Tome I
Pape, de près d'un quart d'heure, rapporte qu'il a été question dans celte conférence du comtat Venaissin. Le Pape n'a témoigné aucun regret de la porte de ce beau pays, mais son secrétaire, M. Testa, a paru avoir quelques espérances, qu'il a vaguement exprimées. . . A la longue... peut-être... etc.. M. Testa avait sur sa table les Co7ifesslons de J.-J. Rousseau, article de l'habitude vicieuse qu'il avait contractée dans sa jeunesse. Il a dit qu'il était idolâtre de cet auteur et n'a blâmé que faiblement quelques-uns de ses principes.
(Ai'ch. i.at., AF iv, 1492.)
R.M'l'OHT DE LA PKÉFECTUHK DE POLICE DU MÊME JOUR.
On rapporte que les exclusifs et les Bourbonistes s'efforcent, dans ce moment, d'alarmer le public et surtout les marchands, en leur faisant entendre que le commerce touche à sa ruine ; que la guerre continentale, qu'ils assurent être certaine, en sera la cause inévitable. Le commerce de l'imprimerie et de la librairie est dans une stagnation presque totale. Plusieurs des plus forts libraires de Paris se plaignent de ne pas vendre même assez pour leurs frais de nourriture. On craint que quelques faillites n'aient bientôt lieu dans cette partie. En général, les négociants et les banquiers se plaignent d'un nouveau ralentissement dans le commerce, et paraissent craindre qu'il n'aille en croissant.
Journaux. — Les nouvelles que le Moniteur donnait, hier, sur l'étranger sont à peu près les seules que renferment les feuilles de ce jour ; on peut, du reste, considérer les articles qu'elles copient sur des gazelles du Nord comme des conjectures vagues et d'un faible intérêt; elles offrent la même aridité sous le rapport de la philosophie ou sous celui de la littérature...
Bourse. — Le mouvement des affaires en général a été im peu plus animé que les jours précédents, elles cours se sont améliorés; la multiplicité des demandes de rentes à terme détermine l'opinion en faveur de la hausse. A l'égard des actions de la Banque, l'on n'attribue leur élévation qu'à la rareté et au besoin pressant que peuvent en avoir ceux qui négocient beaucoup de papiers. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII. 59 fr. 10, 59 francs, 59 fr. 10. Actions de la Banque de France, 1.^285 francs, 1.290 francs, 1.287 fr. 50.
Dubois.
(Arch. aat., V\ 3833.)
(J59 PARIS SOUS L'EMPIRE [lo mars 1805]
Journaux.
Journal des Débats du 24 ventôse : « Paris, 23 ventôse. ...Leurs Majestés Impériales ont signé le contrat de mariage de M. Geoffroy-Saint-Hilaire, l'un des professeurs et administrateurs du Muséum d'histoire naturelle, membre de l'Institut dÉgypte et de la Légion d'honneur, avec M'ie Brière de Mondétour, fille de M. le maire du IP arrondissement de Paris. « — Courrier français du 24 ventôse : « Paris, 23 ventôse. ...Les proviseurs des lycées ont reçu de M. Fourcroy la lettre suivante : « Vous voudrez bien, Monsieur le '<■ proviseur, m'adresser, par trimestre, un état nominatif et général des « élèves de votre lycée, tant nationaux que pensionnaires et externes. Cet « état doit présenter des détails exacts sur la conduite et les progrès de « chaque élève. Ce compte trimestriel est ordonné par S. M. l'Empereur, et « je ne saurais trop vous recommander d'apporter la plus grande exactitude « dans l'envoi des nouveaux états que je vous demande, et qui doivent être « mis sous les yeux de Sa Majesté Impériale au commencement de chaque « trimestre. En conséquence, Monsieur, et pour vous conformer sur-le-champ « aux ordres de Sa Majesté Impériale, vous voudrez bien, au reçu de la pré- « sente, vous occuper de dresser ce nouvel état pour le premier semestre de « l'an XIII, et vous me l'enverrez à la fin de ce présent mois. » — Signé : Fourcroy. »
CGXCIX
Ministère de la police générale. — Bulletin du 25 ventôse.
Rapport du préfet de police. — ...La Bourse a été plus animée que les jours précédents. 11 y a eu beaucoup de demandes de renies à terme, preuve cerlaine de la confiance. Le cours s'est ouvert et fermé à 59 francs ^ . .
...Fauche-Borel. — Ecrit de Wesel, à la date du 6 mars, qu'il vient d'arriver dans cette ville, après avoir été remis par les gendarmes au premier poste prussien. On lui a permis de se rendre librement où ses affaires rappelleraient. Il déclare qu'il va se rendre à Berlin, où il a quelques arrangements à prendre. Il propose d'entrelenir, de cette ville, une correspondance par la médiation de son frère, qui, à l'époque de son départ, avait demandé la permission de se fixer à
i. On remarquera que cette analyse du rapport du préfet de police dilTèro singulièrement de ce rapport même, que nous reproduisons à la suite de ce BuHelin.
[lii MARS 1805] PARIS SOUS L'EMPIRE 660
Paris. Le frère, en communiquant celle lettre, réclame de nouveau la permission de se lixer à Paris • .
(Arch. nat., AF iv, 1492.)
Rapport de la préfectube de police du même jour.
Réunions. — L'ex-marquis de Breteuil, demeurant rue d'Anjou, a (lit, «ians la réunion qui a eu lieu chez M""" de Vaudemonl, que M. de Lucchesini avait fait à S. M. l'Kmpereur des représentations très sérieuses de la part de sa cour et de quelques autres puissances sur le déplaisir qu'elles éprouveraient, si les changements projetés pour la Lombardie avaient lieu, et que cet incident relardait le départ de Sa Majesté. — Les Bourbonistes disent que les fils d'Orléans sont passés en Espagne, auprès de leur mère ; que cette dame est gouvernée despotiquement par le sieur Lozelte *, de Toul<uise, ex-conventionnel, qui s'est emparé totalement de son esprit. — On parle toujours sourdement d'un parti d'Orléans. — Le sieur Trianon, notaire, rue des Lombards, assure savoir d'une manière positive que S. M. l'Empereur a fait offrir à d'anciens nobles très marquants des places distinguées dans le militaire, mais qu'ils n'(mt pas voulu les accepter.
Conscription. — Les conscrits des six premiers arrondissements de Paris ont tiré hier au sort. Ceux qui ont amené des billets noirs ont pris de suite la cocarde tricolore. Après le tirage, les jeunes gens se sont répandus dans les promenades en chantant des chansons guerrières et ont passé la journée à se divertir. Les tirages sont totalement terminés dans les arrondissements de Sceaux et de Saint-Denis. On a remarqué, parmi les jeunes gens, un bien meilleur esprit que l'année dernière. L'ordre et la Iranquillité ont été maintenus partout.
Journaux. — Une grande partie des nouvelles d'Allemagne qui se lisent dans les feuilles de ce jour roule sur des distributions ou des échangL's de propriétés négociés entre plusieurs souverains d'Alle-
1. Ce miMiic jijiir. 2."i venlùse an XIII, Napoléon écrivit à Fomiié, île la Malmaison : « U y a ;"i Paris plus de vols et de brigandages qu'à l'ordinaire. La saison n'est cependant pas rigoureuse. Je désirerais que vous vous occupassiez, avec le préfet de police, à connaître la raison de pareils désordres, et à recliercher les remèdes convenables. N Ai>or,i':oN. >> {Corres/jondancr, t. X. n" 8i38.)
2, (;e nom est estropié. Il s'agit du conventionnel Hoiizet, qui. emprisonné on 1793 comme ami des Girondins, avait connu en prison le duc de Nivernais, qui le donna jiour conseil à la duchesse douarière d'Orléans, alors prisonnière. Il accompagna celte princesse en Espagne, devint son chancelier, rentra avec elle en France sous la Kesluuralion.
661 PARIS SOUS L'E^fPmE [15 mars 1805]
magne, mais notamment de la cour de Vienne. Il paraît que l'acquisition que cette cour désire faire des contrées de la Haute Souabe, avoisinant le Tyrol, éprouve des difficultés et excite surtout des réclamations de la cour de Prusse et du gouvernement helvétique. Le Courrier français annonce, à l'article de la Turquie, que le bruit qui s'était répandu d'un traité d'alliance entre la Russie et la Porte, et même l'Angleterre, a été démenti officiellement. — D'autres nouvelles de ce pays portent que le Grand- Seigneur retire de l'Egypte les Albanais, attendu qu'ils étaient plus nuisibles qu'utiles. — Les nouvelles d'Italie présentent peu d'intérêt ; on remarque seulement une correspondance datée de Messine, le 30 janvier, qui annonce que, sur le bruit répandu dans ce port par un brick anglais, que la flotte de Toulon avait mis à la voile, l'alarme a été vive parmi les Anglais, dont les bâtiments mouillaient dans ce port, dont plusieurs ont pris le large. Quelques papiers portent que, le lord Nelson a fait voile du côté de l'Egypte pour aller à la recherche de la flotte de Toulon. — D'après des nouvelles de Cadix, les feuilles portent que les forces maritimes de ce port montent à trente vaisseaux de guerre, dont deux à trois ponts, dix de ligne et douze grosses frégates ; elles ajoutent que cette escadre doit ap|iai'eiller dans les premiers jours de la nouvelle saison. — On ne voit, dans les journaux, aucun article remarquable de mélanges ou de variétés, si ce n'est un éloge de feu M. de Galonné, inséié dans le Journal de Paris ; du reste, tout consiste en réflexions vagues sur les nouveautés de théâtres. . .
Bourse. — Les négociations des efl'ets publics ont été très peu nombreuses, et elles ont eu un résultat absolument insignifiant pour la hausse et la baisse des difl"érents cours. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 59 francs, 5'J fr. 05 c. Actions de la Banque de France, 1.285 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3833.)
Journaux.
Gazette de France du 25 ventôse : « Paris, 24 ventôse. ...M. David, premier peintre de l'Empereur, vient de faire en grand le portrait de Sa Sainteté. I, es personnes qui l'ont vu disent que celle composition réunit l'avantage de la plus parfaite ressemblance au mérite d'une exécution très brillante. On assure que Sa Majesté Impériale a lait présent à Sa Sainteté de ce tableau, et a chargé M. David de lui en l'aire une copie. » — « Il vient de se former à Paris une nouvelle académie qui a pris le nom d'Académie celtique. Le principal objet de ses travaux est de vérifier les recherches (jui ont élé faites sur les langues [)rimitives et de fixer autant que possible l'antiquité fde lanijue
[16 MAn? i805] PARIS SOUS L'EMPIRE 602
rpItUntP, qui s'est conservée dans le bns-brtUcm, et que l'on regarde comme la ]»lus ancienne de l'Europe. A la tête de celte académie se trouve M. Hennin, autrefois premier commis des affaires étrangères *, l'un des savants les plus distingués de la capitale, et surtout l'un des plus versés dans la connaissance des langues tant anciennes que modernes. Il est toutefois à craindre que la manie des systèmes n'ait quelque part aux recherches pour lesquelles s'est formée cette académie ; car on assure que déjà elle a cru découvrir entre les signes premiers de la parole et ce petit morceau de bois qu'on appelle taille de boulanger, une parfaite conformité ; en sorte que, selon l'Académie celtique, les hommes auraient appris à parler, en mangeant du pain, tandis que, selon M. Quatremère-Disjonval, ce serait en buvant de l'eau... » — Journal des Dames du 25 ventôse : « Paris, ce 2i ventôse. ...La mode, qui jadis ne variait au plus qu'une fois dans vingt-(|ualrc heures, est maintenant à peine saisissable dans la même journée. Les boulevards, les Tuileries ne présentent le matin qu'une bigarrure de couleurs et de formes. La route du bois de Boulogne offre des choses disparates. Le soir, dans les salons, on se reconnaît un peu mieux, et, jusqu'à nouvel ordre, nous pouvons assurer que, pour être à la mode, une femme doit avoir le pied romain, la tête grecque, le col égyptien, les bras turcs et le corps (la robe) espagnol. »
CGC
23 VKNTOSEAN XIII ilG MARS 1803).
Rapport de la phéfècture de police du 20 ventôse.
Réunions. — On dit dans le commerce que des lettres, arrivées de Londres, portent que, malgré tous les préparatifs de guerre, le peuple anglais croit à la paix et la désire vivement. — On dit encore que nos relations commerciales avec le Levant sont presque nulles ; que la cour ottomane est fatiguée de rinfliience qu'elle a laissé prendre sur elle par la Russie et l'Angleterre, et qu'elle désire rester en bonne intelligence avec le gouvernement français. — On s'occupe beaucoup de M"'^ de Slaël dans diverses sociétés; on assure qu'elle est dans ce moment à Rome, qu'elle est réconciliée avec le clergé, et qu'elle est devenue dévote.
Conscription. — Les conscrits des six derniers arrondissements de la ville de Paris on tiré, hier, au sort. L'opération a été fort tranquille, et les jeunes gens ont passé le reste du jour à se divertir.
.lourmm.r. — Plusieurs articles de la Gazette de France ont paru
1. Voir l"'rr'<i('rir Masson. />e déparlemenl des o/fitires p'frnngères pendant la lU'roInlion, p. 27 et suivantes.
663 PARIS SOUS L'EMPIRE [17 mars 1805]
de nature à exciter l'intérêt. On remarque principalement ce qui est annoncé par Francfort, le 10 mars : « Sur la menace de la Prusse (est-il dit) de s'emparer de la Poméranie suédoise, dans le cas où la cour de Stockholm contracterait un traité de subsides avec l'Angleterre, le ministre de Suède à Berlin remit à Sa Majesté prussienne un écrit de la main de son maître, dans lequel ce prince déclarait que, comme souverain, il n'était obligé de rendre compte à aucune puissance des traités qu'il voulait conclure ; que, si des troupes étrangères entraient dans ses États, elles y seraient traitées comme ennemies, et que Sa Majesté suédoise réclamerait les forces auxiliaires que le traité d'alliance, conclu en 1797 avec la Russie, le luettait en droit de réclamer de la cour de Pétersbourg. Gomme la Russie cherche à concilier les deux potentats, on regarde comme vraisemblable que la Suède renoncera à conclure un traité de subsides avec la Grande-Bretagne. » — La même gazette porte, à l'article d'Italie, que « la cour de Naples, en donnant au gouvernement français de nouvelles assurances touchant sa neutralité, a promis de ne plus fournir de vivres à la flotte anglaise de la Méditerranée et de se charger de l'entretien de l'armée du général Saint- Cyr ». — Enfin, la même Gazette de France continue à donner des nouvelles de l'activité avec laquelle se pressent les dispositions de défense et d'armement maritimes dans les ports d'Espagne ; elle représente surtout la forteresse de Port-Mahon comme étant dans l'état de défense le plus formidable. On apprend de Berlin, dit le Courrier français, que l'empereur de Russie s'est départi de son plan d'union plus étroite avec l'Angleterre, et qu'à moins d'événements imprés'us, tout fait croire que le continent de l'Europe continuera à jouir de la tranquillité. — Le reste des articles des difl"érentes feuilles de ce jour a paru d'une moindre importance.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3833.)
ceci.
Rapport de la préfecture de police du 27 ventôse.
Réunions. — On dit dans les sociétés des Bourbonistes que, lorsque S. M. l'Empereur écrivit au roi d'Angleterre, il adressa une pareille lettre à la cour de Russie; que c'est ce qui a déterminé l'envoi
de M. Winizingerode à Berlin, où, ajoutenl-ils, il travaille avec succès contre la France ; que M. Winizingerode est parvenu à réconcilier la Prusse et la Suède ; que c'est par suite de ses négociations que M. de Rumbold est revenu dans la Basse-Saxe continuer son métier d'espion ; que, quoique la cour de Prusse ait reconnu S. M. l'Empereur des Français, elle s'est déterminée à ne lui faire aucune communication officielle de la mort de la reine douairière. — Les bruits de guerre se soutiennent toujours.
Conscrits. — Les conscrits ont continué, hier, de se divertir toute la journée, et paraissaient animés du meilleur esprit. En général, toutes les classes du peuple n'ont jamais manifesté plus de contentement. Les garçons bouchers se préparent à donner, jeudi prochain, une fête d'un genre nouveau et qui n'a jamais eu lieu à Paris : nu char attelé de moutons blancs et noirs promènera dans Paris des enfants habillés en Amours.
Journaux. — On ne trouve, dans les feuilles de ce jour, aucun article, soit sur Jes cours étrangères, soit sur l'intérieur, qui porte quelque caractère de nouveauté...
Bourse. — Les variations des cours ont été très peu nombreuses et moins favorables qu'à la dernière bourse. Les transactions commerciales sont un peu moins languissantes. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 58 fr. 90, 59 francs. Actions de la Banque de
France, 1.280 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F\ 3833.)
Journaux.
Moniteur du 27 ventôse : « Paris, le 26 ventôse. Sa Majesté se rend aujourd'hui dimanche, 20 ventôse, de .Vlalmaison aux Tuileries. 11 y aura messe et audience à onze heures. A une heure de l'après-midi, le vice-président de la République italienne, les membres de la Consulte d'État et de la dc[)utation des différents collèges présenteront une adresse à l'Empereur, qui les recevra sur son trône, entouré de ses ministres et de ses grands-olficiers. (»u croit que demain lundi, à deux heures après-midi, l'Empereur se rendra au Sénat en grande cérémonie. » — « Jeudi 23, le Pape a visité pour la première fois le Musée d'histoire naturelle. Il fut reçu à la porte du jardin par M. le conseiller d'État Fourcroy et par MM. les ])rofesscurs. Le Saint-Père à d'abord parcouru les serres chaudes, destinées aux plantes qui ne peuvent supporter notre climat pendant aucun temps de rannée. lia été conduit ensuite dans les serres tempérées, où sont rasseudjlées colles qui peuvent supporter la température de Paris pendant six mois. Le Saint-Père a jtarcouru de même la ménagerie des animaux paisibles et celle des animaux féroces, les plus nombreuses qu'il y ait jamais eu en France et |)out-étre en Europe. On y compte
66b PARIS SOUS L'EMPIRE [18 mars 1804]
environ soixante quadrupèdes étrangers, et plus de cent espèces d'oiseaux. Sa Sainteté s'est promenée quelques temps dans le jardin, oij on lui a fait remarquer l'école de botanique, la plantation des arbres fruitiers, rangés méthodiquement, celle de toutes les plantes éconon)iques et autres. M. le conseiller d'Etat Fourcroy, directeur du Musée, et M.M. les professeurs ont eu l'honneur d'accompagner Sa Sainteté et de lui faire remarquer la destination des difTérents objets qu'elle avait sous les yeux. Le jardin a été fermé tout le temps que Sa Sainteté s'y est promenée. Il y avait cependant un assez grand nombre de personnes qui s'y étaient rendues dès le malin : elles s'étaient principalement réunies dans la grande allée du jardin, où elles ont reçu la bénédiction du Saint-Pàre. « — Journal des Débats du 27 ventôse : « Paris, 26 ventôse. Il y a eu aujourd'hui, à une heure, une grande audience au palais des Tuileries. M Melzi, vice-président, les membres de la Consulte d'Etat et un grand nombre de députés de tous les corps et de tous les collèges de la République italienne, réunis à Paris à l'occasion du couronnement, ont été admis à cette audience. On assure que l'objet de cette démarche était d'exprimer à l'Empereur le vœu formé par les citoyens de la République italienne d'obtenir de Sa Majesté l'organisation définitive du gouvernement de leur patrie. Une réponse de Sa Majesté à la députation a fait connaître que ce vœu a été agréé. On sait qu'en conséquence une communication sera faite demain au Sénat. Sa Majesté partira à deux heures de son palais. Une salve d'artillerie annoncera son départ, le cortège passera par le Carrousel, le quai du Louvre, le Pont-Xeuf, et les rues de Thionville, des Fossés-Saint-Germain, des Quatre-Vents et de Tournon. Il sera composé de manière usitée pour ces sortes de solennités. Les membres des autorités et des collèges de la République italienne en feront partie, ainsi que M. le vice-président, et M. Marescalchi, ministre des relations extérieures. » (Voir le compte rendu de la cérémonie dans les Débats et la Gazette du lendemain.) — Courrier français du 27 ventôse : « Paris, 26 ventôse. ...Aux soirées consacrées dans quelques cercles à la déclamation succèdent les soirées consacrées à la musique. Le comble du bon genre est de réunir Dalvimare et Kreutzer, ou Nadermann et Frederick ; rien ne tlatte plus les oreilles de nos petites maîtresses que cet accord de la harpe, du violon et du cor ; un accord qui les tlatte encore davantage, c'est celui des deux voix de M'"^ Duret et de Garât. Mme Duret a remplacé M'"" Walbonne ; c'est VEurydice moderne, c'est-àdire la seule chanteuse digne de marier ses accents à ceux d'Orphée du jour. »
GGCII 27 VENTOSE AN Xlll (18 MARS 1805).
RaI-I'oRT DK la PRI-KECTIUU'-. DE l'OLICE DU 28 VKNTOSE.
Réunions. — La cérémonie qui a eu lieu au Sénat et la magnificence du Cortège ont été, hier, le sujet de toutes les conversations ; on parlait surtout avec un vif enthousiasme de l'afTabilité avec
[IR MAH^ 180o] PARIS SOUS L'EMPIRE 606
laquelle S. M. TEmpereiir a accueilli les témoignages de l'amour du peuple. Les groupes, observés avec soin, ont paru animés du meilleur esprit, et l'on a entendu nombre de personnes répéter tout haut el avec un attendrissement ces paroles : « Que surtout Dieu nous le conserve! » — On crie beaucoup chez l'ex-marquis de Saint-Agnan, demeurant rue du Faubourg-Saint-Honoré, contre les ci-devant nobles qui occupent des places auprès de la famille impériale. L'exduc de Gossé y est particulièrement très maltraité. — On parle beaucoup du rétablissement des fermiers-généraux, attendu, dit-on, que l'administration des droits réunis ne marche qu'avec peine.
Journaux. — Les feuilles de ce jour empruntent leur principal intérêt des détails de ce qui s'est passé, hier, au Sénat conservateur, qui avaient été publiés par le journal officiel. La Gazette de France donne, à la vérité, quelques nouvelles de Lonrires, mais qui ne sont qu'une sorte de confirmation de nouvelles précédemment connues, et notamment de celle qui donnait à croire à l'existence d'un traité d'alliance et d'amitié entre le gouvernement anglais et Dessalines, pour les relations commerciales entre la Jamaïque et Saint-Domingue. — La même gazette apprend d'Allemagne qu'il est question, dans des lettres de Lemberg, de quelques mouvements de troupes russes vers les frontières des provinces autrichiennes limitrophes de la Russie. — On lit, d'un autre cùté dans le Journal de Paris, que, suivant des lettres écrites de Constantinople, l'île de Chypre peut être considérée comme perdue pour la Turquie ; que même le projet des insurgés cypriotes est de se réunir aux Sept-Iles, et qu'ils reçoivent de Corfou des armes et des munitions. Si cette dernière nouvelle, ajoute-t-on, était aussi vraie qu'elle paraît hasardée, les desseins de la Russie auraient beau être enveloppés de triples voiles, ils ne seraient plus douteux...
Bourse. — Le cours des o 0/0 n'a éprouvé aucun changement, et Ion parait croire plus généralement à la hausse qu'à la baisse ; quelques personnes ont remarqué que MM. Porlau et Merlin, agents, prenaient tout ce qui était offert au comptant. Les actions de la FJanque ont été un peu plus faibles qu'hier. Quelques affaires assez importantes en indigo avaient fait espérer un peu de mouvement dans les transactions commerciales, mais on ne s'est occupé que de cet article, il ne s'est rien fait en sucres, cafés, etc. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 59 francs. Actions de la Banque de France, 1.277 fr. 50.
Dubois.
(Arch. n.it., F', 38.13.)
667 PARIS SOUS L'EMPIRE [19 mars 1805]
ceci II 28 VENTOSE AN XIII (19 MARS 1805)
HaPPORT DIÎ la préfecture de police du 29 VENTOSE.
fiéunions. — On a dit chez M. de Tracy, sénateur, qne l'Emporeur de Russie avait entre les mains toules les lettres originales de S. M. l'Empereur des Français aux autres souverains depuis son retour d'Egypte, jusqu'à ré|)oque du couronnement ; que ces lettres sont imprimées et répandues dans tous les cabinels de TEurope. — On débite, dans la réunion de Bourbonistes qui a lien chez M. de Narbonne, que le Saint-Père avait affecté une indisposition pour ne point assistera la séance du Sénat; que Sa Sainteté craint pour ses États et d'être réduit par la suite au seul exercice des fonctions spirirituelles. — On répand, aujourd'hui, le bruit dans divers endroits publics, que les ministres de Prusse et d'Autriche, en vertu des instructions de leurs cours, avaient envoyé des notes de protestation à S. E. le ministre des relations extérieures.
Théâtres. — On a donné, hier, au Théâtre du Vaudeville, sous le titre de La Belle Marie, une petite comédie en un acte, qui n'a eu aucun succès, mais dont la chute n'a nullement altéré le bon ordre*.
Journaux. — Les journaux ne publient rien aujourd'hui qui n'ait été donné hier, par le journal officiel . . .
Arrestations. — On a arrêté comme prévenu de complicité de faux, à l'aide desquels des sommes assez fortes ont été payées à la trésorerie : i" une femme Franck, connue pour une intrigante, qui se procurait des certificats de vie, qu'elle lavait elle-même, et les faisait ensuite remplir des noms des titulaires, dont elle était parvenue à se procurer les inscriptions ; 2° un sieur Collasse, employé à la Trésorerie, qui vivait avec elle; 3° un sieur Fagnan, ci-devant employé à la même administration, d'où il a été renvoyé. On a saisi des pièces fausses, ainsi que des inscriptions, et on est à la poursuite des complices de ces trois individus. — On a encore arrêté un nommé Bâillon, prévenu de propos infâmes contre le gouvernement. Cet individu a été commissaire des guerres à Blois, et condamné en l'an VII à deux
1. C ouvrier dea Spectacles : << I>a picco n'a pas été heureuse. La beauté ne s'est trouvée que du côté de l'actrice. L'auteur l'avait oubliée pour la pièce, qui n'a point eu de succès. »
[20MAn>l805] PARIS SOUS L'EMPIRE 668
lieiifcs d'exposition et deux ans d'emprisonnement pour avoir favorisé la liésertion de plusieurs conscrits. Il a été employé, depuis, dans les transports de la marine à Boulogne, d'où il vient d'être chassé pour son inconduite et ses propos.. .
Bourse. — Il ne s'est fait que très peu d'alTaires en rentes, et elles ont eu un résultat d'autant plus insigtiifiant que le cours, qui avait paru fortement en baisse, s'est remis rapitlement au taux où il est resté hier. Tous les spéculateurs sont persuadés que cette stagnation existera jusqu'à l'ouverture des transferts. Les actions de la Banque ont été conslainnient deman<1ées, et néanmoins elles n'ont éprouvé qu'une légère amélioration. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 59 francs, 58 fr. 80, 59 francs. Actions de la Banque de France, 1.275 francs.
Dl'Bmis.
(Ai-ch. nat., V, .-{833.)
Journaux.
Munileur du 29 ventôse : « Paris, le 2S ventôse. Dimanche, 3 germinal, S. A. I. le prince Napoléon-Louis sera baptisé dans la chapelle de Saint- Cloud par N. T. S. P. le l^ape. Il sera tenu sur les fonds par S. M. l'Empereur et Roi et par Madame, mère de Sa Majesté. L'Empereur ne recevra point après la messe. La cérémonie du baptême aura lieu à quatre heures. Les personnes invitées seront seules admises a assister. A l'occasion de la fête de l'Impératrice et du baptême du prince Napoléon-Louis, le parc et le jardin seront ouverts au public à huit heures du matin : il y aura des jeux, des danses. Des spectacles dans le parc ; les eaux joueront à quatre heures après-midi et à sept heures et demie du soir; les cascades seront alors illuminées. Leurs Majestés assisteront, au théâtre du palais de Saint-Cloud, à une représentation dWlkalie. »
GGCIV 29 VENTOSE AN Xill (-20 MARS 1805).
MlNlSTÙFiE Dli LA POLICE GI':NÉRALn;. — BuLLKÏIN DU 30 VKNTOSE.
...Faux La Forge. — Avocat, auteur d'une lettre imprimée (ju'il paraît avoir l'intention d'adresser h S. M. l'Empereur, pour réclamer au nom d'un sieur Lenormand, dont il se dit fondé de pouvoirs, le paiement d'une somme <le .'iO.OOO francs que lui doit le sieur Ouerelle. Il prétend, dans celle lettre, que Sa Majesté a promis au sieur Querelle de payer ses dettes. — Faire saisir tous les exemplaires de
669 PARIS SOUS L'EMPIRE [20 mars 1805]
celle leltre, el, si le sieur Faux La Forge ne justifie pas qu'il ail été aulorisé à la faire imprimer el à annoncer que Sa Majeslé a fait des promesses au sieur (Juerelle, le mettre en étal d'arrestation, pour lui apprendre à respecter le nom du chef auguste de l'État.
FoucnÉ.
(Arch. nat., AF iv, 1492.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Aujourd'hui, dès le malin, la gaîlé s'est manifestée parmi les diverses classes du peuple. Les blanchisseuses ont, suivant un ancien usage, célébré la mi-carême par des chants et des danses dans leurs bateaux. Les garçons bouchers ont promené dans Paris un jeune enfant habillé en Amour, monté sur un char très élégant et traîné par deux moulons d'une superbe race. 11 était environné déjeunes filles à cheval, habillées en bergères et parées de guirlandes de fieurs. Un corps de musique el de tambours précédait le cortège, qui a beaucoup amusé les curieux. Il doit y avoir, ce soir, plusieurs bals que l'on présume devoir être bien nombreux. La fête qui doit avoir lieu, dimanche prochain, à Saint-Cloud, fait le plus grand plaisir aux Parisiens.
Réunions. — Les bruits de guerre se raniment dans toutes les réunions publiques ; on dit que l'Autriche fait filer beaucoup de troupes du cùté de l'Italie et de la Suisse ; que l'armée russe qui est dans les Sept-Ues se renforce ; que la Prusse, la Suède, la Saxe, la Bavière se mettent au complet de guerre, et qu'il y a un grand mouvement parmi leurs troupes, particulièrement vers le Rhin, et que le même mouvement existe parmi les troupes françaises.
Journaux. — On ne remarque rien dans les feuilles de ce jour, qui ne soit extrait des articles dont était composé le journal otïiciel du 29 ventôse.. .
Bourse. — Les négociations n'ont pas été nombreuses et les cours ont été constamment plus faibles qu'hier ; les ventes qui se sont faites avec la jouissance de vendémiaire an XIV sont, dit-on, du provisoire sorti de la liquidation depuis la clôture des derniers transferts. Des actions des ponts ont été négociées par deux agents, à 1.230 francs. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 58 fr. 90. Jouissance de vendémiaire an XIII, 65 francs. Actions de la Banque de France, 1.270 francs, 1.207 fr. 50, 1.270 francs, 1.207 fr. oO.
Dubois.
Arch. nul., F ^ 3833.)
[21 MARS 1805] PARIS SOLb L EMPIRE 670
GCGV 30 VliNTOSE AN XIII (21 MARS 1805).
K.Vl'POHT DE LA PKÉFKCTURE DE POLICK DU 1" GERMINAL.
Jiéunions. — Les bals el les plaisirs ont duré toute la nuit dernière, et ne se sont fermés que vers six et sept heures du malin. Partout, on s'est livré à la gaieté ; les guinguettes et les cabarets des faubourgs ont été très fréquentés par la classe ouvrière, dont une gramie partie se divertit encore aujourd'hui. Le bal de l'Acadéniie impériale de musique a été nombreux : la recette s'est élevée à 1).300 francs. L'ordre a constamment régné partout. — On dit que l'arrivée du grand-duc Constantin à Vienne, et annoncée dans les journaux, a pour motif de demander à cette cour le passage d'une armée russe de plus de cinquante mille hommes. On ajoute que cette armée est sur les frontières de la Podolie.
Journaux. — On ne voit dans les feuilles de ce jour que trc'S peu d'articles qui n'aient été publiés par le journal officiel d'hier. Seulement on lit dans le Journal de Paris l'annonce de l'arrivée à Vienne du grand-duc Constantin, qui y garde l'incognito. — On lit encore dans le Bulletin de Paris que, suivant un bruit répandu, le contre-amiral Sercey, parti de Nantes sur un vaisseau américain, a été pris et conduit on Angleterre, contre les droits de la neutialité. — Enfin, on annonce, dans le Journal du Soir, la prise faite par une frégate anglaise du vaisseau espagnol la Santa Familia, qui venait de Vera- Cruz avec un chargement de piastres, lingots et médailles d'or. — Les journaux, en général, paraissent, depuis quelque temps, être tous animés du meilleur esprit, et ceux même où l'on semblait quelquefois mettre aux prises la philosophie avec la religion sont devenus réservés à cet égard...
Bourse. — Les affaires ont été assez animées, et le cours des 5 0/0 a épiouvé un peu de baisse. Cette défaveur apparente n'effraie point les spéculateurs, qui ne l'attribuent qu'à la vente des rentes devenues inutiles parce que la faiblesse du cours a empêché de retirer celles qui avaient été achetées à un taux assez élevé. Ces réflexions portent à croire que la hausse reprendra sous peu. — 5 0/0, jouissance de germinal, 58 fr. 50, GO, 50, 00. Actions de la Banque de Trance, 1.270 francs, 1.272 fr. 50, 1.270 francs.
(Arcli. nat., K^ 3833.) DUBOIS.
671 PARIS SOUS L'EMPIRE [22 mars 1805]
Journaux.
Moniteur du !"• germinal : « Paris, le 30 ventôse. On travaille aclnellement au livre du sacre de Leurs Majestés Impériales, L'exécution de ce grand ouvrage doit répondre, par sa magnificence, à la pompe d'une cérémonie qui a surpassé les autres solennités de ce genre par la réunion de tout ce qui est auguste et imposant. S. Exe. M. de Ségur, grand-maitre des cérémonies, chargé par S. M. l'Empereur de la direction générale de cette belle entreprise, en a confié l'exécution, savoir : pour la rédaction du livre, à M. Aignan, aide des cérémonies, secrétaire impérial à l'introduction des ambassadcui-s; et, pour le dessin, à M. Isabey, peintre, dessinateur des cérémonies et du cabinet, et à MM. Fontaine et Percier, architectes de Sa Majesté. Le premier est chargé des figures; les deux autres, de l'architecture et ornements. — Le burin des plus
célèbres graveurs sera employé pour consacrer ces grands souvenirs.
L'ouvrage paraîtra vers la fin de l'année prochaine. »
GCCVI
l-^ GBRMINAL .\N XIII (2-2 MARS 1805).
Ministère de la police générale. — Bulle pln du 2 gehminal.
Paris. Loge maçonnique. — On rapporte qu'à la réunion des francs-maçons, qui a eu lieu chez Léda^ mardi dernier, il y a eu une provocation assez vive de la part d'un membre de la Lo^e écossaise, contre celle du Temple des Muses, corhposée d'Italiens. Elle n'a eu aucune suite. On a remarqué qu'au dessert le traiteur avait placé devant le second surveillant une chaumière ; devant le premier un château, à l'Orient, un temple. Ces allégories se rapportaient à S. M. l'Empereur et Roi. La chaumière offrait l'idée d'une vie privée; le château, l'élévation au Consulat; le Temple, l'avènement au trône. Le traiteur n'a pas paru avoir de mauvaises intentions. On s'est échauffé au banquet. Il n'a pas été suivi des cérémonies d'usage. La
cliaine n'a pas été formée
(Arch. nat , AF iv, 1493.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Iléunions. — Chaque jour les bruits de guerre prennent plus de consistance dans le public. On dit que le roi de Prusse cherche à se