Voir plus haut, p
[14 AVHii. 180b] PAHIS SOLS L'EMI'IIŒ 720
puivanles : « La garnison de Vienne est pai'tie avec précipilalion [>oiir rilalie. La Prusse donne passage à la Russie pour 150,000 hommes. S. M. riMupereur eL Roi a reçu ces nouvelles à Fontainebleau. » On surveille l'auleur (le ces bruils
(AicIj. nat.. M- iv. 1 '.!)3.1
ILM'I'ORT de la PRÉKIiCTUUt; DE POLICE DU MÊME JOUR.
/lihinions. — M. (le Cohenzl, en quillanl Paris, a annoticé qu'il allait à Harlem, voir les tulipes et les jacinthes. Son départ, néanmoins, a donné lieu à une foule de bruits plus absurdes les uns que les autres. On annonce la prochaine arrivée à Paris du prince russe Nowosiltzow, en qualité d'envoyé extraordinaire. C'est le même qui a été dernièrement à Londres avec la même qualité. On parait craindre que cette missitjn politique ne cache quelque piège. D'autres personnes assurent, au contraire, qu'il n'est point question de pai.v avec la Russie ; que l'armée russe a déjà passé les frontières de la Podolie inférieure et se dirige sur Corfou et l'Italie i)ar la Macédoine.
On répandait, hier, parmi les personnes qui se mêlent d'aiïaircs de culte, que le gouvernement allait autoriser le rétablissement de trois ordres monastiques, qui seraient spécialement chargés de l'éducation. Cette nouvelle a paru faire une sorte de sensation et a trouvé des réprobateurs.
Journaux. — C'est toujours sur le journal ofliciel que les feuilles composent la n)ajeure partie de leurs articles. Elles ne contiennent de plus qu'une nouvelle de Londres, portant que l'armée russe, dans la République se[)tinsulaire, va recevoir une grande augmentation et que des bâtiments sont prêts à Otchakow, pour transporter ces renforts. On ajoute que le conseil du roi s'est assemblé plusieurs fois, et que le ministre russe a toujours assisté à ces conférences...
Bourse. — Les cinq pour cent ont encore éprouvé une défaveur assez sensible; la continuation de cette baisse imiuiète et laisse toujours les spéculateurs et porteurs de rentes dans la même perple.\ité. 11 s'est l'ait, dit-on, beaucoup d'affaires aujourd'hui; des ventes considérables par M. Trudclle, et des achats nombreux par M. Portau, et principalement par iM. Merlin, dont on ne connaît pas les clients. Les courtiers assurent que le commerce est toujours extrêmement languissant, et qu'il serait même impossible de donner le cours exact des princi|)aux articles, n'ayant aucune pr-euve des négociations qui
721 PARIS SOUS L'EMPIRE [15 avril 180b]
en ont été faites. — o 0/0, jouissance «le germinal an XIII, 57 fr. 10,
o, 10, 57 francs '.
Dubois.
(Arch. nat, F ^ 3833.)
Journaux.
Journal des Débats du 25 germinal : « Paris, 2i germinal. La santé de Mlle la princesse Borghèse parait être parfaitement rétablie. Son Altesse Impériale s'est rendue jeudi à Thôtel Marescalchi, pour y jouir du coup d'œil de Longchamp. » — Journal des Dames el des Modes du 25 germinal : '( Paris, ce iA germinal. Un éventail est de mode dans toutes les saisons, et, au plus fort de l'hiver, une belle va dans un cercle armée de son éventail; mais aussi les éventails du jour sont faits de manière à parer une femme; plusieurs renferment des cassoleltcs, d'autres contiennent des lunettes d'approche, et tous servent à donner contenance. D'ailleurs, formés presque tous de côtes découpées, et à peine revêtus d'un linon très clair, ils ne sont plus bons à rafraîchir; on craint, tant ils sont fragiles, de les agiter, et l'on peut dire que les femmes de Paris ne se donnent plus d'air. »
CGGXXX
Ml.MSTÉRfc: DK LA POLICE GÉNÉKALE. — BuLLETIN DU iO GERMINAL.
Parts. Comte de Cobenzl . — M. le comte de Cobeiizl, ainhassadeur d'Autriche, est passé le 19 germinal à Anvers el a dit qu'il se
rendait à Berlin
(Arch. nat., AFiv, 1493.)
RaPI'ORT de la PHKFE(.TURE de POLICE DU MÊME JOUR.
Réunions. — Hier, lundi de Pâques, la plupart des ouvriers ont suspendu leurs travau.K el se sont livrés au plaisir. Les guinguettes et les cabarets ont été 1res fréquentés, notamment dans les faubourgs. La tranquillité a régné partout. — Quelques branches de commerce de luxe, surtout les fabriques de perles fausses, semblent baisser un peu. Les selliers et les carrossiers se plaignent de n'avoir rien vendu [mur
1. A ceUe date du 25 germinal an .Mil, Napoléon écrivit, de Lyon, a Lebrun, pour lui dire qu'il avait reçu une demande des artistes logés au Louvre : « Je désire que vous les fassiez venir et que vous leur disiez que mon intention n'est point de leur faire du tort, mais que je suis inllc.xible sur ce principe, que je ne veu.\ au Louvre ni cheminée, ni poêle. >> {Correspondance, t. X, n" x:\xl\ Tome 1. 46
[16.\VRiL 180ol l'A HIS SOLS LE.MIMUE 722
It'S promenades de l^ongchainp. — On répand (lue le> troupes qui se trouvent dans la 17« ilivision mililairu ont reçu l'ordre de se rendre, ^ marches forcées, sur les frontit-res d'Italie; que plusieurs régiments ont reçu celui de quitter le Hanovre pour se rendre en Hollande, où la fermentation est, dit-on, à son comble. — Le général de Lasalle, commandant le l*' régiment des vétérans de S. M. l'Empereur, connaît bien tous les obstacles que le nouveau gouvernement va éprouver en Italie. M. de Melzi a feint une attaque de goutte pour rester quelques jours de [ilus à Paris, dans la crainte de se compromettre et voulant tout à la fois se ménager la faveur de S. M. l'Empereur et Koi et celle de ses compatriotes, auprès desquels il voudrait bien paraître neutre dans les changements qui viennent de s'opérer.
Hier soir, des jeunes gens, revenant de faire la conduite à plusieurs de leurs camarades qui venaient de partir pour rejoindre leurs corps, se sont promenés avec deux tambours sur le boulevard du Temple ; l'officier de poste leur ayant demandé s'ils avaient une permission, ils refusèrent de la montrer, maltraitèrent la garde et tentèrent de la désarmer ; quatre des plus mutins ont été arrêtés.
Journaux. — Les journaux, toujours composés des articles publiés la veille [»ar \q Moniteur^ ne donnent lieu à aucune remarque officielle.
Bourse. — Le mouvement des négociations de rentes n'a pas été moins animé qu'hier; les variations du cours ont été assez insignifiantes jusqu'aux derniers moments, où des demandes multipliées ont donné lieu à une réacti<m favorable. Les observateurs ont remarqué que M, Martinet avait fait des achats considérables à primes pour les deux mois prochains; qu'il avait eu beaucoup d'imitaleurs, et que ces opérations paraissaient diriger l'opinion générale vers la hausse. Les actions de la Banque sont un peu ofTerles, et conséquemmenl en baisse. — o 0/0, jouissance de germinal an XIII, 5G fr. 75, 70, 63. Actions de la Banque de France, 1.232 fr. 50.
Dubois.
(Arch. nat., V, 3833.)
GGGXXXI 20 (iEKMINAL AN XIII (10 AVRIL 1803).
MlNlSTKUK Dli LA POLICE GÉNÉHALE. — BULLETIN DU 27 GERMINAL.
.. .Thomas . — Le 21 ventôse an XII, le sieur Thomas, chapelier, adressa à S. M. l'Empereur et Roi une pétition tendant à obtenir un
723 PARIS SOUS LEMPIRE [16 avril 1805]
emploi. Il se fomia sur ce qu'il avait contribué à l'aiTeslalion de Georges, observant qu'avant d'avoir entrepris le métier de chapelier, il avait travaillé chez le notaire et procureur . II a été nommé inspecteur des Droits Réunis. Le ministre des finances l'ayant destitué, on a pris des renseignements particuliers sur sa conduite. Voici l'extrait du rapport : « Tliomas était fils d'un cafetier, rue de Fourcy. Il s'est marié il y a peu d'années, a entrepris le métier de chapelier sans le connaître. Il a absorbé, en peu de temps, la dot de sa femme dans les lieux publics. A l'arrestation de Georges, il vivait d'intrigues. Nommé inspecteur des Droits Héunis, il a afTiché le plus grand luxe ; acheté à crélit de beaux meubles, un cabriolet, un cheval ; promis à tout venant sa protection. Il est actuellement criblé de dettes, dans l'indigence, et accuse le gouvernement d'ingratitude. II existe contre lui plusieurs jugements de prise de eor[)S. Sa conduite fait présumer qu'il sera bientôt poursuivi comme escroc. »
Bon mot attribué à Sa Majesté. — On parle beaucoup, à Paris, d'un bon mot qu'on a attribué à Sa Majesté dans une conversation avec M"^ <ie Brienne : « Sire, dit M™* de Brienne, vous êtes empereur et roi, vous avez les hommages de toutes les nations : il ne vous manque plus que d'être placé, comme les héros de l'antiquité, au rang des dieux. » — « Je ne me renferme pas dans les mêmes rouies, répond Sa Majesté, ^e ne me jette pas dans un cul-de-sac. »
FOUCHÉ
(Arch. nat., AF iv, 1493.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — M°i« de Brunswick, qui prétend être au courant de tout ce qui se passe, assurait, hier, avoir la nouvelle qu'un chambellan de la cour de Russie était parti en courrier de Pélersbourg pour aller à Milan porter à S. M. l'Empereur et Roi des propositions de paix. — Les réunions publiques n'ont rien offert de remarquable.
Commerce. — Les négociants se plaignent de nouveau de la stagnation du commerce, et craignent qu'elle ne dure presque tout l'été. Ils estiment qu'il y a quelques mois, on faisait par jour 200.000 livres d'affaires plus qu'à présent.
M™'= de Créqui, née Demuy, émigrée rentrée, vient de perdre un procès considérable qu'elle avait contre M. Demuy, qui n'est jamais sorti de France. Cette dame a épousé un sieur Bois-Royer, son homme d'affaires, qui se faisait a|»peb'r Deuuiy. L'un et l'autre s.mt furieux, se décliainenl contre les tribunaux et ilisenl »pie l'esprit de
(10 AVHiL I80r,] l'AlUS SOLS L'E.MI'IIIE 724
parti leur a seul l'ail perdre leur cause, qu'ils l'eussent gagnée, s'ils n'avaient point émigré.
Journaux. — La Gazelle de France apprend, par Francfort, que l'empereur d'Autriche doit se rendre en Gaiicie, dans le courant de mai, p<jur y avoir une entrevue avec l'empereur de Russie. Cette nouvelle est la seule qui se fasse remarquer dans les ft-uilles de ce jour, qui, au surplus, puisent dans le Monileur de la veille le reste de leurs articles. . .
Bourse. — Le cours des rentes s'est amélioré aujourd'hui, et Ton
attribue ce résultat à de nouveaux achats faits par M. Marlinel ; la
majorité des spéculateurs reconnaît que l'influence de cet agent est
telle que, par ses dividendes ou ses offres, il dirige le cours selon la
volonté et l'intérêt de ses clients ; l'on assure (]u"il a pris d'abord
cent-cinquante mille francs de rentes, en trois parties. Le bruit se
répand que, le sieur Levral a pour associé, dans les acquisitions
extraordinairement nombreuses qu'il a fait faire depuis quelque
temps par M. Saucède et plusieurs autres agents, le sieur Gliambon,
ci-devant coiumis principal du sieur Garrigues, ex-agent de change,
et que ces acquisitions, dont les premières ont été faites au-dessus du
cours de o9 francs, donnent de l'inquiétude à certains vendeurs. —
5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 56 fr. 65, 80, 70, 80, 70, 75.
Actions de la Banque de France, 1.230 francs '.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3833.)
1. A cette date du 27 germinal an XIII, Napoléon écrivit à Fouchc, de Ghambéry : « Le liallelin de V Europe est animé d'un mauvais esprit. Je suis étonné de voir là M. Esinénard. Faites leur dire, pour leur bien, que les temps de la Quotidienne sont passés. Ils n'osent se livrer à leur mauvais génie ; on voit qu'ils sont contenus ; mais le bout de l'oreille perce. Par exemple, n'ont-ils rien de mieux à dire, en parlant des adresses, sur le bureau topographique? J'entends que les journaux servent le gouvernement, et non contre. Esménard est un homme de mérite, mais .Michaud est toujours un mauvais sujet. Napoléo.n. » (Correspondance, t. X, p. 328 . Le Bulletin de l'Europe, dans son numéro du 24 germinal an XIII, p. 4, ce journal avait dit : « Le Moniteur publie en italien les adresses de piusicin-s corps de troupes italiennes et dos directeurs et officiers du bureau topographique de la guerre. » Ce qui irrita Napoléon, c'est que le Bulletin de l'Europe négligeait de dire que ces adresses exprimaient un ardent dévouement à la personne de l'Empereur et Roi. — D'autre part, depuis le 1" germinal, ce journal avait, en tête de ses colonnes, l'avis suivant : « Ce journal a changé de rédacteurs. Les hommes de lettres qui sont aujourd'hui chargés de ce travail défendirent autrefois, dans un ouvrage périoditiue assez connu {la Quotidienne), l'ancienne religion des Français, la morale publique et le principe sur lequel repose nécessairement la prospérité d'un grand empire. On se rappellera peut-être qu'au milieu des factions anarclii(]ues qui déchiraient l'État, à la porte des leiiiples déserts ou profanés, ils invoiiuèrent hautement le culte, les lois et la forme du gouvernement qui nous ont enliu rendu le repos. Le souvenir des
725 PARIS SOUS L'EMPIRE [17 avril 1805
Journaux.
Gazelle de France du 27 germinal : « Paris, 26 germinal. L'esprit philosophique tend plus que jamais à mettre le cynisme à la mode. Deux jouinaux, en indiquant un magasin où se vend une sorte de liqueur qu'ils appellent vin nuplial\ en recommandent l'usage, comme devant, disent-ils, produire une révolution dans les alcôves de Paris. Diogène, dans son tonneau, ne s'est, sans doute, jamais permis de gaité plus cynique que celle dont le vin nuptial a déjà fourni le sujet à ces deux feuilles. » — Journal des Débats du 27 germinal : a Paris, 26 rjenninal. Le Théâtre Saint-Martin va changer d'administration ; une partie des acteurs va, dit- on, passer au Théâtre de la Cité ; l'autre partie, qui se complétera et se recrutera des sujets les plus brillants de la province, jouera sous la direction de M. Dubois. Ce théâtre fera son ouverture par une pièce assez originale, dont le [)rernier acte est une comédie, le second un opéra, le troisième une tragédie, le quatrième un vaudeville, et le cinquième un mélodrame. Les loges seront louées trois mois à l'avance, et cette pièce sera une des merveilles du six« siècle. »