‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 207 sur 221 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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(13 MAI «80S] l'AKIS SOIS L'EMIMRF: 778

remarquable que la dcslinée des deux maisons cjui ont appartenu à Julio; l'une fut ofcupée par un liomme qui, parmi tant de factieux atroces ou ridicules, oldiendra seul dans l'histoire le nom de tribun et d'orateur populaire ; l'autre, située dans une rue ipii dut dès hirs être appelée la rue de la Victoire, fut habitée par un héros <iui, dans la guerre, à la tète des armées républicalncd, vainquit tous les rois de TEurofie, et ([ui, dans la paix, plus heureux Iriomp'i'''''''"'. >*"' onchainer par des institutions monarchiques toutes les fartions populaires. Cependant le patriotisme de Julie ne s'en tint pas aux principes de l'Assemblée constituante; elle avait lu que, dans les anciennes républiques, les courtisanes célèbres avaient eu dans les alTaires i)ubliques une iniluence rpie les maîtresses des rois ont seules obtenue dans les monarrhifs. Julie, en se disant républicaine, se crut une Aspasic, et chercha vainement un Périclès parmi quebpies avocats de Bordeaux connus sous le nom de (îirondins. parti aucpiel elle resta toujours attachée ; non iseulemenl elle fut amie lirlèle, elle se montra souvent amie généreuse : exagérée dans ses Opinions, elle rendit beaucoup de services particuliers aux personnes du parti opposé au sien, contradiction qui s'explique facilement dans un sexe dont res|tril s'aigrit et s'exaspère aisément, mais dont le cœur se désarmé et s'attendrit plus facilement encore. Les dernières années de Julie furent obscures; sa facilité dans la conversation était devenue utie loquacité a laquelle une plume impolie donnerait un autre nom. Elle vivait retirée dans l'intimité de iiuelipies amis; elle était bonne mère, et ses fils l'aimaient tendrement; un d'eux fut reconnu et portait un nom illustre. Elle mourut avant cihquantè ans, et mourut cependant trop tard, puisqu'elle survécut à son fils. La vie de Julie peut être considérée <à trois époques différentes. Elle eiit avant la Kévolution une existence dont les apparences étaient agréables ; triais quoiqu'elle reçut chez elle la ville et la cour, elle était humiliée par celte idée troj) véritable (|ue, dans l'ordre moral et social, elle était fort au-dessous de l'épousé d'un simple artisan. Dans le cours de la ilévolution, elle eut la douleur de voir ses amis de la Gironde renversés par les mêmes principes dont ils s'i'taient eux-mômes servis pour renverser le trône : vibtimes doutilemerit mallienriMises qui, eti succotiibant sous le crime, ont donné à la vertu le droit dl" leur refuser la pitié. Depuis le 18 brumaire, elle a vu s'évanouir les chimères polili(|ues qui avaient servi de hochets à la maturité de son âge. L'amour materni'l est le seul sentiment (|ui lui ait donné des plaisirs purs. On peut tirer de ceci deux vérités. Les femmes ne peuvent trouver de bonheur ni de considération véritable, en cherchant la célébrité hors de la ligne qui leur est tracée par la nature et les institutions sociales. Dans le bouleversement des empires, les hommes puissants trouvent toujours pour premiers ennemis ceux rpi'ils avaient comblés de bienfaits inconsidérés, je veux dire les valets, les CDurlivaiKS et les courtisaus. m

"79 PARIS SOUS L'EMPIRE [14 mai 1805]

GGCLIX

Ministère de la police générale. — Bulletin du 23 FLOfiÉAL.

. . .La Dôme Villehaul. — Déposée aux Madelonnelte?, et au secret,

comme intimement liée avec le général Dubuc, réclame sa mise en

liberté et les sommes en or saisies chez elle, lors de son arrestation. Il

paraît constant que ces sommes lui appartiennent réellement. Elle

n'avait d'ailleurs été arrêtée que pour l'empêcher de donner l'éveil

sur cette affaire, qui est maintenant connue des banquiers et de leurs

amis. — La mettre en liberté, à la charge de rester en surveillance, et

lui rendre les sommes qu'elle réclame

FouciiÉ.

(Arch. nat., AF iv, 1493.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Réunions. — On dit qu'il y a encore une petite division dans le port (le Rochefort et qui doit mettre à la voile incessamment sous les ordres du contre-amiral Magon. — Ce matin, à la pointe du jour, les agents de police ont trouvé un petit placard bourbonisle alTiché près la rue des Alpes, près le Temple et un autre au coin des rues Neuvedes-Petits-Champs et Vivienne. Ils ont été arrachés de suite.

Spectacles. — On a donné, hier, au Théâtre-Français, la première représentation des Templiers, tragédie en cinq actes. Cet ouvrage a obtenu un grand succès. On a trouvé chaque caractère généralement bien tracé ; on a trouvé surtout que l'auteur s'était tiré très habilement d'un pas délicat, en évitant de rendre odieux le personnage dé Philippe-le-Bel. L'intérêt est toujours soutenu jusqu'au dénouement dans le cours de cet ouvrage, rempli d'ailleurs d'un grand nombre de beaux vers, qui ont été très applaudis. Les acteurs étaient encore en scène, que, par une acclamation générale, le public a demandé l'auteur. On est venu nommer M. Raynouard, connu pour avoir remporté un prix de poésie à l'Institut. Rien dans cette pièce n'a paru donner lieu à des applications. Plusieurs maximes, cependant, relatives aux ministres de la religion, ont été accueillies par de vifs applaudissements, mais ceux-ci n'avaient rien d'affecté et étaient donnés dans le meilleur esprit. Le calme a été parfait pendant toute la représentation.

(<5ilAil805j l'AHISSMlS I.KMIMHK 780

Jotiruaus. - Deux Hduvellfs uni |.,ini rcniarqn.ihles:, l'une dans la Gazette de France, l'aiilro dans li- Jnwnnl de Paris. La première |)(»rle, il'nprès nn jonrilul alleniantl, (|ue le dne réi^nanl de hriinswiek n'a l'U aceepler la décoralion <!e la Légion d"linnnenr, donl l'envoi avait élé fait par S. AL IKmpereiii ri Moi, vu(|uo les slatiils de Tordre de la Jarrelièi-e. donl il esl nninlue, exigeaient une autorisation expresse du grand-maître pour se faire recevoir membre d'un aiitre ordre; tpie ce prince, toulelois, avait été sensible à cette marque d'allenliou et avait écrit lui-même i\ l'Empereur qu'aussitôt que la paix serait établie entre les deux puissances, il regarderait comme son premier et son plus cber- devoir de cliercber à obtenir cette autorisation. L'autre nouvelle porle que le roi de Sardaigne recevra pour indemnités les Iles de Corloti, Cérigo et Malte avec le titre de grandmailie. Les autres nouvelles sont moins importantes.

liinuse. — Les variations du cours des 5 0/0 ont élé peu nombreuses, et elles ont eu un résultat assez insignifiant; il ne s'est point fait d'affaires assez majeures pour intluencer, maison a remarcpie ipie les demandes, qui se multipliaient vers la fin de la Bourse, annoncaienl le besoin de rentes pour la liquidation dont le terme approcbe ; en conséquence, on croit, généralement, à une nouvelle bausse avant la lin du courant. — 5 0/0, jouissance de germinal an Mil, ')'.> fr. 20, 30, 25, 10, 20. Id., jouissance de vendémiaire an .\1V, .')() fr. 20. Ordonnances pour rescriptions de domaines,

1)1 francs.

Dubois.

(Arch. nat., V, 38;i3.)

JoiHNALIX.

Courrier français du 25 iloréal : « Paris, 2i floréal. Le collège électoral du dé|iarlcment îles Haiites-l'vrénéos vient de nommer M. Bertrand Barère, candidat au Corps législatif. »

CGCLX

MiMSTl'lin; I)F. LA POUCE GKNftRAI.t:. — BuLLET1N|I)U 26 FLORÉAL.

Paris. Lèijation autrichienne — M. Krutboffer, ayant reçu aujourdbui la visite d'un émigré qui a servi en Autriche, lui a demandé s'il navail rien entendu dire de l'Espagne. «11 circule, a-t-il ajouté,

781 PARIS SOUS L'EMPIRE [lo mai 180gJ

qu'une armée française doit y entrer bientôt, soit pour protéger ce royaume contre les Anglais, soit pour pénétrer en Portugal. Il serait aussi possible que le prince de la Paix voulût s'emparer du trône, et remplacer un monarque imbécile ; mais alors il serait plus naturel de donner aux Espagnols un souverain de la dynastie actuelle. On assure que M. Junotaeu des intentions positives à ce sujet, et que son séjour à Madrid n'a pas eu d'autre objet. »...

Ouvriers. — S. A. Sér. le prince Murât ayant donné avis au sénateur ministre du refus fait par les ouvriers du Louvre, le 17 de ce mois, de continuer leurs travaux, la préfecture a été chargée de prendre les mesures convenables pour faire cesser cette résistance. Suivant son rapport, dès le 18, l'ordre a été rétabli parmi ces ouvriers. On continue de les surveiller

(Arch. nat., AF iv, 1493.)

Rapport de la pkèfectuke de police du même jour.

Réunions. — Des personnes qui arrivent de Boulogne et des ports voisins rapportent qu'il y a toujours beaucoup de mouvements parmi les troupes, qu'elles attendent avec impatience le moment de passer en Angleterre. On ajoute qu'une petite Qottille espagnole doit arriver sous peu à Ambleteuse. — Les réunions publiques et particulières n'offrent absolument rien de remarquable.

Journaux. — Les feuilles de ce jour ne contiennent aucune nouvelle qui n'ait été déjà donnée précédemment.

Bourse. — Les négociations ont été très animées, et, depuis l'ouverture jusqu'aux derniers moments de la Bourse, la hausse des rentes n'a pas éprouvé le plus léger obstacle. On met au nombre des motifs de cette progression soutenue des achats très considérables faits par les Hollandais; mais l'affermissement de la confiance y contribue également ; les porteurs de rentes, loin de chercher à réaliser des bénéfices, achètent tous les jours. M. Guyot, agent, qui avait besoin de 2,300 francs, n'a pu se les procurer qu'en quatre parties. Les actions de la Banque ont été très demandées, et leur cours a monté très rapidement. — o 0/0, jouissance de germinal an XIII, 59 fr. 20, 25, 30, 23, 30, 25. Ici., jouissance de vendémiaire an XIV, 56 fr. 20, Actions de la Banque de France, 1,262 fr. 30; 1,260 francs; 1,262 fr. 50.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

[16 haï 1805] l'AMJS SOLIS L'EMIMHE 782

Jim H.NAt \.

t'nitrruT finurnis du 26 floréal : « Pnris. 26 florcnl. On a donnô hier au Tln'àlro-Fraixjais la promièro repn'sculalion des Templiers, tragédie de M. Haynouard, aulcur de Socrale dans le temple d'Af/laure, poème couronné par rinslilul nalioual. Cet ouvrage a obtenu le plus brillant succès. Parmi les beautés ipril reufernie, il en est de premier ordre, et les défauts qui ont pu <}tre aperçus appartiennent au sujet, et presque tous sont le résultat du soin avec lequel l'auteur a uni, autant ((ue possible, la fidélité historique aux convenances tbéAtralrs. De l'intérêt, de belles intentions dramatiques, des scènes d'un grand eiïel, un rôle admirable, des traits pathétiques, quelquesuns sublimes, un style nerveux, des idées élevées, des vers qui seront retenus: \n\\h ce qui a justifié l'enthousiasme du public. » — « L'ouverture <lu Théâtre de la Cité était une espèce de fête pour celte partie de la capitale, ([ui est habiluellemen! privée de spectacles. La salle a été restaurée avec autant de soin que de goût, et l'on |)eut dire qu'elle est aujourd'hui l'une des pins jolies de Paris. On remarque surtout l'art avec lequel on a peint la toile. Elle présente l'un des tableaux les plus agréables qu'on puisse offrir aux regards. La perspective est prise de la place Dauphine, et montre successivement le milieu du Pont-Meuf, avec toutes les scènes qui l'animent ; le Pont-des-Arls ayant à sa droite le Louvre et les Tuileries, à sa gauche les beaux édifices de la Monnaie, des Quatre-Nations et le superbe quai Voltaire, dont les maisons semblent couronner ce beau paysage. Les objets sont représentés avec tant d'art que l'illusion est complète. Ce tableau a fixé l'attention et mérité les suffrages de tous les spectateurs. Malheureusement il est devenu l'uniiiue spectacle dont on ait pu être satisfait ; les pièces qu'on a données n'ont point n'-pondu à l'attente du public. L'administration de ce Ihéâlrc aura besoin de liraiicmip île soin pour n'parcr ce jjremier échec. »

CCGLXI

^211 l'LOPiKAL AN XIII (16 MAI 1803).

Journaux.

Mnnileur dw 27 lloréal : « Comitk de vaccine. Le Comité central de vaccine près Son Excellence le ministre de l'intérieur s'occupe de vérifier, par une série d'expériences, l'importante découverte faite par M. Charles-Edouard Auber, docteur-médecin (1(! Pont-l'Évêque, département du Calvados, d'un moyen de conserver pendant plusieurs années sans altération le vaccin. L'examen de n- moyen ou procédé a été |>rovoqué par l'auteur inventeur luini<>me, qui déjà a oblcnii du Comité central de la Société de médecine, de ses collègues dans l'art de guérir, et de tous les hommes qui savent apprécier le mérite d'une invention si généralement utile, des témoignages authentiques cl honorables qu'il regarde comme la plus digne réconq)ense de son

783 PARIS SOUS L'EMPIRE [17 mai 1805]

zèle et de ses travaux. Les pièces et les. mémoires destinés à recueillir tout ce qui concerne cette découverte récente sont en ce moment sous presse, et ne tarderont pas à devenir publics. L'édition en sera due au libraire Moreau, rue des Grands-Augustins, no 120 )i — Journal des Débats du 27 floréal : « Paris, 26 floréal. La première huitaine qui se passera sans pluie doit être suivie à Frascati d'une fête charmante. Il y aura concert sous la charmille et dans les salons : on v entendra des voix italiennes. »

CCGLXII

Ministère de la polick génékalk. — Bulletin du :28 flohéal.

. . .Dubuc et Rossol'm. — La [)réfeclure rapporte que le banquier de la cour de Londrps, Haminersley, vient encore d'adresser à la maison Tliornton et Power de Paris, parcelle du même noni établie à Hambourg, 19.300 livres pour les agents Dubuc et Rossolin {Bulletin des 13 et 14 floréal'). Ils en ont signé les quittances, ce qui porte les sommes saisies à 29.581 livres

(Arch. nat., AFiv, 1493.)

Rapport de la piîéfecture de police du même .iouh.

Réunions. — Le léger échec que nous avons éprouvé dans les parages de Boulogne et Calais n'a fait à Paris aucune espèce de sensation. Des lettres, reçues dans le commerce, annoncent que l'amiral Nelson a passé le détroit de Gibraltar peu de jours après la Hotte française et espagnole ; que les Espagnols ont encore vingt-cinq vaisseaux de ligne tous armés et équipés et à la disposition de l'Empereur. On renouvelle le bruit d'un très prochain rapprochement entre la France et la Russie. — La nomination de Barère comme candidat au Corps législatif, annoncée dans les journaux-, a donné lieu à beaucoup de pro[)os.

Journaux. — La Gazelle de France ajoute, seule, quelques nouvelles à celles que l'on connaît déjà sur l'Angleterre. Elles oITrent l'aperçu suivant. A Londres, le 8 uuii, on venait d'apprendre et le

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