‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 213 sur 221 · francs; 1.297 Ir · texte numérisé non relu

francs; 1.297 Ir

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

(29 MAI f805] PAIUS SOUS l/EMPIRE 806

Journaux.

Jourtinl des iJrbats, du 9 prairial : « Paj-is, 8 prairial. Des journaux allemantis avaioiil |.rrl(Miclii (luc le duc de Urunswick avait jugé le grand cordon do la I.rpon d'honneur inconi|ialil)lc, quant à présent, avec l'ordre de la Jarretière, dont il est niomltre. Ouelques feuilles de Paris avaient inséré cet article, (/ue nous a avions réprU'. qu après elles. Nous ap|)renons aujourd'hui que tout ce récit était entièrement dépourvu de iondement. Le duc de Hrunswick a reçu la grande décoration avec d'autant plus de joie qu'étant un général distin^^ué, il la lenait du premier capitaine du siècle, et qu'ayant été conduit par les événements et par l'ordre de son souverain à faire la guerre à la France, il trouvait une occasion de se livrer à des sentiments qui n'étaient plus contrariés par ses devoirs. » — « On voit dans latelier de M. Masson, sculpteur, rue de Hivoli, les portraits en buste de MM. les maréchaux d'Empire : Masséna, Brune, Augereau et Lannes. On donne beaucoup d'éloges à la manière dont l'artiste a saisi et rendu l'expression particulière de chaque physionomie. Les têtes, nous écril-on, sont parfaitement modelées et ont la simplicité de l'antique. » — << Depuis quelques jours, les curieux et les amateurs vont admirer dans l'atelier de .M. (Jérard un portrait en pied de Mme Récamier. On dit ce portrait un des meilleurs qu'ait faits cet artiste célèbre. »

GCCLXXIV

Rai'I'out rir. la i'rkkegtuiu-: de polick du \0 i-hatrial.

/iéunions. — L'on attend avec impalience des délails officiels et étendus sur les opérations de la flotte de Rocliefort. On dit que les iiurtaux de la marine sont très occupés du dépouillement des pièces, nueltjues personnes, qui ont accès dans les biireaux, prétendent qu'on n'y est pas Irop enthousiasmé des avantages que l'on a annoncés d.insie pid)lic. On répand que la flotte de Toulon a pris sur sa roule deux vaisseaux de Iif;ne anglais. — On débitait, hier, qu'un courrier, arrivé le 8 de Milan, avait rapporté qu'unexonspiration devait éclater le jour di; l'Ascension ; (jue Sa Majesté s'était néanmoins rendue au spectacle, où l'on avait établi une forte garde ; que douze individus s'étaii-nt précipités pour arriver jusqu'à Sa Majesté, et qu'ils en avaient été empêchés par la force armée, qui avait arrêté six d'entre eux, parmi lesijuels était un Anglais. Cette nouvelle, qui s'est répandue au Jardin des Tuileries et dans les cafés, a [taru douteuse, parce que le journal ofliciel n'en a lait aucune mention.

Culte. — Li; vicaire de Saint-Hocli a marié, ces jours derniers, un

807 PARIS SOUS L'EMPIRE [29 mai 180r)]

calliolique avec une demoiselle prolestanle. Avant de prononcer les paroles sacramentelles, il s'est permis les remontrances les plus dures à l'égard de la jeune personne et l'a menacée hautement des flammes de l'enfer, si elle ne changeait de religion. Le père, indigné, a suivi le prêtre jusque dans la sacristie et lui a fait les plus vifs reproches. Cette scène a fait du bruit. Les bedeaux sont accourus, et la querelle aurait pu devenir plus violente sans la modération et la sagesse du protestant.

Journaux. — On distingue quelques nouvelles dans les feuilles de ce jour. Dans la Gazelle de France^ se trouve un article daté de Londres, le 16 mai, portant que les dépêches récemment parvenues de Russie en cette ville avaient fait évanouir toute espérance d'un traité de subsides, sur lequel comptait le gouvernement britannique. La Russie, est-il dit, met aujourd'hui à ce traité des conditions tellement inadmissibles, qu'il faut les regarder comme un moyen honnête de rompre tontes négociations à ce sujet. — D'autres nouvelles de Londres, reçues à Copenhague, portent qu'environ douze vaisseaux danois, arrêtés dans leur navigation par la marine anglaise, ont été conduits en Angleterre. — Quelques articles produits sur l'étranger par le Journal de Paris n'oflrent pas moins d'intérêt. 11 est annoncé d'Augsbt)urg, à la date du 18 mai, que le roi de Prusse, répondant à l'empereur de Russie sur ses différends avec la Suède, a déclaré qu'il n'a jamais eu l'intention de porter atteinte à la souveraineté du roi de Suéde, mais qu'il ne souffrira pas que la Puméranie suédoise serve de lieu de rassemblement à un corps d'armée qui pourrait attirer sur ce point contigu aux Étals prussiens le fléau de la guerre ; qu'il a en outre assuré l'empereur de Russie que les Français n'ont aucune vue hostile sur la Poméranie suédoise, si on ne les provoque. On ajoute qu(3 le cabinet de Pélersbourg a été si satisfait de cette réponse qu'il l'a fait insérer dans la feuille de la cour. L'envoyé de Suède, à Berlin, ayant remis une nouvelle note, il lui a été répondu que, tJepuis que la Suède avait réclamé l'intervention de la Russie, S. M. Prussienne prétendait ne correspondre qu'avec cette puissance. La cour de Stockholm fajt des démarches pour se rapprocher de celle de Vienne et se montre enfin disposée à reconnaître la dignité de l'Empereur héréditaire d'Autriche. Le Journal de Paris donne, de plus, une idée de l'opinion qui existe dans la classe même des personnages les plus distingués à Londres, au sujet de la prise des frégates espagnoles. Ils nomment bautement piralerie et brigandage la manière dont s'est comporté le ministère britannique dans celte honleuse a/faire. — T^es journaux annoncent qu'à la date du 18 mai.

(29,... 18051 l'AltiS SOIS 1/EMlMItE 808

M. JérAme «ona|.arl.' .•..nlinii.-.il .le s.V|oiirner ii Gènes. — Ils rionnenl ftii^si quelque'' m.hinvII.-^ des Ih.'.Ur.-s cl entr'aulres celle .le la fermeture .le la J^alle lies FraïK.-ais .liiraiil .leiix mois, pendant lequel lemps les onvédiens iraient j<.uei- dans la salle du théâtre Favart, les acteurs .le celui-ci suspendant eux-nxînies leurs représentations.

Bourse. — Les nég.u-iations de rentes ont été moins tiomhreuses et ont eu le même résultat qu'hier. Le cours, qui avait paru faible dahord, s'est améli..ré.lans les derniers moments, et Ton croit généralement à la hausse. Les actions de la Banque n'ont pus été cotées, m;iisuti a r.-iuarqué quelles étaient offertes. 11 s'est fait des actions d.s p.mts à 1.440 francs. Ce cours ne pourra être porté que sur la o.de .le demain, parce qu'on ne l'a connu que tro|) tard. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 60 fr. 30, 35, 45, 40. Id., jouissance

de ven.lémiaire an XIV, 57 fr. 35.

Dubois.

(Arch. n.it., F^ 3833.)

Journaux.

Courrier français du 10 prairial : a Paris, 9 prairial. M. de Laplace vient d.' pulilier le qiialri."'me volume de sa Mécanique céleste. » — « Un de nos journaux public comme il suit la statistique du département de la Seine, pris dans sa plus grande étendue, soit du Sud au Nord, soit de l'Est à l'Ouest. Ce .h'iiarlemenl a de diamètre 7 lieues de 2.000 toises, ou 27 kilomètres 286 mètres, et renferme suivant le dernier recensement, 631.531 habitants, savoir :

Hommes mariés ou veufs 1 09. 881

Femmes mariées ou veuves 109.314

(iarrons de tous âges 138.329

Filles de tous âges . 137.169

Militaires de tout grade 16.738

Le nombre des naissances de l'an XII, tant en mariage que hors de mariage, a été de 20.402 ; celui des décès, de 24.202 ; celui des mariages, de 4.277; celui des divorces, de 320. Paris a 54 barrières, 15 ponts, 7 passages deau, :t:{ ipiais, 19 al)reuvoirs, 60 fontaines, 9 pompes à vapeur, 2 écoles de natations, 12 emplacements de bains publics, 12 municipalités. La première municipalité est aussi la plus remanpiable, en ce qu'elle renferme le palais de l'Empereur et ce magnili(|ue jardin, .pii n'était autrefois qu'une tuilerie, dont il a conservé le nom. L'é.-lairage se compose intra imiros de 4.209 lanternes ou y.iisrj becs (le lumière, et sur la roule de Saint-Cloud, de|)uis la banière des IJons-llommi's jusqu'à la grille du cliàteau, de 77 lanternes et 171 becs de lumière Le pavé de Paris date du règne de IMiilippe-Augiiste. Un financier, nommé (iérard .Ir Poissy, fit uru; action bien rare sous ce règne : voyant que b.' roi n'épargnait ni peines, ni dépenses j)Our embellir sa capitale, il consacra la moitié de son bien ;i en faire paver les rues. Cette entreprise, vraiment

809 PARIS SOUS L'EMPIÏIE [30 mai 1805]

patriotique, lui coîita 11.000 marcs d'argent, équivalant à 559.425 francs de notre monnaie. » — Bullelin de l'Europe du 10 prairial : « Paris, le 9 prairial. M. Delille lut avant-hier, dans une société nombreuse et choisie, des vers sur la puissance du regard, qui produisirent sur toute l'assemblée une très vive impression, et même une sorte d'enchantement; c'était le poète dans toute sa verve, et c'était la verve de M. Delille dans sa brillante jeunesse. M. Chazet lut ensuite un petit poème intitulé: Sedaine aux Champs-Elysées ; on applaudit longtemps l'allusion renfermée dans les vers suivants :

Là, s'accompagnant sur sa lyre, En l'honneur de l'aveugle dieu.

Le tendre Anacréon soupire Des vers que répète Chaulieu.

Là, le pur, l'élégant Virgile Admire son rival absent.

Et, ne pouvant pas voir Delille, S'en dédommage en le lisant.

CCGLXXV

Ministère de la police générale. — Rulletin du M prairi.\l.

Renseignements à suivre... Maupertuis. — Ancien militaire, exnoble, fréquentant habituellement les maisons de jeu du Palais- Royal, signalé comme se permettant des propos contre le gouvernement. Surveiller.

Anlonelle. — Ancien maire d'Arles, actuellement à Paris, signalé comme tenant chez lui des réunions dans lesquelles on se livre à la déclamation contre le gouvernement. Surveillera

Marchena. — Exagéré bien connu, signalé comme «'exprimant souvent d'ime manière peu convenable sur différents actes du gouvernement. Surveiller et vérifier ses relations, ses moyens d'existence et les motifs de son séjour à Paris.

Communautés religieuses. — (Quinze à dix-huit communautés de femmes, portant le costume des religieuses, et qu'on dit établies rues dfs Postes, d'Enfer et dans le Marais, sont désignées comme ayant ajouté aux anciens vœux celui de prier plusieurs fois chaque jour pour la conversion des pécheurs, à la tête desquels Sa Majesté, la famille impériale et les autorités. Vérifier exactement...

Militaires inmiides. — Des soldais et même des officiers de l'Hôlel

1. En marge, de la main de Fouché : " J'ai fait vérifier le fait: il est faux. »

,30 MAI 18051 PARIS sors F/EMPIIIE 810

se r»*panilont, dit-nu, il.ins les cafés et caharels (pii avdisinent celle

maison, s'y permelleni des plainles séditieuses contre le gouverne-

mcnl, el vont jii^rpi'à lanner des sarcasmes contre le i;oiivernemenl

et cnnlre nu jirand iinmhre de généraux en aolivilé. Vérilier ces

fails Pl s'assurer s'ils ne sonl point l'éfTet de quelque intrigue

secrète

FoucnÉ.

(Arch. nnf.. Al-'iv, 1-493.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

I.e lihraire (îidde, demeurant rue Christine, et faisant un assez fort commerce avec la Russie, dit que les lettres qu'il reçoit de ce pays annoncent qu'il n'y a pas lieu de croire à la guerre, quoique la cour de Pélershourg soit excessivement jalouse de la puissance de S. M. l'Empereur des Français. On ne s'occupe dans le public que du mouvement des troupes et des préparatifs qui se font à Boulogne et environs.

Culte. — Son Excellence le cardinal-archevêque de Paris a donné l)ipr la confirmation dans l'église Saint-Louis, à la Chaussée-d'Antin ; celte cérémonie a attiré un grand concours de monde; l'ordre el la décence ont été observés.

Journaux. — On annonce dans le Pubticiste que le roi de Prusse doit arriver ii Baïreuth le 9 juin, qu'on lui prépare des fêles dans celle ville, et qu'il se propose de visiter toute la partie montagneuse du pays. Dans quelques journaux, on lit difTérenles nouvelles datées de Brunswick le 18 mai. Elles portent principalement que le ministre de Prusse, pri's la cour de Stockholm, a reçu ordre de son maître de tpiiller ladite capitale sans annoncer son départ au roi de Suède, et t|ue les relations diplomatiques de M. Brickman, chargé d'affaires de Suède près la cour de Berlin, viennent de cesser entièrement d'après la notification qui lui en a été faite par le ministère prussien. On y lit en outre que le gouvernement anglais ne veut céder Malte qu'à condition qu'on lui donnera Minorque. — Le Journal des Débats, dans son feuilleton, se récrie contre ce que le Journal de Paris a publié au sujet de la fausse nouvelle qui avait été donnée d'un prétendu refus fait par le «lue de Brunswick de la grande décoration de la Légi.m d'ixinneur. L'accusateur, dit-il, nous appelle ironiquement <\(:9, jnodiges d'exprit. Il me [)aralt très sérieusement un prodige tout cnuhaire.

Théâtres. — Un a donné hier, et avec succès, au tliéâlre Favart, la

811 PARIS SOUS L'EMPIRE [31 mai 1805]

première représentation d'un opéra-comique en un acte intitulé : La Buse inutile. Le fond de cet ouvrage a paru très léger, mais l'esprit qui règne dans le dialogue et la musique ont fait généralement plaisir. Rien dans cette pièce n'a donné lieu à la moindre allusion. Les auteurs ont été nommés et sont M. Hoffmann pour les paroles et M, Nicolo pour la musique; le calme a été parfait pendant toute la représentation.

Bourse. — Les dispositions favorables dans lesquelles le cours des rentes s'était fermé hier ont été corroborées par les nouvelles satisfaisantes que le Moniteur a publiées à l'égard de la Russie; il s'est fait beaucoup d'affaires et les cinq pour cent sont restés très demandés à 61 francs pour la fin du courant. Les actions paraissent un peu moins recherchées, mais cependant elles se tiennent bien. — 5 0/0, jouissance de germinal an Xilï, 60 fr. 70, 80, 75, 80, 70, 75.

Actions de la Banque de France, i.297 fr. 50.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

Journaux.

Moniteur du li prairial : « Paris, le 10 prairial. L'École de médecine de Paris vient de terminer le concours qu'elle avait ouvert pour les places vacantes de prosecteur et d'aide d'anatomie. M. Reauchêne, fils de l'habile médecin de ce nom, a été nommé prosecteur, et MM. Dubois et Marjolin ont été nommés aides d'anatomie. » — Gazette de France du 11 prairial. « Paris, le 10 prairial. Les maîtres de tambour de basque qui, dans le principe, ne demandaient que 3 francs par cachet en exigent aujourd'hui 6, et ont plus d'élèves que jamais. » — Bulletin de r Europe du H prairial : « Paris, le 10 prairial. Les amateurs de peinture s'empressent d'aller admirer, dans l'atelier de M. Gérard, le portrait en pied de M™^ Récamier, l'un des plus beaux ouvrages de cet artiste, qui, dans ce genre ne connaît peut-être pas de rival. La pose de ce tableau est à la fois pleine de grâce et de décence ; le visage a un caractère de finesse ingénue et de douceur réfléchie qui frappe de vérité tous ceux qui connaissent l'original; il est difficile de voir un plus beau portrait d'un plus charmant modèle. »

CGGLXXVI

Rapport de la préfecture de police du 12 prairi.^l.

Un a trouvé dans les papiers d'un sieur Saint-Martin Garrezio, Piémontais, ancien garde du corps du roi de Sardaigne, signalé

:n haï i8or.) pahis sous l'empire 812

comme tin iiiliiganl et un lioinme suspect, une lellrc datée de Turin du 18 mai, signée dAllinges. Ce particulier mande au sieur Saint- Martin «pie, M «lepiiis huit jours, il éprouve un ennui dont il ne sait comnii'tit se déharrasscr; <|u'il lui est tombé des nues, et, sans qu'il fil ail été prévenu, un brevet île cbambellan de la sœur de Bonaparte, M"" Mural ; que la lettre ne contient qu'une ligne : « Bonaparte, empereur, décrète ce qui suit: Le sieur Dallinges (sic) est nommé cbambellan de la princesse Caroline. » Juge, ajoute-t-il, à son ami, de mun élonnement et de mon chagrin. On m'a donné pour collègue, d'Knlraives, qui a été pris de la même manière et qui n'est pas plus content... Je maudis l'heure et le moment où Ton a pensé à moi. Je lâcherai de me tirer de ce mauvais pas. Je rêve nuit et jour aux movens, » Le sieur Dallinges (s/c) est ancien capitaine de dragons de la Iteine, au service du roi de Sardaigne. — La police est informée qu'un sieur .Momet, capitaine au 6« régiment d'infanterie légère, cam[)é à Boulogne, n'est point un ami du gouvernement. Son père et sa mère sont d'anciens négociants de Bayonne. On sait encore que sa mère lui recommandait, dans toutes ses lettres, de ne pas laisser percer son opinion, d'être circonspect, et surtout de ne point parler du gouvernement.

Réunions, — On dit que S. M. l'Empereur et Boi ne sera point de retour de sitùt à Paris ; qu'elle doit parcourir toutes les côtes depuis le midi jusqu'au nord ; qu'une grande tentative maritime doit avoir lieu très incessamment; que toutes les troupes sont en mouvement, et que les conscrits de la réserve, depuis l'an XI jusqu'à l'an XIII, vont recevoir l'ordre de partir.

Journaux. — Bien dans les feuilles de ce jour ne paraît présenter un caractère de nouveauté. Ce qu'elles publient de l'étranger n'est qu'une redite de nouvelles déjà connues. D'après les journaux du département du Nord, la Gazelle de France annonce l'arrivée à Anvers de M. le conseiller d'État Miot, chargé du 2^ arrondissement de la police générale. « Tout indique, porte lun de ces journaux, que M. le conseiller d'Ktal Miot remplit une mission de S. Exe. le ministre de la police générale, qui a pour but d'éclaircir certains faits de malversations relatifs à la contrebande et à la levée de la conscription. »...

Ifourse. — La situation de la place ne varie que pour devenir plus satisfaisante ; chaque jour les affaires se multiplient et les cours s'améliorent. On ne remarque plus ces efforls des joueurs à la baisse pour oblenir une réducliim ; ils ont été victimes de leur obstination, et cherchent ii se dédommager en profilant du mouvement de hausse

813 PARIS SOUS L'EMPIRE [31 mai 1805]

dont le terme ne parait pas encore prochain. — o 0/0, jouissance de

germinal an XIII, 61 francs; 61 fr. 10, 13, 20, 10; 61 francs;

61 fr. 03.

Dubois ^

(Arch. nat., F^ 3833.)

Journaux.

Journal des Débats du 12 prairial : « Paris, // prairial. L'Académie celtique a fait avant-hier l'épreuve d'un moyen inventé par un de ses membres de correspondre avec des tiommes dont on ignore entièrement la langue, et de s'entretenir avec eux à la minute, sans éludes préléminaires, sans le moindre embarras, sans la moindre tension d'esprit. On prétend que l'épreuve faite

1. A cette date du 12 prairial an XIII, Napoléon écrivit de Milan à Fouché :

« Les journaux sont une partie importante. On ne peut pas dire aujourd'hui qu'ils sont malveillants, mais ils sont trop bêtes ; ils écrivent sans but, et les principaux ne montrent aucun zèle pour le gouvernement. D'ailleurs, Journal des Débals, Lois du pouvoir exécutif. Actes du gouvernement, sont des titres qui rappellent trop la Révolution. La Gazette de France est le véritable mot. Le titre de Journal de Paris est aussi convenable : le titre de Bulletin de l'Europe n'est pas mauvais aussi ; celui de Courrier français aussi ; car je ne suis point de l'opinion de n'avoir qu'un journal ; mais je voudrais une organisation sans censure, car je ne veux pas être responsable de tout ce qu'ils peuvent dire. Je voudrais, dis-je, que les rédacteurs des journaux conservés fussent des hommes attachés, qui eussent assez de sens pour ne point mettre des nouvelles contraires à la nation. Il faudrait que l'esprit de ces journaux fût dirigé dans ce sens, d'attaquer l'Angleterre dans ses modes, ses usages, sa littérature, sa constitution. Geoffroy n'est recommandable que sous ce point de vue, et c'est le grand mal que nous a fait Voltaire de tant nous prêcher langlomanie.

« Il me parait que le succès de la tragédie des Templiers dirige les esprits sur ce point de l'histoire française. Gela est bien, mais je ne crois pas qu'il faille laisser jouer des pièces dont les sujets seraient pris dans des temps trop près de nous. Je lis dans un journal qu'on veut jouer une tragédie de Henri IV. Cette époque n'est pas assez éloignée pour ne point réveiller des passions. La scène a besoin d'un peu d'antiquité, et, sans trop porter de gêne sur le théâtre, je pense que vous devez empêcher cela sans faire paraître votre intervention. Vous pourriez en parler à M. Raynouard, qui parait avoir du talent. Pourquoi n'engageriezvous pas M. Raynouard à faire une tragédie du passage de la première à la seconde race ? .\u lieu d'être un tyran, celui qui lui succéderait serait le sauveur de la nation. C'est dans ce genre de pièces surtout que le théâtre est neuf; car, sous l'ancien régime, on ne les aurait pas permises. L'oratorio de Saill n'est pas autre chose ; c'est un grand homme succédant à un roi dégénéré.

« Vous aurez lu dans le Moniteur la dernière extravagance du roi de Suède. Je ne veux pas la traiter autrement qu'elle le mérite; cependant mon intention est qu'aucun individu décoré des ordres de Suède ne les porte en France. Vous voudrez bien le faire connaître à la gendarmerie, et vous enverrez la désignation des ordres. Vous recommanderez que votre lettre ne soit pas imprimée et que vous ne paraissiez pas là-dedans. Si M. Signeid ou quelques Suédois les portent à Paris, vous les ferez arrêter et leur ferez arraclier les ordres par les agents de police, en leur signiflant qu'ils n'aient plus à porter ces ordres en France. . . »

[l-jtiNt805] PARIS SOUS L'EMPIHE 814

dans cel\o st^anre a démontré i|u'on pt'Ul, à l'aide de cette découverte, voyager partout sans interprète, demander toutes les choses nécessaires, s'enlrelonir de ce qui peut inléresscr toute espèce de voyageur, exprimer jusqu'à des pensées mélapliysitiues, et on ajoute que ce procédé sera rendu public au retour de S. 11. l'Empereur et Roi. »

CCCLXXVIÏ

\-l niAllUAL AN Xill {{"' JUIN 1805).

HaI'I'OUT DK la I'RKFBCTUHE Db; l'ÛLlCb; DU 13 PRAIHIAL.

Des voyageur-, arrivant d'Allemagne par Strasbourg et par Hruxt'lles, se plaignent de l'état alTrt'Ux où se trouvent les routes; ils disent que, dans le département du Nord, il n'y a presque aucune rouir praticable, si ce n'est celle qui conduit de Lille à Dunkerque.

La duchesse de Brunswick se plaît à raconter, dans son cercle, toutes les extravagances du roi de Suède ; elle dit qu'il a plus de meubles dans ses appartements que de soldats dans ses armées; qu'il visite dix et douze fois par jour son palais, et que, lorsqu'il trouve une chaise déplacée, il devient furieux, jure, s'emporte et bat ses valets. Mme de Brunswick ajoute qu'il a défendu à la Reine de parler en ptdtlic ; il la menace du regard et du geste.

/{rimions. — On répand le bruit dans le public que l'escadre de Toulon s'est emparée du Belléropkon, vaisseau de 74 canons. On continue de s'entretenir de la conspiration que l'on prétend avoir éclaté en i)artie à Milan, le jour de l'Ascension. On débite que, parmi les cons|)irateurs, il y avait des militaires mécontents, des généraux réformés ; que vingt-quatre d'entre eux sont arrêtés et amenés h Paris, et que l'or des Anglais avait tout préparé. C'est surtout chez les ex-nobles que l'on raconte ces faits avec les détails les plus gonllés. On s'exprimait dans ce sens chez M. de Montmorency et à l'Athénée de Valois, dont il est le président. — On dit que la flotte de ll«»<;li».r<,rt a été ravitaillée en quarante-huit heures et qu'elle est repartie de suite.

Les nommés iJubuc et Rossoliu ', agents de l'Angleterre et des ci- <levant [irinces, condamnés à mort par la Commission militaire, ont été exécutés, hier soir, à la plaine de Grenelle. Cette exécution, qui a

Page 1