Voir plus haut, p. «13 et Oiîi
643 PARIS SOUS L'EMPIRE [6 mars 1805]
préfet a reconnu que c'était un fanatique, attaché aux Bourbons ; mais, ses papiers n'offrant rien de suspect, il l'a laisse en liberté et le fait surveiller. Thiébaud a déclaré que l'abbé Hinaux lui avait envoyé un paquet contenant plusieurs exemplaires de la Réclamation, mais qu'il les avait brûlés. Il s'est aussi déclaré l'auteur d'une prière manuscrite trouvée dans les papiers de l'abbé Hinaux, conforme aux opinions du parti, en ajoutant qu'il ne l'avait remise qu'à Hinaux. On a trouvé chez lui quelques pièces relatives aux Bourbons, leurs
portraits, etc. Il est fanatique et dévoué à cette famille
(Arch. nat.. AFiv, 1492.)
Rapport de la phékecture de police du même jour.
Réunions. — On rapporte qu'il existe entre les émigrés rentrés une sorte de pacte, par lequel ils se sont engagés à ne se marier qu'à des individus qui comme eux ont servi la bonne cause; qu'ils ont juré au comte de Lille que les enfants qui naîtraient de ces mariages seraient élevés dans les principes de l'ancienne monarchie. On suit avec soin ces premiers renseignements. — Le bruit se répand que M. de Caraman va épouser M'"^ Tallien, e( qu'il s'engagea reconnaître tous ses enfants naturels.
Journaux. — Il est question, dans quelques journaux, de plusieurs prises importantes faites sur l'ennemi par les corsaires Vlntrépide et la Sorcière. Dans le Journal du Conoaerce, il est annoncé que, depuis le retour de l'archichancelier à Ratisbonne, les négociations relatives au Concordat ont paru moins avancées que ne l'avaient publié les journalistes. En général, les feuilles ne donnent rien de nouveau sur l'étranger. Quelques notes de sciences et de littérature remplissent leur vide, et ces articles n'offrent même qu'un faible intérêt. Les nouvelles de l'intérieur n'ont également rien de remarquable...
Bourse. - D'après les apparences de hausse qui s'étaient manifestées à la fin de la dernière bourse, le cours des rentes avait été porté à 61 francs H a été plus faible aujourd'hui, et l'on n'a indiqué aucun motif de ce refroidissement; l'on assure que les rachats ne peuvent plus influencer au point d'occasionner une réaction. Les actions de la Banque sont toujours en baisse. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 60 fr. 80 c, 75; 60 fr. 80, 73, 60 fr. 63 c. Idem, jouissance de germinal an XIII, o8 fr. 20, 10 c. Actions de la Banque de France, 1.272 fr. 30 c.
Dubois.
;ArLh. nat., 1-' ', :W-V.î.
MAHs 180.1] FAKIS sors l.'EMPIUE (V.4
.IuL'H.NAUX.
Gazette de France du IG ventùsiî : « Paris, io ventôse. Vendredi dernier, M. Vaiidoyer, ancien pensionnaire de TAcadéniie de France à liome, arcliitecle des travaux publics, a été admis à l'iionneur de présenter à Sa Sainteté un projet de sa composition pour achever l'église de la Madeleine, conformément à sa première destination. Uans un discours qui! lui a adressé en italien, après avoir rappelé l'iieureux létablissemcnl de la religion, dû à Sa .Majesté Impériale, il a exposé combien il lui paraissait convenable de terminer l'église commencée, pour en faire la paroisse impériale, provisoirement placée dans l'élroit local de l'Assomption, sous l'invocation de Saint-Pie V* du nom), l'un de ses prédécesseurs, et combien il serait désirable de voir Sa Sainteté poser la première pierre de celte nouvelle basilique chrétienne. Le Saint-Père a accueilli avec intérêt l'hommage que M. V'audoyer lui a fait de son ouvrage ; et comme il y retrouvait l'idée de l'escalier intérieur de la cathédrale d'Imola et des proportions du Panthéon de iiome, il s'est entretenu avec cet artiste, et sur l'église d Imola, dont il a été évèque, et sur (pielques monuments antiques de Home, et plus particulièrement sur les travaux qu'il avait ordonnés, avant son départ de Kome, et qu'il se |)roposait de l'ain' poursuivre, pour découvrir le piédestal intérieur du Panthéon, enfoui depuis des siècles. » — « M. l'abbé Sicard a fait solennellement, à la séance publique de samedi dernier, 11 ventùse, la distribution des chapelets qu'il avait reçus du Pape pour les intéressants élèves (|ui avaient paru dans l'exercice public (|ue Sa Sainteté avait honoré de sa présence. Tous ces élèves, ont reçu avec la plus louchante sensibilité ces marques de boulé du Saint-Père, et chacun a exprimé par signes qu'il conserverait toute sa vie le cha|)elel qui venait de lui être donné. Hélène de Saint-Céran a lu à haute et inlolligible voix un passage de la Journée Chréliennc du Sourd-Muet, f[u'un autre sourd-muet venait d'écrire sous la dictée des signes. Cette lecture a causé le plus grand étonnemenl. M. l'abbé Sicard a expliqué les procédés qu'il avait employés pour enseigner à celte intéressante muette l'art de cette merveilleuse imitation du mécanisme de la parole, et cette explication a paru plus merveilleuse encore que le résultat. Le chapelet que M. l'abbé Sicard a reçu du Saint-Père était distingué par des agathes jaspées et par une médaille en or. représentant d'un coté l'image des deux apôtres, et de l'autre le portrait de Sa Sainteté. ••
1«; VKNTOSE .\N .Mil 7 .M.\KS 1805^.
.MiMSTIîHli m; LA l'OLlC.K (.KNKHALK. — HULLKÏlN DU 17 VKNÏOSK.
l'arts. /{(i/j/jort du préfet de jjolirr. — Le IT», un aveugle des nuiiizc-Viiigls, nommé Hcliangor, ennemi île la veuve Pinson, aussi aveugle, a entrepris de causer nu incendie clie/. elle, en creusant
<J4S PARIS SOUS l/EMPIRE [7 mars 1805]
un morceau de bois à brûler, el le reniplissant de combustibles, poudre, balles, plomb el fer. Il a ensuite mêlé ce morceau de bois à ceux destinés à être consumés dans le poêle de cette femme, espérant qu'il y produirait une violente explosion, et que l'incendie qu'il méditait en serait la suite. Cette tentative a été découverte par hasard. On a eu besoin de fendre un des morceaux de bois du poêle pour l'allumer. On est tombé sur celui oii l'artifice était préparé. Bellanger a été désigné h l'instant comme auteur de ce délit et arrêté. — On a surpris sous presse hier, chez un imprimeur que le rapport ne nomme pas, des couplets du genre le plus obscène. Cet imprimeur est arrêté . . .
(Arcli. nat.. AF iv, 1492.)
Rapport di-: la phéfecture uk police dv même jour.
La foule s'est portée, hier, rue de la Loi, pour voir la pompe funèbre du général Trivulce. On disait, dans les groupes, qu'il s'était donné la mort par un poison lent. M. l'évêque de Strasbourg a dit que la mort de ce général était la suite du refus que S. M. l'Empereur lui avait fait pour une place qu'il sollicitait. Cet évêque a dit encore que tout était tranquille à Strasbourg, et que ses diocésains étaient très attachés au gouvernement.
M. Dampierre, chargé d'affaires de la Guadeloupe, demeurant rue de la Loi, dit que le général Ernouf est rappelé, et qu'il va revenir. On dit dans le commerce que des lettres d'Hanovre, portent que les banquiers de Londres sont dans le plus grand discrédit, suivant qu'ils sont plus ou moins liés aux opérations de l'État, et qu'on craint en Angleterre une banqueroute générale.
Journaux. — Les journaux se composent uniquement des discours prononcés dans la séance du Corps législatif, qu'ils n'avaient pu donner en leurentier; ils ne renferment du reste aucune nouvelle qui ne soit déjà connue, ou qui n'ait été publiée par le Joui-nal Officiel. . .
Bourse. — Les négociations on tété généralement froides, et les cours n'ont jamais éprouvé de variations sensibles ; l'on l'emurque seulement que les cinq pour cent se tiennent fermes, l^es courtiers de commerce se |daignenl [tlus que jamais de leur désœuvrement. — 5 0/0, jouis sauce de vendémiaire, 60 fr. 80, 90, 75, 80, 85, 90,85. A/em, jouissance de germinal an XII, 58 fr, 20. Actions de la Banque de France, 1.272 fr. 50.
Dubois.
'Air.li. n.al., F', :ls:{;{.)
MARS I80H] l'AUlS SOI S I.KMI'IIŒ fi4»i
.lui MNAUX.
Monileur Lh\ 17 veiilôse : « Paris, le 16 vettlose. ...La Gourde justice criminolle a fait réparer et décorer à neuf la petite salle où les deux sections tiennent alteriiativcmont leurs séances. On a placé au-dessus de la porte, en lettres d'or, sur un fond de marbre noir, la belle inscription latine que Santeuil avait faite pour leCliàtelet de Paris: Hic pH'iue sceiemmultrices, etc. — Gazelle de France du 17 ventôse : « Paris, 16 ventôse. ...La classe de l'Institut national (|ui remplace l'Académie française a tenu aujourd'hui une séance publique pour la réception de .M. Lacretelle à la place deM.de La Harpe. Suivant l'ancien usage, M. Lacretelle a fait l'éloge de son prédécesseur. Ce discours nous a paru contenir un jugomeni imi)Ortant des ouvrages de M. de La Harpe, et une peinture vraie du caractère et des (jualités morales de cet écrivain. En parlant de l'époque de la vie de M. de La Harpe où, abjurant ses anciennes opinions, il embrassa avec force la religion clirélienne, ^\. Lacretelle a déploré l'opposition (juon a voulu mettre entre la philosophie et la religion, n a rappelé que les philosophes, de même que les écrivains religieux, avaient combattu l'athéisme ; et il aurait pu ajouter que les pères de la philosophie et les maîtres de toutes les sciences, dans ces temps modernes, tels que Bacon, Descartes, Pascal, Newton, Leibnitz, Glarke et Euler, avaient non seulement défendu l'existence de Dieu et l'immortalité de l'àme, mais (pi'ils avaient tous été des apologistes de la religion chrétienne. Cette partie du discours de M. Lacretelle a été particulièrement applaudie. Sur quoi il se présentait une remarque très curieuse à faire, c'est qu'il y a vingt-cinq ans, avant la grande leçon que la Providence a donnée au genre humain, lorsque d'Alembert prononçait dans celte même Académie ses éloges, si célèbres alors, et qu'il ramenait ces contrastes entre la ])hilosophie et la religion, qu'il affectait sans cesse, ces espèces de déclarations de guerre envers l'ancienne croyance nationale étaient couvertes d'applaudissements. M. Lacretelle a commencé son discours par l'éloge du grand roi qui a donné sou nom à son siècle, et qui le premier s'est déclaré proh'clear de l'Académie française ; il l'a terminé eu célébrant le héros qui, après mille ans, a rétabli l'empire de Charlemagne, et, en rendant hommage au pontife des pontifes, qui, intermédiaire entre le ciel et la terre, est venu mettre le sceau delà religion au rétablissementdc l'ordre social dans notre patrie. Après la réponse du président de l'Académie, M. l'abbé Morellet, que les personnes éloignées du centre de la salle n'ont pu entendre, le secrétaire perpétuel, M. Suard, a fait un rapport sur le prix jtroposé pour l'éloge de Diimarsais, prix qui a été décerné à M. Degerando. M. l'abbé Morellet a fait ensuite un rapport sur la conservation des titres d'établissement et des registres de l'Académie française. M. Arnault en a fait un autre, au nom d'une commission particulière, qui a eu pour objet de faire prendre une délibération a l'Académie pour cprelle publie des mémoires, (pii seront principalement composés des dissertations grammaticales et des avis des divers académiciens sur les points discutés pendant le travail de l'Académie pour les nouvelles éditions de son dictionnaire. M. Arnault a très bien établil'utilité de ce projet, qui a été vivement applaudi. La séance a été terminée par une pièce de vers de M. Collin d'Harleville : c'est un dialogue entre deux jeunes amis, dont l'un veut courir la carrière de la fortune, et l'autre celle de la gloire littéraire. On
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comprend que M, Collin d'Haiieville a donné gain de cause à ce dernier. Beaucoup de gens auraient trouvé les raisons de l'épicurien assez solides ; mais un troisième interlocuteur qui serait venu avec le beau discours, non sur l'immortalité de la gloire, mais sur rimmortalité de l'âme, que l'on trouve dans le 19^ livre de Télémaque, aurait eu seul raison contre l'un et l'autre. Comme on n'exige pas d'un poète qu'il presse si fort ses raisonnements, la pièce de M. Collin d'Haiieville, qui a de la grâce et de la facilité, a été très applaudie. » — « Le Théâtre-Français brille, dans ce moment, de tout son éclat ; il est à son grand complet, tant pour la tragédie que pour la comédie. Les grâces elle talent de Mlle Amalric Contât ne contribuent pas peu à sa popularité. Le théâtre de l'Impératrice se soutient par un travail infatigable, et par ses Tours de Soubrette. La Laitière de Bercy fait vivre le Vaudeville. Les Diables soutiennent le Ïhéàtre-Montansier. La Lampe merveilleuse soutient les Jeunes Artistes. La tragédie de Maître André soutient les Délassements. Une bonne musique et de bons chanteurs ne soutiennent pas l'Opéra- Buffa, qui s'en va encore une fois, tout doucement. » — a Boëmont, tragédie nouvelle, est retardée, et cède le pas, par accord mutuel entre les deux auteurs, aux Templiers \ tragédie en cinq actes dont la réputation est établie d'avance et ne fera sans doute que précéder le succès, »
GGXCII
i7 VENTOSK AN XIII (8 MARS 1805).
Rapport de la préfectuhe de police du 18 ventôse.
Militaires. — Le général Sokolnicki, Polonais, demeurant aux anciennes eaux de Passy, et qui a servi sous Moreau à l'armée du Rhin, est signalé comme un ennemi du gouvernement; il ne reçoit chez lui que des individus qui partagent ses opinions ; il prétend que ses amis, Dombrowski, Olszewski, et la plupart des officiers polonais, que le gouvernement, dit-il, laisse dans la misère, ont le cœur très ulcéré. Il fréquente à Paris les maisons de Gontaut-Biron, Montesquiou, ex-ambassadeur en Saxe, Bonneau, ex-envoyé en Pologne, et nulle part, il ne dissimule ses sentiments.
Plusieurs lieutenants de chasseurs de la garde impériale se sont pris de dispute hier dans le café n° 955, place des Invalides. Après s'être injuriés de la manière la plus scandaleuse, ils ont voulu prendre leurs armes ; ce n'est qu'avec peine que le sieur Martineau, l'un d'eux, est parvenu à faire cesser le vacarme et à les apaiser.
Réunions. — L'épouse de l'ex-valet de chambre Cléry dit que l'empereur d'Allemagne faisait peu de choses pour les ci-devant