‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 212 sur 221 · francs · texte numérisé non relu

francs

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

Journaux.

Journal des Débats du 5 prairial : « Paris, i prairial. Hier, à l'occasion du couroiuiement de S. M. Fempereur des Français comme roi d'Italie, la joie publique a éclaté de toutes ])arts. La cérémonie religieuse qui avait eu lieu à Notre-Dame avait attiré un concours considérable. Le salut a été célébré avec pompe ; la musique en était brillante. Le soir, tous les théâtres, sans exception, ont donné spectacle gratis. On s'y est porté en foule ; la décence, la gaité et le bon ordre ont constamment régné. Vers la chute du jour, les monuments publics et une immense quantité de maisons particulières ont été illuminés. Cette illumination s|)ontanée de la part des habitants de Paris était un hommage que les Parisiens aimaient à rendre au souverain qui s'est voué au bonheur de la France. Nul accident n'a troublé cette fête intéressante. Nous apprenons à l'instant que la môme allégresse s'est manifestée dans toutes les communes de Paris. ■> — « Conformément à une délibération du consistoire de l'Église réformée du département de la Seine, les ministres de ce culte ([ui ont officié hier dans les temples de la rue Saint-Thomas-du- Louvre et de celle Saint-Antoine ont solennellement rendu grâces à Dieu du sacre de Napoléon, empereur des Français, conmie roi d'Italie. » — a Le général César lierlhier, chef d'état-major général du gouvernement de Paris cl de la première division militaire, a réuni hier chez lui les officiers généraux et colonels de la garnison de Paris, pour célébrer le couronnement de S. M. l'empereur des Français roi d'Italie. Les toasts, dictés par l'amour, l'enthousiasme et l'admiration qu'inspire le grand homme qui nous gouverne, furent successivement portés. Par le général Broussier : « A l'Empereur et Itoi : qu'il vive pour notre bonheur aussi longtemps ([ue sa gloire ! Puissionsnous sur la brèche, et en punissant le plus perfide gouvernement, lui prouver notre amour et notre fidélité ! » Par le général IJerthier : « A l'Impératrice, digne compagne du héros, objet do notre amour, et qui, par ses grâces et ses soins, en h; rendant heureux, a su captiver les cœurs, non seulement des Français, mais de tous les peuples chez qui ses bienfaits sont connus. Aux princes el princesses de Taugusle famille ! » l'ar le général Lasalle, notre gouverneur : « Ses hauts faits, les qualités de son cœur le rendent cher à tous les militaires; qu'il voie dans l'expression de nos sentiments le garant de notre zèle et de notre dévouement !» — « En exécution du 23^ des articles organiques des cultes protestants, de la loi du 18 germinal an X, le consistoire

1804) l'MilS sors I;FMI'II{K 800

de riv'lise réforiiK-c du départoiiu'iil de la Seine s'est assemblé oxtraordinaireinenl vendredi dernier, 27 lloréal, avec l'aulorisalion de M, le conseiller «l'Klal. préfet diidil départeinenl. el, réuni k douze des chefs de famille l»rolfslanl.s les |dus imposés, il a procédé au renouvellement par moitié de ses memlires. I.es choix se sont portés sur MM. de Jau(-otnt et Kigal, sénateurs; IMi-lel. Iriltuii ; Hiderman, n''i,'Ocianl ; Féline père et Uenouard, propriétaires foiu-ii'rs. Les memhres du consistoire continués dans leurs fonctions sont : MM. l'fleUde la Lozère), conseiller d'État ; Sers el Boissy d'Anglas, sénateurs; Haliaul jeune, législateur ; Delessert père et Mallet aîné, banquiers. » — « La fétc donnée hier à Neuilly par S. A. S. le prince Murât, à l'occasion du couronnement de S. M. l'Empereur et Uoi, réunissait tout ce qui caractérise la jjrAce française. Le luxe y était en quelque sorte voilé par l'élégance. Au même moment où les arts de l'ingénieuse Italie déployaient toutes leurs merveilles sous les regards de Leurs Majestés, la gaité et la galanterie françaises remlaient le même hommage au règne heureux qui les a rappelées après un si long exil. Tout était animé par les attentions délicates et empressées d'un prince qui attire les regards dans un jour de fête comme dans un jour de bataille. A tous les agréments d'un cliàteau et d'un jardin délicieux, situés sur les bords de la Seine, et resplendissant de tout l'éclat d'une belle illumination, se joignaient des salles nouvellement construites, décorées avec goût, ([ui avaient la fraîcheur et la grâce de l'impromptu. C'est là qu'un festin charmant fut servi à des femmes dont la beauté et la parure éclatantes répandaient de l'enchantement sur ces lieux. On y regrettait de ne n'y point voir la princesse Caroline, que sa santé oblige encore à quelques pn'-caulions. Le bal, qui fut ouvert par le prince, dura jusqu'à quatre heures du matin. » — linllelin de L' Europe d\i b prairial : « Paris, le 4 prairial. Nous éprouvons toujours des alternatives de froid et de chaud, qui continuent diniluer sur la santé. Les maladies de la semaine dernière ont offert des anomalies dont les indications n'étaient pas faciles à saisir, mais dont les effets ri'snUaient de C(>lte température incertaine. On a remarqué beaucoup d'alTections goutteuses, des catarrhes cl des péripneumonies. Les femmes elles enfants ont offert beaucoup de fièvres exanthématiques ; l'affection s'annonçait par une petite toux sèche, le larmoiement des yeux et la constipation. Des buissons légèrement calminatives et des purgatifs doux ont obtenu tous les succès (\n'(tn pouvait désirer. Il restait ([uelquefois une toux gutturale, qu'il ne faut pas négliger. Ce dernier symptôme a révélé et puni en même temps l'imprudence des jeunes femmes, qui, consultant plus le thermomètre de leur chambre à coucher que celui de M . Chevalier, ont été condamnées à quelques jours d'arrêt auprès de leur feu, pour s'être trop hâtées de le quitter sans |irécauti(»n. On a cru remarquer aussi que l'insertion de la vaccine s'était montrée plus difficile, el il est bon d'ajouter ici, contre ceux qui voudraient prendre de là occasion de calomnier cette bienfaisante découverte, que beaucoup de vaccinations n'ont eu, à raison de la température, que des irruptions imparfaites. Au reste, il faut espérer que cette température maligne cessera avec la lune<pii parait la gouverner. »

801 PARIS SOUS L'EMPIRE [25 mai 1805]

CGGLXX

5 PRAIRIAL AN XIII (2o MAI 1805).

Rapport de la préfecture de police du 6 prairial.

On rapporte que M, le marquis de Gallo a, pour correspondant intime, à Paris, le banquier Lagréca, rue Cadet, n° 8, et que celui-ci est véritablement son agent secret. Le sieur Lagréca écrit souvent à Londres, sous le couvert de M. de Gallo ; il s'informe avec soin de tout ce qui se passe à Paris, et surtout des nouvelles de nos ports et nos dispositions maritimes. Ce banquier se plaît à répéter, dans sa société intime, que S. M. IKmpereur et Roi sera toujours mal avec la cour de Naples, que l'Empire français est jalousé par toutes les puissances du continent, et que la paix générale est plus éloignée qu'on ne pense.

La police est instruite que le ministre des finances a, depuis huit à dix mois, au moins, un carton plein de rapports sur les délits, les abus et le défaut de surveillance qui existent dans les forêts de l'Empire.

Ouvriers. — Les tailleurs de pierre ont décidé entre eux, de faire, demain lundi, ce qu'ils appellent Grève (c'est-à-dire quitter l'ouvrage), pour demander de l'augmentalion. Les mesures nécessaires sont prises pour les en empêcber.

Journaux. — On retrouve, dans plusieurs journaux, une ordonnance du congrès des États-Unis, sanctionnée par le président Jefferson. portant défense à tous bâtiments de cette République d'aborder des ports des colonies occidentales ou des Guyanes, à moins d'y être forcés par des accidents involontaires, et sans une garantie formelle que leurs armements et munitions ne seront employés dans aucune vue hostile. On y retrouve pareillement l'annonce d'une attaque tentée sans aucun succès de la part de la croisière anglaise, forte de quinze bâtiments de guerre, contre une division de la flottille, en rade à Boulogne, laquelle division, soutenue des batteries des côtes, força la croisière à gagner le laige. — Le Journal des Débats annonce [josilivement que l'escadre de Rochel'ort est rentrée dans nos ports. — Le Bulletin de l'Europe donne la même nouvelle et ajoute que cette tlotle, après avoir complètement ravitaillé nos colonies, rapporte environ 120 millions en argent ou marcbandises Tome I. r,!

prises sur les Atifilais. — Un assiin*, dit ailli'iii? le Journal des Dobats

(jin- S. A. I. le prince Louis, t;st nommé gouverneur général des six

iléparlemenls du PiémonL — Les uulres articles des journaux stml en

majeure partie copiés sur le journal /e Monileur.

Dubois.

(Arch. n;it., V, 3833.)

JOUHNAUX.

Jourind di's Ihhdt.t, du G prairial : « Paris, o prairial. Los médecius nous aruioiirciil <|iu' les variations de température occasionnent des maladies. Ces clian;;cnifnls scml ordinaires à Paris. M. Mcssier, qui fait depuis plus de cimpiantcans, avec une assiduité sans exem|)le, les observations météorolol<ii|ues. a vu li- thermomètre en un mois aller de 2 degrés jusqu'à 16. Moimême je lai vu une fois, le 8 mars, à 8 degrés de froid, et une fois, le 25 de mars, à 2îJ degrés de chaud. Cela fait voir combien nos printemps sont variables. En Iî'.i3, toutes les vignes de France gelèrent le 31 de mai. Nous dépendons des vcnls; pour le Nord, des lavanges de neige; pour TOrient, des ouragans de la Tarlarie ; pour l'Occident, des tempêtes, des trombes et des volcans de mer. Nous n'avons donc aucuns moyens, ni aucune espérance d'élrc aflrancliis des inconvénients inévitables à nos climats ; il n'y a qu'un moyen qui dépende de nous, c'est celui de la tempérance. En mangeant peu, l'on se garantit des maladies ; l'abstinence du Carême, établie par la religion, était également conseillée par l'hygiène, mais ce n'est pas la manière dont on le fait. Il est inutile d'ajouter qu'il faut se garantir du froid et ne pas s'habiller comme font nos élégantes depuis deux ans. Je les renvoie au livre de M. de Sainl-Lirsin. Lalande. » — Courrier français du 6 prairial : « Paris, H prairial. Nous avons omis de dire que, le 3, tous les théâtres de Paris ont donné spectacle gratis k l'occasion du couronnement de l'empereur des Français, couronné roi d'Italie. Il y avait foule et le plus grand ordre a régné partout, laid la police, dans ces jours de fête, redouble «le zèle ctdes sages précautions jiour éviter confusion et accidents, toujours affligeants, lorsqu'il s'agit de procurer des plaisirs au peuple. Le vent qu'il a fait le jour, ayant continué le soir, il a beaucoup diminué l'éclat qu'on se promettait des nombreuses illuminations préparées ; plusieurs ont cependant résisté, surtout celles des monuments publics. »

CCGLXXI () PUAI m AL AN .XllI (-26 MAI 1805).

I{\l'rnnr l>K LA l'HEI'KCTUHK DE l'OLTCIÎ DU 7 PHAIIUAL.

Iti^uniuv.s. — Les dernières iu)uvelles insérées dans les papiers publics sur la rentrée .le la llolle de Rochefort et les détails relalils à I An-lelern; foni l'objul de toutes les conversations, et ont produit

803 PARIS SOUS L'EMPIRE [27 mai 1805]

partout le meilleur effel. — Un sieur Devassan, émigré rentré, demeurant rue des Filles du Calvaire, dit que les ex-nobles ont à présent perdu tutalement l'espoir de voir les Bourbons rentrer en France, et qu'ils sentent enfin qu'il faut à peu près abandonner ce parti. -^ Les réunions publiques sont toujours aussi nombreuses que tranquilles.

Culte. — L'abbé Fournier a attiré, encore hier, la foule dans l'église de Saint-Germain-des-Prés. Il a prêché sur le bonheur des Saints dans le Ciel. Suivant son usage, il a tonné contre les philosophes, mais plus particulièrement contre l'indécence des statues exposées dans les jardins publics, contre les spectacles et la dissolution des mœurs.

Journaux. — Les feuilles de ce jour ne sont remplies que des articles et notes qui ont été publiés hier par le Moniteur.

Bourse. — Les apparences de hausse qui s'étaient manifestées à la fin de la dernière Bourse ont donné au cours des rentes une impulsion très vive ; il s'est fait aujourd'hui beaucoup d'affaires ; l'amélioration sensible des cinq pour cent a été rapide ; on l'attribue aux nouvelles reçues, et à l'espérance d'en recevoir encore de plus favorables ; la rareté extraordinaire de l'effet y contribue, et des rachats nombreux en sont la preuve. Les actions de la Banque ont un élan proportionné à celui des rentes. Les transactions commerciales éprouvent plus de stagnation que jamais, et les courtiers, loin de s'en étonner, conviennent que, dans des circonstances aussi favorables, les détailleurs et consommateurs doivent aller au jour le jour, parce que, d'un instant à l'autre, tous les prix peuvent être furtement en baisse. — 5 0/0, jouissance de germinal an XllI, 60 fr. 30, 40, oO, 40, 35 ; 60 fr. 30, 25, 50, 40, 30. Actions de la Banque de France, 1.285 francs;

d.286 fr. 25.

Dubois.

(Arch. nat, F^, 3833.)

CGCLXXII

Rapport de la préfkcture de pouce du 8 prairial.

Réunions. — On assurait, hier, chez .M™^ de Riclielieu, (jue le roi de Suède avait renvoyé au roi de Prusse l'ordre de l'Aigle noir, parce que ce souverain s'était décoré de l'Étoile de la Légion d'honneur. — On

[27 MAI 1805] PAmS SOUS LEMPIHE 804

r»'pan<l la nouvelle de la morl du j^rand- maître de l'ordre de Malte. — M Mauvielle, évéïjue de Sainl-Doiningue, et arrivé tout récemment a Paris, dit que l'on croit au prochain retour des Français dans cette colonie ; que les noirs sont très divisés entre eux, et qu'il sera bien facile de les soumettre.

Militaires. — On rapporte qu'il existe encore beaucoup de méconlenleuient parmi los Invalides de l'Hôtel ; qu'ils se plaignent de la rigueur de la discipline et de la mauvaise qualité des fournitures.

Journaux. — Les journaux doivent au Moniteur de la veille une IxinuL- partit; de leurs articles. On remarque néanmoins quelques nouvtdlis. L'une, datée de Cadix, le 7 mai, donnée par le Journal des Débats, pctrle que Nelson a passé, le 6, le détroit de Gilbraltar avec sim escadre, composée de onze vaisseaux, quatre frégates et trois liricks ; elle porte, en outre, que l'escadre du Ferrol avait aussi fait sa jonction avec celle de Cadix. — Il est question, dans le même journal, du rappel à Berlin de l'envoyé de la cour de Prusse à Stockholm. — Il y est dit encore, dans un article daté de Bayonne, le 28 lloréal, que la grande expédition des Anglais était entrée dans la rade de Lisbonne ; qu'il avait dû être notifié au gouvernement portugais, par les ambassadeurs français et espagnols, que la guerre serait déclarée, si, aprèsquarante-huitheures, l'expédition anglaise était encore dansle 'Page; que les Anglais, au surplus, étaient sortis du port de Lisbonne. — Le Journal de Paris, au contraire de ce qu'avait publié le Journal des Débats, que le duc de Brunswick avait refusé le grand-cordon de la Légion d'honneur, annonce que ce duc, bien loin de l'avoir refusé, a accepté la grande décoration avec des témoignages manifestes de satisfaction.

Bourse. — Les négociations de rentes ont été très nombreuses, et le cours s'est amélioré, principalement au moment de la clôture, où des demandes multipliées l'ont porté dans un instant de 60 fr. 60 à CI) fr. HO p(.ur la lin du courant. H ne s'est point fait d'actions de la Banque au comptant, mais beaucoup à termes et au cours de l.:iOO francs pour la lin de ce mois. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an .Mil, 60 fr. 40, 35, 40, 60, 50. /</., jouissance de vendémiaire an .\IV, 57 fr. 50.

Dubois.

(Arcli. nal., F' ;J833.)

805 PARIS SOUS L'EMPIRE [28 mai 1805]

GCCLXXIII

Ministère de la police générale, — Bulletin du 9 prairial.

Paris. Mililaires. — Une personne qui fréquente les militaires et a avec eux des liaisons intimes rapporte que la circulaire du ministre de la guerre, sur l'avancement, a produit le meilleur effet . Plus de cent officiers ou soldats, avec lesquels cette personne s'est entretenue successivement, lui ont marqué le plus sincère attachement à Sa Majesté et la même ardeur que le militaire manifestait dans le commencement de la Révolution. Cette personne avait observé auparavant un esprit de mécontentement presque général, et a mis plus d'attention à s'assurer du changement qu'elle remarquait

(Arch. nat., AF iv, 1493.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Réunions. — Lord Elgin dit qu'il est impossible que la paix n'ait pas lieu, sous très peu de temps, entre la France et l'Angleterre, et il a proposé un pari de o.OOO guinées à ce sujet. Ce qui se passe sur mer et en Italie occupe toutes les classes de la société. Un officier du génie, qui faisait partie de la première flotte de Rochefort, dit que cette expédition a été une véritable partie de plaisir ; que l'escadre n'a éprouvé aucun coup de vent ; que les papiers publics, loin d'avoir exagéré les succès, sont tous au-dessous delà vérité; et enfin que la perte éprouvée par les Anglais est incalculable.

Journaux. — Les journaux n'ajoutent rien aux nouvelles fiu'ils ont données en dernier lieu. Ils se réduisent aujourd'hui à des articles copiés du Moniteur.

Bourse. — Il ne s'est pas fait moins d'affaires que les jours précédents, mais le cours des cinq pour cent a éprouvé successivement plusieurs mouvements de faiblesse, dont le résultat a été néanmoins presque insensible. — o 0/0, jouissance de germinal an XIII, fiO (r. 05, 70, 60, 30, 33, 30. Actions de la Banque de France, 1.302 fr. 50;

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