j PARIS sors L'EMPIME [2 nÉCEMiJRE
heures, le Pape est sorti des Tuileries dans un magnifique carrosse attelé de huit chevaux gris-pommelés, et sur l'impériale on remarquait une tiare en or avec les attributs de la papauté. Un ecclésiastique, monté sur une mule, portait une croix en vermeil devant Sa Sainteté. Sa Sainteté est arrivée à Notre-Dame à dix heures et demie, i)récédée des cardinaux, des archevêques et évêques de France, du chapitre de Notre-Dame et des curés de Paris. A son entrée, la musique, présidée par M. Lesueur, a exécuté le verset Tu es Peirus. On a chanté tierce. Il y a eu l'intervalle de plus d'une heure entre l'arrivée du Pape et celle de l'Empereur. Pendant ce temps. Sa Sainteté est restée sur son trône, dans l'attitude d'un pontife qui médite profondément sur les choses du ciel et pour le bonheur de la terre. A onze heures précises, des salves d'artillerie ont annoncé le départ de Leurs Majestés Impériales. Elles étaient dans une voilure toute éclatante d'or, traînée par huit chevaux, couleur Isabelle, richement caparaçonnés. Sur l'impériale de la voiture on voyait, comme sur celle du Pape, une couronne d'or soutenue par quatre aigles déployant leurs ailes. Cette voiture remarquable par son élégance, sa richesse et les peintures dont elle était ornée, fixait l'attention autant que le cortège, dont il est difficile de décrire la magnificence. Qu'on se figure sept ou huit mille hommes de cavalerie de la plus belle tenue, entremêlés de groupes de musiciens défilant entre deux haies continues d'infanterie de plus d'une demi-lieue de longueur ; qu'on y ajoute la richesse et le nombre de voitures, la beauté des attelages, le concours de quatre ou cinq cent mille spectateurs, et l'on n'aura qu'une idée imparfaite du coup d'oeil qu'offrait la seule marche du cortège. Le temps était plus beau qu'on ne pouvait l'espérer dans une saison aussi ténébreuse ; un léger brouillard qui avait régné toute la matinée s'est dissipé ; le soleil, même, perçant d'épais nuages, a éclairé de ses rayons l'arrivée de l'Empereur à l'archevêché. Les habitants des différentes rues par où Leurs Majestés Impériales ont passé avaient décoré la façade de leurs maisons de drapeaux, de tentures en papier, quelques-uns de guirlandes formées de branches d'if; beaucoup de boutiques du quai des Orfèvres étaient ornées de fleurs artificielles. Sa Majesté, accueillie en tous lieux par les acclamations du peuple, lui répondait par un regard de bienveillance et par un salut affectueux. Arrivé à midi à l'archevêché, l'Empereur s'y est revêtu des ornements impériaux, et, à une heure moins un quart, Leurs Majestés se sont rendues à la métropole par la galerie de bois, tendue de tapisserie, qui conduit de l'archevêché à un portail en charpente établi dans le parvis, et représentant celui de Saint-Pierre de Rome. Leurs Majestés arrivées à l'autel, Sa Sainteté a entonné le Veni Creator. Le sacre et les autres cérémonies ont eu lieu dans la forme annoncée. La plus belle musique a exécuté pendant ce temps des motets analogues. Avant le graduel. Leurs Majestés ont descendu la nef avec tout le cortège impérial, et ont été se placer sur le trône. Sa Sainteté y est montée après elles, dans tout l'appareil de la dignité. 11 est impossible de rendre l'effet de cette réunion de tant de grandeur. Après que Sa Sainteté eut intronisé l'Empereur et dit les paroles: Vivat imperator in icterniim, les voûtes de l'église ont retenti des cris de Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! Leurs Majestés Impériales ont été une seconde fois à l'autel pour les offrandes. Après la messe, qui a fini à trois heures, S. E. Monseigneur le cardinal Fesch, grand aumônier de France, ayant porté le livre des Évangiles à l'Empereur, Sa Majesté a prononcé le serment ini|)érial du haut du trône, d'une voix si ferme et si distincte, que les
|2 DKCEMBRE 1804] PAUIS SOIS l/EMl^IHK 424
paroles en ont été ciilenduesde tous les assislanls, siirloiit celles où elle promet d'emi)loyer tout son pouvoir pour le bonheur et l<i gloire des Trançais. C'est dans ce moment que se sont renouvelés les cris de : Vive l'Empereur ! On a chanté le Te Deum. Leurs Majestés sont sorties de l'église dans le même appareil qu'elles y étaient entrées. Le Pape est resté environ un quart d'heure en prières après la sortie de Leurs Majestés. Lorsque Sa Sainteté s'est levée pour se retirer, une acclaniation universelle de : Vive le Saint-Père ! l'a accompagnée depuis le chœur jusqu'à la porte de l'église. A l'archevêché, Sa Sainteté a admis à lui baiser les pieds la partie du clergé de Paris qui avait assisté à la cérémonie. Le cortège de Leurs Majestés est entré dans la rue Saint-Denis à (|ualres heures un quart; il est arrivé au château des Tuileries à six heures et demie. La voiture du Pape suivait le cortège de l'Empereur de dix à douze minutes de distance. Le soir, illuminations dans tout Paris. Celles des édifices publics, des boulevards, du jardin des Tuileries et des Champs- Elvsées étaient plus brillantes qu'elles n'avaient encore été... » — Journal des Dé bols dn 14 frimaire: « Paris, 13 frimaire. ...Lorsque l'Empereur s'est présenté à l'autel pour son couronnement, il a pris lui-même la couronne impériale et l'a posée sur sa tète : c'était un diadème de feuilles de chêne et de lauriers en or. Sa Majesté a pris ensuite la couronne destinée à l'Impératrice, et, après s'en être lui-même un instant décoré, il l'a déposée sur la tête de son auguste épouse, . . » — Gazette de France du 3 décembre 1804 : « Paris, ^décembre. Des voitures de remises ontélé louées, hier, jusqu'à 60 et 72 francs, et de simples cabriolets de 30 à 36. » — « La plus grande police s'exerce et l'on ne s'aperçoit pas de son action. Les citoyens arrivent librement dansParis et V circulent sans qu'on paraisse seulement s'occuper de savoir qui ils sont. Tous néanmoins sont connus, et des patrouilles nombreuses, qui se succèdent, maintiennent partout l'ordre par leur seule présence au milieu de ce concours, jusqu'à présent inconnu, d'étrangers arrivés de tous les points de l'Europe. » — « Le bureau de bienfaisance de la division de Mail, à l'occasion du couronnement de Sa Majesté a décidé que, ce jour-là, on distribuerait un secours extraordinaire de 3 francs à chaque famille indigente qui avait déjà un et deux pains de 4 livres par semaine. Celte somme sera prise sur les fonds que le bureau met en réserve l'été pour l'hiver. » — ^ C'est par erreur qu'on a annoncé, dans cette feuille d'avanl-hier, que le Conseil d'État avait aboli le calendrier nouveau '. A la vérité il paraît certain que le Conseil d'Etat s'est occupé de cet objet dans une séance de la semaine dernière, mais on assure que la discussion est ajournée. » — « Hier à midi M. le maréchal Murât a passé en revue au Champ-de-Mars toutes les députalious des gardes nationales de l'Empire et des différents corps de l'armée de terre et de mer appelées à la cérémonie du sacre et du couronnement. Les dépulations des gardes d'honneur formées dans les villes que l'Empereur a visitées ont également étt5 passées en revue par M. le maréchal. On a admiré l'élégance de leurs uniformes. En général tous ces corps sont de la plus belle tenue. Excepté les drapeaux des troupes de ligne, qui sont pour la plupart en lambeaux, tous ceux des députations départementales sont très beaux; quelques-uns se distinguent par la richesse et l'élégance de la broderie. Un temps superbe, quoique froid, a rendu cette revue très brillante... « —
\. Voir plus haut. p. ilfi.
42b PARIS SOUS L'EMPIRE [3 décembre 1804]
Courrier français du 12 frimaire : » Paris, 11 frimaire. Nous regrettons de ne pouvoir donner les détails de la f^'to du couronnement; nous sommes forcés de le remettre à demain, afin de les donner plus exacts. Nous dirons seulement que le cortège était très brillant, que partout la foule des spectateurs était immense et que le plus grand ordre a régné. La voiture traînée par huit chevaux Isabelle est de la plus grande magnificence. Des aigles d'or soutenaient la couronne impériale. Les cris de : Vive C Empereur ! se sont constamment fait entendre, et l'Empereur saluait avec grâce et dignité. Nous ne. pouvons parler de la cérémonie du sacre, n'ayant point pénétré dans l'intérieur. Ceux qui ont vu hier la répétition de quelques-unes des cérémonies assurent que rien n'offre un spectacle plus auguste; rien n'est mieux entendu que la disposition du trône, des banquettes et des tribunes; rien n'est plus
riche que les armoiries, les chiffres, les draperies qui les décorent... »
a C'est par erreur qu'il a été inséré dans la feuille d'avant-hier que le Conseil d'État avait aboli le calendrier nouveau qui a été qualifié mal à propos de révolutionnaire. Le Conseil d'Etat n'a que voix consultative, en quelque matière que ce soit; et le calendrier n'avait rien de révolutionnaire. A la vérité, il paraît certain que le Conseil d'État s'est occupé de cet objet dans une séance de la semaine dernière ; mais on assure que la discussion est ajournée, b — Bulletin politique et général de l'Europe du 14 frimaire : « Paris, le 13 frimaire. ...Le Collège de France et l'Éccde de médecine ont donné vacance, pendant huit jours »
CXCYII
Ml.MSIÈRK DE LA POLICE GÉNÉK.\Lli:. — BULLETIN DU 13 FRIMAIRE.
Paris. Esprit public. — Tous les rapports des observateurs s'accordent ?ur le bon esprit qui a paru dans les deux journées précédentes, sur l'unanimité des acclamations dans les divers lieux où le cortège
impérial a passé
(Arch. nat., AF iv, 1491.)
Rapport de la préfecture dic police du même jour.
Les fêtes du boulevard se sont prolongées hier assez avant dans la soirée ; l'ordre et la tranquillité ont été maintenus partout. On s'est plaint généralement de la mesquinerie du feu d'artifice; il était entièrement terminé que la foule immense, qui couvrait les ponts et les quais, attendait encore, croyant n'en avoir vu qu'une partie. Les députés appelés au couronnement ne cessent de témoigner leur enthousiasme et leur satisfaction.
[i i,Ki;i.MBKE 1804J PAUIS SOrS I/ICMPIIIK 426
Militaires. — La conduite des véliles, qui se rendent en nombre tous les soirs au Palais du Tribunal, excite du méconlenleiuent. Ils se permettent toutes sortes d'excès envers les femmes qu'ils y rencontrent. Hier, vers la chute du jour, quatre dragons du 19e régiment se sont rendus dans une auberge de Vaugirard pour y goûter. On a remarqué, qu'au lieu de couteaux, ils se sont servis de poignards dont la lame a onze pouces de long, tranchante des deux côtés et évidée sur le milieu ; ils ont tiré ces poignards de dessous leurs habits. L'un de ces dragons se nomme Lecomte ; il est natif de
Caen.
Journaux. — On lit dans la Gaze^lte de France et dans plusieurs autres journaux qu'un aviso, expédié de Barcelone et adressé au consul d'Espagne à Marseille, a prévenu ce dernier que le cabinet de Madrid venait de déclarer la guerre à l'Angleterre. Cet aviso, arrivé de Marseille, le 22 novembre, en est reparti aussitôt pour donner le même avis dans tous les ports de la Méditerranée. A l'exception de cet article, tout dans les autres feuilles est une copie des discours ou détails de la cérémonie publiés par le journal officiel.
Bourse. — La Bourse de ce jour n'a été, sous aucun rapport, plus intéressante que celle d'hier; peu de monde, des affaires languissantes et des dispositions constamment défavorables pour le cours des ,.^.ntes, — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 58 francs, 57 fr.90, 80 fr. 75, 80. Actions de la Banque de France, \ .145 francs.
Dubois.
(Aroh. nat., F', 3833.)
CXCYUI 13 FHÏMÂIRE AN XIll (4 DÉCEMBRE 180i).
IIaI'POHT de la PHÉKFXTURR niî police du 14 UltlMAMiE.
La fête <lu Champ-de-Mars, malgré le mauvais temps, a attiré encore un grand concours de monde ; mais chacun regrettait qu'elle n'ait point eu lieu hier. 11 résulte des observations faites dans tous les groupes qu'ils étaient animés du meilleur esprit ; la présence de Leurs Majestés Impériales a inspiré un vif enthousiasme. Les députés appelés à la cérémonie du sacre et couronnement ont été au comble de la joie en aiiprenant qu'ils auraient rhonn(Mir d'clre présentés à Leurs Majestés.
Exclusifs. — Beaucoup d'individus de ce parti n'ont pas voulu