‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 28 sur 221 · Voir plus haut, p. H · texte numérisé non relu

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les efforts de l'inlrignc ont bien peu de i)rise et ne peuvent guère produire aucun effet remarquable. Le peuple lui-niT-me est là, avec son opinion indépendante. C'est là que ses applaudissements ou son silence sont l'expression véritable des sentiments que le souverain lui inspire ; c'est là que ses applaudissements sont regardés avec raison comme la récompense ou la leçon des rois : l'Empereur doit reconnaître que les Français lui payent avec joie le juste et immense tribut de reconnaissance que méritent ses services. Les agents de l'Angleterre durent se convaincre, de leur coté, combien certains intrigants, qui se font payer bien cher, sont loin d'obtenir (pielque influence sur l'opinion nationale. Un de ces messieurs, que le bruit des applaudissements importunait, ne put contenir son mécontentement; il eut l'insolence de dire plusieurs fois, avec un accent étranger : On voit bien que ces gens-là suut payés pour applaudir. Un artisan qui était à côté de lui, l'écoutait avec une indignation que le mépris balançait d'abord, mais qui enfin éclata avec une vigoureuse énergie : Quoi, s'écria-t-il, on ose dire que nos applaudissements sont payés! Monsieur, vous insultez les Français .'Et ses gestes étant aussi rapides que ses paroles, des coups redoublés tombaient sur les épaules du personnage indiscret. Les témoins de cette petite correction paraissaient fort l'approuver et se montraient disposés à y prendre part. Celui qui avait provoqué le désordre par ses insultes se sauva en prenant la fuite. On ne daigna pas le poursuivre. C'était de ces misérables qui gagnent quelques guinées en colportant des nouvelles fausses, des propos absurdes, des calembours fades, et en s'efforçant de jeter le trouble dans les spectacles et dans les réunions où ils peuvent se glisser. »

Ministère de l.v police générale. — Tableau de la situation de Paris

DU 24 messidor.

...Anonyme séditieux. — Un employé au Trésor public, nommé Terico, a transmis au Grand-Juge, le 18, un billet, écrit en lettres moulées pour qu'on ne pût en reconnaître l'auteur, qu'il a dit avoir trouvé sous la porte de la maison, qu'il babite, rue du Faubourg- Honoré, 20. Ce billet est conçu en ces termes : « Deux cent mille francs de rente à la famille de celui qui nous débarrassera de Bonaparte. » (Arch. nat., AF iv, 1490.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Réunions. — Le bruit circule dans le public que quatre-vingt mille Russes sont embarqués et passent en Angleterre. Oh dit que le gouveirnement a donné des oi-dres aux embarcations

103 PARIS SOUS L'EMPIRE [13 juillet 18041

qui étaient rlan?? le port du Havre d'en sortir, bloquées ou non, pour aller se réunir à une autre flottille, mais qu'en sortant, les bâtiments ont été abîmés par les Anglais, qui étaient stationnés devant la rade.

En général, on croit fermement à la guerre avec la Russie.

Les Emigrés rentrés montrent beaucoup d'inquiétude, et disent qu'ils s'attendent qu'on prendra, d'un moment à l'autre, quelques mesures de rigueur rà leur égard '...

Bourse. — Il ne s'est rien passé d'extraordinaire pendant la tenue de la Bourse, et les négociations de rentes ont éprouvé le même calme qu'hier ; leur cours a seulement paru un peu plus ferme au moment de la clôture. — o 0/0, jouissance de germinal, 38 fr. 90, 59 francs, 58 fr. 90 c. Idem, jouissance de vendémiaire an XIII, 36 fr. 50, 45 c. ; bons de remboursement, 2 fr. 70 ; actions de la Banque de France, 1. HO francs.

(Arcli. nat., F' 3832.)

Journaux.

Journal des Débats du 24 messidor: <( Paris, 23 messidor. ...Le préfet delà Seine se propose de rendre à sa destination le beau monument d'architecture élevé en 1550, sur les dessins de Goujon, pour servir de fontaine et transporté dans ces derniers temps du coin de la rue Saint-Denis au milieu de la place du Marché des Innocents. On a déjà commencé à pratiquer des tranchées sur la place pour y placer des tuyaux qui y conduiront une quantité d'eau suffisante. On refouille les bassins élevés les uns sur les autres, et il parait qu'on se propose de faire jaillir une colonne d'eau qui remplira le bassin, et qui, se reversant dans le bassin intérieur, ira se perdre dans des tuyaux qui aboutiront aux quatre bornes placées vis-à-vis les angles de cette fontaine, oîi seront incrustés des robinets, d'où l'eau s'échappera. Des lanternes suspendues aux supports, d'agréable structure, placées en avant, en réfléchissant la lumière sur les eaux qui tomberont en cascades, ajouteront à la beauté de ce monument, qui fera décoration de nuit comme de jour. »

LYI

Ministère de la police génkr.ale. — Tableau de la situation de Paris

du 25 messidor.

...Spectacle. — Il résulte des rapports unanimes des divers observateurs qui ont assisté cà la seconde représentation (ïOssian, qu'on a

1. En marge, d'une autre main : « M. François fera mettre tous ces rapports en o e et en dépôt. »

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marqué dans toute la salle une vive satisfaction de i'acceuil honorable que Leurs Majestés Impériales ont fait à l'auteur de la musique. On l'a considéré comme une juste récompense d'un talent distingué.

(Arch. liai., AI-' iv, li90.)

KaI'I'ORT DK la PHKFKCTURE DK P0L1CI-: DU MÊME .TOITR.

liéunions. — On dit dans les réunions qu'il est douteux que l'ambassadeur d'Allemagne reçoive de sitôt ses nouvelles lettres de créance, qu'elles sont l'objet d'une négociation très active entre la cour de Vienne et celle de Saint-Pétersbourg, et que celle-ci cherche à faire naître de la mésintelligence entre la France et l'Autriche ; on ajoute qu'elle ne réussira point parce que l'Autriche n'est pt)int en mesure ni en état de résister aux armées françaises.

On répand que plusieurs généraux croient à la guerre ; on parle d'une augmentation de troupes et de la formation d'une armée française sur les bords du Rhin. On s'occupe beaucoup de la descente en .\nglelerre ; on la regarde comme très prochaine, et l'on assure que sa Majesté l'Empereur est sur son départ pour Boulogne.

Militaires réformes. — Plusieurs militaires réformés disent qu'ils ne l'ont été que parce qu'ils étaient protégés par Moreau ; ils font courir le bruit que les officiers qui sont en activité, et qui ont été ses partisans, pourraient bien éprouver des désagréments...

Bourse. — Le cours des 5 0/0 s'était ouvert dans des dispositions plus favorables que celles des jours précédents, mais il n'a fait que se soutenir, et, selon les observateurs, la nécessité de faire quelques ventes pour assurer les besoins de la fin du mois a pu seule s'opposer à son amélioration. D'après ces remarques, l'opinion reste fixée à la hausse, et l'on pense qu'elle aura lieu au moment même de la litpiidation, si M. Martinet lève une grande quantité de rentes, comme on |)araît n'en pas douter. — 5 0/0, jouissance de germinal 59 fr. 10, 59 francs, 59 fr. 05 ; idem, jouissance de vendémiaire, an XIII, 56 fr. 40; actions de la Banque de France, l.HO francs. (Arch. nat., F' 3S32.)

Journaux.

Journal drs Débals du 2ii messidor : « Paris, 24 messidor. ...On assure que le costume de l'Impératrice, à la fête du couronnemenl, sera une robe ronde brodée en or avec crépines ; une ceinture ))lanclie aussi brodée en or, tombant par devant; un manteau traînant de couleur ponceau, et de la même forme que celui de l'Empereur; un diadème en or, enrichi de diamants. I.a robe sera garnie de dentelles relevées en collerette. ... >'

105 PAlilS SOUS I;EMPIRE [14 juillet 1804!

Journaux.

Moniteur du 26 messidor : « Paris, le 23 messidor. . . .L'Empereur est allé à l'Opéra. Il est arrivé au commencement du 3« acte, dont il a paru trouver la musique très belle. Après cet acte il a fait appeler M. Le Sueur auquel il a donné des témoignages de satisfaction. — L'Empereur a assisté aujourd'hui à la représentation d'Iphigénie en Aulide, donnée gratis par les comédiens français. Depuis une heure après-midi une foule immense remplissait ce théâtre. Ces représentations, pour lesquelles la salle reçoit quatre ou cinq fois plus de spectateurs que dans les jours de grande aftluence, présentent toujours un aspect fort singulier ; les spectateurs paraissent les uns sur les autres; ils se poussent et s'agitent jusqu'au moment où la toile se lève; il se fait alors un profond silence. Cette foule, devenue presque immobile, écoute avec une attention, un intérêt que rien ne distrait; elle paraît sentir tous les grands effets dramatiques avec une sagacité et un tact qui sembleraient supposer quelques notions de littérature et d'histoire, et qui sont uniquement l'effet de cet instinct spirituel qui caractérise essentiellement la nation française. Les deux pièces ont été jouées par les premiers acteurs. » — Journal des Débats du 26 messidor: u Paris, 23 messidor. ... On fait, depuis deux jours, de grands préparatifs sur le Pont-Neuf, où sera placé le feu d'artifice » — « L'Empereur partira demain à midi du palais des Tuileries ; il sera à cheval et passera par le pont de la Concorde ; on portera devant lui les aigles de l'Empire français ; il sera précédé par ses ministres, les maréchaux, les grands dignitaires et les grands-officiers, et suivi par ceux de la maison impériale, et ses aides de camp. Un bataillon de grenadiers de la garde bordera la haie jusqu'au bout du pont et d'autres corps militaires jusqu'à l'Hôtel des Invalides, où les maréchaux Murât, gouverneur de Paris, et Sérurier, gouverneur des Invalides, le recevront. S. E. le cardinal de Belloy, archevêque de Paris, à la tète du clergé, ira le prendre et le conduire sur le trône élevé à plusieurs marches, sur lesquelles se placeront les princes, les grands dignitaires, les grands officiers de l'Empire, de la maison impériale et de la Légion d'honneur. Tous les autres membres de la Légion seront indistinctement placés dans la nef. Le cardinal Caprara officiera. Après l'évangile, le sénateur Lacépède prononcera un discours sur la légion. Le grand-maître des cérémonies et le grandchambellan porteront dans deux bassins d'or les décorations à l'Empereur, qui les distribuera aux membres pendant le Te Deum. Son Altesse Impériale le connétable remettra à l'Empereur ses deux croix, qu'il attachera à sa boutonnière. Le serment sera prêté individuellement par les princes et grands dignitaires, et en masse par les autres membres. » — « Gazette de France du 26 messidor: « Paris, 26 messidor. .. .On travaille en ce moment sur le Pont-Neuf aux apprêts du feu d'artifice qui sera tiré demain. On a déjà élevé un grand poteau au milieu de la rotonde du jardin du café, il paraît qu'on

[14 iiiLLF.T 1804] PAUIS sors l/EMPIHE 106

va établir on cet ondroit un fVhafaudago ronsidérahlc Nombre de caissons ont déjà été conduits sur le pont. Ce leu sera, dit-on, très riche en fusées. . . » — CitO!/en français du 26 messidor: «Paris, 2o messidor. ...Depuis longtemps la fontaine de la rue de Grenelle est échafaudée et marquée d'uneborne. Il parait que l'on s'occupe de restaurer les ornements et statues qui décorent ce monument. Les anciennes inscriptions en sont presque entièrement effacées; probablement qu'on a aussi le dessein de les renouveler, ou de leur en substituer d'autres. Le Palais du Sénat et les jardins forment depuis longtemps un vaste chantier, où se font des travaux de toute espèce. Dans le nombre d'ouvriers qui y sont occupés, on compte surtoutdes terrassiers et des maçons. Ces derniers élèvent d'une part le mur qui doit former la vaste clôture de la pépinière, et, de l'autre, construisent un soubassement destiné à supporter une grille, qui fermera entièrement le jardin du côté du boulevard du Montparnasse. Si l'on en juge par l'étendue de ce soubassement, cette grille sera considérable. Il est à désirer qu'elle soil mieux entendue dans ses détails (|ue celle qui est en face, et sur laquelle on lit Sénat conservateur. Cette inscription sera sans doute transportée sur la grille extérieure, lorsqu'elle sera placée; car la désignation d'un local doit se lire plutôt à la première entrée que dans l'intérieur. On peut compter environ deux cents ouvriers occupés aux divers travaux du Luxembourg. Sur la place de l'École de médecine, formée dans l'emplacement d^ l'église des Cordeliers, on construit une fontaine, genre d'édifice qu'on ne saurait trop multiplier dans Paris. La fondation est maintenant hors de terre et annonce un bon ouvrage. Quoiqu'il n'y ait rien d'extraordinaire dans la construction de cette espèce d'édifice, cependant une fontaine peut être, pour son auteur, une preuve de talent et de génie. Les travaux du quai Desaix, tantôt suspendus, tantôt repris, sont poussés maintenant avec une activité qui annonce qu'ils ne tarderont pas à s'achever. Le nombre d'ouvriers qui y sont employés est suffisant. L'ouvrage est bien conçu et exécuté avec soin. Dans la partie du milieu, qui forme sur la rivière un avant-corps d'un mètre environ, on a pratiqué une voûte d'une haute élévation, et dont on pose en ce moment la clef. De chaque côté est une rampe qui descend au deux tiers de la hauteur du quai, et s'arrête sur une plate-forme tournant autour de la voûte, ot de laquelle un large escalier descend à la rivière. On connaît aisément la destination de ce travail, dont on no peut que faire l'éloge pour son utilité, les soins, l'intelligence avec lesquels il est conduit et les matériaux qu'on y emploie. On attend que le quai ait atteint sa dernière élévation, pour abattre les vieilles masures qui le bordent et lui donner son entière longueur On n'eût peut-être pas dû attendre si longtemps pour balayer ces maisons en ruine, et la saison où les autres travaux sont interrompus est ordinairement convenable aux démolitions. Si elles eussent été faites plutôt, le chantier eût été agrandi, et les ouvriers auraient eu plus de facilité pour le transport et le travail de leurs matériaux. En suivant le quai Desaix sur la même ligne, on démolit encore les maisons qui bordent la rivière, et l'on prépare le lorrain pour la construction d'un nouveau (juai, qui se prolongera jusqu'au nouveau pont de la Cité ; ce quai, dit-on, sera nommé quai Napoléon. [Journal des liàtimcnts .) »

107 PARIS sons L'EMPIRE ilT) juillet 18041

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Ministère de la police générale. — Bulletin du 27 messidor'.

. . . Anoyiyme séditieux. — Le 23 prairial, M. Colette, maire du 12® arrondissement, remit au Grand-Juge une lettre anonyme, qui lui était parvenue parla petite poste, datée du 11 juin, par laquelle un fanatique proposait de députe?^ les honnêtes gens à Louis XVIll pour supplier Sa Véritable Majesté de venir reprendre son patrimoine, et nous pardonner, etc. (Bulletin du 24 prairial-). Le 9 messidor, le procureur-général de Lyon, ayant reçu de Paris sous le timbre : ... Poste... Sénat Conservateia\ un paquet composé d'une copie de la même lettre et de celle d'une autre très longue, qui paraissait avoir été adressée au Tribunal criminel de Paris, après le jugement des conjurés, a pareillement transmis ce paquet au Grand-Juge [Bulletin du 14 messidor^). On a reconnu que ces deux copies étaient de la même main que la lettre remise par M. Colette. Il paraît que cette intrigue se suit. Sous le même timbre de la poste du Sénat, on a adressée Vannes, au professeur d'hydrographie, un paquet composé des mêmes pièces que celui renvoyé de Lyon, plus, d'une espèce de bulletin du départ de Moreau, le 21 juin, des exécutions du 25 (Georges et autres) et d'une seconde lettre du même jour 25, qui paraissait avoir été écrite auxjuges du tribunal, remplie d'injures et de menaces. Le chef

1. Le ministère de la police générale venait d'être rétabli par le décret du 21 messidor. Le même jour, Fouché fut nommé ministre de la police générale, et Saulnier secrétaire général de ce ministère. Le même jour aussi, les conseillers d'État Dubois, RéaL Miot de Melito et Pelet ^de la Lozère) lurent désignés pour « travailler chaque jour » avec le ministre de la police, et furent chargés de la correspondance, de la suite et de l'instruction des all'aires. A cet eflet la France fut divisée en quatre arrondissements. Le quatrième arrondissement fut celui du préfet de police, Dubois : il comprenait le département de la Seine, plus les communes de Saint-Cloud, Meudon et Sèvres. Les autres départements de la France étaient divisés entre les trois premiers arrondissements (ont rouvera l'état de cette répartition en annexe au décret qui rétabli le ministère de la police générale). Le premier arrondissement fut confié à Real; le second à Miot de Melito; la troisième à Pelet (de la Lozère). — A partir de ce moment nous rendons aux rapports du ministre de la police le nom de Bulletins, qu'ils ont reçu dans l'usage.

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