Voir plus haut, p. 430, à la date du 14 frimaire
[9 DÉCEMBRE 1804] PARIS sous L'EMPIRE 448
râbles au roi de Prusse; que ce souverain ne pourra se dispenser d'entrer dans la coalilion, et qu'enfin la libre navigation de l'Elbe a été concertée avec lui.
On rapporte qu'un M. de Mongon, qui demeure le plus souvent à Fontainebleau, reçoit chez lui plusieurs vélites, et qu'il fait tout son possible pour les dégoûter de leur état. On cite MM. de Fontanges et de Labre, du département de la llaule-Loire, comme se laissant ébranler |)ar les propos de M. de Mongon.
Le nombre des indigents qui, au 1" frimaire, étaient secourus par les bureaux de bienfaisance était de cent trois mille quatre cent cinquantequatre. On peut en compter, en outre, cinquante mille qui gagnent leur vie aux halles et marchés de Paris.
Journaux. — On trouve dans les feuilles de ce jour très peu de nouvelles politiques; elles se réduisent à peu près aux articles de la Haye et Conslantinople. Par la première de ces voies, on apprend qu'il est question à Londres, comme d'une chose certaine, de l'établissement prochain d'une Régence, à la tête de laquelle se trouvera le prince de Galles ; le tout, du plein consentement, est-il dit, de Sa Majesté Britannique. Par l'autre voie, on recueille la nouvelle suivante datée de Constantinople, le 28 octobre : « S. E. M. le maréchal Brune, ayant continué de négocier directement avec le grand-vizir, en a obtenu enfin une déclaration écrite, dans laquelle le Grand Seigneur promet de reconnaître Napoléon !«■■, sous le double titre d'Empereur et de Padischach (dénomination que la Porte avait coutume de donner aux rois de France); mais, comme dans cette déclaration il n'est pas formellement dit qu'il sera aussitôt envoyé de nouvelles lettres de créance à l'ambassadeur turc à Paris, l'ambassadeur français a cru devoir se conformer strictement aux instructions précises qu'il a reçues de son gouvernement, et en conséquence il se dispose à partir. Son Excellence a fait remettre avant-hier, |)ar le grand-vizir, au Grand-Seigneur, une note en lettre d'adieux. On a maintenant lieu de croire que la Porte Ottomane ne laissera point partir le général Brune, et qu'après s'être accordée sur le fond, elle s'entendra sur la forme et enverra de nouvelles lettres de créance à son ministre à Paris. » (Extrait du Journal des Dcbals.)
Dans une analyse que fait la Gazelle de France de la tragédie de Cyrus, on distingue la remarque suivante, : « Le public s'était attendu à voir dans cette pièce une image plus ou moins frappante de l'événement mémorable qui occupe en ce moment tous les esprits, toutes les pensées; le nom et la gloire de Cyrus avaient rempli les plus belles pages de l'histoire ancienne ; mais, soit que les plus belles
449 PARIS SOUS L'EMPIRE [9 nÉcKMRRE 1804]
pages de l'hisloire ancienne n'aient rien de comparable aux plus belles pages de l'histoire moderne, soit que le Cyrus de l'Asie se trouve totalement éclipsé par le Cyrus de l'Europe, toujours est-il, que le premier, tel qu'il a paru hier au Théâtre-Français, n'a servi qu'à rendre plus sensible pour nous la gloire du second. «
Bourse. — Le cours des cinq pour cent avait éprouvé, au moment de la clôture de la dernière Bourse, un petit mouvement favorable d'après lequel il a été porté, ce matin, jusqu'à 58 fr. 25 pour la fin du mois prochain; il a été plus faible au parquet, mais on espère néanmoins qu'il s'améliorera. Quelques personnes ont attribué ce changement au bruit répandu de l'arrivée d'un courrier d'Espagne, qui assure à la Compagnie des vivres une rentrée de 12.000.000 espèces. II n'y a point encore de hausse prononcée dans le commerce, mais les prix des articles indiqués, il y a quelques jours, tels que les savons, les huiles, se soutiennent parfaitement. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 57 fr. 60. 55; 50, 60, 60. Actions de la Banque de
France, 1.140 francs, 1.142 fr. 50.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3833.)
Journaux.
Monileur du 19 frimaire : « Paris, le 18 frimaire. Hier, 17 frimaire, les dépntations de tous les corps des armées de terre et de mer, celles des gardes d'honneur et celle des gardes nationales, au nombre de plus de sept mille hommes, se sont réunies dans la grande galerie du Louvre, sous les ordres de M. le Maréchal Murât, gouverneur de Paris. Le grand-maître des cérémonies ayant informé l'Empereur que M. le maréchal avait réuni toutes les dëputations, Sa Majesté s'est rendue dans la grande galerie précédée par le grand-maître, par M. le maréchal Murât, par S. A. I. Mgr le connétable et suivie par S. A. I. le prince Joseph, par les grands dignitaires et les grands officiers de sa maison. L'Empereur a parcouru tous les rangs des députations depuis la porte de la galerie de Diane jusqu'à la salle des Antiques, oii il est descendu. En allant et en revenant, il s'est arrêté longtemps à chaque députation qui lui était présentée par le connétable ; l'Empereur parlait à tous les guerriers, acceptait leur ])élilion, les entretenait de leurs anciens exploits et de leur position actuelle. Rien n'était plus nouveau, plus grand, plus fort pour exciter l'enthousiasme que le spectacle de cette représentation de toute la nation armée, rassemblée au milieu des monuments des arts de tout l'univers. Dans cette collection nombreuse des tableaux les plus célèbres, le tableau le plus noble et celui qui fixait toutes les attentions était notre armée et son noble chef. Après avoir passé sa revue, l'Empereur est allé se placer au milieu de la grande galerie, et il a harangué les députations avec le noble langage et le ton animé d'un soldat vieilli dans les camps. Cette voix, si connue de ces braves, a excité l'enthousiasme de toutes lésâmes et porté l'attendrissement dans tous les cœurs. L'Empereur, étant rentré dans ses appartements, s'est ensuite assis sur son trône, entouré de SOS ministres et de ses grands officiers: le Sénat était k la droite, le Conseil Tome L 29
d'Etat à la gaucho du tronc; rarméc ayant à sa tôto le maréchal Mural, introduite par le grand-maitre des cérémonies et présentée à FEnipereur par Mgr le connétable, a défilé devant le trône... « — Gazette de France du 19 frimaire : « Paris. 1S frimaire. ...Tout annonce que la fêle que la ville de Paris doit donner jeudi prochain à l'Empereur sera digne de la circonstance. Sur les deu.x côtés des quais qui conduisent du palais des Tuileries à la place de rHôtel-de-Ville, on élève des échafaudages qui paraissent destinés ù soutenir des guirlandes et à porter des ifs ou des orangers. Sur la place des Victoires se construisent des orchestres entourés d'ifs et d'autres décorations. » — « Les fêtes publiques ont cédé la place aux fêtes particulières. Tous les jours, les grands dignitaires, les maréchau.v, les ministres donnent à dîner à un grand nombre de fonctionnaires et députés des départements. On parle d'un grand dîner qui doit avoir lieu domain dans la salle du Théâtre Olympique. On prétend que tous les présidents do cantons y seront invités. » — Coiirrier français du 19 frimaire : « Paris, iS frimaire. Les députations des gardes nationales et des armées de terre et de mer ont été, hier matin, présentées à S. M. l'Empereur. Elles formaient un total de sept à huit mille hommes et se composaient de quatre cent trente-huit députations ; elles étaient rangées sur les deux côtés de l'immense galerie du Muséum et la ren^plissaient tout entière ; quelques-unes même refluaient dans les pièces voisines. Sa Slajesté s'est rendue dans cette galerie accompagnée de plusieurs maréchaux et officiers de sa garde ; elle s'est arrêtée à chaque cjéputation et a parlé à toutes successivement. Cette audience a duré cinq heures. Sa Majesté, en sortant de la galerie, a été suivie des cris prolongés et répétés de Vive l'Emjpereur ! Elle s'est aussitôt rendue dans la salle du trône, pu l'attendaient les grands dignitaires, les maréchaux, les ministres, le Sénat et le Conseil d'État. Toutes les députations ont défilé dans cette salle, après avoir traversé la galerie de Diane, et sont descendues par le grand escalier. . . » — Bulletin politique et général de l'Europe du 19 frimaire : « Paris, 18 frimaire. ...Le Collège de France a repris son activité, et les différents professeurs y ont rouvert leurs cours. Mardi prochain 20 frimaire, M. Biot, membre de l'Institut national, y commencera un cours de physique mathématique, et le continuera ensuite les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine à trois heures. » — <f M. Fontanes désavoue une nouvelle édition du Poème des Vergers, qu'on vient de faire paraître, ainsi ([ue plusieurs autres morceaux de prose et de poésie imprimés sous son nom »
19 FriIMAIflE AN XIII (10 DÉCEMRIIE 1804j.
Ministère de la polick générale. — Bulletin nu 20 frimaire.
Paris. Dépni.aiion. — L.i cunlianceque Sa Majesté a témoignée aux députations réunies, sauiedi, dans la grande galerie a excité le plus vif enthousiasme. Depuis ce jour, les gardes nationales et les militaires fini se Iroiivaienl k celte réunion racontent de toutes parts
451 PARIS SOUS L'EMPIRE [10 décembre 1804]
l'accueil qu'ils ont reçu, et marquent leur reconnaissance dans les termes les plus expressifs. Un rléputé de l'Aisne a composé, le jour même, le quatrain suivant :
Bonaparte, empereur, maître d'un peuple libre, Surpassant les Césars qui commandaient au Tibre, Régnant sur les Français, plus en père qu'en roi, Trouvera leur amour, le garant de leur foi
(Arch. nat., AFiv, 1491.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Le sieur Richerand, chirurgien de l'hospice Saint-Louis et chirurgien-major du premier régiment de la garde municipale, entendu ce matin, relativement au nommé Faiire ', l'un de ses élèves, paraît n'avdir eu aucune connaissance des intentions de ce fanatique. Les questions ont été posées au sieur Richei'and, le plus adroitement possible, et de manière même à lui laisser croire que son élève ne désavouait pas que le sieur Richerand peut avoir les mêmes principes que lui ; mais celui-ci a répondu k tout avec calme et franchise. Il a dit qu'il ne connaissait ce jeune homme que depuis le commencement de cet hiver ; qu'il suivait ses cours ; qu'il lui savait bien une mauvaise tête, et cherchant querelle à tous ses camarades, mais que, du reste, il n'avait jamais manifesté d'opinions politiques; qu'il était exact à ses devoirs et surtout aux pansements à riiospice. Le sieur Richerand a paru profondément affligé de l'incartade de ce jeune homme, a protesté de sa fidélité à l'Empereur, et a dit qu'il avait d'autant plus de regrets qu'un de ses élèves ait commis un pareil délit qu'il sollicitait, lui, Richerand, l'aigle de la Légion d'honneur auprès de M. de Lacépède, qui lui voulait du bien.
Les militaires qui quittent Paris s'en vont persuadés, disent-ils, que la guerre continentale est certaine ; ils manifestent un vif désir de voir la descente s'opérer.
Un gendarme de Moncontour, près de Saint-Brieuc, venu ici comme député pour le sacre, dit qu'il existe toujours beaucoup de désunion dans le pays, que les émigrés sont plus insolents que jamais, et que les acquéreurs de domaines nationaux les craignent beaucoup.
Réunions. — On dit que Sa Sainteté doit aller |)asser deux mois à Saint-Germain-en-Laye, |)our s'occuper spécialement des affaires de l'Eglise; que S. M. l'Empereur doit partir pour Boulogne, aussitôt