‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 196 sur 221 · Voir plus haut, p. Tll · texte numérisé non relu

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2. A cette date du 2 floréal an XIII, on lit cette lettre de Napoléon à Fouché, de Stupinigi (Correspondance, t. X, n° 8611) : « Monsieur Fouché, les journaux se plaisent, dans toutes les circonstances, à exagérer le luxe et les dépenses de la cour, ce qui porte le public à faire des calculs ridicules et insensés. Il est faux que le château de Stupinigi soit si magnifique; il est meublé avec d'anciens meubles, que des serviteurs zélés du roi avaient cachés et qu'ils se sont empressés de restituer après le sacre. Faites faire des articles détaillés sur cet objet. On pourra même en tirer parti pour faire sentir l'amélioration de l'esprit public dans ce pays. Faites vérifier qui a fait mettre dans les journaux que M. Saliceti avait reçu un présent de 200.000 francs du gouvernement génois ; ce fait nest point à ma connaissance, et, fût-il vrai, les journaux n'auraient pas dû le publier, à moins qu'il ne leur ait été communiqué de Gênes. Réprimer un peu plus les journaux ; faites-y mettre de bons articles. Faites comprendre aux rédacteurs du Journal des Débats et du Puhlicisle que le temps n'est pas éloigné où, mapercevant qu'ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres, et n'en conserverai qu'un seul ; que, puisqu'ils ne me servent ({u'à copier les bulletins que les agents anglais font circuler sur le continent, qu'à faire marcher, sur la fui de ces bulletins, les troupes de l'empereur de Russie en Pologne, à, cunlrcmander le vojage de l'empereur d'Autriche, en Autriche, et l'envoyer en Courlande pour avoir une entrevue avec l'empereur de Russie, puisqu'ils ne me servent qu'à cela, je finirai par y mettre ordre. .Mon intention est donc que vous fassiez appeler les rédacteurs du Journal des Débats, du Publiciste et de la Gazette de France, ({ui sont, je erois, les journaux qui ont le plus de vogue, pour leur déclarer (jue, s'ils continuent à n'être que les truchements des journaux et des bulletins anglais et à alarmer sans cesse l'opiaion,

[22 AVRIL 1805] l'AHIS SOIS LEMI>IRE 736

Journaux.

Journal drs hi'bals du 2 tlon-al : « Paris, I"' /loréal. On doit célôlircr dans peu à l'Opéra une léte en l'honneur de Gluck ; on fera une nouvelle inauguration de son busle. Déjà l'on s'empresse do louer des loi,'es pour être le témoin de celle soirée d'un genre lout nouveau, el pendant laquelle seront exécutés Echo el .Xaixisse et un poème lyricjno. » — « On parle de remettre au Théâtre-Français Brrénice, tragédie de Uacine, dans laquelle joueront Talma el M"' Duehesnois. » — « S. A. I. M""" Eliza, princesse de Piombino, est partie hier de Paris pour sa principauté. I,e prince de Piombino était parti quelques jours auj)aravant. » — « On assure (|ue le ministre plénipotentiaire de Prusse, M. le marquis de Luccliesini, part aujourd'hui pour se rendre à Milan auprès de l'Empereur. »

MiMSTÈHE DE LA POLICE GÉNÉRALE. — BULLETIN DU 3 FLORÉAL.

Paris. Bruits. Espril public. — On a répandu hier que la llotle de Toulon était arrivée à Brest, avec plusieurs vaisseaux que le gouvernement espagnol y a joints et trois frégates anglaises, dont elle s'est emparée. Celte nouvelle a causé la plus vive sensation, on la faisait circuler avec enthousiasme. L'esprit national se manifestait dans

toutes les classes de la société

(Arch. nat., AKiv, 149:5.)

HaFM'OHT de LA PRÉFECTURE DE POLICE DU MÊME JOUR.

Réunions. — On ré|)an(l, comme nouvelle certaine, que l'escadre de Toulon, forte de douze vaisseaux de ligne, a paru devant Carthagène

en répétant l)ètenicnl les l)ullelins de Francfort el d'Augsbourg, sans discernement et sans jugement, leur durée ne sera pas longue ; que le temps de la itévolution est fini, et qu'il n'y a plus en France qu'un parti; que je ne souUrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts ; qu'ils pourront faire quelques petits articles où ils pourront montrer un peu de venin, mais qu'un beau matin on leur fermera la bouche. Il faut avoir liien j)eu de rtisccrneinent pour ne pas voir (|u'en annonranl que les empereurs d'Allemagne et de Kussie vont s'aboucher, une pareille nouvelle ne peut que faire un mauvais elTet : que, pour la donner, il faut qu'elle soit siire ; (jue celle de la marche des Itusses en i'ologne ne peut pas faiie un meilleur ell'et ; et ce n'est point ni à Augsbourg, ni à Franrfurl ipi'ils auront des sûretés là-dessus, puisque cela est fait cx|irts. ■>

737 PARIS SOUS L'EMPIRE [22 avril iSOo]

et a donne le signal aux vaisseaux espagnols pour appareiller; que, l'amiral espagnol ayant demandé quarante heures, l'escadre française s'est dirigée sur Cadix, où l'amiral Gravina est venu le joindre avec neuf vaisseaux et tous ont fait route pour le Ferrol, qu'ils ont débloqué. Quelques personnes, qui arrivent de Bt»ulogne, rapportent qu'il y a beaucoup de mouvement dans ce port, et que l'on croit à l'exécution prochaine de quelque entreprise secrète.

On a trouvé, hier matin, deux placards bourbonistes manuscrits, affichés, l'im rue de la Madeleine, et l'autre, rue du Faubourg-Saint- Honoré. Ils ont été arrachés de suite.

École polytechnique. — Les élèves de celte école disent qu'ils vont avoir une nouvelle organisation; que cet établissement doit être transféré à La Flèche et éprouver de grands changements.

Journaux. — Une nouvelle importante se lit aujourd'hui dans la Gazette de France à l'article «, Londres », sous la date du 15 avril. Elle porte que « les Français ont évacué librement la Dominique après y avoir levé une contribution de IG.OOO livres sterling, et que toutes les troupes qui y avaient été débarquées en ont été retirées et sont allées se réunir à celles qu'on avait laissées à la Martinique, qu'on supposait que c'était pour tenter une entreprise plus importante ». Les papiers anglais donnent quelques détails de la disgrâce du lord Melville, dont le roi, disent-ils, a accepté la démission avec satisfaction. — On remarque, dans le Journal de Paris, quelques observations écrites de Berlin, le 9 avril, et qui tendent à confirmer combien la France et laPrusse sont étroitement unies : « L'échange de leurs ordres qu'elles font dans ce moment (dit le journaliste) mérite d'autant plus d'être considéré comme un gage d'attachement personnel que, jusqu'à cette époque, les souverains français ne donnaient leurs ordres, qu'à des princes catholiques et n'en recevaient que d'eux seuls. Napoléon était appelé à détruire un [)réjugé si peu digne d'un siècle de lumière et nous a fait retrouver tout notre ancien amour pour les Français. » Le reste des journaux n'a pas paru présenter un intérêt majeur.

Evénement. — Hier soir, la demoiselle GeotTroy, âgée de dix- sept ans, fille d'un messager d'État du Tribunal, est tombée du haut d'une croisée dont elle nettoyait les vitres et s'est tuée.

Bourse. — La situation de la place devient beaucouf» plus satisfaisante à l'égard des efi'ets publics; les affaires se multiplient; les cours s'améliorent rapidement, et l'on assure que la dernière liquidation des rentes rend les fonds beaucoup |)lus abondants. Quel<iues malintentionnés ont cherché à atténuer l'eirel de la nouvelle d'hier, en Tome 1. 47

[23 AVHiL 1805] PARIS SOrS L'EMPIKE 738

(iisaiil i|ii'elle élait conlrouvéc, mais sa cuiiliiiuulion paiail, au conlraire, ranimer la confiance et même affermir res|)éran(e de la paix. Le sieur Fromonl s'est arrangé, dit-on, avec ses créanciers en leur donnant des reconnaissances causées pour différences de rentes, et payables dans iloux ou trois ans. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 57 fr. 50. Actions de la Batuiuc de France, 1.238 fr. 75.

Dubois.

^Arch. nal., V 3.S33.)

CGCXXXVIII

3 FLORÉAL AN XIII (23 AVRIf. 1805).

Rapport dk la prékectuhk dk niucb; uu 4 floréal.

Réunions. — On ne s'occupe dans les réunions publiques que de nos succès dans les îles. Le commerce en conçoit de grandes espérances. Le sieur de Montmeyan, fils de l'ex-envoyé de Bavière, neveu de M. (le Vergennes, dit que Ton s'occu[)e sérieusement de réaliser le grand projet de son oncle, tendant à diviser l'Europe en quatre grandes puissances et que l'on regarde ce plan comme un moyen d'assurer la paix pour longtemps.

Journaux. — Les feuilles de ce jour ne conliennent aucune nouvelle qui soit de nature à frapper particulièrement l'attention.

Bourse. — La hausse des cinq pour cent n'a pas été moins forte que celle d'hier, et le passage subit du cours de 58 francs à celui de 58 fr. 35 suffît pour dimner une idée juste de sa rapidité, les négociations ont été exlraordinairemenl nombreuses, et l'avis des spéculaleui s est que, dans les circonstances [)résenles, les [dus mécréants veulent en acheter. Des lettres particulières ont donné des détails sur la jonction des Hottes de Toulon et de Cadix ; celle htuireuse nouvelle excite le plus vif enthousiasme. L'on annonce aujourd'hui \\i\e seconile faillite du sieur tjlramagnac, detneurant rue Neuvedu-Luxembourg et faisant les plus fortes affaires en épiceries et en cotons, — 5 0/0, jouissance de germinal, an Xlll, 58 francs; 58 fr. 35, 30, 35, 30. Actions de la Banque de France, 1.237 fr. 50 ' .

(Arcli. n.it., V, 3S:i3.)

1. ,\ fL'Iti; date ilii i tlnioal an Xlll, .\ i|m)Il'uii écrivit à Fuuciie, de t^liiiniugi [Correspondance, t. X, n" 8623) : « . . .Itemuez-vous donc un peu plus pour sijulenir Inpinion. Kile.s aux rédacteurs (juc, (inoique élni<:;no, je lis le* journaux :

739 PARIS SOUS L'EMPIRE [24 avril 180b]

Journaux.

Journal des Débais du 4 floréal : « Paris, 3 floréal. La ville de Paris a fait donner Une gratificalioti de 600 francs aux bateliers qui ont retiré du lac Hracciano le ballon qui fut lancé dans la fête du 25 frimaire et qui transporta en vingt-deux heures la couronne impériale du centre de Paris aux portes de Itome. On dit que ce ballon sera rapporté à Paris, et déposé dans les archives de l'Hôtel de Ville. » — « D'après un arrêté du conseiller d'État, préfet du département de la Seine, pris en exécution de l'art. 43 du code civil, les doubles registres de l'état-civil, tant des ci-devant paroisses de Paris et des dépendances de la Seine, que ceux do toutes les municipalités de ce déparlement depuis 1692 jusqu'à l'an XII inclusivement, sont réunis au dépôt du greffe de première instance. Ces registres n'éprouvent aucun déplacement ; ils continuent de rester au local préparé pour ce précieux dépôt, au rez-dechaussée des bâtiments du Palais de Justice, entre la cour dite de la Sainte- Chapelle et celle du grand escalier : le bureau est ouvert tous les jours, excepté le dimanche, depuis neuf heures jusqu'à quatre ; on y délivre les extraits des actes de l'état-civil comme par le passé. Le prix de ces actes est le même que celui perçu dans les municipalités et au dépôt de la préfecture. Le public a l'avantage d'obtenir dans ce bureau l'expédition de l'état civil avec la légalisation du tribunal, sans aucune perte de temps. »

GGCXXXIX

MlNlSTÈKE DE LA POLICE GÉNÉRALE. — BuLLETlN DU 5 FLORÉAL.

...Chapelles particulières — Trois de ces chapelles ont été désignées au sénateur-ministre le 5 du mois derni(!r, maison di;s dames Griinaldi,

(jue, s'ils continuent siu- ce ton, je solderai leur compte ; qu'en Tan VIII, je les ai réduits à quatorze. Je pense que ces avertissements successifs aux principaux rédacteurs vamh'ont mieux que toutes les réfutations. Dites-leur que je ne les jugerai point sur le mal (ju'ils ;uirout dit, mais sur le peu de bien qu'ils n'auront pas dit. Quand ils représenteront la Fi-ance vacillante, sur le point d'être attaquée, j'en jugerai qu'ils ne sont pas Français, ni dignes d'écrire sous mon règne. Us auront beau dire qu'ils ne donnent que leurs bulletins ; on leur a dit quels ils étaient, ces bulletins; et, puisqu'ils doivent dire de fausses nouvelles, fjue ne les disent-ils à l'avantaife du crédit et de la tran(|uillité publique ? Oiseaux de mauvais augure, pour<jiioi ne présagent-ils ipie des orages éloignés ? Je les réduirai de (juatorze à sept, et conserverai, non ceux ijui me loueront, je n'ai pas besoin de leurs éloges,, mais ceux qui auront la touche nifile et le c(cur français, (jui nidulrcrunt un véritable altachemeut pour mol et mon peuple. Vous savez la c(iiili.uicc que j'ai en vous ; je trouve que vous ne donnez pas une assez grande direction à cette partie. Dites à Esméu.ird (|ue je vois avec peine qu'il fasse un journal. Je suppose (|ue c'est le poète. S'il est dans le besoin, je préfère t|ue vous lui donniez do quoi f.iire son voyage et qu'il vienne me trouver à Milan... » \

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