‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 123 sur 221 · Voir plus haut, p. 490, un témoignage contraire · texte numérisé non relu

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495 PAKIS SOUS. L'EMPIRE [28 décembre 1804]

reconnu que la musique française n'avait pas le dessous. On a comparé EUeviou à lui-même, et généralement on a paru le préférer dans ses rôles aimables et eais ■»

CGXII

7 NIVOSE AN Xlfl (28 DÉCEMBRE 1804).

Ministère de la police générale. — Bulletin du 8 nivosë.

Paris. Sainl-Easlache. — On rapporte qu'on exigeait hier 30 sols de tous ceux qui se présentaient pour entrer dans l'église de Saint- Euslache, où l'on avait annoncé que le Pape se rendrait. Cette exaction a été généralement blâmée. Il y a eu beaucoup de désordre pendant que Sa Sainteté était dans l'église; on y a commis des voies de fait. Des femmes y ont été gravement insultées.

Exécution. Surveillance de la librairie. — Deux ouvrages, soumis à l'examen du préfet de police, l'un : La France triomphante, l'autre : Les crimes de la philosophie, paraissent ne pas devoir faire supposer de mauvaises intentions à leurs auteurs. Cependant le premier renferme quelques déclamations sur les événements malheureux qui ont eu lieu à Lyon, dans l'Ouest, etc., et le deuxième s'attache à faire l'apologie de cette philosophie à laquelle il feint de faire procès, prêche le déisme pur, et ménage peu la religion catholique. Au surplus, celui-ci n'a point été imprimé à Paris, et il n'en a été envoyé ici que les exemplaires à peu près nécessaires |)Our les annonces d'usage. Quant à l'autre, considéré sous le rapport littéraire, on peut juger qu'il n'est pas destiné à faire grande sensation. On autorise la mise en vente de ces deux ouvrages, à condition néanmoins que les libraires ne les annonceront, ni par la voie des journaux, ni par celle

des affiches.

Fougue,

(Arch. nat, AF iv, 1492.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Culte. — La réunion des protestants, qui a eu lieu aujourd'hui à Saint-Thomas du Louvre, était aussi brillante que nombreuse. Une enceinte très vaste était réservée aux membres des autorités, et elle a été tolaletnent remplie par des sénateurs, des membres du Corps législatif et du Tribunat. La cérémonie a été très majestueuse; rhynnie et l'oratorio, exécutés par les meilleurs artistes de l'Académie

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iniitériale lie musique, ont excité un enll)ousiasnie universel. M. Marron a prononcé un discours qui a été entendu avec le plus vif inlérèl; il avait pour texte ces paroles du psaume 107 : « Vous qui voyez toutes ces choses, considérez les bieriffiils de l'Itlernel. » Il aprésenté le héros de la France comme celui du monde entier; il a peint la bonté, la bienfaisance de S. M. l'Impératrice, qui embellit le trône de toutes les grâces et les vertus; il a fini par une invocation, quia remué tous les cœurs. On a remarqué que, dans son discours, il a fait l'éloge des vertus du Saint-Père et formé des vu'ux pour la réunion de toutes les ccmimunions diverses de la religion chrétienne. L'ordre et la décence n'ont point été troublés.

Ouvriers. — Les travaux continuent de bien aller. Les ouvriers sont toujours parfaitement tranquilles.

Journaux. — Les feuilles de ce jour n'offrent absolument aucune nouvelle qui ne soit déjà connue; elles ne publient depuis longtemps aucun article dit de variétés qui manifeste la moindre opinion politique. . .

Bourse. — Il s'est fait passablement d'affaires, mais elles n't)nt

produit aucune variation sensible; le cours des rentes paraît disposé

à la stagnation, et les spéculateurs prétendent que cet état de choses

peut durer jusqu'au 13 du courant. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire

an XIII, 58 francs, 57 fr. 90, 58 francs. Actions de la Banque de

France, 1.163 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F\ 3833.)

Journaux.

Moniteur du 8 nivôse : « Paris, le 7 nivôse. ...ba visite de Sa Sainteté à l'église de Saint-Thomas d'Aqnin a eu lieu hier malin à dix heures. Après le compliment latin de M. le curé, remarquable par les pensées et les sentiments dont il était rempli, et la ré|)onse du Saint-Père, une belle musique a exécuté le Tu es Pelrus de Lesueur, et a continué pendant la messe de Sa Sainteté. \.Q pain béni a été présenté par MM""» de Montmorency, de Luxembourg, de Sainte-Aldégonde et de Séran. Sa Sainteté, en leur donnant sa bénédiction, leur a oITcrt de baiser l'anneau de Saint-Pierre. Sa Sainteté a admis les fidèles à lui baiser les pieds, depuis onze heures lui (piart jus(|u"à midi et demie. Lorsqu'elle a reparu dans l'église, la partie du peuple qui n'avait pu pénétrer jusqu'à elle, s'est |)récipitée sur ses pas, se prosternant à ses pieds, lui baisant les pans de sa robe et les mains que le Saint-Père tendait avec bonté à cette i'oulc empressée, au milieu de laquelle il avait été comme |)0rté. » — Journal des Diibats du 8 nivôse : « Paris, 7 nivôse. M. Abrial, fils du sénateur de ce nom a épousé, lundi dernier, Mlle Treilhard, fille du conseiller d'Etat. L'Empereur a signé le contrat de mariage. » — Gazelle

497 PARIS SOUS L'EMPIRE [29 décembre 1804]

de France du 8 nivôse : « Paris, 7 nivôse. ...Le dîner et la fête de MM. les officiers généraux a eu lieu hier, dans la salle de la Société Olympique, rue de la Victoire. S. M. l'Empereur a honoré cette réunion de sa présence... » — Bulletin politique du 8 nivôse : Paris, 7 nivôse. ...La salle du Corps législatif a été embellie depuis la session dernière ; toute la partie qui composait la tribune, le bureau du président, etc., ceux des secrétaires, ne forme plus qu'un soubassement sur lequel est élevé le trône de S. M. l'Empereur, auquel on monte par deux escaliers qui s'étendent jusqu'aux deux portes de la salle ; un troisième escalier de douze marches, à bahistre d'or, conduit aux sièges destinés pour les princes et les grands dignitaires. Du centre de ces sièges antiques, s'élève un escalier particulier de cinq marches en marbre, conduisant au trône tout éclatant d'or, surmonté des armes de l'Empire, et ombragé par un large palmier, aussi en or. Au milieu du corps de l'arbre on remarque une espèce d'écusson sur lequel est figuré le Nil avec les campagnes qu'il féconde. Au-dessus du palmier est suspendu un dais de soie cramoisie, orné des deux côtés de draperies de la même couleur et semées d'abeilles. Les trois bandes du dais sont ornées d'étoiles, et les quatre parties angulaires d'ua large plumet blanc, la sommité surmontée d'un aigle d'or déployant ses ailes. Visà-vis du trône de l'Empereur s'élève celui de l'Impératrice, entre deux colonnes de marbre incrustées en or ; des deux côtés sont des sièges pour ses dames d'honneur et quelques-uns de ses grands officiers »

Rapport de la PRÉFacrtRE de police du 9 nivôse.

Culte. — • La foule continue de se porter dans les églises où le Pape

va dire la messe. Il y avait encore aujourd'hui un concours immense

à Saint-Ruch. La cérémonie a duré jusques à midi et demie. L'ordre et

la décence ont été maintenus. Le Te Deum chanté cet après-midi dans

la métropole, en actions de grâces du sacre et du couronnement de Sa

Majesté, a également attiré beaucoup de monde. 11 n'est arrivé aucun

accident.

Dubois.

(Aroh. nat., V, 3833.)

Journaux.

Moniteur du 9 nivôse : « Paris, le 8 nivôse. Sa Sainteté s'est rendue vendredi dernier à l'église Saiiil-Eustache et y a célébré les saints mystères. S. E. Mgr le cardinal de Paris a reçu Sa Sainteté à la porte de l'église, et M. le curé lui a adressé un discours latin. Sa Sainteté, dans sa réponse, a daigné témoigner sa satisfaction des sentiments contenus dans ce discours. " ToMK \. :!2

[29 nÉcKMBRE 1804] PARIS SOUS L'EMPIRE 498

Il sorail difficile de peindre la vénéiiilion profonde et respectueuse que la présence de Sa Saintelé a produite sur les habitants du 3» arrondissement. I-e souverain pontife, après avoir céléhré la messe, après avoir béni la chapelle de la Sainte-Vierge, où M. l'évêtiue de Contances a dit la messe, s'est rendu dans la chapelle dite des mariages, où il a admis au baiser des pieds le clergé, les magistrats composant la mairie, le juge de jiaix, la plupart des fonctionnaires publics de cet arrondissement et un nombre considérable de personnes <le tout àgc et de tout sexe que la piété avait conduits dans l'église. M. Rousseau, maire, en rendant ses hommages au Saint-Père, a prononcé un discours auquel Sa Sainteté a répondu avec bonté. » — Journal des Débats du 9 nivôse : « Au rédacteur. Après les détails que vous avez donnés, Monsieur, sur la visite de Sa Sainteté à Saint-Thomas d'Aquin, je ne puis que vous exprimer l'étonnement que me cause un bruit répandu, non dans le faubourg Sainltïcrmain où sont cependant à peu près tous les témoins, mais dans d'autres quartiers, et qui donnerait lieu de croire que le Saint-Père a couru quelques dangers dans cette église, et n'a pu, qu'avec une extrême peine effectuer sa sortie. J'y étais, j'ai tout vu. Voici la vérité. Après avoir admiré pendant la messe de Sa Sainteté et celle qu'elle a entendue en actions de grâces le recueillement et la piété des fidèles (jui remplissaient l'église ; après avoir été témoin de l'ordre et du calme parfait avec lequel les personnes de toutes conditions venaient se prosterner à ses pieds, je l'ç^i suivie quand elle a quitté son trône pour traverser Téglise et se retirer. Il est vrai qu'au moment où, sortant du sanctuaire, elle est entrée dans la nef, les fidèles les plus près de la balustrade, qui avaient eu longtemps l'espoir de lui rendre leurs hommages, se sont précipités à ses pieds, et ont suspendu quelques instants sa marche. Mais ce mouvement de zèle, que la force la plus imposante aurait eu de la peine à contenir, n'avait rien que d'extrêmement re^^peçtucux ; il a été si agréable au Saint-Père que la douceur et la bonté peintes ordinairement sur son visage y ont paru plus sensiblement encore à ce moment et qu'on l'a vu avec une condescendance toute paternelle abandonner ses mains à ceux qui désiraient y aj^pliquer leurs lèvres ; il a été si touchant que tous ceux qui l'ont remarqué en ont été vivement attendris ; il a été si peu dangereux pour le souverain pontife qu'après les courts instants mis à profil par des enfants pleins de vénération et de tendresse pour leur père commun. Sa Sainteté a retrouvé toute la liberté nécessaire pour arriver sans le moindre obstacle à la porte de l'église. Voilà, Monsieur, ce que j'ai vu, et ce qu'a vu de la même manière une multitude de témoins. On aurait pu, sans doute, avec le secours de gens armés, repousser les pieux fidèles, les empêcher d'approcher du Saint-Père, et abréger de deux minutes son passage dans l'église. Mais qu'aurait-on vu là de comparable au délicieux tableau qu'offraient dans ce moment, d'un côté, la piétié la plus respectueuse et la plus touchante ; de l'autre, l'adabilité la plus aimable ? C'est dans le cœur que se placent naturellement ces souvenirs attendrissants, et le mien les conservera précieusement toute la vie. E D. M., paroissien de Saint-Thomas-d'Aciuin »

499 PARIS SOUS L'EMPIRE [30 décembre 1 804[

Ministère de la police générale. — Bulletln du 10 nivôse.

...Paris. Placard. — Hunibert Molurd, ailjudant commandant, en congé à Pari?, a adressé au minisire une lettre sans date, reçue aujourd'hui, portant qu'il a trouvé sur la porte cochère de la maison qu'il habite (rue Saint-Guillaume, no 1 158) une inscription injurieuse à Sa Majesté l'Empereur, et qu'il l'a enlevée. (Arcli. nat., AF iv, 1492.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Le sieur Breluque, prêtre de Besançon, signalé comme entretenant des relations et des correspondances tendantes à exciter des troubles, surtout parmi le clergé, et comme fréquentant différentes maisons où l'on se permet souvent des propos ou de mauvaises plaisanteries contre le gouvernement, notamment les maisons des dames de Vaudreuille et de Bélhune, a été arrêté ce matin. Qn s'occupe d'examiner avec soin les pièces saisies chez lui, et qui sont en grand nombre. On y a trouvé le projet tout récent d'une lettre au Pape, pour prier Sa Sainteté de déposer l'archevêque actuel de Besançon ', qui, selon le sieur Breluque, s'est rendu indigne de son siège, attendu, dit-il, qu'autrefois constitutionnel, il est toujours attaché de cœur à la Constitution civile du clergé, quoiqu'il l'ait rétractée de vive voix et par écrit.

Réunions. — M. de Montesson, fils de l'ancien ambassadeur de Bavière et neveu de M. deVergennes, ami du médecin Romainousse 2, signalés tous deux comme n'étant pas dévoués au gouvernement, dit que l'on a retranché dans les journaux une partie du discours de S. M. l'Empereur au Corps législatif, notamment en ce qui était relatif à la guerre. M. Faujas. professeur au Muséum d'histoire naturelle, dit qu'on s'égaie beaucoup sur la cour et les dignitaires île l'Empire chez M. de Cambry, ancien préfet du département de l'Oise, chez lequel il va souvent. On dit chez M. d'Ozembray que les sénateurs ont été sen-

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