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AU PEUPLE DE PARLS

Citoyens,

Il y a sept mois à peine, nos frères de Neuilly venaient demander aux remparts de Paris un abri contre les obus prussiens.

A peine revenus dans leurs foyers , c'est par les obus français qu'ils en sont chassés pour la seconde fois.

Que nos bras et nos cœurs soient ouverts à tant d'infortunes.

Cinq membres de la Commune ont reçu le mandat spécial d'accueillir à nos portes ces femmes, ces enfants, innocentes victimes de la scélératesse monarchique.

Les municipalités leur assureront un toit.

Le sentiment de la solidarité humaine, si profond chez tout citoyen de Paris, leur réserve une hospitalité fraternelle.

Paris, le 25 avril 1871.

La commission executive :

Jules Andrieu, Cluseret, Franckel, Jourde, Paschal Grousset, Protot, Raoul Rioaui.t, Vaillant, Vlvrd.

Note G (p. 186).

IVeuill;;^ pendant rarniistiee«

Ce n'est qu'à neuf heures précises que les obus de Courbevoie et du Mont-Yalérien ont cessé de pleuvoir sur les quartiers des Ternes et des Champs-Elysées. Un des derniers projectiles lancés tombe sur le château de l'Étoile et y met le feu. L'incendie se développe avec rapidité. La foule regarde avec tristesse ce spectacle de désolation. Les habitants de Neuilly sont là en nombre ; ils attendent Fouverturfe des portes pour faire une dernière visite à leurs maisons dévastées, brûlées, détruites. L'annonce de la suspension darmes, le beau soleil qui brille au ciel, la rencontre faite de voisins et d'amis quune même espérance réunit — c'est ainsi que le Journal de Paris raconte sa visite à Neuilly — avaient jeté quelque consolation dans cette foule où la gaité était presque revenue ; l'incendie allumé par cet obus malencontreux ramène la tristesse dans toutes les âmes. On se presse vers les portes pour sortir plus tôt. Neuf heures sonnent; les portes restent closes.

Vainement essaie-t-on de parlementer;, les gardes nationaux sont inllexibles : on ne passe pas. L'armistice existe bien cependant; mais si l'on permet aux habitants restés à Neuilly de venir se réfugier à Paris, on ne permet pas aux Parisiens de sortir.

Les malheureux habitants restés depuis trois semaines dans les

caves des maisons bombardées sont pour la plupart des êtres faibles : des vieillards, des malades, des femmes, des enfants. Les hommes valides se sont échappés au milieu des balles et sont en sûreté depuis longtemps. Il faut aux faibles créatures encore emprisonnées mi secours étranger pour pouvoir profiter du répit qui leur est accordé, (le seconrs leur est refusé : chacun doit se suffire à soi-même. Malgré les refus inexorables qu on oppose à toutes les prières, le plus grand nombre reste dans le voisinage des portes. Repoussé à la porte des Ternes, repoussé à la porte de Villers, on passe enfin par la porte Bineau. Hors des murs, la foule est peu considérable. Ce côté a peu souffert. Les maisons de lavenue Borghèse sont presque toutes entières, et les fédérés y ont établi leurs ambulances. La dévastation devient à chaque pas plus complète. Ici, une maison a perdu son toit; là, tout un pan de muraille s'est écroulé. Partout, l'incendie et la luine.

La foule est devenue plus nombreuse. On sort maintenant par la porte des Ternes. Des Messieurs portant une carte rouge au chapeau, tout comme aux courses, dans l'enceinte du pesage, se promènent d'un air important.

La porte Maillot est impraticable. Le bombarment Fa entièrement détruite. On travaille avec ardeur à la réparer, ce qui est peut-être peu d'accord avec les conditions d'un armistice.

M. Xavier Eyma, ainsi que le dessinateur M. Hadol, purent sortir de leurs caves.

N'importe! Cette journée était triste, quoique la plupart des spectateurs de ces ruines et de ces misères obéissaient plus à la curiosité qu'à un sentiment de pitié.

Note H {p. 186).

La législation communale.

Sur la proposition du citoyen Protêt, délégué à la justice,

La Commune de Paris,

Considérant que si les nécessités de salut public commandent l'institution de juridictions spéciales, elles permettent aux partisans du droit d'affirmer les principes d'intérêt social et d'équilé, qui sont supérieurs à tous les événements :

Le jugement par les pairs; L'élection des magistrats; La liberté de la défense,

Décrète :

Art. le^ — Les jurés seront pris paririi les délégués de la garde nationale élus à la date de la promulgation du décret de la Commune de Paris, qui institue le jury d'accusation.

Art. 2. — Le jury d'accusation se composera de quatre sections, comprenant chacune douze jurés tirés au sort, en séance publique de la Commune dé Paris, convoquée à cet effet. Les douze premiers noms sortis de l'urne composeront la première section du jury. Il sera tiré en outre, pour cette section, huit noms de jurés supplémentaires, et ainsi de suite pour les autres sections. L'accusé et la partie civile pourront seuls exercer le droit de récusation.

Art. 3. — Les fonctions d'accusateur public seront remplies par un procureur de la Commune et par quatre substituts, nommés directement parla Commune de Paris.

Art. 4. — Il y aura auprès de chaque section un rapporteur et un greffier, nommés par la commission de justice.

Art. 5. — L'accusé sera cité à la requête du procureur de la Commune ; il y aura au moins un délai de vingt-quatre heures entre la citation et les débats.

L'accusé pourra faire citer, même aux frais du trésor de la Commune, tous témoins à décharge. Les débats seront publiés. L'accusé choisira librement son défenseur, même en dehors de la corporation des avocats. Il pourra proposer toute exception qu'il jugera utile à sa défense.

Art. 6. — Dans chaque section, les jurés désigneront eux-mêmes leur président pour chaque audience. A défaut de cette élection, la présidence sera dévolue par la voie du sort.

Art. 7. — Après la nomination du président, les témoins à charge et à décharge seront entendus. Le procureur de la Commune ou ses substituts soutiendront l'accusation. L'accusé et son conseil proposeront la défense. Le président du jury ne résumera pas les débats.

A.RT. 8. — L'examen terminé, le jury se retirera dans la chambre de ses délibérations. Les jurés recevront deux bulletins de vote portant, le premier ces mots : « L'accusé est coupable ; » le second ces mots : « L'accusé n'est pas coupable. »

Art. 9. — Après sa délibération, le jury rentrera dans la salle

(l'audience. Chacun des jurés déposera son bulletin dans Turne; le scrutin sera dépouillé par le président ; le greffier comptera les votes et proclamera le résultat du scrutin. L'accusé ne sera déclaré coupable qu'à la majorité de huit voix sur douze.

Art. 10. — Si l'accusé est déclaré non coupable, il sera immédiatement relaxé.

Art. 11. — Toutes citations devant le jury et toutes notifications quelconques pourront être faites par les greffiers des sections du jury d'accusation. Elles seront libellées sur papier libre et sans frais.

Paris, le 22 avril 1871.

Note I (p. 197),

La franc-maçonnerie à rHôtel-de-'Vîlle.

Hier 29, la ville de Paris présentait une animation à laquelle on n'était plus accoutumé depuis longtemps : on savait que les francsmaçons devaient essayer leur dernière démarche pacifique en allant planter leurs bannières sur les remparts de Paris, et que s'ils échouaient, la franc-maçonnerie tout entière devait prendre parti contre Versailles.

Dès neuf heures du matin, une députa tion des membres de la Commune sortit de l'Hôtel-de-Ville, musique en tête , se dirigeant vers le Louvre, à la rencontre de la manifestation franc-maçonnique.

A onze heures, la députation était de retour, et les francs-maçons faisaient leur entrée dans la cour d'honneur de THôtel^de-Ville, disposée à l'avance pour les recevoir. La garde nationale faisait la haie.

La Commune tout entière s'était placée sur le balcon, du haut de l'escalier d'honneur, devant la statue de la République, ceinte d'une écharpe rouge et entourée de trophées des drapeaux de la Commune.

Les bannières maçonniques vinrent se placer successivement sur les marches de l'escalier, étalant aux yeux de tous les maximes humanitaires, qui sont les bases de la franc-maçonnerie et que la Commune s'est donné à tâche de mettre en pratique.

Une bannière blanche entre toutes les autres a Trappe notre attention. Elle était portée par un artilleur, et on y lisait en lettres rou'ges . « Aimons-nous les uns les autres ! »

Dès que la cour fut pleine, les cris : a Vive la Commune ! vive la franc-maçonnerie! vive la République universelle! » se font entendre de tous les côtés.

Le citoyen Félix Pyat, membre de la Commune, prononce d'une voix forte et émue les paroles suivantes :

« Frères, citoyens de la grande patrie, de la patrie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Égalité, Fraternité, et plus logiques, que la Ligne des droits de Paris^ vous, francs-marons, vous faites suivre vos paroles de vos actions.

« Aujourdliui les mots sont peu, les actes sont tout. Aussi, après avoir affiché votre manifeste — le manifeste du cœur — sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d'humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée.

« Vous allez protester ainsi contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle. (Bravos unanimes et cris de : Vive la République ! vive la Commune!)

« Aux hommes de Versailles vous allez tendre une main désarmée, — désarmée, mais pour un moment, — et nous, les mandataires du peuple et les défenseurs de ses droits, nous les élus du vote, nous voulons nous joindre tous à vous, les élus de l'épreuve, dans cet acte fraternel. (Nouveaux applaudissements. — Vive la Commune ! — Vive la République !)

« La Commune avait décidé qu'elle choisirait cinq de ses membres pour avoir l'honneur de vous accompagner, et il a été proposé, justement, que cet honneur fût tiré au sort; le soii a désigné cinq noms favorisés pour vous suivre, pour vous accompagner dans cet acte glorieux, victorieux. (Marques d'approbation.)

« Votre acte, citoyens, restera dans l'histoire de la France et de l'humanité.

« Vive la République universelle ! » (Applaudissements. — Vive la Commune ! — Vive la République!)

Le citoyen Beslay, membre de la Commune, a Citoyens, je me suis associé, comme vous, aux paroles que vous venez d'entendre, à ces paroles fraternelles qui rassemblent ici tous les francs-maçons.

(( Le sort ne m'a pas favorisé, hier, lorsqu'on a tiré les noms des membres de la Commune qui devaient aller recevoir les francs-maçons. Nous avons voulu qu'il y eût un tirage au sort des noms, parce

que toute la Coimnuiie de Paris voulait s'associei', dès le cotniiiencement, à cette grande manifestation; je n'ai pas eu le bonheur d'être désigné, mais j'ai demandé pourtant à aller au devant de vous, comme doyen de la Commune de Paiis, et aussi de la francmaçonnerie de France, dont j*ai l'honneur de faire partie depuis cinquante-six ans.

(( Que vous dirais-je, citoyens, après les paroles si éloquentes de Félix Pyat? Vous allez l'aire nn grand acte de fraternité en posant votre drapeau sur les remparts de notre ville et en vous mêlant dans nos rangs contre les ennemis de Versailles. (Oui! oui! — Bravo!)

(( Citoyens, frères, permettez-moi de doimer à l'un de vous l'accolade fraternelle. »

(Le citoyen Beslay embrasse l'un des francs-maçons placés près de lui. — Applaudissements. — Vive la Commune ! — Vive la République !)

Un franc-maçon, une bannière en raairt : « Je réclame Fhonneur de planter la première bannière sur les remparts de Paris, la bannière de la Persévérance^ qui existe depuis 1790. » (Bravos.)

La musique du bataillon joue la Marseillaise.

Le citoyen Léo Meillet. « Vous venez d'entendre la seule musique que nous puissions écouter jusqu'à la paix définitive.

« Voici le drapeau rouge que la Commune de Paris offre aux députations maçonniques.

« Ce drapeau doit accompagner vos bannières pacifiques : c'est le drapeau de la paix universelle, le drapeau de nos droits fédératifs, devant lequel nous devons tous nous grouper, afin d'éviter qu'à l'avenir une main, quelque puissante qu'elle soit, ne nous jette les uns «ur les autres,' autrement que pour nous embrasser. (Applaudissements prolongés.)

<<. C'est le drapeau de la Commune de Paris que la Commune va confier aux fiancs-maçons. 11 sera placé au devant de vos bannières et devant les balles homicides de Versailles.

« Quand vous les rapporterez, ces bannières de la franc-maçonnerie, qu'elles reviennent déchirées ou intactes, le drapeau de la Commune n'aura pas faibli. Il les aura accompagnées au milieu du feu; — ce sera la preuve de leur union inséparable. » (Nouveaux applaudissements.)

Le citoyen Térifocq prend le drapeau rouge des mains du citoyen Léo Meillet et adresse ces paroles à l'assemblée :

« Citoyens, frères,

(( Je suis du nombre de ceux qui ont pris l'initiative d'aller planter rétendard de la paix sur nos remparts, et j'ai le bonheur de voir à leur tête la bannière blanche de la loge de Vincennes, sur laquelle sont inscrits ces mots : « Aimons-nous les uns les autres ! » (Bravos.)

« Nous irons présenter cette bannière la première devant les rangs ennemis ; nous leur tendrons la main, puisque Versailles na pas voulu nous entendre î

« Oui, citoyens, frères, nous allons nous adresser à ces soldats, et nous leur dirons : « Soldats de la même patrie, venez fraterniser avec nous; nous n'aurons pas de balles pour vous avant que vous nous ayez envoyé les vôtres. Venez nous emibrasser, et que la paix soit faite! » (Bravos prolongés. — Sensation.)

« Et si cette paix s'accomplit, nous rentrerons dans Paris, bien convaincus que nous aurons remporté la plus belle victoire, celle de l'humanité!

« Si, au contraire, nous ne sommes pas entendus, et si Ton tire sur nous, nous appellerons à notre aide toutes les vengeances; nous sommes certains que nous serons écoutés, et que la maçonnerie de toutes les provinces de France suivra notre exemple ; nous sommes sûrs que sur chaque point du pays oii nos frères verront des troupes se diriger sur Paris, ils iront au devant d'elles pour les engager à fraterniser.

« Si nous échouons dans notre tentative de paix, et si Versailles donne l'ordre de ne pas tirer sur nous pour ne tuer que nos frères sur les remparts, alors nous nous mêlerons à eux, nous qui n'avions pris jusqu'ici le service de la garde nationale que comme un service d'ordre, ceux aussi qui n'en faisaient pas partie, comme ceux qui étaient déjà dans les rangs de la garde nationale, et tous ensemble nous nous joindrons aux compagnies de guerre pour prendre part à la bataille et encourager de notre exemple les courageux et glorieux soldats défenseurs de notre ville. » (Adhésion générale. — Applaudissements prolongés. Vive la Commune! vive la franc-maçonnerie I)

Le citoyen ïérifocq agite le drapeau de la Commune qu'il tient entre les mains, et il s'écrie :

(( Maintenant, citoyens, plus de paioles; à laction ! »

Los dépiitatioris tlo la rranc-inac'oiinorie, accompai^nées dos moinbres de la Commune, sortent de rHotel-de-Yille. Pendant le défilé, l'orchestre joue la MarseiUakc.

Note J {]i. 220).

Votes motivés de la proposition Hliot pour la nomination d'un comité de salut publie.

Votes POVR.

J'ai accepté le mandat impératif; je crois être logique avec mes paroles et mes engagements en votant X)Our le Comité de salut public. Ferré.

Absent lors de la discussion sur la qualification de Comité de salut public, et sous le bénéfice des observations que j'avais à présentei' sur le titre même de « Comité de salut public, » je voie pour.

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