‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 140 sur 221 · I. Agents (Je change · texte numérisé non relu

I. Agents (Je change

547 PARIS SOUS L'EMPIRE [20 janvier 18Q5]

Bouffons, rOpéra-Comiqiie et FAcadémie impériale de musique. Pour cette fois seulement, l'Opéra a montré de l'activité : c'est lui qui exploitera l'œuvre de Mozart, ou plutôt le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvres, car on ne jase plus de nos jours que sur Don Juan. Jamais ouvrage n'eut autant de réputation. La France eut autrefois ses Gluckistes, ses Piccinistes : elle a maintenant ses Mozarlistes, en musique c'est le poète à la mode. » — « Après Raton et Bertrand, pièce en cinq actes de Picard, on jouera au théâtre de Louvois deux comédies en trois actes, l'une en prose, l'autre en vers. La première est intitulée la Vérité dans le vin. » — « M. Charles Hautefort, attaché au ministère des relations extérieures, membre de l'Académie royale de Florence, de celles des Arcades de Rome, etc , a fait hommage au Corps législatif de l'inscription suivante pour la statue de Sa Majesté Impériale :

Invictus belle, pacis dater, arbiter orbis, Praesidium patripe, religionis honos. «

— Bulletin paUlique du 17 pluviôse: « Paris, le 30 nivôse. ...Quelques jeunes gens de Paris ne passent que quatre à cinq heures à leur toilette ; mais leur élégance fait honte à celle de toutes les danseuses de l'Opéra ; ils ne savent pas lire, il est vrai, mais en récompense ils savent les noms de toutes les marchandes de modes, et sont parfumés comme un sultan. » — « Je vis, il y a quelques jours, une femme qui jurait mieux qu'un grenadier, qui buvait de l'eau-de-vie comme un fort de la halle, et dont les regards auraient fait baisser les yeux à nos beaux jeunes gens à lorgnette. Etait-ce bien une femme ? Je n'en sais rien. » — « Quel est ce jeune homme aux cheveqx blonds, si leste et si galant auprès des femmes, deniandai-je avant-hier à une femme de trente-cinq ans, à côté de laquelle je me trouvais au bal? — C'est mon père, me répondit-elle avec beaucoup de sang froid. Je crus un moment qu'elle se trompait, et qu'elle voulait dire : c'est mon fils ; mais, voyant mon étonnement, elle répéta plus posément encore : c'est mon père. Je ne pensai pas qu'il fut convenable de lui en faire complinient, et, au lieu de lui répondre, je lui fis une profonde révérence, et j'allai voir de plus près cet étrange phénomène, qui cessa d'en être un pour moi dès que je m'en fus approché. Je trouve, à propos de cela, que les perruques blondes ou noires ne trompent les yeux qu'à quelques pas de distance ; de près, si elles ôtent à la physionomie une partie de son caractère, ce n'est assurément pas pour lui en donner un plus jeune ni plus agréable. Il y a je ne sais quoi de grotesque et même de repoussant entre des cheveux de vingt ans et une figure de soixante : cela produit sur moi l'effet que produirait la vue d'une couronne de roses sur la tote chenue d'une vieille femme de quatre-vingt-dix ans. » — « Maclovie, mélodrame qui attire la foule au théâtre de la Gaîté, est, sinon une excellente [tièce, du moins une pièce fort curieuse '. La décoration représentant les mines du Tyrol, et, au-dessus l'appartenient du gouverneur de ces mines, forqie qn spectacle très pittoresque. Les ballets, dont les actes sont entremêlés, pèchent peut-être en quelques endroits contre les règles de la chorégra|)hic, mais ils donnent occasion à jolie petite fille, dont nous ne savons pas le nom, de

1. Maclovie ou la Peine du Tallion avait été jouée pour la première fois le tj aivôse an Xlil. L'auteur était M'"» Barthélémy Adot. {Courrier des Spectacles du 7 nivôse.)

développer un talent qui étonne tout le monde. Cette enfant de douze à treize ans fait, sans la moindre gêne, et sans dévier d'une seule ligne, un si grand nombre de pirouettes, qu'elle surpasse incomparablemenl, à cet égard, tous nos danseurs les plus célèbres. C'est un véritable phénomène. »

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l<" PLUVIOSE AN XIII {21 JANVIER 1803). Rapport de la préfecture de police du 2 pluviôse.

On rapporte que les personnes qui se sont rendues hier (21 janvier) au cercle chez l'ex-duc de Narbonne, rue Roquépine, étaient toutes en deuil. Le portrait de Louis XVI était placé dans un des appartements, entre deux palmiers; et couvert d'un voile noir. Les plus dévots s'agenouillaient et priaient. On a dit dans cette assemblée que le comte de Lille et les ci-devant Princes, réunis, faisaient célébrer un service solennel à l'heure même où Louis XVI avait perdu la vie. On assurait hier, chez M. Delagorce, rue d'Astorg, que tous les vrais amis des Bourbons avaient fait dire, le matin, des messes, pour le ci-devant roi. — On dit chez M. de Pardaillan, demeurant rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, chez lequel se réunissent quelques anciens nobles, que le Pape a été pendu en effigie à Rome, et que c'est une juste punition du ciel pour l'action qu'il vient de commettre. — M. de Sandoz fils' répand que l'ambassadeur de Danemark est très embarrassé, qu'il a les plus vives inquiétudes pour son gouvernement, que ce ministre, qui n'est rien moins que partisan de S. M. l'Empereur, ne cesse de se plaindre du peu d'égards que l'on a pour son caractère. M. de Sandoz ajoute qu'il y a à la cour de Danemark un M. de Lowendal, fils de l'ancien maréchal de France, qui jouit d'un grand crédit auprès du roi. Ce Lowendal est l'ennemi le plus prononcé du gouvernement français. Il aime beaucoup l'argent, et on ne le croit point à l'abri de la séduction.

Journaux. — Les feuilles de ce jour sont uniquement composées des articles publiés, hier, par le journal officiel. . .

Bourse. — Il s'est fait encore beaucoup d'aflaires en renies, et les variations du cours ont eu pour résultat un [>eu plus de faiblesse qu'hier. (Juelques spéculateurs prétendent que les ventes considérables faites au moment de la liipiidalion étaient [tour le compte de

1. Sans di)ule le fils de M. de Suniloz-Uollia, ministre de Prusse à Paris.

549 PARIS SOUS L'EMPIRE [22 janvier 1805]

ceux qui, d'autre part, étaient preneurs et dont les demandes réitérées n'avaient pour but que de faciliter l'écoulement de ce qu'ils avaient de trop : ces réflexions paraissent faire craindre une réaction défavorable. Les actions de la Banque sont très demandées au comptant et à terme. Elles ont retrouvé rapidement le taux qu'elles avaient perdu depuis quelques jours. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 57 fr. 70, 75, 85, 80, 75, 85. Jouissance de germinal an XÏII, 55 fr. 35. Actions de la Banque de France, 1.497 fr. 50 c, 1.200 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

Rapport de la préfecture de police du 3 pluviôse.

Réunions. — On rapporte que le sieur Seape, ex-député ^ se plaît à répéter que jamais il ne pardonnera au gouvernement la mort des patriotes qui ont été, dit-il, sacrifiés, surtout ceux qui sont morts avec Ceracchi. Il se plaint amèrement de ne pouvoir toucher un sol sur les 800.000 livres qu'il prétend lui être dues par le gouvernement pour fournitures par lui faites à l'armée.

On est parvenu à découvrir le dépôt où le nommé Guerbart, imprimeur, avait caché les exemplaires de la lettre de l'évêque de Saint-Polde-Léon au pape et des réclamations également adressées à Sa Sainteté^.

Bourse. — Les négociations ont été, en général, assez animées, et tous les cours se sont améliorés. L'espoir de la hausse des rentes se fortifie par la rareté de cet effet, qui est telle qu'aujourd'hui, à la clôture du parquet, le taux du comptant a été le même que celui de la fin de mois. L'on ne remarque dans le commerce qu'un peu de baisse sur les cotons et les eaux-de-vie. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 58 fr. 10, 58 francs, 58 fr. 10 et 15. Jouissance de germinal an XIII, 55 fr. 60, 50. Actions de la Banque de France, 1.200 francs, 1.208 fr. 50, 1.205 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F', 383:5.)

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