H.\PP0RT DE LA PHÉFECTURE DE POLICE DU 4 MESSIDOR
Réunions. — Le public s'est beaucoup occupé du départ du général Moreau. Cette faveur de S. M. l'Empereur produit une sensation agréable, les militaires paraissent très satisfaits, et l'esprit public s'en améliore. Hier, un secrétaire de Mf^e Bonaparte, la mère, a dit à celui de M. Lucien qu'il venait de recevoir de Madame une lettre par laquelle elle lui mandait qu'elle quittait Home, ainsi que .M. Lucien, son épouse, M"'^ Ciary, belle-sœur du prince Jose|)h, et .M"'« la prin-
122 JUIN 180i] PARIS SOUS LEMPIKE 62
cesse Borghèse, |H'iir .illfr à Lucque? prendre les eaux. Rien au domicile de M. IaicIiii n'annonce son retour. On parle beaucoup dans le public de la )i>ie que la présence de S. M. l'Empereur a répandue dans la ville de Compiègne et de l'enlhousiasme altendrissanl des élèves du lycée, à la vue de Sa Majesté, qu'ils appelaient leur père.
•M. Cliispard, musicien de la garde italienne, <iil que tous les officiers du corps s'attendent que S. M. l'Empereur sera nommé roi de leur pays, que leurs compatriotes verront avec plaisir cette nomination, qui sera également bien accueillie par les troupes de toutes les armes.
On enleml parmi le peuple quelques plaintes relativement à l'exportation des grains; la malveillance en profite pour jeter de l'inquiétude. Les boulangers voulaient profiter de la circonstance pour augmenter le pain ; on a pris de suite des mesures certaines pour l'empécber, et elle n'a eu lieu aujourd'hui que chez trois boulangers, et elle n'aura plus lieu demain. On surveille avec soin. . .
Bourse. — Les négociations de rentes se multiplient prodigieusement, et chaque jour le cours s'améliore, malgré que l'opinion de la place paraisse partagée. Aujourd'hui, quelques-uns des spéculateurs ont été étonnés de la hausse, parce qu ils croyaient qu'elle ne pouvait avoir lieu qu'autant que les journaux et principalement \q Moniteur, donneraient la confirmation des nouvelles qui s'étaient répandues hier, ce qui n'est point arrivé ; mais, à défaut de cette confirmation, un autre motif contribuerait encore à l'élévation du cours : c'est la rareté extraordinaire des rentes. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 Ir. 70, 62, 60, 70, 75, 70, 80, 90 c. ; actions de la Banque de France, 1.095 francs.
Cour de Cassation. — Il s'est rendu très peu de monde à la séance de la Cour de Cassation. Après l'exposé du pourvoi en cassation, pour Georges et autres condamnés, trois défenseurs ont parlé. Le premier était Gautier, défenseur de Coster-Saint-Victor. Il a traité le point d'incompétence qui avait fait le sujet de la déclaration. Le second était Domanget, il s'est attaché à des vices de forme qui existaient, selon lui, dans la communication des pièces aux accusés, et dans quel(|ues parties des débats ; il a cru devoir terminer par une observation qui semblait faire entendre que les défenseurs n'avaient pas eu dans leurs plaidoiries toute la latitude que la loi leur accordait, et paraissait vouloir trouver à cet égard un nioyen de nullité. Le troisième défenseur (Girod) a excipé du texte de quelques articles du Coiie pt'rial pour .ippuyer les moyens de cassation
par lui produits en faveur de la fille Hizay. Ces plaidoyers étaient faits avec beaucoup de décence. Après le résumé du procureui^ impérial et ses conclusions au rejet du |)Ourvoi, la Cour s'est retirée pour aller aux opinions ; elle est rentrée après une heure et demie de délibéré ; le président a prononcé le rejet pur et simple du pourvoi en cassation et, par suite, la confirmation du jugement. La séance a été levée à quatre heures et demie.
(Arch. nat., F s 3832.)
JOUMNALX.
Moniteur du 10 messidor,- « Académie de législation. l/Académie a tenu sa séance générale et publique, le 3 de ce mois, devant un grand concours de magistrats et de jurisconsultes sous la présidence de M. le conseiller d'État Fourcroy, directeur général de l'instruction publique. Après la lecture du procès-verbal de la précédente séance, par M. Lavallée, secrétaire -adjoint de l'Âcadénue, M. Fourcroy a prononcé un discours sur la législation en général, sur ses caractères distinctifs et ses rapports avec les sciences exactes et les autres connaissances humaines. M. Bruguière (du Gard), administrateur de l'Académie, a ensuite présenté l'analyse de la correspondance de prairial ; il l'a fait suivre du compte des travaux de l'Académie pendant le premier semestre de l'an XII, et le tableau qu'il a présenté de la situation de l'institution sous le rapport de l'enseignement et des travaux académiques a ajouté à ridée de ses progrès. Ce compte rendu a été confirmé par un exposé particulier de la gestion financière de l'administrateur, M. Bruguière (du Gard), exposé présenté par M. Fourcroy au nom de la Commission. Le corps académique a arrêté qu'il serait fait mention honorable de la présidence de M. le conseiller d'État Portails, qu'il lui serait voté des remerciements pour le zèle qu'il a témoigné à l'Académie, et que l'arrêté constatant cet hommage de satisfaction lui serait présenté par une députation composée par M. l'administrateur et de trois autres membres. M. Janson, président de MM. les élèves a ensuite rendu compte des travaux particuliers de ses condisciples pendant le mois de prairial. Le |)résident a donné la parole à M. de Joguet, membre affilié à l'Académie et sous-préfet a La Réole, pour un discours sur les récompenses considérées sous le point de vue de l'utilité publique. Les plaidoiries ont ensuite été ouvertes et les élèves entendus avec l'intérêt qu'ils sont accoutumés à inspirer. » —Journal des Débals du 4 messidor: « Paris, 3 messidor. ...Ou fait en ce moment des travaux à l'Hôtel des Invalides; on croit que ce sont des préparatifs pour les cérémonies et les fêtes du couronnement, que l'on dit être renvoyé au 18 brumaire. On dit aussi que les membres du Corps législatif et ceux des diverses autorités qui sont distinguées par des costumes porteront ce jour-là, ainsi que dans les cérémonies
d'ajjparat, des manteaux à broderies par-dessus leur costume » —
Journal des Défenseurs du 5 messidor : « Paris, le 3 messidor
L'Institut national avait proposé pour sujet du prix d'histoire, cette question : » Quelle a été linlluence de la réformation de Luther sur la « situation politique des différents États de l'Europe et sur les progrès
[24JLiNlS0i l»AKIS SOliS I.K Ml'IUb: 64
« (les lumières? » l-f prix a élo décerné à celui des concurrcnls qui a souliMin (|ne nos pro^Mè^ liaus les sciences et dans les arts et les heureux ciiaui^emcnls survenus dans la situation politique de rEurt)i)e étaient dus à la réforiui" inlrodiiite par le moine de Willemberg. ... »
4 iMESSlDOU AN XII (23 JUIN 1804).
UaIM'uUT IM-: LA PKÉKECTUUE DE l'ULICli DU 0 MESSIDOR.
Depuis que l'arrêt rendu hier par la Cour de cassation est connu du public, on parle beaucoup des condamnés, et l'on entend dire partout qu'ils ne |)eiivent inspirer aucune pitié. Le bruit s'est répandu, hier, que les Russes et les Anglais avaient opéré un débarquement dans le royaume de Naples, et que l'empereur de Russie navail rien négligé pour que les Princes allemands se prononçassent contre la France. — Le nommé Tolède, exclusif bien connu, débile que M. le maréchal Augereau a défendu à ses gens de lui donner d'autre litre que celui de général et surtout de s'abstenir de la qualification (le Monseigneur. Les réunions ont été hier très tranquilles, et n'ont
rien oflert de remarquable
(Arch. nat., F', 3832.1
Journaux.
Juiinidl des Débuts dn ^ mes'iiàov : <■< Paris, i messidor. ...On annonce que la légende des monnaies sera dorénavant : Napoléon, empereur des Français. » — « On dit encore que le manteau impérial sera de couleur pourpre, doublé d'hermine parsemée de tours u
MlMSrKIlE DK LA JUSTICE. — TaBLEAU DE LA SITUATION DE 1*A1US DU 6 MESSmOR
. . .lixécution. — Les rapports des surveillants contiennent divers détails sur l'exécution de ce jour. Georges, le premier décapité, a embrassé son confesseur et Saint-Victor. Picot, son domestique.
65 PARIS SOUS L'EMPIRE [24 juin 1804]
exécuté le sixième, a crié: Vive le Roi et la Religion! Barco a eu pour confesseur son oncle, Keravenan, vicaire de Saint-Sulpice; il s'est mis à genoux devant lui et a baisé plusieurs fois le crucifix. On a remarqué que ce prêtre, en montant à l'Hôtel de Ville, paraissait sourire. Ducorps et Lelan, qui ont retardé leur exécution de quelques minutes sous prétexte d'une révélation pour laquelle ils ont été conduits à l'Hôtel de Ville, n'ont rien dit d'intéressant. Loin de montrer quelque intérêt pour ces grands coupables, le public a paru satisfait de l'-exécution. A la dernière exécution, il y a eu quelque lenteur, qui a fait croire aux spectateurs réunis sur le pont Marie, qu'il y avait un mouvement. On a entendu distinctement ce propos : S'ils s'échappent, il faut les assommer! On a paru mécontent de ce que Lajolais n'était pas du nombre des exécutés.
Grâces. — Les huit condamnés dont la peine a été commuée, conduits ce matin à la Cour, pour entendre la lecture du décret impérial, ont été réintégrés au Temple à une heure et demie. Trois d'entre eux. Rivière, Polignac et de Lozier, ont paru extrêmement atfectés, tant des remontrances qui leur ont été faites par le président, que de tout ce qu'ils avaient éprouvé dans cette journée. Rivière a dit: ^ La.meilleure place... (et en se reprenant) la place la plus honorable était aujourd'hui à la place de Grève. » Les cinq autres ont
paru insouciants, surtout Rusillion et Rochelle.
Real.
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
Rapport de la i'uéfecture de police du même jour.
Aujourd'hui à une heure du matin les condamnés Georges Cadoudal, Coster Saint-Victor, Roger, dit Loiseau, Ducorps, Picot, Deville, Joyau, Durban, Lemercier, Lelan, Pierre-Jean Cadudal et Mérille ont été extraits de Bicêtre et conduits à la Maison de Justice, Leur départ de cette première prison a paru leur faire une impression profonde. En arrivant à la Conciergerie, ils étaient tous défaits et abattus, à l'exception de Coster et de Roger, qui avaient pris leur ton de fermeté et d'assurance, Georges, en arrivant à la Maison de Justice, ne proféra point une parole; son regard était morne; il se jeta sur un lit, et ce ne fut que vers cinq heures et demie du matin, qu'il reprit (lu calme etderassurance, qui ne firent que s'accroître jusqu'au moment du départ pour le supplice. Coster est celui qui a causé le plus longtemps et avec le plus de tranquillité. H a dit à M. Veyrat, officier de paix, que le gouvernement avait fait une grande école, en ne faisant point fusiller tous les conjurés, le lendemain de l'arrestation le G(!orges; que tout Paris eût alors TOMK I. ••
[24 JLiN 1804] PARIS SOIS LEMPIHE 66
applaudi il celle mesure, el qu'ils seraient morls dans l'infamie ; mais qu'en les livranlà Ia(-our de justice criminelle, on leur avait mis cent pieds de gloire sur la lèle. « Je mourrai, ajoula-l-il, avec courage ; mais, ce qui me désole, c'est que j'aime ma patrie, et je suis sûr qu'elle sera malheureuse. » Puis, prenant un ton fort gai, il regardait, en riant, son habit de Bicèlre, coupé par deux couleurs tranchantes, et il disait : « Je ne ressemble pas mal à un arlequin des boulevards. » Il denuinda si l'on avait l'ait périr Moreau. Sur la réponse négative, il ajoula : « Quant à Pichegru, nous nous verrons probablement ce soir, et il nous dira s'il s'est vérilablement élranglé lui-même. » Il finit par dire à M. Veyrat qu'il avait mis dans sa conduite, lors de l'arrestation de lui Gosier el de Roger, autant de courage que d'intelligence et d'honnèlelé, mais qu'il était fort heureux qu'il ne l'eût pas lue, étant ainsi que Uoger armé jusqu'aux dents. Coster, Roger, Mérille et Burban étaient dans la même chambre. Peu de moments après leur arrivée, ils lirent la prière en. commun; c'est Coster qui parlait tout haut. Ils finirent leur oraison en chantant un refrain portant en substance : Il est doux de mourir pour la religion el son roi. Roger dit Lùiseau, était dans la même situation d'esprit que Gosier, il disait en plaisantant qu'il avait encore, il y a quatre mois, trois pucelages : « 1" Je n'avais jamais été arrêté, et M. Yeyral m'a pris à l'improviste dans mon lit ; 2° je n'avais jamais été en prison, et le concierge de la Force a eu mes prémices à cet égard ; 3° reste dame Guillotine, avec qui je vais faire connaissance tout à l'heure. 11 fera chaud, ce soir, et cela sera plus sérieux que dans le cabinet de M.Bertrand. » Mérille afifectait de montrer du courage, quand ses trois compagnons lui parlaient, mais il retombait bientôt dans l'affaissement, ne disait mot et conservait un air vraiment féroce. Il dit à M. Veyrat que, s'il n'avait pas compté se tirer d'affaire à la préfecture, avec son faux passeport, il l'eût poignardé au moment où il l'avait arrêté chez Denant. Picot, valet de Georges, avait la tournure d'un homme ivre et abruti ; il paraissait fort peu inquiet de tout ce qui allait se passer. Les autres condamnés n'ont rien offert de remarquable aux observateurs. Us déjeunèrent tous avec appétit et mangèrent des viandes froides. Vers les huit heures, MM. Voisin, curé de Saint-Étienne, demandé par Gosier, et Keravenan, prêtre de Saint-Sulpice, demandé par Georges, vinrent les confesser. D'autres prêtres se présentèrent spontanément, savoir : MM. Garnier, vicaire de Notre-Dame, qui confessa Louis Ducorps ; Fromcnl, vicaire de la même église, pour Deville et Burban : Leriche, idem, pour Gadudal ; Grisel, prêtre de Saint-Eustache, pour
67 PARIS SOUS L'EMPIRE [24 jlin 1804]
Roger; Reinac , de Saint-Roch, pour Picot; Saint-Pard, idem, pour Lelan ; Lutlon, de Saint-Merri, pour Lemercier ; Callet, de Saint-Merri, pour Joyaut ; Boileau, idem, pour Merville. L'abbé Malmaison, prêtre de Saint-Merri, se présenta également, ne confessa personne , mais parla à quelques - uns des condamnés. Un gendarme nommé Monasson, paraissant prendre beaucoup d'intérêt à Royer et à Coster, fît desserrer les fers de celui-ci qui, ensuite, les ùta tout à fait ; sur l'observation qu'on lui fit qu'il avait commis une imprudence, il répondit qu'on pourrait les ôter aux autres et s'en rapporter aux gendarmes. 11 a montré beaucoup d'humeur de ce qu'on avait remis les fers de Coster. Dans un autre moment, Monasson, étant assis près de Roger parut lui faire quelques signes d'intelligence, murmura quelques mots entre ses dents, et parut montrer beaucoup d'humeur de la sévérité de la surveillance: le lieutenant-colonel Rhedy l'a fait relever et arrêter. En sortant de la Maison de Justice, Georges dit à Picot : Ah ça, ne va pas faire L'enfant. Dans la route que ces individus parcoururent, et qui était remplie par une foule immense, on n'entendit partout que lexpression de l'exécration et du mépris pour ces brigands, et, on peut dire que l'opinion était généralement et fortement prononcée contre eux. Au moment où la tête de Georges est tombée, des cris, mille fois répétés de Vive l'Empereur! se fîrent entendre parmi les spectateurs. La même chose eut lieu après la mort de Picot et de Deville, qui, à l'instant de périr, avaient crié : Vive la Religion! Vive le Roi! Deville, au moment où il est parti de la Conciergerie, a déclaré qu'il avait confié, lors de son arrestation, une montre, un cachet et une clef d'or au sieur Gille, maréchal des logis de la gendarmerie à Montmorency, et que, lorsqu'il les lui a redemandés, celui-ci a nié le dépôt. L'ordre et la tranquillité ont été parfaitement maintenus avant, pendant et après l'exécution, qui a eu lieu à onze heures un quart. La foule s'est ensuite promptement dissipée.
Les huit condamnés qui ont obtenu leur grâce ont été transférés, à quatre heures et demie du matin, du Temple au Palais de Justice. A sept heures, la séance de la Cour de justice criminelle a été ouverte; on leur a lu tour à tour l'acte de grâce ; puis ils ont été déposés à la préfecture de police et reconduits au Temple à une heure après midi. On a remarqué que ces hommes ont paru bien peu reconnaissants, et ne pas attacher grand prix à la clémence de S. M. 1 Empereur. L'ex-marquis de Rivière, surtout, déplorait amèrement le sort des douze mis à mort, et a dit qu'il souffrait autant que s'il mourait lui-même.
Bourse. — Les négociations de rentes extraordinairement nombreuses ont eu le môme résultat qu'aux Bourses précédentes ; le cours s"élait |)arfailemonl soutenu, depuis deux jusqu'à trois heures, et il y avait une sorte de compensation entre les demandes et les offres ; mais, au moment de la clôture, tout le monde demandait, et personne ne voulait donner ; la hausse qui s'en est suivie est attribuée par quelques observateurs à l'assurance que l'on a donnée que l'empereur de Russie avait envoyé des nouvelles lettres de créance. — 5 0/0, jouissance de germinal ; 57 fr. 85 ; 58 fr. 10, 15, 10, 05 c. 58 francs; actions de la Banque de France, 1.096 fr. 25 ; 1.097 fr. 50.
Journaux.
Gazelle do France du 6 messidor : « Paris, 5 messidor. ...Les théâtres de l'intérieur ne font presque rien dans cette saison ; il n'y a plus foule et recette qu'aux spectacles des boulevards. Le mélodrame l'emporte sur la comédie et la tragédie. Aussi, pour se prêter sur ce point au goût du jour et pour profiter de la veine, chemin faisant, les directeurs des petits théâtres donnent et préparent à force des mélodrames. Il y en a trois nouveaux dans ce moment sur le lapis : la Clémence de Frédéric If, à l'Ambigu-Comique; la Belle Milanaise, aux Jeunes Artistes, et la Mort de Tippoo-Saïb à la Porte-Saint- Martin. Ce doit être un grand sujet de mortification pour nos auteurs que de voir cet engouement du public pour les mélodrames i Mais, s'ils voulaient être sincères, ils conviendraient que les pièces qui disent quelque chose aux yeux valent encore mieux (|ue celles qui ne disent rien du tout. >i — Citoyen français du 6 messidor : « Variétés. ...Le directeur du théâtre de la Gaîté se maintient en possession d'attirer le public, malgré l'intempérie de la saison. Il semble qu'il monte une nouveauté en aussi peu de temps que Rotrou mettait à en composer une, quand il avait besoin d'argent. Ce sont les Vendangeurs de Médoc qui jjicjuent en cet instant la curiosité. Il est dans le fait infiniment ))laisant de voir un ballet exécuté par des danseurs montés sur des échasses. Cette nouveauté doit faire fortune à Paris. On nous dira que rien n'est plus ordinaire que de trouver en société des personnages guindéssur des échasses... Oui, mais ils ne dansent pas »
6, MESSIDOHÎAN XII (25 JUIiN 1804).
MlNISTÈHE DK LA JUSTICE. — TaBLEAU DE LA SITUATION DE PaRIS DU 7 MESSIDOR.
....l/^'rfe Champcenetz. — Par une lettre sans date, adressée au Grand-Juge, iM'oe de Champcenetz demande la révocation de l'ordre
69 PARIS SOUS L'EMPIRE [25 juin 1804]
qui l'a éloignée de Paris, et la permission d'y revenir librement. Suivant cette déclaration, par reconnaissance pour les descendants de Louis XV, son bienfaiteur, elle s'était acquittée d'une commission dont M. de Vaudreuil l'avait chargée par plusieurs lettres, en proposant à M'"° Bonaparte d'engager le premier Consul, à céder aux. Bourbons la première place de l'État et de se contenter de la seconde'. '< Je voulais dit -elle, assurer sa vie, en le faisant la seconde personne, persuadée que, tôt ou tard, il n'échapperait pas au fer des envieux. » M"i« Bonaparte l'a reçue avec bonté, lui a dit qu'elle ne pouvait se charger d'une pareille proposition, mais qu'elle était assurée que le preynier Consul n'avait d'autre vue que de faire le bonheur des Français. Elle écrivit à M. de Vaudreuil pour l'engager à venir sur-le-champ à Paris. M. de Vaudreuil lui demanda un passeport, en la priant de ne pas le faire venir inutilement. Elle y vint elle-même pour le recevoir. L'attentat du 3 nivôse anéantit ses espérances. Elle ne s'occupa plus de ce rapprochement. C'est après cet événement qu'elle a été éloignée de Paris. Elle conserve amour et respect pour les descendants de Louis XV, leur en donnera des preuves à toute occasion, mais ne troublera jamais le gouvernement
Real*.
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
Rapport dk la préfecture de police du même jour.
Réunions. — Les gens sages et les amis du gouvernement approuvent fort le parti que l'on a pris d'accorder à Moreau la permission de se retirer aux États-Unis ; les Exclusifs au contraire en paraissent très fâchés, et cette mesure semble les déconcerter. On dit encore que Moreau ne se serait jamais décidé à demander grâce à l'Empereur, s'il n'avait été averti que Fresnières, son secrétaire, avait été arrêté en Allemagne, et parce qu'il a bien senti que sa conduite allait être
1. « Suivant cette déclaration, M. de Vaudreuil, ami et confident intime du comte d'Artois, projetait de se rendre à Paris, attiré par l'illusion de M"" de Champcenetz, et le fol espoir que la proposition des Bourbons serait accueillie. Et c'était précisément à cette époque que les projets d'assassinat se méditaient à Londres!!! » [En marr/e de l'original.)
2. Le conseiller d'État Real était chargé du premier arrondissement de la police générale de l'Empire. ^Miot de Melito était chargé du deuxième; Pelet (de la Lozère), du troisième; Dubois, du quatrième.) On voit que c"est lui, et non plus le Grand-Juge, qui fait les rapports, lesquels, à en Juger par l'entête de l'original, continuent néanmoins à être transmis par le Grand-Juge. Cet état de choses fait prévoir le rétablissement du ministère de la police générale, qui aura lieu le 21 du môme mois.
[2;-. u;i.N 18rt4 l'AlilS SOIS L'EMPIRE 70
mise au grand jour. — Les nouvellistes répandent que les Anglais avaient tenté d'entrer dans Télectorat d'Hanovre par trois points difTiTents ; qu'ils avaient été favorisés dans celte entreprise par rKmpereuT de Russie et par le roi de Prusse, et qu'enfin ils y étaient parvenus; ils disent aussi que la Hollande sera bientôt détachée des intérêts de la France, et que ce sont ces nouvelles fâcheuses qui ont accéléré l'exécution des conspirateurs. Avant-hier, à Neuilly, des officiers italiens, les uns en uniforme, et les autres en bourgeois, se sont pris de querelle avec des Français, et sont tombés sur eux avec des sabres et des pistolets ; les Français étaient sans armes, et plusieurs d'entre eux ont été blessés. On dit que les militaires français, et surtout les grenadiers de la garde impériale, qui déjà n'aiment pas trop les troupes italiennes, se sont chargés de venger les Français. On dit dans le commerce que des lettres particulières portent que l'esprit public à Brest est mal disposé, et que le procès des conspirateurs y a produit des impressions fâcheuses.
Spectacles. — On a donné hier, au théâtre Louvois la première représentation d'une pièce nouvelle en cinq actes et en prose, intitulée les Tracasseries . Cette comédie n'a obtenu qu'un bien faible succès. Une infinité de petits détails, des caractères faiblement tracés, une action peu intéressante ont paru les défauts les plus marquants de l'ouvrage ; il n'est pas au surplus susceptible d'analyse. On n'y a remarqué aucune espèce d'allusion; les mœurs y sont plus respectées. L'auteur a été demandé par une partie des spectateurs ; on est venu nommer M. Picard.
Pont du Jardin des Piailles. — Les travaux de ce pont redoublent d'activité et d'intérêt; on a monté les scies à couper les pieux, etelUs vont être mises en mouvement. . .
Bourse. — Les affaires se multiplient, et le cours des rentes s'élève rapidement ; on remarque que des achats considérables de M. Martinet, agent, que l'on dit être chargé d'une opération de hausse, contribuent beaucoup à cette amélioration. Les actions de la Banque se bonifient également. Quelques personnes paraissent disposées à révoquer en doute la réception des nouvelles lettres de créance, et principalement celles de la Russie. Le motif auquel on attribue plus généralement la hausse des efîets est le bruit qui se répand que l'on a établi en Angleterre un conseil de régence, qui peut accélérer la conclusion de la paix. — 5 0/0, jouissance de germinal, 58 fr. 20; 25, 30, 20, 30; actions de la Banque de France, 1.100 francs,
(Arch. nat., F^ 3S32.)
71 PARIS SOUS L'EMPIRE [26 juin 1804]
Journaux.
Journal des Débais du 7 messidor : « Paris, 6 messidor. L'Empereur, dans un Conseil privé, réuni au palais de Saint-Cloud, le 2 de ce mois, a fait grâce de la peine capitale à ceux des condamnés à l'égard desquels il n'avait pas déjà usé de clémence lors de l'amnistie accordée aux Français qui avaient porté les armes contre la France ou pris part à la guerre civile. Les condamnés qui ont obtenu la grâce sont : Athanase-Hyacinthe Bouvet de Lozier, François- Louis Rusillion, Etienne-François Rochelle, Armand- François- Héraclius de Polignac, Abraham-Charles-Augustin d'Hozier, Charles de Rivière, Frédéric Lajolais et Armand Gaillard. » — « On dit que les armes de S. M. l'Empereur seront un aigle d'or surmonté d'une couronne d'étoiles. » — « Les condamnés Georges Cadoudal, Picot, Roger, Coster-Saint- Victor, Deville, Joyaut, Durban, Lemercier, Cadudal, Lelan, Mérille et Louis Ducorps ont été transférés celte nuit, sous une escorte de gendarmes, de Bicêtre à la Conciergerie. De grand matin les lettres de grâce émanées de la clémence impériale, en faveur de huit condamnés à mort ont été apportées à la Cour de justice criminelle. L'arrêt de cette Cour, confirmé par celle de Cassation, contre Georges et les onze autres condamnés à mort leur a été signifié après leur transfèrement. Tous ont aussitôt demandé des confesseurs. Georges s'est mis à genoux aux pieds du sien et a longtemps écouté ses exhortations, A onze heures environ, les douze condamnés, assistés de leurs confesseurs, sont montés dans trois charrettes, qui les attendaient. Ils étaient quatre dans chaque. A onze heures trente-cinq, la tête de Georges est tombée la première. Deux d'entre les douze condamnés, Louis Ducorps et Lemercier, sont montés à l'Hôtel de Ville, en sont descendus quelque temps après et ont subi aussitôt leur jugement. Lemercier a été exécuté le dernier. . . » — Gazette de France du 7 messidor: « Paris, 6 messidor. .. .le général Moreau est parti pour se rendre aux États-Unis. » — « Aujourd'hui, entre onze heures et midi, ceux des condamnés à mort qui n'ont pas reçu leur grâce, ont subi sur la place de Grève l'exécution de leur sentence. Chaque patient était accompagné d'un confesseur, qui l'a exhorté jusqu'au lieu de supplice et jusque sur l'échafaud. Georges a été le premier. Il a montré du sang-froid. Un incident a retardé d'environ un quart d'heure les deux dernières exécutions; deux des condamnés ont demandé à monter à l'Hôtel de Ville, pour y faire quelques déclarations, ce qui leur a été accordé, après quoi ils ont été ramenés à l'échafaud. L'échafaud avait été placé près le parapet voisin de la rivière, en sorte qu'il pouvait être aperçu de tous côtés à une grande distance. Aucun des condamnés n'était revêtu du manteau rouge. Plusieurs ont crié : Vive le roi! au moment de leur exécution. »
Rapport de la préfecture de police du 8 messidor.
M"» Cheffontaine, demeurant rue de Ménilmontant, assiïrait que M. Kervélégan, législateur, avait dit à son mari, capitaine de vél(^-
rans, qu'avant le procès de Moroau son inlenlion élail de ne pas demander de place, lorsque le temps de ses fonctions serait expiré ; mais que, depuis l'issue de ce procès, il était déterminé à n'en pas même accepter ; que la crainte seule de se rendre suspect le ferait aller jusqu'à la fin de son temps ; et qu'enfin il avait ajouté qu'il craignait bien que, dans ce moment, il n'y eût beaucoup de mécontentement en Bretagne. — Le sieur Rousselet, ancien juge de paix, demeurant rue du Ponceau, rapporte que le tribun Carnot, qu'il voit fort souvent, lui a dit que, chaque jour, il se confirmait davantage dans l'idée que les plus grands malheurs menaçaient la France, qu'il désirait se tromper et qu'il sacrifierait tout pour le repos de son pays, mais qu'il lui conseillait à lui, Rousselet, de se faire un état indépendant et à l'abri du caprice et des circonstances. — Un sieur de Monfaiglon, ancien employé dans les fermes, puis au ministère des finances, et maintenant agent d'affaires, reçoit beaucoup de monde chez lui, se permet beaucoup de propos plus qu'indiscrets sur le procès des conspirateurs et contre le gouvernement. Ce particulier a de l'esprit, il manie fort bien la parole et ramène les autres facilement à son opinion. Le bruit courait, hier, au Palais, que d'autres conspirateurs allaient être bientôt mis en jugement, et que la procédure s'instruisait chez le conseiller d'État Real. Lenoble, qui a été impliqué dans la deuxième conspiration, et mis en liberté, est toujours à Paris et demeure rue Saintonge, n^ 49, chez le nommé Maréchal, où étaient logés Coster Saint-Victor et Roger, dit Loiseau.
Evénements. — Hier, à onze heures du soir, un maréchal des logis de la gendarmerie d'élite s'est présenté chez le commissaire de police de la division des Arcis, accompagné de la femme de Barlliélemy, maçon, demeurant rue Jean-Pain-Mollet, enceinte, et qui avait présenté une pétition à S. M. l'Empereur pour lui demander des secours. Ce maréchal des logis venait demander au commissaire de police des renseignements et un certificat constatant que cette femme était honnête et indigente. Cette pièce lui ayant été délivrée, il remit à la femme Barthélémy 12 francs, en lui disant que cela n'était que provisoire et qu'il apporterait ce que Sa Majesté le chargerait de lui remettre...
A)restalions. — Le conseiller d'État, préfet de police, a fuit arrêter le nommé Jean-Baptiste-Antoine Saunier, ancien employé, prévenu de propos contre le gouvernement et la tranquillité publique. Le nommé Leroi, de Lyon, ancien militaire, a été également arrêté, comme prévenu de propos contre le gouvernement, d'avoir émigré et fortement soupçonné d'avoir servi dans l'armée des princes. Les pièces
73 PARIS sors L'EMPIRE [27 juin 1804]
de ces deux individus ont été transmises à Son Excellence le Grand- Juge.
Bourse. — Le mouvement des négociations de rentes ne se ralentit point, et la hausse continue. Les courtiers se plaignent de la presque nullité des transactions commerciales ; les denrées coloniales et autres marchandises sans exception sont extraordinairement ofl'ertes. — 5 0/0, jouissance de germinal, 58 fr. 50, GO, 65 ; actions de la Banque de France, 1.100 francs.
(Arch. na.., F^ 3832.)
Journaux.
Journal des Débats du 8 messidor : « Paris, 7 messidor. Le procureur général impérial, ayant convoqué hier, entre six et sept heures du matin, la Cour de justice criminelle, a requis la lecture, en séance publique, des lettres de grâce qui lui avaient été adressées par l'Empereur. Cette lecture a été faite par le greffier ; les impétrants étaient debout, sur le banc et la tête découverte, conformément aux dispositions contenues dans les lettres de grâce. Elles ont été, dans le même jour, transcrites sur les registres de la cour. » — « C'est Joyaut, exécuté le huitième, Deville, dit Tamerlan, exécuté le dixième, qui, montés sur l'échafaud et tournés vers THôtel de Ville, ont crié Vive le roi ! Des militaires ont répondu à ce cri par celui de Vive V Empereur ! Après être descendu de la charrette, Coster s'est approché de Georges et l'a embrassé, ainsi que cinq ou six autres. Chacun des condamnés a embrassé son confesseur sur l'échafaud, et baisé le crucifix avant de se livrer à l'exécuteur. ». — « Le gouvernement fait frapper la médaille du Poussin, le Raphaël delà France, et a ordonné l'exécution de sa statue en marbre. Un autre monument, non moins digne de ce grand artiste, est celui de l'entreprise de la gravure de son œuvre complète par MM. Massard père et fils. » — « Dimanche prochain, on célébrera à Saint-Sulpice la fête de Saint-Pierre, premier patron de celte paroisse. Son Éminence M. le cardinal Caprara officiera pontificalement, et donnera après la messe la bénédiction apostolique, avec indulgences plénières à tous ceux qui s'y trouveront présents. Le panégyrique de Saint-Pierre sera prononcé immédiatement après les vêpres, par M. l'abbé Guillou, chanoine honoraire de l'Eglise de Paris »
Rapport de la préfecture de police du 9 MESsmoR.
La plus parfaite Irantiuillilé règne partout, et notamment dans la classe du peuple. On rapporte qu'il y a un peu de mécontentement
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parmi les troupes de la garnison, à cause du service extraordinaire et des exercices fréquents qu'on leur fait faire, et dont ils se plaignent beaucoup. On fait courir le bruit dans les salons, et parmi les ennemis du gMiivfrnement, que M"'* Montmorency et d'autres ci-devant nobles ont refusé d'accepter des places dans la maison de S. M. l'Empereur, ou dans celle de S. M. l'Impératrice. On renouvelle le bruit que le jeune frère de S. M. l'Empereur est au pouvoir des Anglais, et on l'assure positivement. On répand que M. Laforest, ministre en Allemagne, remplace M. Talleyrand-Périgord au ministère des relations extérieures. — M. de Lucchesini a assisté à toutes les séances du la Cour de justice criminelle pendant le procès des conspirateurs, Lunfli, il a été de grand matin à la place de l'Hôtel de Ville, et s'est procuré une chambre chez le limonadier qui demeure au coin de la rue du Mouton. En sortant, il a voulu payer le limonadier, qui a refusé l'argent, ce qui a beaucoup étonné cet ambassadeur...
Bourse. — Il s'est fait considérablement d'affaires, et tous les effets sans exception se sont améliorés. La progression continuelle, mais modérée, de la hausse des rentes donne tellement l'assurance qu'elle se maintiendra, qu'il s'est fait de nombreux paris pour le cours de 00 francs avant la fin du mois présent. Les joueurs à la baisse sont aux abois; le départ de l'Empereur leur avait fourni un moyen dont ils n'ont pu tirer aucun avantage ; selon eux, l'absence devait être prolongée par un voyage à Boulogne, mais on a donné l'assurance que Sa Majesté se rendait seulement à Fontainebleau pour visiter et passer en revue l'école militaire. — 5 0/0 jouissance de germinal, 58 fr. 60, 55, 70, 80, 85, 80, 75, 85, 90; idem, jouissance de vendémiaire an Xllï, 56 fr. 10; bons de remboursement, 2 fr. 75 ; actions de la Banque de France, i.102 fr. 50.
(Arch. nat., F', 3832.)
Journaux.
Journal des Drbats du 9 messidor : « Paris, le 8 messidor. ...Une femme se présenta dimanclie dernier au jardin de l'Elysée et scandalisa tellement l'assemblée par l'indécence de son costume que l'on fut forcé de la mettre à la porte. Elle fut reconduite extra muros par tous les jeunes gens qui se trouvaient là, et les huées de la multitude poursuivirent cette malheureuse au delà des Champs-Elysées. » — « Les pasteurs de la communion protestante réformée sont autorisés à porter en public, dans les territoires assignés à l'exorcicc de leurs fondions, le rabat et le manteau court )>
75 PARIS SOUS L'EMPIRE [28 juin 1804]
Rapport de la préfecture de police du 10 messidor.
On dit que S. M. l'Empereur fera sa résidence pendant quelque temps à Fontainebleau, après le sacre et le couronnement ; que les grands spectacles iront y jouer, et que l'on y donnera des fêtes aux ambassadeurs et seigneurs étrangers.
L'exécution de Georges et de ses complices a fait baisser le ton à tous ceux qui clabaudaient contre le gouvernement, et l'on remarque que l'esprit public s'améliore.
jyjme Moreau est partie dimanche dernier pour se rendre en Espagne et y joindre son mari.
M. de Lucchesini a conclu un marché avec un tapissier pour la vente de ses meubles, et il n'attend, pour partir, qu'un courrier ou l'arrivée de l'ambassadeur qui doit le remplacer.
On continue de répandre le bruit, dans le public, qu'il règne beaucoup de division entre les troupes de mer, les matelots et les troupes de terre ; que les deux premiers corps ne peuvent souffrir l'autre, et que l'on a été obligé de faire débarquer un grand nombre de grenadiers, afin d'apaiser les rixes sanglantes qui s'élevaient journellement à bord ; qu'il y a eu à Brest une espèce d'insurrection, et que les équipages de quelques vaisseaux de ligne avaient arrêté leurs officiers supérieurs...
Bourse. — Les o 0/0 se sont faits hier soir à 59 fr, 60 pour la fin (iu courant; aujourd'hui, ils ont été constamment off'erts, et, malgré quelques achats de M. Martinet, le cours a éprouvé une baisse tn s sensible. Cette réaction cause d'autant plus d'étonnement qu'on ne sait à quoi l'attribuer; on pense seulement que la nouvelle du retour du général Hédouville peut y avoir un peu contribué. On assure que l'argent est extrêmement abondant, et le papier si rare que le bon se fait à 1/2 0/0 ou 5/8 au plus par mois. — o 0/0, jouissance de germinal, 59 fr. 58, 85; 59 fr. 58, 90; 59 fr. 58, 85, 80; 58 fr. 75, 85; actions de la Banque de France, 1.100 francs. [Arch. nat., F^ 3832.)
Journaux,
Journal des Débats du 10 messidor : « Paris, 9 messidor. . . Il paraît une ordonnance de police on vingt-cinq articles, concernant les cabriolets. Ceux
des particuliers seront numérotés au-dessous de la capote, sur le panneau de derrière, en chiffres arabes de 3 pouces; ceux de louage le seront en chiffre de 4 pouces en dedans et en dehors de la voiture. Ces derniers ne pourront stationner que rue Tailbout, rue Le Pelctier et rue des Champs- Elysées, en y observant toutefois les limites qu'on leur prescrit. Le prix de la course est fixé à un franc. La première heure se payera 1 fr, 23, et chacune des suivantes i franc. Il est défendu de laisser conduire un cabriolet par des femmes, ou par des enfants âgés de moins de dix-iiuit ans, et nul cabriolet ne pourra circuler dans Paris, pendant la nuit, sans être garni de deux lanternes allumées. Il sera aussi adapté au cou du cheval un fort grelot mobile, dont le bruit puisse avertir les passants.,. » — Gazette de France du 10 messidor : « Paris, 9 messidor. .. .La magnifique fontaine qui, d'après les ordres du gouvernement, avait dû être construite, en forme de monument, sur la grande place qui est en avant des Invalides, est terminée depuis quelques jours. Le lion de Saint-Marc trouvé à Venise, et apporté dans le temps à Paris avec les quatre chevaux de Corinthe, placés depuis deux ans sur les pilastres de la grande grille du palais impérial des Tuileries, avait été réservé pour orner le nouveau monument dont on vient de parler. Il a été posé, il y a trois jours, au-dessus de cette fontaine, après avoir été restauré. » — « Les personnes qui ne viennent à Paris que de loin en loin, celles surtout qui ne l'ont pas vu depuis quatre ans, ne pourraient en parcourir maintenant les divers quartiers, sans être saisies d'admiration à chaque pas ; et en effet le degré d'embellissement qu'il a pris en si peu de temps est presque un phénomène inconcevable, si l'on considère surtout que, dans cet intervalle, la France n'a joui que d'une année de paix. Ici c'est la place du Carrousel, qui s'est déblayée, ouverte, étendue et ornée comme par magie ; c'est le Louvre, autour duquel se préparent d'immenses travaux, et qui, depuis un an, occupe tant de bras ; ce sont des rues spacieuses, qui s'ouvrent de toutes parts, des quais magnifiques, qui se construisent, un aqueduc, digne des Romains, qui s'achève sous une rue nouvelle dans la longueur de toutes les Tuileries. Là, c'est le palais du Luxembourg, qui est devenu un des plus beaux édifices de la France, et dont les jardins, agrandis d'un vaste terrain, ornés et embellis avec autant de goût que de magnificence, offrent au public une promenade délicieuse, et aux passants la vue d'un beau tableau; c'est le Jardin des Plantes, qui s'est enrichi de mille objets analogues à sa destination ; c'est une place grande et régulière, qui va se former sur l'emplacement de l'ancienne Bastille, et où un canal, ouvert à grands frais, conduira les eaux salubres d'une rivière qui n'était auparavant connue que de nom de la plupart des Parisiens. Tandis que le gouvernement trace tant de plans, et fait exécuter à la fois tant do travaux publics, avec une étonnante célérité, les particuliers semblent rivaliser avec lui, pour concourir, dans la proportion de leurs moyens, aux nombreux embellissements de la capitale. 11 y a tels quartiers et telles rues où l'on a peine à se reconnaître, lorsqu'on n'a pas eu l'occasion d'y passer depuis plusieurs mois. Si cela continue, il y a grande apparence que, dans vingt ans, Paris aura été rajeuni, reconstruit à neuf en grande partie. C'était naguère, une sorte de manie d'entreprendre des constructions, pour les laisser ensuite imparfaites, ou du moins traîner pendant des années. Sous l'administration du baron de Breteuil, par exemple, Paris se ressentit de la disposition où paraissait être ce ministre de l'embellir. Mais, soit qu'on
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se trompât alors dans le calcul de ces sortes de dépenses, soit que les fonds affectés réellement à des travaux publics changeassent souvent de direction, les entreprises languissaient dans leur exécution, ou n'arrivaient pas à leur terme. Si les travaux de la même espèce marchent aujourd'hui avec tant de promptitude et de régularité, malgré leur grand nombre, c'est que le genre de désordre dont on vient de parler n'existe pas dans l'administration ; c'est qu'à la manière dont l'ordre s'y trouve établi et surveillé, il est impossible que des fonds affectés à un objet de dépense quelconque n'arrivent pas à leur destination par leur droit chemin. » — Journal des Dames et des Modes du 10 messidor : « Paris, le 9 messidor. ...Les jeunes gens reprennent, en les modifiant, beaucoup de modes qu'ils avaient abandonnées pendant la Révolution ; la broderie pour les habits n'est encore en vogue que pour le costume d'étiquette, mais les gilets brodés sont maintenant le comble de la recherche et du bon goût; toutefois l'or, l'argent et toutes les couleurs trop voyantes sont proscrites ; mais il est de très bon ton de porter un gilet blanc, brodé en coton blanc; les dessins les plus légers, à fleurs jetées et détachées, sont estimés les plus jolis et les plus courus »
RaPPOUT Dli LV PHÉFECTURE DE POLICE DU 11 MESSIDOR.
Réunions. — Le bruit circule, dans les sociétés, que Son Excellence le ministre des relations extérieures s'occupe, dans ce moment, à former une coalition avec toutes les puissances du Midi, et d'y faire entrer la Prusse, pour s'opposer aux puissances du Nord en cas de guerre. Du reste, les réunions publiques et particulières n'ont rien offert de remarquable aux observateurs. On ne parle plus de l'affaire de Moreau ni des autres.
Commerce. — Les ouvriers fleuristes, qui sont en très grand nombre à Paris, sont tous très occupés. Cette branche de commerce est en très grande activité, et l'art est parvenu dans cette partie à un tel degré de perfection, que les étrangers préfèrent actuellement les fleurs de fabrique française à celles d'Italie, et qu'ils font ici beaucoup de commandes.
Evénements. — Hier, le maréchal des logis de la gendarmerie d'élite, qui est venu le 7 de ce mois chez le commissaire de police des Arcis prendre des renseignements sur la femme du nomntié Barthélémy, maçon, enceinte et très pauvre', a apporté à cette femme
!. Voir plus haut, p. 72.
[30 .iui> 1804) PAHIS SOUS L'EMPIRE 78
2:28 francs de la part de S. M. l'Kmpcreur et lui a recommandé de le faire prévenir aussitôt qu'elle serait accouchée, parce que Sa Majesté avait ordonné qu'on lui en rendit compte. Cet acte de bienfaisance a été bientôt connu, et le nom de Sa Majesté est couvert de bénédictions...
Bourse. — Les négociations de rentes ont été très nombreuses. Le cours s'était ouvert dans des dispositions peu favorables, mais des demandes, qui ont toujours beaucoup d'influence, ne se sont pas démenties ; elles ont donné lieu à une amélioration sensible, et on a cité particulièrement celles de MM. Martinet, Fould, Jouanne et Personne, agents. — 5 0/0, jouissance de germinal, 38 fr. 40, 43, 40, 35, 30; actions de la Banque de France, 1.100 francs. (Arch. nat., F', 3832.)
Journaux.
Gazette de France du 11 messidor : « Paris, 10 messidor. ...Si on va à Versailles pour voir jouer les eaux, on y va aussi pour voir jouer les acteurs de rOpéra-Coniique, qui y donnent une ou deux représentations par semaine; ils ont choisi le mardi et le vendredi. Elieviou a déjà joué deux fois, et chaque fois, dit-on, la recette s'est élevée à près de 1 .000 écus »
Il MESSIDOR AN XII ;50JU1N 1804).
RaI'I'OHT de la l'HKKECTUHK Dli POLICK DU 11 MESSIDOR.
Réunions. — M. Lespinas, adjudant-major à l'hôtel des Invalides, ami de M. Sahuc, tribun, dit que celui-ci parait peu satisfait du nouvel ordre de choses et de son sort actuel ; qu'il se plaint du gouvernement, et que, quoique très réservé, il répète quelquefois qu'il était loin de s'attendre à tout ce qui s'est passé depuis trois mois. On rapporte que le tribun Perreau se permet aussi des indiscrétions, et se plaint surtout de ce que le gouvernement ne rend point assez promptement justice sur les réclamations qui lui sont adressées. Dans un dîner qui eut lieu hier, et où se trouvaient des jeunes gens qui travaillent dans les études de MM. Ducanal et Pérignon, on parla de Moreau et des Bourbons, et ces jeunes gens prirent chaudement leur parti; mais quelques autres convives leur imposèrent sévèrement silence. Un M. Ghalicr, chef de brigade réformé, demeurant rue
79 PARIS SOUS L'EMPIRE [30 juin 1804]
Chariot, répète qu'il est certain qu'il règne beaucoup de mésintelligence dans le camp de Boulogne, et que les officiers en activité de service sont mécontents. Mais ce n'est guère que dans les sociétés particulières que l'on se permet de parler. Il règne dans les réunions publiques un calme qui, chaque jour, devient plus rassurant.
Spectacles. — On a donné, hier, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, la première représentation de la reprise du /^^ser^eur, ballet *. Sur les hmites qui se trouvent posées aux frontières des deux pays, on a substitué aux anciennes inscriptions, pour l'Allemagne les deux Aigles, et pour la France ces mots : Empire finançais. Ce ballet a été très applaudi, et principalement dans la scène où la grâce du déserteur est accordée. Il y avait beaucoup de monde à
cette représentation ; l'ordre a été maintenu
(Arch. nat., F^ 3832.)
Journaux.
Moniteur du 12 messidor : « Paris, le il messidor. ...Voici les propres expressions de l'étrange protestation du comte de Lille contre tout ce qui se fait et s'est fait en France, depuis la réunion des États généraux : « Protestaiion « du comte de Lille. — Varsovie, le 6 juin 1804. En prenant le titre d'Empe- « reur, en voulant le rendre héréditaire dans sa famille, Bonaparte vient de K mettre le sceau à son usurpation. Ce nouvel acte d'une révolution où tout, « dès l'origine a été nul, ne peut sans doute infirmer mes droits. Mais, comptable « de ma conduite à tous les souverains, dont les droits ne sont pas moins lésés « que les miens, et dont les trônes sont tous ébranlés par les principes dan- M gereux que le Sénat de Paris a osé mettre en avant; comptable à la France, à (( ma famille, à mon propre honneur, je croirais trahir la cause commune en « gardant le silence en cette occasion. Je déclare donc (après avoir, au besoin « renouvelé mes protestations contre tous les actes illégaux qui, depuis l'ou- « verture des États généraux de France, ont amené la crise effrayante dans « laquelle se trouvent et la France et l'Europe), je déclare, en présence de tous « les souverains, que loin de reconnaître le titre impérial que Bonaparte vient « de se faire déférer par un corps qui n'a pas même d'existence légitime, je « proteste et contre ce titre et contre tous les actes subséquents auxquels il pour- « rait donner lieu. » — « Ouvriers. Nouvel avis... Conformément à l'arrêté du gouvernement du 9 frimaire an XH, à l'ordonnance de police, du 20 pluviôse dernier, et à l'avis du 5 germinal suivant, les ouvriers domiciliés à Paris et des |)rofessions composant la classe ci-après étaient tenus de se pourvoir d"un livret, et les apprentis de la même classe, de se faire inscrire avant le 30 floréal dernier au bureau du commissaire de police de la division du Finistère, presbytère Saint-Marcel, cloître idem, n» 16. Le conseiller d'État, préfet de police, informé que beaucoup d'ouvriers et apprentis de cette classe n'ont pu se mettre en règle à cet égard, et voulant leur en faciliter les moyens, les pré-