‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 106 sur 221 · Voir plus liant, y. 'M\'^ et 40S · texte numérisé non relu

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[4 DÉCEMBRE 1804] PARIS sous I/EMPIIIE 428

sont, on effet, deux tableaux qui doivent être considérés comme ressemblants; Tun fait nocessairemeul le pendant de laulrc. l>a Ilévolulion commençait à l'époque de la première fédération : elle se termine dans la circonstance actuelle. I/avenir ne présentait alors que des in(|uiéludcs : aujourd'hui le calme renaît ; on peut compter sur une tranijuillilé parfaite. La llévolution a parcouru toutes ses périodes ; l'atmosphère politique est purgée des vapeurs qui forment les nuages et préparent la tempête. Ce n'est pas comme simple spectateur que le peuple français paraît figurer dans cette solennité. Ce n'est pas pour l'Empereur seul que la présence du chef auguste de la foi catholique semble nécessaire et y ajoute tant de splendeur. Lorsqu'une grande nation a si longtemps dévié des règles qui servent ordinairement de guide aux autres nations, du système de gouvernement généralement adopté, de la religion qui en est la base, il est nécessaire que son retour aux notions sacrées de politique, de moralité et de religion, soit marqué du sceau le plus solonnel, afin que cette époque devienne à jamais mémorable pour les contemporains de tous les pays et pour la postérité la plus reculée. La présence du Saint-Père, le sacre de l'Empereur et l'assemblée du peu]»le français dans un même lieu semblent remplir admirablement cet important objet. Pépin et Charlemagne ont jugé cette solennité nécessaire pour assurer leur puissance. Mais la cause et les intérêts du peuple ne font ici qu'un seul et même objet, avec la cause et les intérêts de Napoléon. Les suffrages de la nation forment son plus beau titre à l'Empire, et ce litre est préférable à celui de succession. Un avantage non moins remarquable que Napoléon a sur tous les princes qui ont commencé une dynastie, c'est de n'avoir pas dépouillé le dernier possesseur. Il s'est assis sur le trône, vacant depuis plusieurs années. Les Bourbons, se plaçant sous l'égide des étrangers, se sont perdus. Jamais les rois détrônés ne sont remontés sur le trône par le secours des puissances étrangères. Ce n'est pas ainsi qu'a agi Henri IV. Il montra plus de sagesse que les chefs de la Ligue. Il n'arma que des Français en sa faveur. La valeur des soldats et les vertus du chef triomphèrent toujours du fanatisme des ligueurs et des troupes espagnoles. Si l'on considère ce qui s'est passé en Angleterre, on verra que Charles II a été rap|)elé, qu'il est revenu seul. Tous les efforts de Louis XIV pour le rétablir n'avaient servi qu'à rendre Charles plus odieux aux Anglais. Jacques ot Charles-Edouard ont fait, dans la suite, l'expérience de celte triste vérité. Ainsi les Bourbons ont donc perdu tout espoir ; mais leurs fautes, leur spoliation, leur infortune n'ont pas été occasionnées par le gouvernement actuel. Il y a un siècle d'événements entre la chute du trône royal et l'élévation du trône impérial. Ce n'est point un héritage, c'est un nouveau patrimoine acquis par la victoire, les talents politiques et les vertus à la race de Napoléon. Il n'y a aucun rapport entre lui et la race qui l'a précédé, il rap|)elle les souvenirs du plus illustre héros de la seconde race ; si l'Europe s'est plu à comparer Napoléon à Charlemagne, c'est parce que le premier à rendu à l'Empire français l'éclat, la puissance et les provinces que les successeurs du second n'avaient pas su conserver. (Traduit de rArgus.) » — Courrier français du 14 frimaire : « V.\riétks. La médaille frap|)ée en mémoire de l'auguste éjxtque de couronnement de S. M. l'Empereur est, sous le rapport de l'art, comparable aux plus belles que l'antiquité nous ait transmises. Elle porte sur la face la tête de l'Empereur Napoléon, coiffée du

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laurier impérial, et sur le revers TEmpereur élevé sur un pavois et porté par le Sénat et par le peuple. On lit pour exergue ces mots : le Sénat et le Peuple. La pureté du style, la correction du dessin, le fini de la gravure ne laissent rien à désirer. Les figures remplissent bien le champ de la médaille. La tête de Sa Majesté l'Empereur est exécutée avec une perfection admirable. Cette médaille tiendra dans la numismatique un rang égal à celles de Syracuse, si justement admirées; elle est faite pour donner à la postérité une très haute idée du degré supérieur auquel les arts étaient arrivés à l'époque où nous nous trouvons. Elle fait infiniment honneur aux connaissances et au goût de celui qui en a donné l'idée et surveillé l'exécution. On assure que c'est à M. Denon, directeur général des Musées, que les arts la doivent, et c'est un bienfait de plus qu'il leur aura rendu. Il était juste, au reste, que rien de ce qui est destiné à perpétuer le souvenir d'un événement aussi mémorable ne portât le cachet de la médiocrité. Ceux qui s'intéressent à la gloire nalionale, verront avec plaisir que l'exergue soit en français. Pourquoi faut-il que ces Romains, si justement dépouillés par leur honteuse bassesse, leur corruption et leurs vices de ce sceptre du monde que l'héroïsme leur avait acquis, exercent encore par leur langue une sorte de despotisme sur les nations? Plus digne qu'eux de la suprématie, par notre courage, nos victoires, nos vertus et nos mœurs, il est temps que notre langue soit aussi la langue universelle. Il ne suffit pas que tous les peuples contemporains la pai'lent:il faut encore que nos monuments imi)0sent à l'avenir l'obligation de l'entendre. » — « Au Rédacteur. Monsieur le Rédacteur, n'ètes-vous pas enchanté de la conduite de MM. les comédiens des grands Théâtres de Paris ? Avec quel touchant empressement ils se sont hâtés de secouer le joug de ce pauvre calendrier réoolutionnaire ! Sans s'informer si par hasard, dans une ville peuplée d'un million d'individus, il ne circule pas quelquefois quelques nouvelles ridicules ; sans songer, si pour de semblables changements, il ne serait pas de la prudence d'attendre que la volonté du gouvernement se fût prononcée et que le Journal Officiel en eût instruit les citoyens, ces meneurs, n'écoutant que leur tendre attachement pour le calendrier de l'ancien régime, au premier bruit de la résurrection de ce cher vieillard, ont bien vile purgé leurs affiches de la présence du calendrier moderne, et, parfaitement habiles dans le grand art de saisir les à-propos, le jour même, sans contredit, le H frimaire, ce H frimaire si mémorable ! était la date de tous les Français, un beau 2 décembre est venu figurer seul, tout seul, sur les affiches de ces adroits législateurs d'almanachs'. Pour moi je m'émerveille qu'ils n'aient pas fait imprimer ce i décembre en parangon, ou tout au moins en gros canon. Convenez, Rédacteur, que le 11 frimaire, ce 2, décembre, faisait une drôle de figure sur les affiches de ces comédiens. Il me semble voir le chantre du Lutrin de Boileau, rencogné dans sa stalle et grommelant contre le pupitre énorme qui le cache à tous les yeux. Au reste, chacun a son goût. Il est possible ((ue les comédiens préfèrent au calendrier moderne le calendrier d'autrefois, dont on usait pour dater les arrêts ([ui tlétrissaient leur profession, pour dater l'excommunication qui les retranchait de la société, pour dater

1. La Gazette de France a cru devoir imiter MM. les comédiens : le nouveau style a disparu de sa feuille. La Gazette de France ne se serait-elle pas un peu trop pressée? iNote de l'Uriginal).

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les acles (|ui leur relusaienl la sépultuie, pour dater la cassalion des mariages (juc Ion contractait avec leurs filles, ou qu'ils contractaient avec les nôtres, pour dater les lettres de cachet que leurs pères obtenaient afin de leur faire passer le goût des planches, |)our dater les anecdotes des vigoureuses génuflexions (jne le parterre leur commandait trop souvent. Parce que le calendrier moderne les a délivrés de ces petites broutilles, ce n'est pas raison qu'ils l'aiment. La gratitude, pour bien des gens, n'est pas plus article de loi ([u'article de foi. Mais quant à nous, Monsieur le rédacteur, ne nous pressons pas de changer ; ce calendrier moderne n'est pas mal commode, j'aime assez, en filant l'année, à pouvoir me dire : c'est aujourd'hui le 18 brumaire, c'est aujourd'hui le 2o prairial, c'est aujourd'hui le 11 frimaire. Mais s'il fallait me casser la télé d'un fatras de rapprochements de dates anciennes et modernes, pour savoir quand ces jours tomberaient, j'aurais bien peur qu'ils ne passassent sans (ju'on s'en aperçût ; et, dans mon petit cerveau, je ne vois pas du tout que le Sénat, le peuple et l'armée soient d'avis que de semblables jours soient de longtemps mis en oubli. »

nxcix

li FlUMAIHi: AN XIII (5 DKGKMBHh: 1804).

Ml.MSÏÈllE DE LA POLICE GÉNÉRALE. — BULLETIN DU io riUMAllU;.

Céri'tnon'ie de la distribution des aigles au Champ-de-Mars. — Malgré le mauvais temps, la foule a rempli hier le Cliamp-de-Mars et les avenues. On regrettait le beau temps de la veille, jour qui avait d'abord été choisi par Sa Majesté; aussi on se plaisait à remarquer que les trois jours que Sa Majesté avait déterminés pour ses marches solennelles et pour la fête populaire avaient été parfaitement beaux. — Un jeune homme, que l'on a d'abord pris pour un étourdi, ensuite pour un fou, mais qui est véritablement un forcené, se porta hors de la foule en criant : « La liberté ou la mort ! » Il jeta alors son chapeau en l'air. Le public, occupé à considérer S. M. l'Empereur, ne l'aperçut que lorsque cinq cuirassiers saisirent ce misérable et rentrainèrenl. Bientôt alors le public fut instruit du fait et témoigna l'indigiialion la plus marquée d'une semblable conduite, que l'on jugea généralement un Irait de folie. Ce jeune homme s'appelle Faure ; à Paris depuis trois ans ; chirurgien interne à l'hôpital Saint-Louis, depuis liuit mois. Son père exerce la même profession à Périgueux. La lettre qu'il écrivait la veille à son père montre à découvert les motifs et l'objet de ce criminel fanatique. Il espérait entraîner toute la troupe par son mouvement, et, au nom de la liberté, se couvrir de gloire, ou en périssant sur la place, ou en contriliuant par son succès à établir un

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autre gouvernement, dont l'Empereur, d'ailleurs, eût été membre. Il a montré dans ses interrogatoires la fermeté d'un homme qui se croit destiné à la mort et y est décidé. Il a refusé de ^'expliquer sur ceux qui ont pu avoir connaissance de ses projets. La lettre qu'il écrit à son père et qu'il avait confiée à quelqu'un pour la mettre à la poste, a été apportée au ministre. La minute en a aussi été trouvée à son domicile ; on y remarque quelques légers changements de rédaction. Au reste, si elle annonce une résolution déterminée, cela est délayé dans plus de trois pages de phrases prolixes, sans orthographe. Elle montre aussi un esprit borné, peu d'instruction, une intention assez prononcée de gloriole, un attachement fanatique aux idées vagues de liberté. C'est certainement un homme dont les scélérats eussent pu faire un séide. Il annonce, dans sa lettre et dans ses interrogatoires, s'être présenté, lors du procès, à M"'^ Moreau, qui s'est bornée à rejeter ses horribles services. On recueille les renseignements convenables sur ses alentours, ses connaissances particulières à Paris et sur les relations qu'il a pu conserver dans son pays. Les élèves de l'hospice Saint-Louis se sont montrés sous des rapporis peu favorables, soit au théâtre, soit dans l'instruction du procès de

Moreau

(Ari'h. nat., AF iv. 14U1.)

Rapport de la phéfegture de police dc même jour.

L'individu qui a été arrêté hier au Champ-de-Mars au moment où il courait vers le trône de S. M. l'Empereur, est un jeune élève en chirurgie de l'hôpital Saint- Louis. Il se nomme Nicolas- Jean Faure ; il est natif du Fornial, paroisse de la Nouaillette, département de la Dordogne, et il est âgé de dix-neuf ans. Il a déclaré, dans son interrogatoire, qu'il voulait le renversement du gouvernement et la division du pouvoir ; qu'il espérait, par ses cris, exciter un mouvement et monter assez de têtes pour être secondé. Il n'avait sur lui aucune espèce d'armes. Il a ajouté que, lors du procès de Moreau, il avait été trouver son épouse et lui ofTrir de se perdre lui-même pour sauver, a-l-il dit, cet ex-gcnéral et la [tatrie. On a trouvé, dans ses papiers, une lettre qu'il avait préparée pour son père, chirurgien à Périgueux, et, dans laquelle, il lui annonce son projet, qu'il n'en a fait part à personne et qu'il est sûr de périr. Faure est un fanatique. Ou s'occupe de connaître toutes ses liaisons. — Le premier peloton des dé[tutés, sorti hier du Ghamp-de-Mars, était composé de ceux de Paris et des succursales de Louvain ol d'Aviiinon. Le sirur Léveillé,

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capitaine et adjudant à la succursale de Louvain, s'est fait remarquer plusieurs fois par l'extrême inriécence de ses propos.

Exclusifs. — Hier soir, au Café militaire, un individu, ayant cherché à sonder l'opinion des militaires, sur l'ordre actuel des choses, a été fort mal accueilli, et a même été vigoureusement repoussé par un sous-officier de carabiniers. On n'a pas pu parvenir à l'arrêter. On est à sa recherche.

Réunions. — On dit qu'il est grandement question d'un projet tendant à rapprocher les différentes sectes du christianisme; que Sa Sainteté doit se relâcher sur quelques points qui ne sont que de discipline, et que les chefs des consistoires doivent, de leur côté, en faire autant pour arriver au but désiré .

Franc-Maçonnerie. — Le schisme qui régnait dans la francmaçonnerie n'existe plus et les deux rits sont réunis. 11 y a eu loge au Grand-Orient. S. A. I. le prince Joseph est nommé grand-maître. S. A. I. le prince Louis, adjoint. MM. les maréchaux Murât, Soult, Masséna, Lannes, le sénateur Bacciochi, LL. AA.. SS.l'archichancelier et l'archi-lrésorier, S. E. le ministre de la police générale, Ghoiseul- Praslin sont grands dignitaires. On a prononcé plusieurs discours, qui ont été très applaudis. Il doit y avoir, dans chaque ressort de tribunal d'appel, une loge métropolitaine, qui aura l'inspection sur toutes celles du département, et correspondra avec le Grand- Orient. On doit également en établir dans la République italienne, comme un nouveau moyen d'union entre cette République et la France.

Journaux. — Les feuilles continuent à donner, sur les cérémonies qui ont eu lieu à Notre-Dame dimanche dernier, des détails plus ou moins étendus ; mais ces derniers offrent un intérêt plus sensible, tels qu'ils sont rapportés par la Gazette de France et le Journal des Débats. Suivant un article de Hambourg, ra[»porté par la Gazette de France^ la nouvelle de la mise en liberté du ministre anglais, M. Rumbold, par suite de l'intervention du roi de Prusse, a causé la joie la plus vive à Berlin. La réponse de S. M. l'Empereur Napoléon à S. M. Prussienne était conçue dans les termes les plus obligeants. Les cours de France et de Prusse sont en liaison plus intime que jamais. La même feuille et plusieurs autres parlent de la prise de quelques bâtiments marchands espagnols par les Anglais, jusque dans différents petits ports d'Espagne. — D'après quelques gazettes d'Allemagne, plusieurs journaux renouvellent les conjectures qu'ils avaient déjà faites précédemment sur de prochains changements dans le gouvernement balave ; elles font présumer que

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la maison de Nassau-Weilburg aurait la présidence héréditaire de la République ; que, d'un autre côté, l'électeur archichancelier recevrait la principauté de Fukla, et enfin que la maison de Nassau- Orange aurait l'Électorat d'Hanovre. Le reste des nouvelles a paru d'un moindre intérêt, ..

Bouj^se. — La Bourse a été assez peuplée; les négociations ont été beaucoup plus nombreuses que les jours précédents, mais, malheureusement, elles ont eu le même résultat. Les offres de rentes se multiplient, au point de ne pas laisser entrevoir le terme où la baisse s'arrêtera. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, o7 fr. 65, 3^, 40. Actions de la Banque de France, 1.143 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F', 3833.

Journaux.

Moniteur du 15 frimaire : « Paris, le li frimaire. ...Le troisième jour des fêtes du couronnement était consacré aux armes, à la valeur, à la fidélité. L'Empereur a distribué à l'armée et aux gardes nationales de l'Empire les Aigles qu'elles doivent toujours trouver sur le chemin de l'honneur. Cette imposante et auguste cérémonie a eu lieu au Champ-de-Mars. Nul autre lieu n'était préférable. Ce vaste champ, couvert de députations, qui représentaient la France et l'armée, offrait le spectacle d'une valeureuse famille réunie sous les yeux de son chef. La façade principale de l'École militaire était décorée d'une grande tribune, représentant plusieurs tentes à la hauteur des appartements du premier étage du palais. Celle du milieu, fixée sur quatre colonnes qui portaient des figures de victoires exécutées en relief et dorées, couvrait le trône de l'Empereur et celui de l'Impératrice. Les princes, les dignitaires, les ministres, les maréchaux de l'Empire, les grands officiers de la couronne, les officiers civils, les princesses, les dames de la cour et le Conseil d'État étaient placés à la droite du trône. Les galeries qui occupaient la façade principale de l'édifice étaient divisées en huit parties de chaque côté ; elles étaient décorées d'enseignes militaires couronnées par des Aigles. Elles représentaient les seize cohortes de la Légion d'honneur. Le Sénat, les officiers de la Légion d'honneur, la Cour de cassation et les chefs de la comptabilité nationale étaient à la droite. Le Corps législatif et le Tribunat étaient à la gauche. La tribune impériale, destinée aux princes étrangers, occupait le pavillon à l'extrémité du côté de la ville. Le corps diplomatique et les étrangers étaient placés dans l'autre tribune, faisant pavillon à l'extrémité opposée. Les présidents do canton, les préfets, les sous-préfets et le conseil municipal se trouvaient au-dessus des tribunes, sur le premier rang des gradins dans toute la façade. On descendait au Champ-de-Mars par un grand escalier dont les gradins étaient occupés par les colonels des régiments et les présidents des collèges électoraux de départements, qui portaient les Aigles impériales. On voyait aux deux côtés de cet escalier les figures colossales de la France donnant la paix et delà France faisant la guerre. Les armes de l'Empire, répétées TcME I. 28

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partout sous différentes formes, avaient fourni les motifs de tous les ornements. A midi, lé cortège de Leurs Majestés Impériales, dans l'ordre observé pour la Cérémonie du couronnement, s'est mis en marche du palais des Tuileries, précédé par les chasseurs de la garde et l'escadron des mamelouks, et suivi des grenadiers à cheval et de la légion d'élite ; il marchait entre deux haies de grenadiers de la garde et de pelotons de la garde municipale. Des décharges d'artillerie ont salué Leurs Majestés à leur dépari, à leur passage devarit lés Invalides et à leur arrivée aU Champ-de^Mars. Les tnembres du Corps diplomatique, introduits dans les grahds appartements de l'Ecole militaire, ont été admis à présenter leurs hommages à Leurs Majestés. Après cette audience. I,eurs Majestés ont revêtu les ornements impériaux et ont jtaru sur leur trône au bruit dos décharges réitérées de l'artillerie et des acclamations unanimes des spectateurs et de l'armée. Les députations de toutes les armes de l'armée, celle de la garde nationale étaient placées conformément au programme; les Aigles, portées par les présidents des collèges électoraux pour les départements, et par les colonels pour les corps de l'armée, étaient rangées sur les degrés du trône. Au signal donné, toutes les colonnes se sont mises en mouvement, se sont serrées et se sont approchées au pied du trône. Alors, se levant, l'Empereur a prononcé d'une voix forte, expressive et accentuée ces paroles, qui ont porté dans toutes les âiiies la plus vive cmotioti et l'enthousiasme le plus noble. « Soldats, voilà vos drapeaux: ces Aigles vous serviront « toujours de point de ralliement; ils [sic) seront partout où votre empereur « les jugera nécessaires pour la défense de son trône et de son peuple. Vous « jurez de sacrifier votre vie pour les défendre, et de les maintenir cons- « tamment par votre courage sur le chemin de la victoire. Vous le jurez. » Nous le jurons ! ont à la fin répété, avec tin cri unanime, les présidents des collèges et les chefs de l'armée, en élevant dans les airs les Aigles qu'ils allaient confier à leur vaillance. Nous le jurons ! ont répété l'armée entière par ses envoyés d'élite et les départements par les députés de leur garde nationale, en agitant leurs armes et en confondant leurs acclamations avec le bruit des instruments et des fanfares militaires. Après ce mouvement, qui s'était rapidement communiqué aux spectateurs pressés sur les gradins qui forment l'enceinte du Champ-de-Mars, les Aigles ont été prendre la place qui leur était assignée. L'armée, formée par divisions, les députations, formées par pelotons, ont défilé devant le trône impérial. Le cortège est rentré au Palais à cinq heures, au milieu d'acclamations qui l'ont accompagné dans tous les lieux de son passage. Le temps, qui subitement avait tourné au dégel et à la pluie, a constamment été défavorable à cette cérémonie, à laquelle l'éclat d'un beau soleil eût donné une magnificence et une solennité inexprimables. Les troupes étaient sous les armes depuis six heures du matin et un concours extraordinaire de spectateurs assiégeait toutes les issues, les avenues, les gradins du Champ-de-Mars et les terrasses des Tuileries, depuis l'heure du départ du cortège impérial jusqu'à celle de son retour. La situation des spectateurs était pénible, et il n'en est pas un qui ne trouvât un dédommagement dans le sentiment qui l'y faisait demeurer, et dans l'expression des vœux que ses acclamations manifestaient de la manière la plus éclatante... » — Gazette de France du 10 frimaire : « Paris, 1o frimaire. ...La cérémonie du Champ-de-Mars, quoique peu favorisée par le temps, a olfert un des plus beaux spectacles que l'on ail jamais vus en ce genre. Ceux

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qui onl assisté à la fédération de 1790 la mettent, pour la magnificence, la splendeur et la dignité, fort au-dessous de cette brillante réunion de troupes rassemblées devant le trône d'un monarque de leur choix, pour mettre sous la protection de son étoile et de sa gloire les lauriers qu'il leur a si souvent fait cueillir... » — Courrier français du 15 frimaire : « Paris, H frimaire. . . .Dans le très grand nombre d'illuminations figurées et plus ou moins ingénieuses qui, dimanche dernier, décoraient à l'envi les maisons particulières de cette ville, on remarque celle de M. Chevalier, opticien, quai de l'Horloge. Dans un cartouche transparent entouré de rameaux entrelacés de lauriers, de myrtes, de chênes et d'oliviers, était un opticien, la lunette dirigée vers le ciel, où luisait une étoile brillante, autour de laquelle on lisait ces mots : In hoc signo sains. Au bas on lisait ces deux vers :

De cet astre brillant, ah I puisse l'intluence Assurer pour jamais le bonheur de la France.

Et plus bas :

Egalement cher à la gloire,

Et chéri du peuple français,

Il descendit du char de la victoire

Pour sacrifier à la paix 1 ! !

Dans le fond du cartouche, à droite, était un temple où on lisait : A Vlmmorlalilé. Le tout était surmonté d'un trophée d'armes, de scei)tres, de couronnes, d'instruments des arts, etc.

Chanson a l'occasion du couronnement de Leurs Majestés Impériales.

Ant : ]^' Amour ainsi que lu Nature.

Il y a loin d' Paris au Caire ;

On juge ça sans équerre.

On sait ben, sans être subtil,

Quia Seine n'est pas proche du Nil ;

Mais comni' tout aide au génie.

Napoléon nous prouva

Que 1' vainqueur de lllalie

N" connaît pas cet' distanc' là.

D'un" rive à l'autr' on découvre

Qu' gn' a pas loin de Calais à Douvre,

Sans lui donner de répit.

Nous irons voir monsieur Pitl.

En vain Georg", dans sa folie,

Croit qu' jamais on o' l'atteindra :

Le vainqueur de l'Italie

Ne connaît pas cet' dislance-lù.

Du rang d'un simple militaire Au premier rang de la terre, D" calculer il n'est besoin.

Pour juger qu'y gn' a ben loin.

Mais, porté par son génie Et par la Franc' qu'il sauva.

Le vainqueur de l'Italie A franchi cet' distanc" là.

[8 DKCEMBRE 1804] PARIS sous L'EMPIRE 436

On accourt de la Bretagne

Et des frontièr' de lAlleniagne ;

Queuqu' zuns revienn' de Moscou ;

On viendrait j' crois du Pérou,

Quand il s'agit d' voir en face

Un héros comme celui-là.

Tout Français, queuqu' tcm qu'il fasse,

N' connaît pas cet' distanc' là.

— Journal des Dames el des Modes du 13 frimaire: a Paris, ce H frimaire. ...Huit cents exemplaires des Mémoires de Marmonlel ont été vendus dans un seul jour. Si la librairie languit, c'est lorsque les bons articles manquent, n

— Moniteur du 10 frimaire : « Paris, le IS frimaire. Le 14 frimaire, après la distribution des drapeaux au Champ-de-Mars, il y a eu banquet aux Tuileries dans la galerie de Diane. Les personnes invitées à ce banquet se sont réunies dans le salon du trône. Le grand maréchal du palais ayant averti Leurs Majestés qu'elles étaient servies, elles se sont rendues dans la galerie avec le Pape, rÉlecleur souverain de Ratisbonne, les princes, les princesses, les grands dignitaires, le corps diplomatique et toutes les personnes invitées. Au milieu de la galerie, sur une estrade et sous un dais, la table de Leurs Majestés était dressée. L'Empereur était à la droite de l'Impératrice et le Pape à sa gauche ; au retour de la table était l'Electeur de Ratisbonne; le colonel général de la garde, le grand chambellan et le grand écuyer so tenaient debout derrière l'Empereur ; à droite et en avant de la table, le grand maréchal des palais, et plus bas le premier préfet, vis-à-vis de lui, à gauche de la lable, le grand maître des cérémonies, et plus bas un maître des cérémonies, se tenaient aussi debout, les pages servaient. Des deux côtés de la table de Leurs Majestés était la table des princes et princesses ; une table qui n'était occupée que par les membres du corps diplomatique, celle des ministres et grands officiers, et celle de la dame d'honneur et des dames et officiers de Leurs Majestés et des princes et princesses. Le dîner fini, Leurs Majestés se sont rendues dans la salle où se trouvaient les personnes invitées au cercle; elles ont été de là dans la salle de concert. Le concert fini, Sa Sainteté s'est retirée chez elle, et a été reconduite par l'Empereur jusqu'à la galerie de Diane. Après le concert on a exécuté un ballet. Leurs Majestés sont ensuite rentrées dans le salon, et des parties de jeu ont terminé la soirée. » — Journal des Débals du 15 frimaire : n Paris, 14 frimaire. ...M. Loque n'a pas fait les vases sacrés donnés par S. M. l'Empereur à la cathédrale ', mais seulement deux encensoirs et deux croix. C'est chez M. Cahier*, quai des Orfèvres, à V Ancre, qu'ont été fabriqués en vermeil, le calice orné de bas -reliefs composés par (icrmain, le ciboire, les burettes avec plateau, le plat d'offrande, un bénitier et autres objets. » — « Parmi les objets précieux donnés par S. M. l'Empereur à l'église Notre- Dame, on a remarqué un grand nombre d'aubes garnies de dentelles de la plus grande beauté, qui ont été fournies par Mme Hanin^, marchande lingère du Chapitre. . . » — Gazelle de France du 15 frimaire : « Paris, 1i frimaire. Aujourd'hui S. Ein. M. le cardinal archevê(juo de Paris a eu l'honneur de se

1 . Li' magasin de ^U Loque, orfèvre, était situé (juai Pelletier, n" 42.

1. Dans V Almanacli du Commerce pour l'an XIII, ce nom est écrit Ca/tiez.

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