‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 153 sur 221 · Voir plus haut, p. .•J · texte numérisé non relu

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TosiE I. :n

[2 KKVRiRR 1805] PARIS sous L'EMPIIIE 578

Journaux. — Plusieurs ii>iirnaiix publient auiDurd'hiii, d'après des gazettes d'Italie, une nouvelle portant que M. Marciscalchi a été chargé, ainsi que la députalion qu'il a présentée à S. M. l'Empereur au nom de la République italienne, de se réunir à la consulte d'Ëtat, pour délibérer sur le sort liilur do cette Réjjublique et soumettre un |)lan à Sa Majesté. Les idées qu'elle a manifestées, ajoutc-t-on, font espérer que ces travaux, en donnant au pouvoir suprême la concentration nécessaire à tous les États, en assurera d'autant mieux la durée. Quoique rien n'ait encore transpiré de ces travaux, on assure du moins, avec certitude, que leur résultat sera du plus grand avantage pour les finances, pour la stabilité des relations intérieures et la sûreté delà paix extérieure, — Les journaux parlent encore, d'après des lettres de Rome, de l'arrivée d'une escadre russe dans le port de Naples. L'apparition de troupes russes dans ce royaume y avait fait une grande sensation, surtout parmi les troupes françaises qui y sont stationnées. Le H janvier, des oiUciers russes venaient d'arriver à Rome, et il avait passé par cette ville un courrier napolitain, chargé de dépêches pour le gouvernement français, au sujet de l'entrée de l'escadre russe dans le port de Naples. A quelque distance de ce port et à peu près dans le même temps, deux vaisseaux de ligne anglais avaient jeté l'ancre. — Au dire de la (iazetle de France, la présence à La Haye du comte de Keller, ancien ministre de Prusse auprès des États généraux, et du bari)n de Knobelsiiorff, donnait lieu dans cette ville à beaucoup de conjectures au sujet de la nouvelle forme de gouvernement, qui sera réglée, ajoute-t-on, avant le voyage que l'empereur des Français se propose de faire en Italie. — Suivant la même gazette, des changements qui se préparent dans le ministère russe doivent placer au timon des affaires les partisans d'un système qui se rallierait aux intentions pacifiques de la France ; ces bruits circulaient depuis quelque temps àPétersbourg. —Quelques nouvelles d'Angleterre, rapportées par plusieurs journaux, annoncent que, dans le discours prononcé par le roi d'Angleterre à la rentrée du Parlement, il est question d'ouvertures de paix faites au gouvernement d'Angleterre. — Cette dernière puissance, annoncent-ils encore, fait croiser une escadre de six vaisseaux de ligne sur les côtes d'Irlande, ce qui paraît le résultat delà guerre avec rKspagne.

Événement. — Ce matin, M. Arnaull, ancien secrétaire du ministère de la police générale, s'est jeté, des bains Vigier, dans la rivière. Il était mort quand on l'a repêché. Il avait la tète un peu aliénée

Dubois.

(Arch. nat, F^ 3833.)

579 PARIS SOUS L'EMPIRE [2 février 1803]

Journaux.

Moniteur du 14 pluviôse : « Paris, le 13 pluviôse. Il y aura, demain dimanche, revue et grande parade dans la cour du palais des Tuileries. » — « La fête hébraïque, consacrée à célébrer le couronnement de l'empereur Napoléon, a eu lieu le 10 de ce mois ' ; elle a été dans toutes ses parties digne de son objet, et a fixé au plus haut degré l'attention et l'intérêt des personnes appelées à y concourir. La réunion, composée principalement de Portugais, Allemands et Français, s'est formée dans la synagogue établie rue de Saint- Avoie. La salle était décorée et illuminée d'une manière brillante. Un discours sur l'objet de la fête a été prononcé ; puis le rabbin a fait une invocation à Dieu en faveur de l'Empereur et de son auguste famille. A cette invocation ont succédé les cantiques et psaumes du culte hébra'ique, chantés par tous les assistants. La cérémonie a été célébrée dans le recueillement, dans le silence religieux qu'inspirait son objet, et avec ce sentiment de respect et d'amour qu'inspire celui pour lequel on invocjuait la protection divine. La cérémonie a été terminée par un banquet, où des toasts ont été portés à l'Empereur et à sa famille, avec le plus vif enthousiasme, et par une quête au profit des pauvres. » — « Sa Sainteté est allée visiter, avant-hier, l'Imprimerie impériale, accompagnée de Mgr le cardinal-archevêque de Paris et de plusieurs prélats. Sa Sainteté ayant entendu un discours prononcé en latin par M. Marcel, directeur, membre de la Légion d'honneur, y a répondu dans la même langue, avec beaucoup de bienveillance. Ce discours était relatif au.K monuments typographiques que le Saint-Père allait visiter, et qu'il a examinés dans le plus grand détail, en écoutant avec beaucoup d'attention les explications qui lui étaient données en langue italienne par M. le directeur. Les matières premières de la typographie, dans leur état de fonte et de manipulation, les poinçons et matrices des divers caractères : russes, allemands, grecs, chinois, arabes, etc., lui ont été successivement présentés. Il a vu avec satisfaction tirer. les épreuves de l'impression des feuilles, des gravures de tout genre, et son portrait sortir ressemblant; il a paru surtout, accueillir avec distinction l'hommage qui lui a été fait d'un exemplaire de l'oraison dominicale, en cent cinquante langues, sortant des presses imj)ériaU's et qu'on a décoré devant lui de ses armes. C'était en effet l'offrande la plus digne d'être agréée par le pieux chef de l'église chrétienne. Sa Sainteté a reçu cet exemplaire et Ta remis à l'un des prélats de sa suite. Les salles, les passages, les issues étaient remplies de fidèles de tout âge et de tout sexe, qui ont été admis, les uns à baiser les pieds et les autres l'anneau de Sa Sainteté. Les objets qui ont plus particulièrement fixé l'attention de Sa Sainteté sont : 1° les poinçons des caractères grecs de (îaramont, gravés par ordre de François I*'', et que l'Angleterre a plus d'une fois témoigné nous envier ; 2° ceux des gros caraclères arabes, gravés sous Louis XIII par les soins de M. Savary de Brèves, ex-ambassadour de Henri IV à la Porte ottomane. Le travail de ces derniers poinçons est si parfait que Kirmin Didot, graveur de l'Imprimerie impériale, s'étonnant qu'on eût pu, à répoijue de leur fabrication, réunir la hardiesse à la plus grande élégance et à la finesse des traits, aima mieux séparer les matrices que de

1. Voir plus haut, p. ">1G, le compte rendu de la Gazelle de France.

[3 Fi'vRiKR 1805] PARIS sors I/EMPIRE 580

relouclier ceux des poinçons qui avaient été détériorés. Le Saint-Père a^aussi examiné, avec beaucoup d'attention, toutes les gradations dans Tordre des poinçons et caractères, depuis ceux portant 3 centimètres (3 pouces), jusqu'à ceux qui, ne formant que le tiers d'une ligne ou d'un millimètre, sont à peine aperçus. Le Saint-Père a vu avec un égal intérêt les 137.000 caractères chinois gravés par ordre de Louis XV, et par les soins de M. de Fourmont. Ce sont les mêmes caractères qui serviront à l'impression d'un dictionnaire en langue chinoise, fait par ordre du gouvernement. Il a distingué aussi quelques manuscrits orientaux précieux, et du nombre des deux mille rapportés d'Egypte par M. Marcel. Sa Sainteté, en parcourant les galeries où s'exécutaient les travaux typogra|)hiques relatifs à la composition, a jeté ses regards principalement sur les ouvrages qu'on composait en langues orientales, et sur les cent-cinquante presses, de chacune desquelles sortait une épreuve de l'oraison dominicale dans des langues toutes différentes entre elles. Enfin le Saint-Père a pu remarquer la présentation qui lui a été faite, par M. Marcel, d'un recueil de vers en dix langues, la plupart européennes, imprimé sur satin, et entouré de vignettes en or. Ces vers sont consacrés à l'éloge du souverain pontife ou à des sujets pieux. » — « Le Pape a tenu, aujourd'hui, un consistoire public dans la grande salle de l'archevêché. Lorsque Sa Sainteté a été assise sur son trône, les sept anciens cardinaux, qui étaient présents, ont été faire obédience au souverain pontife en lui baisant la main recouverte de la chap|)e. » (Suit une longue description de la cérémonie.)

Rapport de la préfecture de police du 15 pluviôse.

Réunions. — Les réunions ont été hier beaucoup plus nombreuses que de coutume. Les bals surtout ont été très fréquentés, et ne se sont fermés qu'à la pointe du jour. Dans l'après-midi, les masques ont parcouru à pied et à cheval les rues et les boulevards. L'ordre et la tranquillité ont régné partout.

Journaux. — On trouve aujour<rhui, dans toutes les feuilles, quelques phrases du discours prononcé par le roi d'Angleterre à la rentrée du Parlement. Elles sont ainsi conçues: «J'ai reçu tout récemment (lu gouvernement français une communication qui contient une déclaration de ses dispositions pacifiques. J'ai, en conséquence, exprimé le désir sincère où je suis de saisir la première occasion de rétablir la paix sur les bases qui seraient compatibles avec les intérêts de mon empire. Mais j'ai la confiance que vous regarderez avec moi cet objet comme étant intimement lié avec la sûreté générale de l'Europe. Je n'ai donc pas cru devoir entrer dans des explications ulté-

581 PARIS SOUS L'EMPIRE [3 février 1805

rieures avant d'avoir communiqué ces ouvertures aux puissances du continent avec lesquelles j'ai ouvert moi-même des relations confidentielles et des liaisons sur cet important objet, et particulièrement avec l'Empereur des Russies, qui a donné les preuves les plus fortes de la sagesse et de l'élévation des sentiments qui l'animent, et de l'intérêt qu'il prend à la sûreté et à l'indépendance de TEurope. « Les nouvelles d'Allemagne, publiées par la Gazette de France^ portent qu'il n'est plus question de l'arrivée d'un ministre anglais à Ratisbonne, les principales cours de l'Empire ayant déclaré qu'elles ne verraient pas sa présence à la résidence des ministres de tous les États d'Allemagne avec plaisir, puisqu'elle devait nécessairement occasionner des contestations et des différends. Le cabinet de Londres, est-il dit, a montré beaucoup d'humeur de cette déclaration. — Par Rotterdam, on apprend, au dire de plusieurs journaux, que le gouvernement de la Jama'ïque a demandé aux habitants de cette île de contribuer aux charges de la Grande-Bretagne dans les dépenses extraordinaires que la guerre lui occasionne. Les nouvelles de l'intérieur ne renferment rien qui ait paru mériter une attention particulière.

Bourse. — Les 5 0/0, dont les dispositions de hausse s'étaient parfaitement soutenues pendant la vacance de la Bourse, ont éprouvé aujourd'hui une baisse assez sensible, que l'opinion générale attribue à l'inquiétude que donnent des notes jointes dans le Moniteur a,\i discours du roi d'Angleterre. Des spéculateurs prétendent que, sans l'insertion de ces notes, le cours aurait été porté à 59 fr. 50, et que la baisse serait beaucoup plus forte, si les rentes n'étaient pas extraordinairement rares. Les actions de la Banque se tiennent bien. L'on entend de toutes parts, non seulement que les paiements se font avec exactitude, mais que l'argent est très abondant. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 58 fr. 65, 70. Actions de la Banque de France, 1.130 francs, 1.132 fr. 50.

Dubois.

(Arcti. nat., F'', 3833.)

Journaux.

Moniteur du 15 pluviôse : « Paris, le ti pluviôse. Le Pape a sacré hier, dans l'église de Saint-Sulpice, M. de Pradt, évèque de Poitiers, et M. Paillou, évéque de La Rochelle. Sa Sainteté a été assistée dans cette cérémonie par quatre évêques romains. Tons les évèques qui sont à Paris ont assisté à cette cérémonie. I>'église était entièrement remplie, on s'y était porté de tontes les parties de la capitale, dont les habitants ne cessent de donner à Sa Sainteté les témoignages les plus éclatants de leur vénération. Les évèques co-consécraleurs étaient Mgr Fenaja, archevêque de Philippes, vice-gérant de Rome, el

[4 KÉvniEH 1805] l'AHlS SOUS I/KMIMHE 582

Mj<r lU'rlazzoli, arclicvôqnc (l'Edesso, distribuleiir des aumônes du Saint-Père. Le Pape était aussi assisté par MjçrDevoli, archevêque de Carlhage, secrétaire des brefs aux princes, et par Mgr Merrochio, évêque de Porphyre, sacriste de Sa Sainteté. » — Gazette de France du 15 pluviôse : « Paris, /4 pluviôse. ...iMM. Vestris, Duporl, Saint-Arnaud, M^^s Gardel, Biggotini et Louise, artistes de l'Opéra, viennent d'être spécialement attachés aux ballets de S. M. l'Empereur. » — Courrier français du 15 pluviôse : « Paris, 14 pluviôse. . . .M, Pain a fait avanl-hicr, dans l'église de l'Oratoire, les expériences de sa méthode pour apprendre aux enfants à lire et à écrire correctement'. Il paraît qu'elle consiste à leur faire classer les mots par familles ; de sorte qu'en rendant raison, pour chacune de ces familles, du mot qui jieut en être regardé comme le ty|)e, tous ceux qui lui appartiennent se trouvent connus et expliqués, sous le double rapport de la prononciation et de l'ortliographe. Les élèves qu'il a produits ont en général satisfait aux questions qui leur ont été adressées, et ont écrit avec assez de correction. Cependant il a été fait à M. Pain plusieurs objections; sa méthode a paru rentrer dans celle de l'étymologie, qui su|)pose aux enfants des connaissances qui généralement sont au-dessus de leur portée. » — On lit, dans une lettre publiée par le frère de l'estimable et infortuné Chappe, la note suivante : « L'envie qui s'attacha à M déprécier sa découverte, la publication de quelques moyens télégraphiques « dont les auteurs lui disputèrent l'invention du télégraphe, lui ôtèrent le calme « de l'esprit, si nécessaire à ceux qui veulent se livrer à des recherches, et 0 rafl'ectèrent d'une mélancolie qu'il cherchait à dissiper par de fréquents « voyages et des courses perpétuelles. Il se chargea de choisir les posilions « pour une ligne télégraphique de Paris à Lyon. Il fut empoisonné dans un vil- « lage près do Lyon, où il resta mourant. Cet événement lui laissa dans les « nerfs un germe de maladie qui s'est développé chaque jour, a augmenté sa M mélancolie, et l'a conduit au tombeau. Il est mort comme son oncle, l'abbé « Chappe, victime de son zèle pour les sciences et |0ur son pays. Puissent leurs « neveux apprendre à imiter leur cxcniplc, et à ne pas craindre le sort de M leurs oncles! » — Journal des Dames du 15 pluviôse : « Pains, ce H pluviôse. ...Un frac noir est toujours pournos jeunes gens la demi-toilette la plus distinguée. La coulure des manches d'un frac à la mode ne doit pas paraître; elle doit être cachée sous le bras. Un frac à la mode ne doit pas être très pincé ; un frac à la mode ne doit avoir qu'un collet peu large et peu long; enfin un frac à la mode ne doit avoir des boulons ni de drap ni de métal, mais des boulons de drap de soie noir, (|uand l'habit est noir. »

Ministère de la police générale. — Bulletin du iO pluviôse.

Paris... lianquet maçonnique. — Un rapport confidentiel, remis au ministre le 3 de ce mois, [)ortail que le dimanche précédent, 30 nivôse,

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