Voir plus haut, p
601 PARIS SOUS L'EMPIRE [12 février 1805]
Réunions. — On rapporte que MM. Revel, émigrés rentrés, demeurant rue Notre-Dame des Victoires, n"10o, bourbonistes très ardents, se plaisent à répandre que la guerre va se rallumer de toutes parts, et n'annoncent que mallieurs. Le plus jeune des deux a servi longtemps sous le général Wurmser. On ajoute que les frères Ilevei cherchent dans ce moment à obtenir des [)laces. La dame tie Marcenay, amie de Moreau, dit que tous les ci -devant nobles sont convenus de ne plus employer entre eux que leurs anciennes qualifications et que laphipart ont déjà repris leurs anciens cachets et leurs armes.
Culte. — On dit dans le public que le clergé s'agite beaucoup pour obtenir de Sa Sainteté qu'elle sollicite auprès de S. M, l'Empereur l'établissement de quatre maisons de religieuses, qui feraient des novices et se livreraient à l'éducation des jeunes personnes.
Journaux. — Le Journal des Débats transcrit aujourd'hui, sur les papiers anglais qu'il a reçus jusqu'au 2 février, quelques détails de la séance de la Chambre des pairs du 13 janvier. On aperçoit dans les discours des orateurs, même les plus dévoués au ministère, un extrême embarras à justifier l'agression de l'Angleterre envers l'Espagne, sans déclaration fie guerre préalable. — Egalement d'après les papiers anglais, la Gazelle de France annonce que la frégate anglaise la Chiffonne avait reçu l'ordre d'appareiller pour transporter jusqu'à Gothenbourg le grand chambellan de Russie, qui, estil dit, a maintenant rempli l'objet de la mission dont il était chargé par son souverain auprès de la cour de Saint-James. On est fondé à croire, ajoute le journaliste anglais, qu'il emporte avec lui l'engagement définitif qui doit avoir été conclu, par son intermédiaire, entre les cours de Londres et dePétersbourg. — La même gazette apprend, par Hambourg, le 2 février, que les Etats provinciaux de laPoméranie suédoise, justement alarmés des bruits de la conclusion d'un traité d'alliance d'après lequel la Suède devait envoyer des troupes en Angleterre, avaient fait, à ce sujet, au roi de Suède, des représentations d'autant plus vives que, dans un pareil cas, la Prusse ne veut plus protéger la neutralité de la Poméranie suédoise. On lit plus bas dans le même article (d'après des lettres de Berlin) que le roi de Suède s'est joint à l'empereur de Russie pour demander au cabinet de Londres la restitution des frégates espagnoles, injustement prises par l'Angleterre, et une indemnité pour leur cargaison, ainsi que pour la frégate, qui a sauté ; qu'on doute toutefois que cette démarche produise un effet favorable à Londres. — Enfin la Gazette de France publie en outre un aperçu de l'avis de M. Van Hasselt, membre du Corps législatif batave, contre la sanction de la dernière imposition
[13 FKVRIRH 1805]
PARIS SOUS L'EMPIKE
décrétée. Dans ce discours S(jnt passées en revne toutes les parties de l'administration des finances, qui donneraient lieu, suivant l'orateur, à des réformes, ou à de grandes économies.
Bourse.- Il n'a point été affiché de rentes escomptées, maisquelques parties à racheter demain : les négociations du parquet ont été extra ordinairement nombreuses, et elles ont eu pour résultat une hausse très forte; jamais le cours n'a éprouvé, dans une même Bourse des réactions aussi multipliées et aussi sensibles. Au moment de la clôture, le cours a varié plusieurs fois en un instant de 40 à 50 centimes en hausse ou en baisse. La |)rogression de hausse des actions de Banque se soutient fermement. — 5 0/0, jouissnnce de vendémiaire, 60 fr. 45, 50, 60, 80, 70 ; 60 fr. 80 : 60 fr. 60 ; 60 francs ; 60 fr. 8o. Idem, jouissance de germinal an XIII, 58 francs. Actions de la Banque de France, 1.170 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3833.)
Journaux.
Journal dos D('bals du 24 pluviôse : « Paris, 2S pluviôse. L'Empereur a ordonné que la statue de Charlemagne, qui avait été enlevée d'Aix-la-Chapelle pour être transférée à Paris, serait rendue aux vœux des habitants de celte première ville. »
Rapport dk la préfecture de police du 23 pluviôse.
L'abbé Leyrolle*, signalé au rapport du 23 de ce mois comme l'ami et le compagnon de l'abbé Alary, à l'armée de Condé, et à Paris partageant ses principes et ses projets, vient d'être arrêté. On a trouvé chez lui quelques exemplaires de la lettre de l'évêque de Tarbes, la bague que Louis XVI portail au Temple, un éloge de M™^ Charlotte de R(dian, la liste des individus qui ont été arrêtés sur les deux bords du Ithin, lors de l'afiaire du duc d'Enghien, et, dans sa correspondance, des pièces qui prouvent son attachement au parti bourboniste. On s'occupe de son interrogatoire et du dépouillement de ses papiers.
t. Sic. Plus haut, p. 597, ce nom est écrit Leroles.
603 PARIS SOUS LEMPIRE [13 février 1805]
Réîtnio7is. — MM. de Cheffonlaine, émigrés rentrés, disent que la plupart des nobles qu'ils fréquentent sont persuadés qu'il existe une nouvelle coalition en faveur des Buurbons qui, ajoutent-ils, ont beaucoup plus de partisans en France qu'on ne croit, surtout depuis le sacre de Sa Majesté l'Empereur. — On répand le bruit dans Paris que trois gendarmes ont été massacrés à Chartres par le peuple, pour avoir tiré sur un conscrit qui s'était échappé de leurs mains. Les listes des conscrits, en trente-six feuilles d'impressions, qui ont éléalfichées dans Paris, ont été en partie arrachées pendant la nuit dernière. — On a fait circuler le bruit, hier, parmi le peuple, qu'un garçon laitier avait été enlevé dans une voiture de place et conduit les yeux bandés dans une chambre, où on l'avait forcé d'enfermer et de clouer dans une espèce de bière une jeune fille vivante. On recherche les auteurs de ce bruit.
Journaux. — On ne remarque de nouveau dans les feuilles de ce jour que la suite des extraits de papiers d'Angleterre. La Gazette de France donne un aperçu de la séance de la chambre des Communes au sujet des hostilités commises envers l'Espagne. Le discours de M. "Windham est le plus remarquable de ceux prononcés en celte occasion, en ce que l'orateur est loin d'y justifier la conduite du ministère anglais. — Le Journal des Débats cite un paragraphe du Morning-Chronicle, qui suppose au gouvernement anglais le projet d'envoyer de pompeuses ambassades aux principales cours de l'Europe pour leur proposer le plan d'une nouvelle balance politique des Etats européens. — 11 est annoncé, dans le Journal de Paris, qu'une très belle corvette anglaise a échoué près d'Ambleteuse. Les nouvelles de l'intérieur n'ont rien de remarquable.
Bourse. — 11 a été escompté aujourd'hui 23.000 francs de renies. Le taux trop élevé des premiers cours a produit, selon certains calculateurs, la faiblesse des derniers ; néanmoins, on ne croit point à la baisse. Les actions de la Banque montent plus rapidement que jamais. Les courtiers de commerce se plaignent d'un désœuvrement absolu, et paraissent persuadés que c'est l'emploi des capitaux sur les effets publics qui paralyse toutes les spéculations qui les concernent. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 60 fr. 70 ; 60 fr. 75. Idem, jouissance de germinal an .Xllj, 58 fr. 30. Actions de la Banque de France, 1.290 francs, 1.293 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3833.)
14 F-KVItlER 1805]
PAIUS SOUS L'EMPIRE
JOUBNALX.
Monitrur du 25 pluviôse: « Paris, 24 pluviôse. ...Le Pape est allé aiijounlliui, à l'Holel des Monnaies; il a été reçu au bas de l'escalier |>ar MM. les administrateurs et M. le commissaire impérial, et a été d'abord conduit dans la salle d'assemblée d'administration, où M. Guvton de Morveau, l'un des administrateurs, lui a adressé un discours en présence des administrateurs et de la suite de Sa Sainteté. Le Saint-Père a été conduit ensuite à la fonderie, où il a vu couler l'or et l'argent; il est entré dans !e lieu où sont les laminaires et les découpoirs; il a vu ces opérations mécaniques avec beaucoup d'intérêt, et particulièrement les ingénieuses machines à cordonner, tant anciennes que modernes. De là il est descendu au monnayage, où avaient été admises environ trois cents personnes, qui désiraient recevoir la bénédiction de Sa Sainteté. Le Pape, ayant vu travailler les balanciers et frapper les pièces tant en or qu'en argent, est allé visiter le cabinet de minéralogie, dirigé par le célèbre chimiste, M. Sage, qui a employé cinquante ans à former cette collection, regardée aussi comme la plus complète de l'Europe. Le Saint-Père a examiné avec beaucoup de plaisir plusieurs expériences chimiques que ce savant a faites en sa présence et surtout la combustion du fer dans l'air vital, qui produit un effet très surprenant, que l'on pourrait comparer au feu d'artifice le plus varié. M. Sage a introduit ensuite Sa Sainteté dans les cabinets d'arts où sont réunis des monuments antiques très précieux. Le Saint-Père a remarqué avec un grand intérêt une petite statue grecque, d'une très haute antiquité, dont la tête, les mains et les pieds sont en argent, et un buste de Cicéron dont le corps est en améthyste, et la tête en albâtre de la plus belle conservation. Sa Sainteté s'est retirée très satisfaite de cet établissement. L'ordre qui y a régné lui a permis de tout examiner; et cependant son cœur paternel y a trouvé aussi le plus touchant et respectueux empressement de la part des fidèles. » — Bulletin politique du 25 pluviôse : « Paris, le 24 pluviôse. ...M"« Bourgoin, dont la figure et la voix sont dignes des vers de Racine dans le rôle de Monime, a joué hier, le joli rôle d'Hortense dans le Florentin, avec la spirituelle naïveté du bon La Fontaine. Tandis que ses rivales n'ont de talent que leur intrigue, elle n'a d'intrigue que son talent. »
U AI'I'ORT DK LA PRKFECTCRR DK POLICE DU 20 PLUVIOSE.
L'abbé Leyrolle' a été interrogé. Il est convenu ;iv<»ir été à l'armée de Condé, il a avoué ses liaisons avec Poupart et l'abbé Alary, avoir eu en sa possession et donné l'oraison funèbre de l'ex-duc d'Enghien