‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 20 sur 221 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

[1.-, j,:,N is(t; i'.\i<i< SOLS i.i:.Mi'iiu-; no

l'ont lin ./niilin tics Plantes. — Les Ir.ivaiix de ce pcmt sont en ;:ian(li' aciivili'. I-a laille .les pierres <»ceupe un grand nombre d'ouvriers. ..

Bourse. — Le i.res^enlinieiil des spéciilaleurs ne s"est pas réalisé cnmplèlemenl. M. Porlau, agent, a fait <les achats de renies nombreux et, néanmoins, le cours n'a fait que se soutenir, mais avec assez de fermeté pour donner ))eaucoup d'espérances. D'après ces renianpies. une réaction quelconque paraît subordonnée à l'eflet que produira la liquidation Les prix des marchandises n'éprouvent point de variations, et les transactions étrangères à la consommation sont regardées à peu près comme nulles. — o 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 50, 55, 60 c. ; 55, 50, 55; actions de la Banque de France, 1.095 francs.

(Ar.li. nat., F', 3832.

JOUKNAUX.

Jonrnnl des Débuis du 27 prairial : « Paris, 26 prairial. Sa Majesté Impériale a fait grâce, non seulement à Armand de Polignac, Charles-François de Hivière, Bouvet de Lozier, Lajolais, mais encore à Rochelle, Armand Gaillard, Louis Ducorps, Rusillion. La mère de Itochelle et la sœur d'Armand (jaillard ont été so jeter aux pieds de l'Impératrice, qui les a introduites auprès de l'Empereur. Sa Majesté Impériale, touchée des larmes et de la situation de ces deux femmes, dont la première est âgée de soixante-dix ans, et la seconde est une orpheline dénuée de toute espèce de ressources, leur a accordé la grâce de l'un et de l'autre des condamnés. La grâce de Louis Ducorps a été sollicitée par sa sœur ; l'Empereur a fait avec bonté plusieurs questions à celle jeune personne. En apprenant que Ducorps est de Uouen : « Je suis n fîlchê, a-t-il dit, qu'un habitant de cette ville se trouve dans celle odieuse « affaire ; et je veux me persuader qu'ainsi que vous me dites, la jeunesse de « votre frère et quelques circonstances malheureuses le rendent moins crimia nel'. » La grAce de Fiusillion a été sollicitée par sa famille; legénéral llapp s'était chargé de présenter la supplique à Sa Majesté. Le même jour la bellesœur de Rusillion obtint la |)ermission de se jeter aux pieds de l'Impératrice pour la remercier de la bonté louchante avec laquelle elle avait bien voulu s'intéressera cette malheureuse famille. Lorsque M"' de Rivière vint demander la grâce de son frère a l'Enqjcreur, elle était accompagnée de ses deux nièces qui sont encore 1res jeunes Sa Majesté disait à M"' de Rivière qu'il était ineoiicevable qu'un homme qui avait conservé un sens droit et des sentiments d'Iionncur se fût associé à des brigands. A ces mots l'une des jeunes personnes s'.'sl jetée aux pieds de l'Empereur, et lui a dit en sanglotant et en tondant en larmes : « Je puis bien assurer à Votre Majesté que M. de Rivière « l(!s a sûrement reiieonlrés par hasard dans les rues de Paris » Ce mouve-

I. Kin.-ileiiienl, Louis Ducorps ne fut pas graeié. Noir plus loin, p. 6j, le récit

(Je Sun f\i-ci|tinn.

bl PARIS SOUS L'EMPIRE [16 juin 1804]

ment naïf a paru toucher l'Empereur, qui a relevé cette enfant et l'a caressée avec bonté. . . » — Gazette de France du 27 prairial : « Aux rédacteurs de la Gazelle. Paris, 26 prairial. Le Journal de Paris de ce jour annonce, Messieurs, qu'en accordant la grâce de Rochelle, l'Empereur a dit à sa mère, qui la sollicitait : « Les crimes des enfants sont souvent le fruit de la mau- « vaise éducation qu'ils ont reçue de leurs parents. » C'est moi, Messieurs, qui suis la mère de M. Rochelle, et j'ai lu cet article avec autant de surprise que de chagrin; Sa Majesté, en me rendant mon fils, en pénétrant mon cœur de la plus vive reconnaissance, n'a point déchiré ce cœur par un reproche que je n'ai jamais mérité : l'Empereur est trop grand, trop généreux pour humilier une mère au moment où elle répand les larmes de la joie, après avoir versé si longtemps celles de la douleur. J'en appelle au témoignage de tous ceux qui m'ont connue, de tous ceux qui connaissent mes enfants : leur éducation a toujours été l'objet le plus constant de mes soins et de mes sacrifices. Je déclare donc formellement que, bien loin que j'aie entendu sortir un semblable discours de la bouche de Sa Majesté Impériale, la grâce de mon fils m'a été accordée avec cette bonté inexprimable et ces paroles obligeantes qui doublent le prix du bienfait. J'aime à croire. Messieurs, que vous vous empresserez, en insérant ma lettre, de détruire l'impression défavorable qu'a dû produire sur mon compte et sur celui de mes enfants une assertion aussi peu conforme à la vérité. La mère de M. Rochelle. »

Rapport de l.v phéfecture dk POLicii du 28 prairi.al.

Réunions publiques. — I^es réunions publiques n'ont rien offert de remarquable aux observateurs. On s'occupe encore de Moreau, et ses partisans disent que, s'il n'a point appelé du jugement de la Cour de justice criminelle, c'est qu'il a craint que, dans le cas où le jugement serait cassé, il ne fût ensuite livré à une commission militaire. Ces mêmes partisans continuent de se répandre en injures contre la Cour de justice, et les hommes de loi en font autant. Les réunions d'ouvriers, toujours très nombreuses, le samedi surtout, sont toujours très tranquilles. On y disait hier, ainsi que dans les halles et marchés,

que tous les condamnés obtiendraient leur grâce

(Arch. nat., F^ 3832.)

Journaux.

Journal des Débals du 28 prairial : « Paris, 21 prairial. ...Un véloci/'ère, chargé de trente-cinq personnes et conduit par quatre chevaux de |)0ste, traversa hier, entre sept et huit heures du soir, les Champs-Elysées au grand

17 Ji IN IS04

l'Aïus s(ti S i/K.Mi'HU-:

Irol <'t iiKiiila. s;nis lalonlir sa inarclic, jns(|iià la {grille (If Cliaillut, où on rossa rlf le siiixri' «les yciix II laissa |iailont «If nomhrcMix s|iorlal»'urs ('tonnos lie sa rt-lrrilt', cl |»crsiiailés que If coinincrcp ot Tari mililairc pouvcnl lirer de grands avantages de ces nouvelles voilures .. »

ÎH PKAiniAL AN Xll (17 JUIN 1804).

HaI'I'OHT 1)1. LA l'KKI'KCTURi: 1)1-: l'nLICK DU "19 PHAIRHL.

/■.'iiuiif/crs. — On rapporle que M. Krulhoffer, secrétaire d'ambassade de M. lie Cobenzl, a dit confidentiellement à quelqu'un que lesecret {^artlé par le gouvernement français sur la descente n'était point impénétrable, que l'on savait bien qu'elle n'aurait pas lieu; que l'on ne craignait que les bourrasques du Nord, et que l'on ne manquerait point d'alliés fidèles ; qu'au surplus, si l'on osait tenter la descente, elle aurait la même issue que l'expédition de Saint-Domingue. •M. KrulbofTer se permet aussi beaucoup d'indiscrétions sur le procès des Conspirateurs. Quelqu'un lui ayant demandé quand M. de Cobenzl remettrait ses nouvelles lettres de créance, il garda le silence un instant, et puis il dit : « Vous voyez que l'on annonce avec emphase, dans les journaux, que l'ambassadeur de Hollande a présenté les siennes et que les autres ministres ne tarderont point à en faire autant; je ne dis point aussi librement mon opinion, et je laisse au temjjs à mûrir les choses. Cependant, j'aime à croire que tous les ambassadeurs ne tarderont point à être accrédités. La timidité féminine du grand conseiller Fasbinder, qui ne rêve que paix, aura prévalu, et le prince Charles, qui l'aime beaucoup, s'est laissé entraîner. » M. KrutholTer attend avec impatience un courrier important.

Héualons. — Les réunions ont été, hier, peu nombreuses. Comme les dimanches précédents, on s'est porté en foule à la campagne. On parle, parmi le peuple, de la permission accordée pour l'exportation des grains, et l'on paraît craindre qu'elle ne fasse augmenter le prix du pain. . .

Iivéneuœnis. — Hier soir, des compagnons charpentiers, après s'être pris de querelle, se sont battus à coups de bâton et de marteau dans le faubourg Saint-Martin; les agents de police et la force armée les ont jiromptement séparés, et dix-sept ont été arrêtés. Cette rixe n'a eu d'autre cause que l'animosilé qui règne entre les compagnons du devoir i-t ceux qu'ils appellent les Renards. . .

b3 PARIS SOUS L'EMIMUE [18 .lUiN 1804]

Bourse. — Les espérances favorables que le résultat de la dernière Bourse avait fait concevoir pour les rentes ne se sont point réalisées ; le cours a été constamment faible, malgré des achats assez nombreux de M. Portau, agent, qui auraient pu le soutenir, mais dont l'effet a été détruit par les ventes multipliées de ses collègues, MM. Ledhuy et Goindre. — 3 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 50, 60, 53, 50, 55, 30; actions de la Banque de France, 1.092 fr. 50. (Arch. nat., I'^', 3832.;

Journaux.

Journal des Débals du 30 prairial : « Paris, 29 prairial. . . Dès le commencement de la semaine dernière, huit des condamnés à mort avaient été transférés à Bicêtre. Sur les douze qui restaient à la Conciergerie, Iiuit ont obtenu leur grâce, et ont été transférés au Temple vendredi soir. Les quatre autres qui sont : Georges, Lemercier, Lebon et Cadudal, ont été conduits samedi à Bicétre »

MlNISTÈBË DE LA JUSTICE. — TaBLEAU DE LA SITUATION DE PaRIS DU 30 PRAIRIAL.

. . .Ouvrage politique. — Il paraît une espèce de psaume, en style asiatique, de vingt-trois versets, intitulé : « Poème à la louange de l'empereur Napoléon Bonaparte », par Michel Sabbag. Le titre indique le but de l'ouvrage. L'intention de l'auteur paraît pure. (Arch. nat., K^^ 3705.)

RaI'PORT de la PRÉKECTURE de police du même JOUR.

Un inilividu, sur la véracité duquel on peut compter, rapporte que, rians les vallées de la ci-devant Savoie et du marquisat de Suze, on témoigne hautement le plus vif désir de revoir les anciens souverains ; que, dans tout le pays, on répand les bruits les plus propres à tourmenter les esprits, à exciter le regret de l'ancien ordre de choses, et échauffer surtout le mécontentement. On y débite allirmativement que la Russie et l'Angleterre sont coalisées, que les Français ont été ballus près de Mantoue, (ju'ils ne lardenud point à être obligés de repasser

ISJiiNlHOi) PAIUS SOIS I.KMPIRE U

les Alpes, mais qu'ils aumnl de la peine à en venir à bout. Depuis Siize jusqu'à Turin, on s'explique ouvertement sur les regrets de l'anlien régime, et les chanf,'einonts qui viennent d'avoir lieu en France sont rohjet de la critique générale. Kniin, tout récemment, un chaud partisan de la maison de Sardaigne disait chez le maître de poste de Sainl-Ambroise, pn'-s d'Avigliane. entre Su/.e et Turin, que le retour du roi était certain, et ipie toutes les nouvelles répandues dans le pays étaient fondées: il afTeclait surtout de répéter que le Piémont était presque dégarni de troupes, qu'il n'en restait point dans les places de guerre (»u de garnison, qu'à peine y en avait-il un peu dans la citadelle de Turin, et que, dans tout le reste du pays, on n'y voyait que quelques petits détachements de troupes à cheval, laissés en arriére pour le maintien de la tranquillité publique. On ajoute que tout ce pays est semé d'agents de l'Angleterre et d'agitateurs.

On rapporte que la mère et le frère de Kochelle osent tourner en dérision la manière dont ils ont obtenu grâce de Sa Majesté Impériale. Le jeune Hochelle, clerc de Boulard, notaire, assure que son frère se dispose de se rendre à l^ondres aussitôt qu'il sera libre, et qu'il ne tient aucun compte de l'indulgence du gouvernement. La générosité de S. M. l'Empereur à l'égard des condamnés n'a fait aucune impression sur le parti royaliste, et, dans diverses sociétés, on s'exprime, à peu de chose près, comme la famille Rochelle. M*"^ de la Force, amie intime de l'ex-marquis de Hivière, a dit, avant-hier soir, qu'on attendait sous peu Couchery l'aîné et Régnier, son ami, à Paris.

Ouvriers. — On a remarqué, hier, qu'un plus grand nombre d'ouvriers que tie coutume se sont livrés à la débauche, ce qu'ils appellent faire le lunfli. Des serruriers étaient réunis rue Saint-Hyacinthe, faubourg Saint-Jacques; un certain nombre de cordonniers l'étaient également rue du Caire ; ceux-ci ont parlé d'augmenter le prix de la main-d'œuvre, et enfin des corroyeurs étaient rassemblés rue Saint- Denis, près la rue Bon-Conseil, vers les quatre heures du soir, et, après s'être pris de rixe, se sont battus. Cinq d'entre eux ont été arrêtés...

Bourse. — Les négociations de rentes ont été très nombreuses ; elles ont eu le même résultat qu'hier, et par les mêmes causes, selon les remarques générales. On assure que les ventes considérables faites depuis deux jours sont pour le compte de MM. Perrin, qui, s'étant mis à la hausse depuis quelque temps, se trouvaient très chargés de rentes, dont le cours ne s'est pas amélioré au gré de leurs spéculations. — 5 0/0, jouis^^ance de germinal, 37 fr. 23, 3n, 40, 'M), :»3, 30. 45. 40; 57 fr. 43; actions de la Banque de France, 1.092 fr. 30. Anh. mit.. K', 3832.)

53 PARIS SOLS l/EMPIliE i 19 juin 1804]

30 PRAIHIAr. AN XI F (19 JUIN 1804).

RaPI'ORT de la I'RKFKCTUKK de police du l""" MESSIDOR

Votes pour ïhérédilé. — Le nombre des voles pour riiérédité, reçus à la préfecture de police et chez les commissaires de police, se monte à 62.430.

Tout ce qui tient à la conspiration paraît maintenant à peu près oublié parmi le peuple, mais il n'en est pas de même des autres classes de la société. Les réflexions amères ne tarissent point, et l'on cherche à les faire influer sur les modes. On commande à présent chez les chapeliers, des chapeaux à la victime, c'est-à-dire à bords rabattus, tels qu'ils étaient en usage en 1793. On dit que M"" Moreau a demandé de passer avec son mari, en prison, les deux années de sa détention, et, à ce sujet, beaucoup de discoureurs prétendent qu'on devrait lui donner sa maison de Grosbois pour prison. M. Caille, médecin, demeurant rue de Tournon, n° 6, dit que S. M. l'Empereur sentant le besoin qu'il a de M. Lucien Bonaparte, son frère, cherche à s'en rapprocher, et que c'est alors qu'il y aura un grand changement dans toutes les parties de l'administration. Il ajoute que Son Éminence le cardinal Fesch, oncle de l'Empereur, doit arriver incessamment avec M. Lucien pour opérer cette réconciliation. On annonce, dans les réunions publiques et notamment dans la librairie, que nombre de journaux vont être supprimés, et que le Moniteur^ la Gazette de France, le Journal de Paris et les Petites Affiches seront seuls conservés. Le bruit d'une coalition entre la Russie, la Suède, le Danemark et l'Angleterre continue de se propager avec plus de force que jamais. On parle d'un manifeste de la cour de Russie, et on ajoute que le roi de l^russe a formellement refusé le passage dans ses Etats pour quarante mille hommes, qui devaient se rendre en Hanovre.

Spectacles. — Hier, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, on a donné la première représentation d'une pièce intitulée les Frères Girard* ; dans un passage, le valet dit : Quand on accuse, il faut pouvoir prouver. On a applaudi à plusieurs reprises et l'on a crié bis. Les acteurs s'y sont refusés. Le conseiller d'État, préfet de police, a fait suspendre la représentation de cette [liéce. Hier, on donnait à l'Opéra

1. Les deux frères Girard, comédie en un acte et en prose, p.u' Diimaniant.

(I9JIIN 1804] l'AHIS SOLS L'FMIMP.E 56

Arvire et Evelina. I.e public a ap|>lau(li avec une aiïeclation marquée ries passages de celle pièce, et plus parliculièrement celui qui porte en sulislance : Je savais bien qu'un cœur si fier n'était pas capable de trahir. . .

liourse. — On s'est occupé <ie la liquidation de? renies beaucoup plus tpie des nouveaux marché'^. Le cours a été faible. On a remarqué i|ue M. Coindre, iiueul, qui avait beaucoup vendu au comptant, dej.uis quelques jours, avait l'ait aussi des achats considérables pour la lin du courant. Les transactions commerciales sont réduites à la consommation, (pii n'est pas forte. On assure que l'argent est abondant el le papier rare sur la place, par cola seul qu'il ne se fait point de spéculations. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 35, 40, 45, 40. HO. 35; actions de la Banque de France, 1.095 francs, \nli. nal., I''. 3S:{2.

Journaux.

Moniteur du 1" messidor : a Utilitk i'ublique. On a lait, le 15 de ce mois, au chauliei- des Invalides, l'expérience d'un nouveau scaphandre inventé et (lerfeclionné par le sieur Maugin, ancien officier du génie, et, malgré la rapidité de la Seine en cet endroit, doux hommes l'ont passée et repassée en moins de douze niinules, l'un deux entraînant un homme derrière lui. Cette expérience a eu l'approbation du chef du génie maritime, qui y était présent, el qui a donné des éloges à la bonté et à la simplicité du moyen. Il y aura une expérience |)lus nombreuse, dont le public sera prévenu. » — Moniteur du 5 messidor. « Paris, le 4 messidor. . . Le 30 prairial dernier, l'Empereur a examiné avec une alleu lion particulière sept dift'érenls modèles des vélocifères, qu'il avait ordonné de conduire dans le parc, de Saint-Cloud. 11 a remarqué l'avantage qu'offre pour la conservation des grandes routes cette espèce de voilures si légères el si diiîérentes de ces lourdes diligences qui, dans la mauvaise saison, sillonnent profondément les chaussées les mieux entretenues... " — Journal des Débals du i»"" messidor : « Paris, le 30 prairial. Son Eminence, M. le cardinal Caprara, légat a latere, a adressé le 9 juin (20 prairial) à MM. les évèques de France une lettre dont voici la traduction : « Monseigneur, Napoléon Bonaparte venant d'être établi empereur des Français, on doit substituer à l'avenir la formule des prières suivantes : Seiffneur, conservez notre empereur Xapoléon, à celle qui avait été prescrite par larlicle 8 du Concordai passé entre le Saint-Siège apostolique et le gouvernement de France. Après celte formule on pourra réciter Toraison suivante, qui esl déjà adoplée dans la chapelle impériale : « Dieu, protec- " tcnr de tous les royaumes el surtout de l'Empire français, accordez à votre '< serviteur Napoléon, notre Empereur, de connaître el de seconder les mer- « veilles de votre puissaïu-e, afin que celui, que vous avez établi notre sou- .. veraiu, soit toujours, \\\\v votre grâce. » Sbjué -. J.-li., cardinal Caprara... » — Journal de Paris du 2 messidor : ■< Nouvelles des sgie.nces, des lettres Kl DES AHTs... I.e M) prairial, à cinq heures el demie du soir, le soleil paru!

57 PARIS SOUS LEMPIRE r20 juin 1804]

d'une couleur purpurine de phosphore. L'atmosphère était très ténébreuse, sans être chargée de nuages. Le baromètre à cuvette, bien purgé d'air, était à 28 pouces et demi, le thermomètre de Réaumur mercure à 13 degrés et demi. La direction de la boussole devint folâtre pendant une minute. La boussole de déclinaison était à 18 degrés 45 secondes du Nord à l'Ouest. Si l'on peut attribuer des effets semblables à des causes pareilles, on peut croire qu'il y a eu quehjue grande éruption volcanique sur notre hémisphère, ainsi qu'il arriva lors des tremblements de terre de Messine et de Lisbonne, suivant les observations de M. Lemonnier. « — Journal de Paris du i*' messidor : '< Modes. Coblentz, les Champs-Elysées, les Tuileries, Bagatelle même, ne sont plus les promenades du jour. Le bon ton est d'aller se promener sur la pelouse du Ranelagh et, de quelque endroit qu'arrive un jeune homme à dix heures du soir, il est obligé, sous peine de mauvais ton, de dire qu'il vient de Ranelagh. Les habits des jeunes gens sont noirs, bruns ou riche savoyard La coupe n'a pas changé. Depuis que la belle saison invite à la promenade, quelques jeunes gens ont voulu remettre à la mode les habits et les chapeaux gris. Les habits liassent, mais les chapeaux ne peuvent pas réussir. Les jeunes gens en chapeaux gris ressemblent à des pierrots; aussi, à les bien compter, il n'y a qu'une vingtaine de chapeaux de cette couleur à Paris. On ne se présente plus nulle part, même à la campagne, en bottes. Les guêtres ne se portent que jusqu'au déjeuner; on ne les souffre plus au dîner. Les élégantes font trois toilettes par jour. On porte des chapeaux à la portugaise, mi- taffetas et mi-paille. Le taffetas est blanc, et la paille jaune. Ces chapeaux sont de fantaisie et de demi-parure. Une femme bien mise tâche de se faire une taille cambrée, et doit faire en sorte que la taille de sa robe ne soit ni trop haute ni trop basse ; les premières n'ont plus de grâce, les autres sont affectées. Le rose, le jaune, le vert sont encore les couleurs à la mode. Les rubans de chapeaux sont très larges. Les collerettes frisées montent aussi haut par devant que par derrière. Les chaînes d'or pour colliers sont à jour. On voit plus de colliers dans les cheveux qu'au cou. Les voiles s'en vont. Les coiffeurs plantent des bouquets de réséda ou de bluels dans la touffe de cheveux qui restent sur les têtes tondues. "

Rapport dk la phéfkcture de police du ^ messidor.

Militaires. — On rapporte que les militaires qui composent le 2« régiment de la garite municipale manifestent entre eux beaucoup (rattachement pour Moreaii. (ju'ils se permettent nombre de propos sur le jugement de la cour de justice criminelle, et disent que, s'il eiU été condamné à n)ort on ne pouvait prévoir tout ce qui s'en serait suivi. On ajoute que des soldats des différents corps de la garnison répandent qu'on a cherché à leur faire toutes sortes d'insi-

120 jiiN lH(»f1

l'Aïus SOLS i;kmi»ihk

nualions pendarU II- cours de la procédure, mais que le vin et la haute paye qu'on leur a donnés n'ont rien changé à leurs sentiments pour Moreaii.

M. Miller, holanisle au Jardin dos Piaules, ami du sénateur de f.aplace, dit (|ue M. Lacépéde, grand chancelier de la Légion d'Honneur, lui a moniré lieaiicou|) dirKiuiéLiide sur les circonstances actuelles, qu'il craint du mécontentement et surtout de la désiniion parmi les memhres des premières autorités, qui déjà se méfient les uns des autres, qu'il espère cependant que le temps, la nécessité et le bonheur de l'Empereur Uniront par consolider le gouvernement impérial.

Réunions. — On dit dans les réunions que S. M. l'Empereur a été élevé à cette dignité par les constitutions de la République, selon le texte du sénatus-consulle ; que les premiers décrets impériaux portaient en tête : Napoléon, empereur des Français par les constiiutÀons de la République, etc.; que déjà on a supprimé le motif de la dignité impériale, et que les décrets portent seulement : Napoléon, empereur des Français, et on ajoute beaucoup de réflexions malveillantes à cet égard. — On dit que six soldats de la 10» demi-brigade de vétérans, casernes aux Petits-Pères, ont reçu l'ordre de partir ce matin pour avoir refusé de signer le vote de l'hérédité et avoir tenu des propos contre le gouvernement; qu'ils sont envoyés dans une garnison éloignée.

Le sieur Mesmay, ancien premier |)résident du Parlement de Besançon, propriétaire à Quingey, déparlement du Doubs, où il est dans ce moment, est signalé comme un enneuu juré du gouvernement et cherchant surtout à indisposer les paysans de son canton en les engageant à ne pas payer leurs impositions. Pendant divers voyages qu'il a faits à Paris, il réunissait à son logement, chez Clermont, logeur, rue du Bouloi, des Chouans et des émigrés dont les principes étaient conformes aux siens; il joint à tout cela l'immoralité la plus profonde '.

Spectacles. — \^ïni piHite comédie en un acte, mêlée de couplets, a été représentée hier pour la première fois et avec succès au théâtre du Vaudeville, sous le litre do Théophile ou les deux Poètes. Un trait connu dans la vie du poète Théophile fait tout le fonil du sujet, qui n'a produit aucune allusion politique. Cet ouvrage a paru écrit avec beaucoup de finesse d'esprit et est plein de gaîté. Les auteurs ont été unanimement demandés : on a nommé M. Pain (Joseph) et on a dit que

1. En marge ; « Prendre extrail et lieniaiider des renseignements aniirès du préfet du Doubs » » Extrait a été pris et la lettre au préfet du Doubs faite. »

59 PARIS SOUS LEMPIRE [20 juin 1804]

l'autre auteur désirait garder l'anonyme. Le spectacle a joui d'une parfaite tranquillité. . .

Bourse. — Les variations du cours des rentes ont été insignifiantes jusqu'au moment de la clôture du parquet, où des demandes multipliées ont donné lieu à une amélioration assez sensible. On attribue ce changement au résultat de la liquidation, qui, jusque-là, avait paru éprouver quelque difficulté. Le calme du commerce se maintient ; on remarque que les eaux-de-vie inclinent toujours à la baisse, et que les cafés paraissent y avoir aussi un peu de tendance. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 2o, 30, 33, 30, 23, 30; 37 fr. 23, 30; actions de la Banque de France, L093 francs; 1.092 fr. 30; 1.093 francs; 1 .092 fr. 30.

(Arch. nat., F^ 3832.)

Journaux.

Moniteur du 2 messidor: « Industrie n.^tionale. Son Excellence le minisire de l'intérieur a ouvert au Conservatoire des arts et métiers, placé à Paris dans le local de la ci-devant abbaye Saint-Martin, une école gratuite pour la filature du coton. Ce n'était point assez de faire l'acquisition des machines les plus parfaites en ce gein-e d'industrie: il fallait encore s'occuper d'en répandre la connaissance pratique et procurer aux entrepreneurs, aux chefs d'ateliers qui se livrent ou se proposent de se livrera la filature du colon, les moyens de réunir à la théorie l'usage et l'habitude de ces machines. Déjà un certain nombre d'élèves ont été admis à jouir de ce nouveau bienfait du gouvernement. Les membres du Conservatoire, secondant les intentions du ministre, se sont adjoints pour la démonslralion un artiste d'un mérite reconnu, qui réunit à une longue expérience, toutes les connaissances de détail propres à former des élèves. Le Conservatoire des arts et métiers possède dans un local particulier, non seulement les différentes espèces de machines pour la filature du coton, mais encore les métiers à tisser, les outils nécessaires à leur construction et à leur entretien. Là, le démonstrateur parle aux yeux pour arriver plus sûrement à l'esprit. Le manufacturier instruit et l'ouvrier le plus routinier peuvent, de cette manière, se familiariser en peu de temps avec le mécanisme, le jeu et les effets des métiers. Le ministre de l'intérieur, pour parvenir au but qu'il s'est proposé en formant cette école pratique", a voulu que tout citoyen pût y être admis. Comme le Conservatoire n'a qu'un emplacement qui ne permet pas de recevoir plus de vingt-cinq élèves, les départements et les principales villes manufacturières seront tour à tour invités à lui adresser une ou deux personnes livrées par état à la filature, ou se destinant à former quelque établissement en ce genre. Le ministre de l'intérieur écrira pour cet objet aux préfets et aux maires. » — Journal des Débals du 2 messidor: « Paris, /'■'■ messidor. Ceorges et les autres condamnés à mort se sont pourvus en cassation ; leur pourvoi est arrivé au greffe de la cour. Il est probable que ceux qui ont obtenu leur grâce se seront désistés ou ne tarderont pas aie faire.

[21 jiiN 18041 PAIUS SOLS I/KNIIMUR 60

D'après la jurisprudence de la Cour do cassation, le désistement est reçu en matière criminelle comme en matière civile; mais il n'empêche pas que les juges n'examinent, dans l'intérêt de la li)i, les vires imputés à la procédure.. »

^2 MKSSIDOH AN XII (21 JUIN IHO't).

RaI-I'oRT DK la I'RÉFECTUKK HK l'oLICK DU 3 MKSSIDOR.

Réunions. — La nouvelle du départ de Moreau pour Philadelphie s'est répandue dès ce malin dan< Paris. Le petit nombre de rapports reçus jusqu'à ce moment annoncent qu'elle a produit assez généralement un bon ctïet. Les banquiers, les négociants et quelques hommes de loi y applaudissent. On suit avec soin cette surveillance. — M. Chas publie qu'il a vu une lettre de M. Lucien Bonaparte, par laquelle il annonce son prochain retour à Paris, et dit qu'il siégera avec plaisir parmi les sénateurs. On ajoute dans le public que M. Lucien sera archi-chancelier d'Étal, et compris dans l'hérédité. On assurait hier, dans les réunions publiques, que M. Fox était entré au ministère, et que le parti du prince de Galles avait remporté cette victoire sur iM. Pi II...

Evénements. — Le général .Michel, âgé de soixante-huit ans, et qui demeurait au cinquième étage, rue Neuve Égalité, s'est empoisonné, il y a quelques jours, et s'est ensuite jeté à la rivière. Il en a été retiré par une personne de sa connaissance, qui l'a reconduit chez lui. M. Polel, officier de santé, lui a donné des soins, et il est totalement rétabli. Il a quitté son logement depuis, et paraît cacher sa nouvelle demeure. On rap|>orte que les malheurs du général Michel, qui ont été portés à l'excès, ont causé son désespoir ; en 1res peu de temps, il avait perdu sa femme, une de ses sœurs, sa fille aînée et son fils, qui venait d'être placé. . .

Bourse. — Selon les remarques générales, la hausse des o 0/0, qui s'était manifestée hier dans les derniers moments, ne pouvait être motivée que sur le résultat favorable de la liquidation. Aujourd'hui, les négociations ont été très nombreuses, et le cours, qui s'était parfaitement soutenu, a éprouvé, au moment de la clôture, un mouvement de hausse très rapide, que l'on attribue aux nouvelles qui se sont |)ropagées en un instant. On dit que toutes les puissances étrangères, sans exception, avaient reconnu l'Empereur des Français, et que les nouvelles lettres de créance à leurs ambassadeurs seraient

61 PARIS SOUS L'EMPIHE [22 juin 1804]

présentées le dimanche 12 du courant. On ajoute que le général Moreau était parti ce matin, à deux heures, pour se rendre à Cadix, où il doit s'embarquer pour Philadelphie. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 40, 50, 45, 50, 45, 50 c.; actions de la Banque de France, 1.092 fr. 50; 1.095 francs.

(Arch. nat., F', 3832.)

Journaux.

Moniteur du 3 messidor ; « Préfecture de police. Conformément à l'arrêté du gouvernement du 9 frimaire an XII, à l'ordonnance de police du 20 pluviôse dernier et à l'avis du 20 germinal suivant, les ouvriei's domiciliés à Paris, et composant la classe ci-après, étaient tenus de se pourvoir d"un livret, et, les apprentis de la même classe, de se faire inscrire, avant le 15 prairial dernier, au bureau du commissaire de police de la division du Temple, boulevard du Temple, n° 30, près la Galiote. Le conseiller d'Etat, préfet de police, informé que beaucoup d'ouvriers et apprentis de cette classe n'ont pu se mettre en règle à cet égard, et voulant leur en faciliter les moyens, les prévient que, malgré l'expiration du délai fixé par l'avis précité, la délivrance des livretsaux ouvriers et l'inscription des apprentis continueront d'avoir lieu au même bureau [)Ourla classe dont il s'agit, jusqu'au !<='' thermidor prochain, terme de rigueur. Désignalion des professions : Serruriers, taillandiers, machinistes, mécaniciens, opticiens, fabricants d'instruments mathématiques, balanciers, potiers d'étain, ferblantiers, batteurs de ressorts, cloutiers, épingliers, boutonniers, éperonniers, chaudronniers. Paris, ce 1^'' messidor an XII. Pour le conseiller d'État, préfet, signé : Dubois. » (Même avis pour les professions suivantes : Tapissiers, miroitiers et batteurs d'étain pour les glaces, couleurs et fondeurs de glaces, layetiers, coffretiers et gainiers, fabricants de parasols, brossiers, ébénistes et menuisiers en meubles.')

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