Tome I. n
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une heure aprùs-niidi, au poste de la prison de l'Abbaye et a reipiis un sous-officier de faire arrêter l'individu qu'il lui a montré et qu'il suivait depuis quelque temps dans celte intention, l'ayant connu à Londres comme agent du ministère britannique.il a offert de se constituer prisonnier et de demeurer ainsi à la disposition des autorités. Le sous-ofticier a refusé, l'individu désigné a disparu pendant celte discussion. Ce fait a été communiqué à M. le maréchal gouverneur de Paris.
Allemands. — Lu émigré, dont les rapports méritent conliance, a rencontré hier chez le prince d'Isenburg plusieurs Allemands de marque s'entretenant de politique. L'un deux, qu'il a cru être le comte de Schœnborn, neveu de l'archi-chancelier, a dit que, suivant les lettres qu'il avait reçues de Vienne et Prague, la Prusse se rapprochait exlraordinairement de l'Autriche, et que, sans qu'on pai'làl positivement de guerre, les préparatifs immenses qu'on faisait de toutes parts faisaient présumer qu'on la prévoyait. Il a fait ensuite diverses observations sur la situation actuelle de la FraïK-e, et les a lei'minées ainsi : Mit so viel Verzehnaig lang und [est bleiben, das heisl eine pfujsische Un?nôglich/xeit. Traduction : « Exister longtemps et solidement avec autant de dépenses, cela s'appelle une impossibilité ph3'sique. »
(Arch. nal., AF iv, 1491.)
HaI'I'ORT DI-: LA l'HKI liCTUlU': UE l'OLlCE DU MKMK JOLR.
Réunions. — Un rapporte (jue les députés militaires sont généralement mécontents de ce qu'on les destine à border la haie sur la route du cortège. Ils disent qu'ils espéraient tous être admis dans Notre-Dame. — Il résulte des observations dirigées depuis longtemps et avec soin sur les exclusifs que ces hommes sont sans aucun moyen, (ju'ils sont extrêmement divisés entre eux, et qu'ils vivent dans la plus grande déOancc. Ils n'osent presque pas même parler, dans la crainte de rencontrer un faux frère, et de se faire arrêter ; jamais enlin ils u'onl été plus méprisables et moins dangereux. Les royalistes ont conservé plus de hardiesse dans leurs propos, on pourrait dire plus d'insolence. — Le bruit se répand dans le public que le roi d'Angleterre va abdiquer en faveur du prince de Galles.
Journaux. — Les feuilles de ce jour ne sont remplies que d'articles officiels. On a remarqué que le Journal du Soir et la Gazelle de France ne portaient en léte la date que suivant le calenilrier grégorien . .
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Bourse. — Au momcnl de la clôture de la dernière Buurse, le cours des cinq pour cent s'était un peu amélioré, mais ce faible avantage a disparu aujourd'hui, et, malgré qu'il ne soit pas fait autant d'affaires que les jours précédents, les offres ont paru plus nombreuses. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 58 francs ; 57 fr. 95 ; 58 francs, 57 fr. 95 ; 58 francs, 57 fr. 95 c. Actions de la Banque de France, 1.145 francs.
Dubois.
(Ai-ch. nat., V, 3833.)
Journaux.
Journal des Dames et des Modes du 10 frimaire : « Paris, le 9 frimaire. ...Allez à la Bibliothèque nationale. Cet homme qui feuillette avidement l'histoire des peuples anciens, et qui, armé d"un crayon, ouvre tour à tour le livre et son petit souvenir, vous croyez que c'est un littérateur, un antiquaire, un savant, et pas du tout: c'est le dessinateur de Cydalise, qui veut absolument créer pour Madame un costume moderne modelé sur l'antique, cl qui doit se l'aire remarquer à l'Opéra, à la première représentation de bienfaisance... » — « Une l'emmc décente peut montrer son sein, ses bras et ses épaules; mais la pudeur du jour veut absolument qu'une femme bien née cache son col au point d'emboiler son menton. Voilà pourquoi toutes les élégantes portent des collerettes en forme de cravates appelées Gabrielles ; on quitte cet ornement chez soi ; mais, avant de partir une petite maîtresse ne manque pas de dire à sa femme de chambre : Bonne-moima Gabrielle »
CXGV
10 FlîlMAlUK AN XIII i^' UKCKMHHK ISOi).
Journaux.
t'iiizelle de France du 11 irimuire : « J'nris, 10 /'rintaire ...<.)n a cncoie exercé hier les superbes attelages destinés à conduire demain à .Notre-Dame les principales voitures du cortège. Ils étaient au nombre de dix à douze, composés de dix chevaux chacun, à l'exception de celui qui conduira la voilure (lu sacre. Ce dernier est composé de huit chevaux gris-pommelés, de la plus grande beauté et parfaitement appareillés. Celte sorte d'exhibition a eu pour objet de familiariser les cochers avec l'ordre qui devra être observé dans la marche du cortège. » — Courrier Français du 11 frimaire : « Paris, iO frimaire. ...Les amateurs s'arrêtent sur le boulevard, près la nouvelle église de la .Madeleine, pour y admirer une voiture dont la richesse et l'élégance méritent de fixer l'attention. Les panneaux de la caisse imitent le spath-lluor, l'amélhysle, l'agalhe et le spath-étincelant. Ces couleurs vives et transparentes changent de nuances suivant le point de vue sous lequel on les
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considère; elles donnent un éclat qui approche de l'or, de l'acier poli et du Inirgau. Les frises des portières, dont l'une représente le retour de Mars près de Vénus, et l'autre Diane surprise par Actéon, sont d'une jolie couleur et d'une touche de maître. Le dedans de la caisse nous a paru garni de velours vert brodé en soie et en argent, enrichi de quelques pierreries. La hausse est décorée de riches franges soie et or, et d'un beau galon. Le train, richement sculpté et doré pres(|u'en |)lein, donne à cette voilure un ensemble à la fois riche et élégant .. » — « On no distingue guère par devant un incroyable d'un homme ordinaire ; c'est par derrière qu'il faut le regarder. Pour être à la mode en boutonnant son habit, on doit le faire remonter : de ce manège résultent beaucoup de plis sur la taille; ainsi plus un jeune homme a de plis sur le dos, plus vous pouvez dire qu'il est élégant... » — « Une observation à faire, surtout depuis cet hiver, c'est que peu à peu les hommes prennent des vêtements de femmes et les femmes les habits des hommes. Il y a trois ou quatre ans que nous avons parlé des habits, des collets, des culottes juponnées. adoptés par ces messieurs; mais à présent si vous entendiez un mari et sa femme demander, on sortant à leurs valets, inon spencer, ma redingote, vous croiriez ([uo le spencer est pour la femme et la redingote pour l'époux : pas du tout. Madame prend la redingote, et monsieur endosse le spencer... » — Bulletin politique et général de l'Europe du il frimaire : « Paris, le iO frimaire. ...Tout hier annonçait le temps le moins propre à une fête : un verglas très glissant semblait menacer les citoyens de les forcer à se tenir renfermés. Le soleil, pendant la journée, a fondu les glaces qui obstruaient les rues, un balayage ordonné par la police les a fait dispa raitre, et une gelée que les baromètres annoncent fait espérer demain une journée aussi belle que le vœu public le désire... » — « Il faut dorénavant rayer le mot impossible du dictionnaire français; c'est ce que disent et répèlent ceux qui observent la masse des travaux et des préparatifs de tous genres qui s'improvisent dans tous les coins de Paris, et semblent être l'ouvrage de la baguctlo m:igi(|ue dos fées »
11 FIUMAIRK AN XllI (i> DÉCE.MHUK 1804).
lUprORT DE LA PaÉFECTURE Dli POLlCt: DU 12 FRIMAIRli.
Fêtes du couronnement de Leurs Majestés Impériales. — La. joie la plus vive et la plus parfaite tranquillité n'ont cessé de régner constamment hier toute la journée, et justjue bien avant dans la nuit, alors que la foule a commencé à se dissiper. Partout, c'était un concert de louanges et de bénédictions ; on parlait avec enthousiasme du bonheur d'avoir vu tout à son aise Leurs Majestés Impériales, et de l'affabilité avec laquelle elles ont accueilli les témoignages d'amour et de reconnaissance du peu|)le. On a entendu dire, dans différents
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groupe?, que Sa Majesté venait di^ remporter la dernière ri la plu? complète victoire sur les malveillants de toutes les couleurs ; dans d'autres groupes, que, si les agents anglais rendaient à Pitt un compte fidèle de ce qui s'était passé, il verrait bien que toutes ses manœuvres sont désormais inutiles. On se félicitait aussi de la complaisance des militaires, qui facilitaient, autant que possible, aux citoyens les moyens de voir passer le cortège. Il est passé, hier soir, sur le Pont de la Cité, trois cent soixante-quatorze voitures, dont trente-quatre à six chevaux, une à quatre chevaux, et trois cent trenteneuf à deux chevaux. Nombre de personnes, demeurant dans la Cité et dans l'île Saint-Louis, se sont empressées, sur la demande des officiers de police, de piêter leurs cours, remises et écuries, pour retirer des chevaux et des voitures. On évalue le nombre des voitures qui ont amené des personnes à la métropole à sept cents. En général, les spectateurs n'ont pu s'empêcher de rire, même aux éclats, de la mule du Pape, de son caparaçon et de la figure de celui qui la montait. La fête de jour a attiré, dès ce matin, une foule immense sur les boulevards ; l'enlèvement des ballons, les jeux, les spectacles de toute espèce produisent la plus vive sensation ; on est véritablement dans l'ivresse du plaisir ; l'ordre et la tranquillité se maintiennent partout. La distribution des médailles a fait grand plaisir, et, malgré la foule, elle n'a occasionné aucun accident.
On rapporte que plusieurs magistrats, professant la religion protestante, se réunissent souvent chez M. de Pommereul', membre du Corps législatif, demeurant à Chaillot, et aussi protestant, et qu'ils y expriment leurs craintes sur la présence du Pape à Paris.
Le sieur Le Cointre, de Versailles, dont il a été si souvent question pour ses écarts démagogiques, vient de supprimer le bonnet rouge qu'il avait établi sur le toit de sa maison de Sèvres, et, en annonçant qu'il l'a fait pour obéir à l'ordre qu'il en avait reçu, il termine sa lettre, après quelques phrases dans le genre philosophique des clubs, par dire qu'il a fait remplacer ce bonnet par un coq bien doré, parce qu'il est temps enfin qu'un siècle d'or succède aux âges d'airain et de fer que nous avons si orageusernent traversés.
Journaux. — La (iazetle de France^ avant d'entrer dans le détail des cérémonies qui ont eu lieu hier à Notre-Dame, donne un aperçu rapide de l'empressement d'une population immense à se rendre plusieurs heures, même avant le lever du jour, sur tous les points où
i. Le général de Pommereul n'était pas membre du Corps lé-^islatif, mais préfet d'Indie-et-Loire.
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(lovaient passer Leurb Majestés Impériales. Le Journal de Paris peint également, de son côté, l'enthousiasme et l'allégresse publics. Les feuilles, du reste, ne se composent que des discours insérés la veille dans le Moniteur. . .
Bourse. — Malgré les précautions prises pour assurer les habitués de la Bourse qu'elle serait ouverte aujourd'hui, elle a été beaucoup moins peuplée qu'à l'ordinaire. Les négociations n'ont pas été nombreuses, et les coui's n'ont éprouvé aucune variation sensible. — o 0/0, jouissance de vemlémiciire an XIII, o8 fr. 10; 58. Actions de laBanque de France, 1.1 io francs.
(Airli. n.U., V, liSa.'J,)
Journaux.
Moniteur du 12 IVimaire : « Paris, le 12 frimaire. Nous ne pouvons donner aujourd'hui à nos lecteurs, sur l'auguste cérémonie du sacre et du couronnement, les détails qu'ils attendent de nous, et que nous nous proposons de leur olVrir. La grandeur de ces solennités, l'ordre, l'éclat et la pompe avec lesquels elles ont été célébrées, ont imprimé dans tous les cœurs une émotion profonde qui ne laisse pas à l'esprit la liberté nécessaire pour peindre en si peu de moments un si magnifique spectacle. Il faudrait montrer en même temps l'astre du jour échappant, contre toute espérance, à l'empire d'une saison ténébreuse, pour éclairer une si belle journée, et ces mille et mille feux portant la clarté dans le sein d'une nuit joyeuse ot paisible; donner une juste idée du cortège le plus noble et le plus imposant, de cette cérémonie religieuse, de cet acte civil, qui ont à la fois réuni tout ce que les choses divines et humaines peuvent présenter do plus sublime et de plus célèbre ; de ce concours immense de peuple accouru de toutes les parties de l'Empire et des contrées européennes les plus éloignées, pour admirer, dans l'enceinte de la même cité, les vertus apostoliques les plus vénérables, et le génie le plus étonnant couronné par les plus hautes destinées ; il faudrait enfin rendre sensible, pour tous ceux des Français qui n'ont pas eu le bonheur d'en être les témoins, cet enthousiasme pieux et civique, cet amour, cette reconnaissance de tout un peuple, dont les transports ont fait retentir, dans un même jour, la voûte du lem])le et toutes les parties de la capitale. Nous nous occupous du travail nécessaire |)Our satisfaire, autant qu'il nous sera possible, la juste impatience de nos lecteurs... » — Journal des Débats du 13 frimaire : « Paris, 12, frimaire. Nous ne pouvons... [suivent les deux premières phrases de l'article du Moniteur qu'on vient de lire]. Nous essayerons toutefois d'en donner aujourd'iiui ([uclque idée. Le bruit du canon et le son des cloches n'ont cessé depuis six heures du matin d'annoncer la cérémonie. A peine faisait-il jour que les rues étaient inondées d'un concours immense de spectateurs. A huit heures, les membres de difl'érents ordres de l'Etat se sont réunis à Notre-Dame, et ont été conduits par les maîtres de cérémonies aux places qui leur étaient destinées. Le quai Bonaparte, entièrement terminé, a été U'avcrsé poiu' la pn^mièrc fuis par le cortège du Corps h'gislatif. A neuf