, curé de Saint-Séverin. — Le R. P. Olivaint, supérieur de la maison des Jésuites, rue de Sèvres; le P. Caubert, économe.

6 avril. — M. Icard, supérieur du séminaire Saint-Sulpice. — MM. Roussel et Hogan, directeurs. — M. Simon, curé de Saint-Eustache. — M. Regnault, vicaire.

7 avril. — M. Bertaux, curé de Saint-Pierre de Montmartre. — M. Olmer, vicaire, et les autres vicaires faits prisonniers au presbytère.

8 avril. — Le R. P. Bousquet, supérieur de la congrégation de Picpus; onze pères et un frère.

9 avi'il. — M. Bayle, vicaire général, promoteur diocésain.

10 avril. — M. Miquel, premier vicaire de Saint-Philippe-du- Roule.

11 avril. — Le F. Galixte, premier assislant des frères de la doctrine chrétienne. — M. Sabathier, premier vicaire de Notre-Damede-Lorette.

13 avril. — M. Lartigue, curé de Saint-Leu, et tous les vicaires de la paroisse. — M. Recourt, curé de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.

14 avriL — M. Millaut, curé de Saint-Roch. — M. Ghartrairi, second vicaire. — M. Gorrier, prêtre habitué.

15 o.vril. — Un vicaire de Saint-Bernard-la-Ghapelle.

16 avrlL — M. de Geslain, curé de Saint-Médard. — M. Rossignol, premier vicaire, et plusieurs autres vicaires. — MM. Dumas, Normand, Gazaux et de Marcy, vicaires de Saint-Yincent-de-Paul. — M. Orse, premier vicaire de Notre-Dame-de-Plaisance. — Un vicaire de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. — M. Sire, professeur au séminaire Saint-Sulpice.

19 avril. — Expulsion de chez elles des sœurs de Saint- Vincentde-Paul.

20 avril, — MM. Perny et Mouillon, prêtres des Missions étrangères.

Il faut ajouter les supérieurs, directeurs et professeurs du sémi« naire d'Issy, retenus prisonniers dans leur maison ; sept séminaristes du séminaire de Saint-Sulpice, écroués à la Gonciergerie; plusieurs Pères jésuites gardés dans leurs maisons des Moulineaux et dé Vaugirard; un bon nombre de prêtres arrêtés individuellement dans la rue, ce qui porte à deux cents au moins le nombre des prêtres et des religieux arrêtés en l'espace de vingt jours. Sur ce nombre, les uns ont été relâchés; les autres, en grande majorité, sont actuellement incarcérés dans les prisons de la Gonciergerie, de Mazas et de la Santé.

Note D (p. 176).

Déclaratlosi au peuple français.

JDans le conflit douloureux et terrible qui impose une fois encore à Paris les horreurs du siège et du bombardement, qui fait couler le sang français, qui fait périr nos frères, nos femmes, nos enfants écrasés sous les obus et la mitraille , il est nécessaire que l'opinion publique ne soit pas divisée, que la conscience nationale ne soit point troublée.

Il faut que Paris et le pays tout entier sachent quelle est la nature, la raison, le but de la révolution qui s'accomplit. Il faut enfin que la responsabilité des deuils, des souffrances et des malheurs dont nous sommes les victimes retombe sur ceux qui, nprès avoir trahi

la France et livré Paris à l'étranger, poursuivent avec une aveugle et cruelle obstination la ruine de la capitale, afin d'enterrer, dans le désastre de la République et de la liberté, le double témoignage de leur trahison et de leur crime.

La Commune a le devoir d'affirmer et de déterminer les aspirations et les vœux de la population de Paris; de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles.

Cette fois encore, Paris travaille et souffre pour la France entière, dont il prépare, par ses combats et ses sacrifices, la régénération intellectuelle, morale, administrative et économique, la gloire et la prospérité.

Que demande-t-il?

La reconnaissance et la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement régulier et libre de la société ;

L'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France, et assurant à chacune l'intégralité de ses droits, et à tout Français le plein exercice de ses facultés et de ses aptitudes, comme homme, citoyen et travailleur.

L'autonomie de la Commune n'aura pour limites que le droit d'autonomie égal pour toutes les autres communes adhérentes au contrat, dont l'association doit assurer l'unité française.

Les droits inhérents à la Commune sont :

Le vote du budget communal, recettes et dépenses ; la fixation et la répartition de l'impôt; la direction des services locaux ; l'organisation de sa magistrature, de la police intérieure et de l'enseignement; Fadministration des biens appartenant à la Commune;

Le choix par l'élection ou le concours, avec la responsabilité, et le droit permanent de contrôle et de révocation des magistrats ou fonctionnaires communaux de tous ordres;

La garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et la liberté du travail ;

L'intervention permanente des citoyens dans les affaires communales par la libre manifestation de leurs idées; la libre défense de leurs intérêts ; garanties données à ces manifestations par la Commune, seule chargée de surveiller et d'assurer le libre et juste exercice du droit de réunion et de publicité ;

L'organisation de la défense urbaine et de la garde nationale, qui élit ses chefs et veille seule au maintien de l'ordre dans la cité.

Paris ne veut rien de plus à titre de garanties locales, à condition, bien entendu, de retrouver dans la grande administration centrale, délégation des communes fédérées, la réalisation et la pratique des mêmes principes.

Mais, à la faveur de son autonomie, et profitant de sa liberté d'action, Paris se réserve d'opérer comme il l'entendra, rbez lui, les réformes administratives et économiques que réclame sa population ; de créer des institutions propres à développer et propager l'instruction, la production, l'échange et le crédit; à universaliser le pouvoir et la propriété, suivant les nécessités du moment, le vœu des intéressés et les données fournies par Texpérience.

Nos ennemis se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de vouloir imposer sa volonté ou sa suprématie au reste de la nation, et de prétendre à une dictature qui serait un véritable attentat contre l'indépendance et la souveraineté des antres communes.

Ils se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de poursuivre la destruction de l'unité française, constituée par la Révolution, aux acclamations de nos pères, accourus à la fête de la fédération de tous les points de la vieille France.

L'unité, telle qu'elle nous a été imposée jusqu'à ce jour par l'Empire, la monarchie et le parlementarisme, n'est que la centralisation despotique, inintelligente, arbitraire ou onéreuse.

L'unité politique, telle que la veut Paris, c'est lassociation volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontané et libre de toutes les énergies individuelles en vue d'un but conimun, le bienêtre, la liberté et la sécurité de tous.

La révolution communale, commencée par l'initiative populaire du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive et scientifique.

C'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la patrie ses malheurs et ses désastres.

Que cette chère et grande patrie, trompée par les mensonges et les calomnies, se rassure donc!

La lutte engagée entre Paris et Versailles est de celles qui ne peuvent se terminer par des compromis illusoires : l'issue n'en saurait être douteuse. La victoire, poursuivie avec une indomptable énergie par la garde nationale, restera à Fidée et au droit.

Nous en appelons à la France !

Avertie que Paris en armes possède autant de calme que de bravoure; qu'il soutient Tordre avec autant d'énergie que d'entljousiasme ; qu'il ne s'est armé que par dévoijment pour la liberté et la gloire de tous, que la France fasse cesser ce sanglant conilit!

C'est à la France à désarmer Versailles par la manifestation solennelle de son irrésistible volonté.

x\ppelée à bénéficier de nos conquêtes, qu'elle se déclare solidaire de nos efforts ; qu'elle soit notre alliée dans ce combat qui ne peut fmir que par le triomphe de l'idée communale ou par la ruine de Paris !

Quant à nous, citoyens de Paris, nous avons la mission d'accomplir la révolution moderne, la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l'histoire.

Nous avons le devoir de lutter et de vaincre!

Paris, le 19 avril 1871.

La Commune de Parh.

Cette pièce a été rédigée par M. Pierre Denis, coll:^boratenr au journal le Vengeur et au (Irl du PeAiple.

Note E (p, 181).

DeNCUutioTi de WL. l*ilotell.

Le public s'est ému de certaines irrégularités qui auraient accompagné l'arrestation du sieur Polo.

Ce citoyen, arrêté en vertu d'un mandat régulier, sur présomptions graves de relations avec Versailles, a été mis en liberté, après instruction, pour insuffisance de preuves.

La mise en disponibilité du citoyen Pilotell a été motivée par des négligences de formes qui n entachent en rien Thonorabilité de ce" citoyen.'

Le délégué à la commission de sûreté gétiérale,

Raoul RiGAULT.

Note P (p, 185),

La suspension d'arniei».

(Affiche rouge placardée dans Paris.)

Suspension d'armes pour l'évacuation de neuilly vxr les noncombattants , LE MARDI 25 AVRIL 1871 , DE NEUF HEURES DX' MATIN A CINQ HEURES DU SOI'R.

Un armistice, en faveur de Neuilly?, pour le mardi 25 avril 1871, de neuf heures du matin à cinq heures du soir, est consenti dans les conditions suivantes :

Les troupes de Versailles et de Paris conserveront leurs positions respectives.

D'avance et en temps utile, les populations de Neuilly seront informées qu'il y aura une suspension d'armes pendant laquelle elles pourront abandonner le terrain de la lutte commune, pour aller résider où bon leur semblera, sans toutefois passer par le pont de Neuilly et l'intérieur des lignes des troupes de Versailles.

Les personnes résidant dans lesdites lignes, et qui ne seraient pas admises à entrer dans Paris, se dirigeront vers Saint-Ouen et Saint- Denis. La route leur sera rendue praticable par la cessation du feu sur toute la ligne, depuis Neuilly jusqu'à Saint-Ouen.

Il est entendu que, pendant larmistice, aucun mouvement de troupes ne se fera, soit du côté de Paris, soit du côté de Versailles.

Si, par impossible, il en était autrement, si des mouvements ou reconnaissances se produisaient , la retraite serait battue par les troupes de Versailles, et réciproquement à Paris.

Les citoyens Loiséau-Pinson et Armand Adam, présents sur la limite occupée par les troupes de Versailles et de Paris, et qui y resteront pendant tout le temps de l'armistice, seraient dans ce cas prévenus que tout mouvement d'émigration est suspendu et que les hostilités vont recommencer.

Les citoyens Bonvalet et Hippolyte Stupuy, présents sur la même limite occupée par les troupes de Paris et de Versailles , et qui se-

; ront venus de Paris, seraient à leur tour immédiatement prévenus par les citoyens Loiseau-Pinson et Adam.

Ces conditions sont approuvées et acceptées par le général commandant le premier corps d'armée et la Commune de Paris.

24 avriH871.

Les délégués près l'armée de Paris :

J. BoNVALET, ex-maire du 3^ arrondissement ; H. Stupuy, homme de lettres.

Les délégués près Vannée de Versailles :

Armand Adam; Loiseau-Pinson, ex-adjoint au 2® arrondissement.

De son côté^ la Commune faisait affîdier les deux placards que voici :

Une suspension d'armes de quelques heures a été convenue pour permettre à la malheureuse population de Neuilly de venir chercher dans Paris un abri contre le bombardement sauvage qu'elle subit depuis vingt-deux jours.

Le feu cessera aujourd'hui mardi, 25 avril, à neuf heures du matin.

Il sera repris aujourd'hui, à cinq heures de Vaprès-midi.

Paris, 25 avril 1871.

La commission executive :

Jules Andrieu, Cluseret, Franckel, Jourde, Paschal Grousset, Protot, Raoul Rigault, Vaillant, Yiard.

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