‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 115 sur 221 · Au Tlii'àtic-l'rani-ais · texte numérisé non relu

Au Tlii'àtic-l'rani-ais

471 PARIS SOCS L'EMPIRE [19 okcembre 1804]

réalités, qui surpassent la puissance des anagiammes et des calembours. — Trois classes d'individus s'étaient fait remarquer dans ces derniers temps de commérage : à [xine ose-t-on les nommer ici, tant elles paraissent ridicules à côté de tant de puissance et de raison. Ce sont des exclusifs, des bourboniens, et quelques indigents de la population de Paris, espèces mi-partie de niais et d'oisifs, qui regardent le titre de Parisien comme une dignité, et qu'on a jarlis mis en œuvre, en les berçant de quelques iiiées de domination. Ces différents indivirlus, pour qui un supplément de révolution serait un patrimoine, n'ont pas vu sans regret lixer la situation de la France, dans un sens qui n'est pas le leur. Ces misérables intérêts se sont agités dans la mesure de leur mérite, c'est-à-dire par quelques rébus et par des bavardages ridicules, quelquefois grossiers. Aussi n'y a-t-on opposé que le mépris : l'oubli a suivi de près. Le mot magique de postérité, jeté par l'homme qui devant elle paraîtra si grand, a été parfaitement saisi et apprécié, et les petits moyens des petites coteries en ont paru encore plus petits.

Ainhassndeur d'Autriche. — On a dit, aujourd'hui, dans le cabinet de M. de Cobenzl, qu'à la rentrée du Corps législatif, un membre, jouissant dune grande influence, exposerait avec énergie les griefs de la nation française contre la Suède et la Russie, et inviterait S. M. l'Empereur à leur déclarer la guerre. On a insinué que cette motion serait suggérée. Le courrier de cet ambassadeur, dont l'émigré MûUer a annoncé le départ prochain {Bulletin d'bier), sera

expédié dans trois ou quatre jours

(Arch. nat., AF iv, 1491.)

KaPPOHT DK la rBÉFliCTLRl-: DK FOLICK DU MÊME JOUR.

Réunions. — Les bruits de guerre sur le continent se renouvellent depuis deux jours. On répand que tous les généraux ont reçu l'ordre de se tenir piêts à partir pour aller prendre le commandement de leurs armées respectives. On débile que la Prusse a employé tous les moyens |)0ssibles de médiation, et (ju'elle n'a pu réussir. Les bourbtjnistes continuent de répéter que les finances sont en mauvais état, et, comme les exclusifs, ils se plaisent à exagérer les dépenses que les circonstances présentes ont occasionnées.

Commerce. — Les marchands disent que la vente a repris asse/ bien depuis quelques jours ; que les députés ont attendu le moment de leur départ pour faire des emplettes et les remporter chez eux. Les objets de fantaisie et de luxe, surtout, sont recherchés.

[lu i.KCKMiiKK isoi] l'AHis sors i;kmimiœ n^

Journaux. — Quelques nouvelles d"Ani;leterre se lisent dans la (iazetle de France : elles sont extraites du Mornlnçf Chronicle, et semijlent annoncer des inquiétmios sur quelques expéditions marilimes de la part de la France, soit contre l'Irlande, soit contre i|uelques-unes des colonies anglaises, aux Indes oriiMitales. Le ga/.etier anglais suppose pour celte destination u\\ emijarquement à Brest, de vingt mille hommes, avec toutes les munitions nécessaires. Le même gazetier annonce qu'un vaisseau de soixante-quatorze canons, le Vénèrahle, s'est perdu en rentrant à Portsmoulh. — Les nniivelles d'Allemagne portent qu'il y a eu des explications très vives entre la Ilussie et la Porte, relativement à plusieurs démarches que la premit-re de ces puissances a faites du coté de la Morée ; elles ajoutent même que, par une proclamation, le commandant russe à Corlou a exhorté les lialùlants de la Morée à l'insurrection. Le reste des feuilles se compose d'une partie îles détails de la dernière fête, donnés par le Moniteur . . .

Bourse. — Il s'est fait beaucoup d'ailaires en rentes ; M. Fould, agent, en a pris, dit-on, considérablement, et cependant ses achats n'ont pas autant contribué à la réaction favorable du cours que le démenti formel des bruits que les joueurs à la baisse avaient répandus sourdement hier, et dont on n'a eu connaissance que le soir, car personne ne les avait recueillis en Bourse. Selon ces messieurs, une alliance devait avoir lieu entre l'Angleterre, la Hussie, la Prusse et l'Autriche, et l'Empereur avait eu in)e explication assez vive avec M. de Cobenzl, relativement au cordon de troupes placé par l'empereur d'Allemagne sur les frontières de l'Italie. Quelques personnes, intéressées à connaître la vérité, ont assuré que M. de Cobenzl et autres personnages marquants de rAllemagne avaient dîné hier chez le ministre des relations extérieures. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 57 fr. 65, 75, 70, 65, 70. Actions de la Banque

de France, 1 .145 francs

Dubois.

(Arch. nat., F', 3s33.)

Journaux.

Moniteur du 20 frimaire : « Paris, le 2S frimaire. . . .Los présidents des Conseils généraux de tous les départeinents de riîmpire se sont réunis, le lundi 26, dans un ban(|uet, auquel la pins touchanlo cordialité a présidé. Les toasts (pie l'on a i)orlcs l'ont été avec celte luianiniilc de sentiments qni existe du pied des .Mpcs aux rives du lUiin : 1" A S. M. l'Empereur : « Puisse sa vie se prolr)nger ass(?z pour le faire jouir de la reconnaissance de nos descendants !» 2" A S. .M. l'Impératrice : « Que l'union touchante des vertus et

473 PART? sors 1/EMPIRE [19 hkcembrr 1804]

des grâces, dont elle est le modèle, lasse longleinps le bonheur de son auguste époux!» 3" A la famille impériale: « Qu'elle règne éternellement sur le peuple français ! » 4" A Sa Sainteté : « Que le pacte solennel formé sous ses auspices entre la i-eiigion et FEmpire demeure à jamais inébranlable! >■ o" A la prospérité de la France : & Les Conseils généraux en trouvent la garantie dans le génie du chef suprême de l'Étal ! » 6«> Aux armées de terre et de mer : « Qu'elles soient toujours l'effroi de nos ennemis, comme elles sont l'honneur et la gloire de la patrie ! » T» A M. le maréchal Murât : « Les présidents des Conseils généraux reporteront avec une joie bien vive dans leurs départements le souvenir reconnaissant de son bienveillant accueil ! » 8^ Aux Conseils généraux des départements de France : a Que leur dévouement à la chose publique et leur fidélité soient pour eux le gage de la'confiance du gouvernement ! » 9" Au département delà Seine et à la ville de Paris: u Que, plus rapprochés du trône, ils veuillent bien confondre dans l'expression de leurs vœux et de leur amour pour le héros de la France les Conseils généraux, qui demandent à ne faire avec eux qu'une seule famille.» — « Hier matin, vers midi et demie. Sa Sainteté a visité l'Hôtel impérial des Invalides. Le Saint-Père, arrivé dans la cour avec une garde et quelques carrosses de suite, a été reçu à la descente de sa voiture par S. E. le maréchal gouverneur et l'état-major. Sa Sainteté a été introduite dans l'église et conduite à l'autel parle clergé des Invalides, et a fait sa prière sur un prie-dieu, qui lui avait été préparé. De là elle est passée au Dôme et s'est arrêtée devant le tombeau de Turenne. Dans une de^ chapelles attenantes, Son Excellence le maréchal gouverneur lui a présenté diverses dames, qui s'étaient rendues dans l'église. En parlant du Dôme, Sa Sainteté est allée dans les magnifiques infirmeries de l'HôteU qu'elle a parcourues dans leur totalité et paru voir avec un vif intérêt. Partout elle a donné des marques de sa bonté paternelle et de sa touchante affabilité. Lorsqu'elle s'est retirée, elle a été suivie par un grand concours de monde, et accompagnée jusqu'à sa voiture par M. le maréchal gouverneur... » — Journal des Débats dn 29 h'imaire : « Paris, 28 frimaire. ...M. Daunou est nommé archiviste du Corps législatif; M. Housselin est nommé consul à Damiette ; M. Maupertuis, consul à Rotterdam; M. Deforgues ', consul à la Nouvelle-Orléans. » — « M. Denon, directeur du musée Napoléon, est chargé de la surveillance des manufactures nationales des Gobelins, de Sèvres, de la Savonnerie et de Bcauvais... » — Gazette de France du 29 frimaire : « Paris, ù 8 frimaire. ...Sa Sainteté a accueilli la demande qui lui a été faite de se rendre à Saint-Eusiache pour la bénédiction de la chapelle de la Vierge. Le jour fixé pour cette cérémonie religieuse n'est pas encore connu. Sur la ])remière nouvelle de cette annonce, on s'est empressé de louer à l'avance les chaises de l'église, au prix de trois livres »

1. (l'est l'ancien ministre des .V.ll■aire^i étrangères de la Convention nationale.

^20 DKCKMBRF. J80i] PAHIS SOIS I/EMPIIŒ 474

RaFPOUT DK la PHÉFECTURK de police du 30 FKIMAIRK.

Parmi les iiuliviilus que réunissent chez eux des frondeurs et des ennemis du gouvernement, on signale particulièrement un sieur Châteignier, émigr»^ amnistié, demeurant rue Neuve-iles-Malliurins. C'est une des coteries d'où sortent les calembours et les mauvaises plaisanteries sur notre position actuelle. Le sieur Châteignier est à peu près un homme nul, mais sa femme a beaucoup d'esprit ; c'est elle qui est l'àmo de la société et qui pif)voque la première les propos de toute espèce.

Comme?xe. — On dit, dans le commerce, que la fièvre jaune est à Halle, en Saxe, et à Savone, près Monaco.

Cérémonie religieuse. — La messe des Morts, musique de Mozart, a été exécutée, aujourd'hui, à midi et demi, dans l'église Saint- Germain - l'Auxerrois. Le concours d'auditeurs n'a point été, cà beaucoup près, aussi considérable qu'on s'y attendait. A peine la nef élait-elle remplie. L'ordre et la décence n'ont point été troublés. . .

Bourse. — Les négociations de rentes ont été nombreuses, et le cours a éprouvé de fortes variations, parce que le moment décisif pour les marchés à primes a établi une lutte très vive entre les acheteurs et les vendeurs. Ceux-ci ont eu l'avantage, et conséquemment toutes les primes doivent être perdues. Une réaction prononcée dépendia, dil-on, de la rai-elé ou de l'abondance des noms qui seront donnés à la prochaine Bourse. — 0 0/0, jouissance de vendémiaire au Xlli, ,o7 fr. 90 ; 58 fr. ; 08 fr. 05, 10, 57 Ir. 90 ; 58 fr., 57 fr. 90 ; 58 fr. 05, 58 fr. 57, 95,90, 95; 58 francs. Actions (!<■ la Banque de France, 1.145 francs, 1.150 francs.

Dubois.

iAirli. niit., V, :W33.)

Journaux.

Journal (les Débals du 30 frimaire : « Paris, 2.9 frimaire. ...Le thermomètre de M. Chevallier est descendu aujourd'hui dans son maximum à huit heures du matin, à G degrés 7/10 au-dessous de zéro; à neuf heures

475 Î^ARIS SOUS L'EMPIRE [21 décembre 1804]

5 degrés 4/10. ,. » — Gazelle de France du 30 frimaire : « Paris, 29 frimaire. ...M. de Lalande, pour prévenir les questions qu'on a coutume de lui faire à l'approche du solstice d'hiver, s'empresse d'annoncer aux personnes qui aiment à se mettre de temps en temps au courant des atïaires de l'astronomie, que le samedi 29 décembre sera le jour le plus court de cette année, que dimanche nous aurons gagné six secondes, lundi dix-huit, mardi trentecinq et mercredi une minute pour la durée totale, du jour. Nous voilà bien avancés... » — Courrier français du 30 frimaire -.Paris, 29 frimaire. . . .David est nommé premier peintre de TEmpereur ; il est chargé de quatre tableaux relatifs au couronnement; le i)remier représentera la cérémonie du Sacre à Notre-Dame ; le second, la distribution des aigles au Champ-de-Mars ; le troisième, la fête de l'Hôtel de Ville ; on ne dit pas encore positivement le sujet du quatrième. . . » — Journal des Dames et des Modes du 30 frimaire : « Paris, ce z9 frimaire. ...Le goût de la danse est si répandu, on aime tant à danser et à voir danser, que bientôt le Théâtre-Français sera obligé de reprendre son ballet et ses figurantes. Partout où l'on danse, où l'on saute, où l'on voltige, la foule accourt ; et le manège de M. Franconi est maintenant plus suivi que bien des salles de spectacles. Plusieurs loges sont souvent louées à l'avance, et rien n'enchante plus une petite-maîtresse que la. voltige à pied ferme, qui s'exécute depuis quelques jours. On parle d'une représentation prochaine, qui, d'après les préparatifs, sera vraisemblablement très brillante »

CGXV

30 FRIMAIRE AN XIll (21 DÉCEMBRE 1804).

Ministère de la police générale. — Bulletin du l®"" nivôse.

Paris. — Le ciief de bataillon Trapier, 105« de ligne, a fait hier au ministre un rapport conçu en ces termes : « Le i29, en passant sur le quai,' j'aperçus devant moi un homme se lamentant et criant : Vengeance. . Les Bourbons sur le trône... Ce ne sont que des brigands ijui l'occupent. Surpris et indigné, je l'ai arrêté et déposé au poste du quai de l'École II se nomme Giraud, est né à Verneuil (Allier) ; est à Paris depuis trois semaines, chez M. Marie, rue de Gharenton, no 36. La police générale connaît un Girard, de Verneuil (Eure), atteint de démence. Il appartient à une famille honnête, à la réquisition de laquelle il avait été arrêté. — Le préfet de police est chargé de vérifier.

Faure. Chirurgien de i hôpital Saint- fouis . — Des renseignements particuliers recueillis sur l'imbécile énerguméne Faure \

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