N'iiir plus liiuit, p
HT PARIS SOUS L'EMPIRE [18 juillet 1804]
Jiée avec M'"« Moreau, dit que le roi d'Espagne avait proposé à Moreau de se fixer dans ses Etats, et loin des frontières de France, mais que celui-ci s'y était refusé, désirant se retirer dans les États-Unis d'Amérique, où d'autres illustres proscrits français, ajoute-l-on, sont déjà fixés. Hier, il a été question de Moreau au café du Théâtre de la Porte-Saint-Marlin et an Jardin Turc. Le silence sur sa marche a fait d'abord le sujet de la conversation ; on a récapitulé ensuite sa conduite politique du temps qu'il était à l'armée du Rhin. On a dit qu'îi cette époque il avait fait passer des fonds à des émigrés de marque, qui approchaient de très pi-ès le comte de Lille, et qu'il n'y avait pas le plus léger doute que, dès ce temps-là, il ne fût déjà bien coupable. Les malveillants répandent le bruit que le gouvernement va revenir sur les acquéreurs de biens nationaux, pour subvenir aux dépenses de la Légion d'honneur et des pensions attribuées à chacun de ses membres, M. Franck, ancien major au régiment de dragons Bourbon, membre du Corps législatif, dit que beaucoup de ses collègues sont mécontents de ne point faire partie de la Légion d'honneur, d'autant que des autorités inférieures ont obtenu cette faveur; il ajoute qu'il règne dans ce moment beaucoup de défiance parmi les gens en place, et que la situation de l'Empire n'est pas très heureuse. Le départ de S. M. l'Empereur donne lieu à bien des conjectures, mais généralement on croit que Sa Majesté va opérer la descente en Angleterre. On assure que S. A. I. le prince Joseph est chargé de commander une division de l'expédition.
Événement . — Le sieur Tarchy, célèbre musicien, a été mandé à la préfecture de police, pour des propos qu'il avait tenus ; le conseiller d'État, préfet, lui a fait une sévère réprimande, et il y a lieu de croire qu'il ne recommencera point. . .
Bourse. — Il s'est fait hier beaucoup d'affaires en rentes, et le cours s'est amélioré; l'opinion se prononce d'autant plus fermement pour la hausse, que, selon le bruit public, M. Martinet est assuré des fonds dont il pouvait avoir besoin pour lever la majeure partie des rentes qu'il a achetées, — 5 0/0, jouissance de germinal 59 fr. 15, 10, 20, !25, 20, 15, 20, 15 ; 59 fr. 25, 20, 30, 25, 30; ^c?e??i, jouissance de vendémiaire an Xill, 56 fr. 75 ; actions delà Banque de France 1.112 fr, 50.
Le conseiller (V l'Jtat, préfet^ chargé du 4^ arrondissement de la police générale de P Empire ',
1. Cette formule, par la suite, pre'cède généralement la signature de Dubois : nous ne la reproduirons plus.
[18 iDiLLET 1S04) PAniS SOUS L'FMPIUE 118
Journaux.
Moniteur du 'M messidor : « Paris, le 29 inessitlor. S. M. rKmpereur est parti aujourd'hui do Saint-Cloud, iilroisheures a|)n''s-midi. l/olijcl de son voyage est de taire manonivrer les dilTôrents camps... » — Munitenr du 12 thermidor : « PnKKECTuuK DE POUCE. OriUtniKi iicv, lonrrnianl Iv placement des tnivriers peintres, ihireurs sur l)ois,scnlptriirs, marbriers, poê tiers- fumistes, salpêtriers, couvreurs, plombiers, fontainiers, carreleurs, paveurs, charpentiers en bâtiments, menuisiers en bâtiments et part/ucteurs. — Paris, 22 messidor an XII. Le conseiller d'État, préfet de police, chargé du 4^ arrondissement de la police générale de l'Empire, vu les articles 2 et 10 de l'arrêté des Consuls du 12 messidor an VIII, et l'article 13 de l'ordonnance de police du 20 pluviôse dernier, ordonne ce qui suit : Art. 1<^'". Il sera établi à Paris un bureau de placcmcYit pour les ouvriers peintres, doreurs sur bois, sculpteurs, marbriers, poêliers-fumistes, salpêtriers, couvreurs, plombiers, fontainiers, carreleurs, paveurs, charpentiers en bâtiments, menuisiers en bâtiments et parqueteurs. — 2° M™» Caylus, née Lemaugin, demeurant rue du Sépulcre, n" 660, division de l'L'nité, est préposée au placement desdits ouvriers. — 3" A compter de la publication de la présente ordonnance, il est défendu à toute autre personne de s'immiscer dans le placomentdes ouvriers des professions ci-dessus désignées. — 4" Il ne sera délivré de liulletin de placement à aucun ouvrier, s'il n'est pourvu d'un livret. — 5" La rétribution pour le placement de cha(]ue ouvrier est fi.\ée à 75 centimes. — 6° Il sera pris, envers les contrevenants aux dispositions ci-dessus, telles mesures de j)olice administrative qu'il appartiendra, sans préjudice des poursuites à exercer contre eux par devant les tribunaux, conformément aux lois et aux règlements qui leurs sont applicables.
— 7° La présente ordonnance sera imprimée, publiée et affichée. Les commissaires de police, l'inspecteur général de la police du 4* arrondissement de la police générale de l'Empire, les officiers de paix, l'inspecteur général des bureaux de |ilacemenl des garçons et ouvriers et les autres préposés de la |»réfecture de police sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de tenir la main à son exécution. Le Conseiller d'État, préfet de police, signé : Dubois ; par le Conseiller d'État, préfet, le secrétaire général, sigtié : Pus. (Une deuxième ordonnance du même jour concerne le placement des garçons ta|)issiers, miroitiers et batteurs d'étain pour les glaces, layetiers, colTreliers et gaiiiiers, fabricants de |)arasols, boursiers, brossiers, ébénistes et menuisiers en meubles et tourneurs on bois.
— L'article 2« porte : M""» Cermain, née Méré, demeurant rue des Lavandières, n"86, division des Marchés, est préposée au placement desdits gar^-ons. Une troisième ordonnance, du môme jour, insérée dans le Moniteur du 13 thermidor, concorne le placement des ouvriers orfèvres, joailliers, bijoutiers, la|)idairos, batteurs d'or, tireurs d'or, horlogers, laveurs do cendi'os, fondeurs sur métaux, graveurs sur métaux, doreurs sur métaux, arquebusiers, fourbisseurs, couteliers et tourneurs en métaux. L'article 3 porte : M""» Péron, née Nyon, demeurant rue des (Jrands-Augustins, n" 31, près le (|uai t\i' la Vallée, division du Théàtro-rrançais, est préposée au placement desdils ouvriers.)
Il'» PARIS sous r.'EMPIKE 1 19 juillet 1804 1
Ministère de la police générale. — Bulletin du l«r thermidor.
Paris. Bruits. — Il circule que S. M. l'Impératrice part lundi prochain pour Aix-la-Chapelle.
Jeu. Étranger. — M. de Miinich-Hausen, chambellan du roi de Prusse, a perdu chez Livry, outre l'argent qu'il avait sur lui, 40.000 francs sur parole.
événement. — Trois femmes sont accouchées celte nuit dans la maison de la Maternité : une de trois enfants, les deux autres de deux chacune. Toutes les mères admises dans cette maison se louent des soins qu'elles y reçoivent et disent qu'elles y sont mieux traitées que chez des sages-femmes. . . '.
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Paris. — On croit savoir que S. M. l'Impératrice part limdi prochain pour Aix-la-Chapelle.
Commerce. — La plus parfaite tranquillité règne dans Paris et notamment dans les manufactures et dans les ateliers. Les ouvriers sont très occupés; la bijouterie et la broderie sont dans une très grande activité; les demandes pour l'étranger sont considérables, et l'on a de la peine à trouver le nombre d'ouvriers nécessaire dans ces deux parties.
Réunions. — On répand le bruit que l'ambassadeur de Vienne va partir pour les eaux, et qu'il ne reviendra à Paris que lorsqu'il aura récuses nouvelles lettres de créance. On disait hier, dans différentes réunions publiques, que les Anglais s'étaient euiparés des îles d'Hyères, et qu'ils s'y mettaient dans un état de défense respectable.
1. A ce Bullelin est jointe cette note, de la main de Fouché et .«iicnée de hii : n Le Bulletin d hier rapportait une plaisanterie sur la Légion li'lionneur attribuée à M. Lalande (voir plus haut, p. 114). Je sais positivement nujourd'liui que M. Lalande est à Nevers depuis quelque temps. Gomme le quolibet dont il s'agit avait une couleur scientifique, il était naturel qu'on en fît honneur au greffier en chef de l'astronomie. »
On rapporte que les vainqueurs rie la Bastille cherchent à se réunir pour rédiger une péliiion à l'Empereur, |iar laquelle ils demanderont à être admis dans la Légion d'Honneur, M. Delainville, beau-frère des commissaires des guerres Lenoble, arrivant de Boulogne, rapporte que les actes de bienfaisance de S. A. I. le prince Joseph et de l'amiral Bruix attachent tous les cœurs au gouvernement, et que l'esprit public des troupes est excellent.
Légion d'honneur. — Hier, vers sept heures du soir, on s'est porté en foule vers la grille du Pont Tournant du Jardin des Tuileries, pour voir un jeune invalide, privé des rleux bras et revêtu de la décoration de la Légion d'honneur. La sentinelle lui a porté les armes, et les efforts qu'il a faits pour la saluer ont excité l'attendrissement général. Cet invalide était lui-même très ému. . .
Bourse. — Les négociations de rentes ont été moins nombreuses qu'hier, et néanmoins le cours a encore éprouvé un peu d'amélioration, que l'on attribue au bruit qui s'est répandu que M. Martinet distribuerait des noms pour lo transfert de 800.000 francs de rentes. Cette levée ne peut que maintenir la hausse, malgré que les observateurs assurent qu'il s'est formé une ligue puissante contre cette opération. La même personne, qui a vendu des actions des Ponts à 1.200 francs, a ordre d'en prendre, si elles tombent à 1.175 francs, et un agent a ordre d'en placer à 1.200 francs; ce placement paraît d'autant meilleur que, pendant les neuf premiers mois, l'action a rapporté 1 0/0 par mois, malgré qu'il ait été prélevé sur la masse une somme de 3 à 400.000 francs pour les nouvelles constructions, ce qui améliore, en absorbant les intérêts que Tadministration aurait à payer. — 5 0/0, jouissance de germinal, 59 fr. -45, 40, 45, 50, 45, 40, 45 ; «/(??«, jouissance de vendémiaire an XIH ; 56 fr. 75; actions de la Banque de France, i.H5 francs, 1.115 francs, 1 .112 fr. 50.
Dubois.
(Arch. nat-, F" 3S32.)
Journaux.
Moniteur du i" thermidor. — Paris, le 30 messidor. Les votes émis dans le département de la Seine, sur l'hérédité do la dignité impériale dans la famille de Napoléon Ronapnrté se sont montés à
Pour oui 120.947
Pour non 70
Total 121.017
121 PARIS SOUS L'EMPIRE [20 juillet 1804]
Les votes qui furent émis dans le même département sur le consulat à vie, se montèrent à
Pour oui 70.262
Pour non HO
Total 70.372
Journal des Débats du !«■■ thermidor : « Paris, 30 messidor. ...Il est incroyable combien de travaux publics sont entrepris en ce moment dans Paris. On se contentera d'en faire la simple énumératioij. On élève une fontaine sur la place de l'École de Médecine. On continue les quais Bonaparte et Desaix. A la suite de ce dernier, on abat des maisons et on prépare le terrain pour en commencer un nouveau, qui sera nommé quai Napoléon. On a repris les travaux du pont que l'on construit vis-à-vis le Jardin des Plantes. On poursuit ceux du Louvre, du Palais du Sénat, de la nouvelle rue qui borde le Jardin des Tuileries, de la terrasse du même jardin, de la fontaine des Innocents, On abat toujours les maisons placées derrière la galerie du Louvre. Dans peu d'années, lorsque le gouvernement aura terminé toutes les réparations et les constructions projetées, les beaux quartiers de Paris seront ce qu'il y a de plus beau dans toutes les villes de l'Europe.. . — Gazette de France du le' thermidor : « Paris, 30 messidor. ...Il y a une mode pour tout, même pour les lanternes de voiture; et dans ce moment, un équipage du bon genre ne saurait être éclairé que par des lanternes à foyer, fond rose ou orange, qui éclairent le cocher sans l'éblouir, et qui jettent un jour plus doux et plus mélancolique dans l'intérieur de la voiture. Tout est aujourd'hui romantique, jusqu'aux lanternes de carrosse. » — « Après l'art de la natation, la science de la botanique est aujourd'hui ce qui distingue une excellente éducation de jeune demoiselle. » — « Picard se propose, dit-on, de faire oublier le peu de succès qu'il a eu dans les Tracasseries par le succès d'un petit acte qu'il compose en ce moment, et qui, dans huit ou quinze jours, sera sur l'affiche du spectacle qu'il dirige. » — « Aujourd'hui une petite maîtresse est dans son appartement entourée de statues: elle en veut une au bas de son escalier pour tenir la lampe qui l'éclairé, une aux pieds de son lit pour relever ses rideaux, une à son chevet pour porter sa veilleuse, une dans son cabinet de toilette pour placer ses parfums, une dans son boudoir dont l'attitude indique la rêverie. » — « Il ne manquait à l'opéra des Bardes que les honneurs de la parodie. On annonce qu'il va en jouir sur trois théâtres à la fois, savoir sur ceux du Vaudeville, de la Montansier et de la Gaîté. »
l"^^ THER.MIDOR AN XII (20 JUILLET 1804).
Ministère de l\ polick gé.nkrale. — Bulletin du 2 thermidor.
. . .Sonthonax. Réclamation. — Par ordre de Sa Majesté Impériale, M. Sonthonax avait été envoyé en surveillance à Orléans. Il obtint
[20 .MiirxET 1H041 l'AItlS SOI'S I/EMPIUE 122
ensuilc la permission de s(> remirc dans le déparlemenl tie l'Ain, sur promesse de ne pas revenir à Paris sans autorisation. Par une première pétition dn 17 messidor, M'"» Sonlhonax a demandé qu'il fût permis à son mari de venir à Paris et d'y résider quelque temps, pour vendre ses biens ; par une seconde du 27, elle demande la liberté absolue de son mari, afin qu'il puisse réintégrer son domicile à Paris. lilUe appuie cette demande d'une lettre écrite â son mari par le Prince Impérial (sic). Cette lettre renferme les témoignages les plus flatteurs d'estime et d'attachement.
Ordres du Ministre. — Gabrielle Lesueur, veuve Gallery. — Convaincue d'avoir servi autrefois les Chouans. Sa conduite à Paris avait paru suspecte. Les informations prises sur son compte n'ont point confirmé les préventions qui avaient donné lieu à son arrestation. Renvoyée dans son département (.Manche).
Hippolyte-Frédéric Milard. — Accusé d'avoir fait des plaisanteries sur le gouvernement. Aucune preuve ne constate qu'il soit coupable. Knvoyé dans le département de l'Oise.
Marthe Burette, veuve Durand. — Prévenue d'avoir tenu des propos injurieux contre Sa Majesté Impériale, notamment à l'occasion de la mort du duc d'Enghien. Détenue deux mois. En liberté sous caution.
Bertrand de Moleville, frère du ministre. — L'examen de ses papiers n'a produit aucune charge contre lui. C'était d'ailleurs son neveu qui faisait l'objet des recherches ordonnées. 11 demeurera sous la surveillance du préfet de police.
Pierre Mallet. — Commissionnaire, prévenu d'avoir tenu dans un cabaret des propos infâmes contre le gouvernement et contre l'Empereur, Les témoins déclarent qu'il était alors complèl,ement ivre. Renvoyé en surveillance à Villefranche (Allier), son pays natal.
Thomas Hervé Quesnette. — Marchand de peaux de lapin. Chouan. Convaincu d'avoir crié : Vivent les Bourbons f A bas l'Empereur ! Il était alors ivre comme le précédent. Renvoyé à 40 lieues de Paris et des côtes.
Milsnnl li'flcrhouville. — Acteur du théâtre de la Porte-Sainl-Martin ', auteur et distributeur d'un couplet infâme contre l'Empereur. Le préfet de police le gardera trois mois à Bicêtre, et l'enverra ensuite à •40 lieues de Paris, des côtes et des départements de l'Ouest.
La dame Payi's, veuve Saint- J^éijer. — On a trouvé dans ses papiers divers écrits contre l'Empereur... Dangereuse ; femme publique,