‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 114 sur 221 · I. Il çlail né à Paris, le Jd nctnlnc 172:i · texte numérisé non relu

I. Il çlail né à Paris, le Jd nctnlnc 172:i

467 PARIS SOUS L'EMPIRE [18 décembre 1804]

assure que M. Méjean, secrétaire général de la préfecture de la Seine, a élé nommé membre de la Légion d"honneur. Les salles de l'Hôtel de Ville présentaient toutes un coup d'oeil ravissant. La foule y était innombrable; les parures les plus brillantes, les plus riches et les plus variées y étaient réunies. La satisfaction était sur tous les visages. On dansait dans deux salles. Dans l'une, celle où était placé le trône, on lisait au-dessus de la porte cette inscription : Fasti Xapoleonei, et les murs en présentaient une foule d'autres, dont chacune rappelait un des hauts faits de l'Empereur. L'illumination de l'Hôtel de Ville et des bâtiments construits sur le même modèle dans tout le tour de la place était majestueuse par sa noble simplicité. Elle dessinait en verres de couleurs l'architecture de ces bâtiments, qui semblaient décorés de colonnes et corniches de topaze, d'émeraudes, de saphir et de rubis. Le feu d'artifice a surpris par son effet. Le mont Saint-Bernard, après avoir retracé aux spectateurs ce passage qui a fait oublier celui d'Annibal, a laissé échapper, du feu de ces rochers couverts de neige, un volcan, symbole de l'éclat de nos victoires. De nombreuses acclamations ont accueilli Leurs Majestés Impériales à leur arrivée à l'Hôtel de Ville. Elles les ont accompagnées et suivies à leur retour. Sur les neuf heures, le cortège a repris sa marche, le long des quais, jusqu'au palais des Tuileries. La colonnade que l'on avait élevée le long de la rivière offrait une riche illumination formée par aperçu de cinquante mille lampions en verres de couleur. Les édifices publics situés sur la rive gauche de la Seine, tels que la Monnaie, le Ministère de la police générale, l'Hôtel de la Légion d'honneur, le Palais du Corps législatif, etc., offraient aussi le spectacle d'une magnifique illumination. Des distributions de pain, de vin et de volailles se sont faites le soir, en même temps, sur les douze places indiquées dans le programme. Une partie de la nuit s'est passée en divertissements. . . » — Courrier français du 27 frimaire : « Paris, 26 frimaire. ...On parle avec l'enthousiasme de la reconnaissance, dans tout Paris, de la bonté affectueuse avec laquelle l'Empereur a daigné accueillir plusieurs placets, en se rendant, hier, à l'Hôtel de Ville; on parle surtout d'une grâce accordée par Sa Majesté Impériale à une femme qui se jeta, éplorée, au-devant de sa voiture, vis-à-vis le palais du Tribunal. Cette scène auguste et attendrissante, qui avait arraché des larmes à tout le peuple, se termina par des transports de joie et des cris unanimes de Vive l'Empereur! dont Sa Majesté parut vivement touchée. Les bonnes gens dont nous tenons ce fait avaient encore les larmes aux veux en le racontant »

^27 FUIMÂlHE AN XIII (18 DÉCEMBRE 1804).

Ministère de la police générale. — Bulletin du 28 frimaire.

Paris. Speroni, porie-croix du Pape. — Le sieur Basset, marchand d'estampes, ayant exposé en vente une espèce de caricature qui représentait le porte-croix du Pape, précédant sa voilure le jour du

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coiironn-'iiionl, M. Sporoni, sujet de celle gravure, a lail remercier le marchand, ^*n le priant de faire ajouter son nom Speroni, et de lui en pmcurer un grand nombre d'exemplaires. Le marchand lui a envoyé un homme de confiance et un interprète pour conférer avec lui et s'assurer de ses iulentions. M. S|)er()ni les a accueillis et entretenus pendant plus d'une heure. 11 a dit avoir souvent remarqué, le jour du couronnement, qu'il élait le sujet des risées du peuple, mais qu'il ne s'en était pas offensé, [tarcc qu'il contiaissait le caractère des Français et les aimait 11 a dit encore que Sa Sainteté ne retournerait à Munie que pour y célél)rcr les fêtes de Pâques, et passerait à l'aris tout le temps qui ne lui serait pas nécessaire pour son

voyage

Millier. Émigré. — On continue de surveiller l'émigré Midler signalé, <laus le liidlel'm du 15 de ce mois, comme agent secret du cabinet autrichien. Il se dit .ictuellement chargé des affaires de l'évêquc de Saint-tiull. Il a confié que, dimanche dernier, il s'était introduit auprès du cardinal Fesch, et l'avait prié de proposera Sa Majesté Impériale plusieurs demandes pour M. de Saitit (iail. mais que Son Emiuence avait refusé, parce qu'il était survenu en Suisse de nouveaux troubles qui ont indisposé Sa Majesté. Il a parlé longueuHiiit des cérémoni(,^s du couronnement. Selon lui, on a manqué essentiellement à l'Kmpereur d'Allemagne, en plaçant son ambassadeur à la troisième table, tandis qu'il y avait à la seconde des princes allemands, officiers au service de l'Aulriclie, Il en est résulté que M. de Cobenzl a refusé d'assister à ce dîner et a déterminé plusieurs ambassadeurs à faii'e le même refus, notamment ceux de Naples et du Portugal. .M. de Lucchesiiii s'est dispensé de faire cause commune avec eux, parce (|u"il n'a pas le tilre d'auibassadeur ; mais, dans la discussion, il les a fortement approuvés et encouragés. — Le jour de la distribution des aigles, suivant M. Muller, quatre régiments ont lefusé de crier : Vice C Empereur ! quoique des officiers généraux aient passé dans les rangs pour en donner l'ordre — L'ambassadeur est sur le point d'envoyer un courrier à Vienne, pour rendre compte à sa cour de lout ce qui s'est |)assé pour le couronnement. M. Muller joiinlr.i au paqucl de l'ambassadeui' siui bullrlin el ses lettres à ses cnirespiuidaiits. Il odre même d'y annexer celles que d'autres émigrés,.ses amis, voudraient f.iii'e parvenir avec sûreté. Il garantit qu'on peut écrire avec la plus grande confiance, parce que la dépêche intégi'ale de 1 andjassadeur sera inlactc

(Arch. liai., AF iv, 14'J4.)

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Rapport dk la préfecture de poltce du même jour.

Les Bourboiiistes se permettent force plaisanteries et d'épigrammes sur les circonstances actuelles. Beaucoup d'entre eux affectent de répandre, les uns, qu'on leur a demandé des renseignements sur le cérémonial et les usages. de l'ancienne cour et qu'ils ont refusé de les donner ; les autres, qu'on leur a offert des places dans la maison de Leurs Majestés Impériales, et chez les princes, mais qu'ils n'ont pas voulu les accepter. Parmi ceux qui tiennent tous ces propos, on remarque particulièrement la dame Marcillac, bretonne, demeurant rue de Sèvres, l'ex-princessc de Cliimay, M. de Fitz-James, etc. Les ci-devant nobles qui occupent des places sont l'objet de leur censure la plus amère, et ils ne cessent de les déchirer à belles dents.

Invalides. — Lors de la visite que Sa Sainteté a faite hier aux Invalides, le sieur Maignant, adjudant de division, est sorti des rangs et s'est mis à genoux pour présenter une pièce île vers au Pape. M. le maréchal gouverneur des Invalides voulant le renvoyer à son poste, celui-ci lui a répondu d'une manière indécente, et il a été arrêté de suite. On a remarqué nombre d'Invalides qui se permettaient des gaités à l'occasion de cette visite.

S/iectacles. — Le hallet d'Achille à Scyros, donné hier pour la première fois à l'Académie impériale de musique, a attiré un grand concours de monde. Cet ouvrage a satisfait le public et obtenu beaucoup de succès. La recelte s'est élevée à plus de 8.000 livres. L'ordre et la tranquillité ont été maintenus au dedans et au dehors.

Les femmes détenues dans la prison de Saint-Lazare ont célébré entre elles, dimanche dernier, l'avènement de Sa Majesté au trône impérial. Elles ont joué deux petites pièces, qui ont été terminées par des couplets analogues à la fête du jour.

Journaux. — Les feuilles de ce jour, à la suite de la nouvelle de l'accueil dislingué que la cour de Naples a fait au lord Nelson annoncent qu'il est arrivé dans la même ville un courrier extraordinaire de Paris, chargé de dépêches d'une liante importance. On apprend également d'Ilalie l'arrivée très prochaine de M. le sénateur Lucien I5()na[)arte. On ne trouve d'ailleurs rien de plus qui soit digne de remanpie qu'un passage des iu)uvelles de Prusse données par le Journal du Soir., suivant lequel d(;s bruits se seraient répandus, à Rerlin, de la prochaine cessation des hostilités entre la France et l'Anglelerre, au moyen de la méilialion d'une grande puissance. Quant aux nouvelles de l'intérieur, elles n'oflVenl de icmar'qnabl

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que les détails d'un ouragan <|ui aurait fait périr à Iloyan plusieurs hàlinienls de commerce de la |)lace de Bordeaux, sans qu'un ail pu niènie :*auver les équipages...

Bourse. — .Malgré la défaveur que le cours des rentes avait éprouvé hii-r, pendant toute la durée de la Bourse, les demandes s'étaient multipliées au moment de la clôture du parquet au point de donner lieu à une hausse assez sensible; aujourd'hui cet avantage a été entièrement détruit |)ar des ventes assez considérables, et l'on n'attribue cette réaction cotnme les précédentes, qu'à racliarnement des j(»ueurs. Les autres effets se maintiennent toujours en hausse. — 3 0 '(), jouissance de vendémiaire an XIII, 58 IV., 58 Ir. 10, 58 fr. Actions de la Banque de France, 1.143 francs.

Dubois.

(.\rcli. nat., F', 3833.)

Journaux.

Courrier français du 28 frimaire : ^ Paris, 27 .frimaire. . ..Sa Majesté l'Empereur a assisté, hier, à la représentation d'Ariane*. Il était en habit de garde nationale. Il est arrivé au second acte et est resté jusqu'à la fin de la pièce. 11 est entré et sorti au milieu des applaudissements du public. »

Ministère de la i-olice générale. — Bulletin du 29 kkimaire.

Paris. Esprit puhlic. — L'imposante dignité des fêtes du couronnement, la manière dont l'hommage de la ville de Paris a été fait et accepté ont frappé tous les esprits. L'institution impériale a pris une véritable consistance, non pas par cette joie éphémère, ces espérances factices, cette sorte d'enthousiasme passager, qui tiennent plus ou moins à l'esprit de parti, mais par l'aplomb du souverain, par la grandeur des circonstances que son génie domine et élève. Les hommes qui, par affectation de bonne foi, demandaient, il y a peu de mois : « A »|uui bon [irenilre un titre nouveau ? » etc., etc. . ., couMnencent à voir qu'il ne s'agit pas d'un simple changement dans les noms, mais d'un puissant all'ermissemeid dans les choses. De leur côté, les hommes à jeux «le mots sont déconcertés de toutes ces

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