Voir plus haut, p. ll.'i
123 PARIS SOUS L'EMPIRE [20 juillet 1804J
d'après ses aveux. Envoyée à 40 lieues de Paris et des départements ci-devant insurgés,
Jean-Baptiste Houdaille. — Ancien marchand de bois ; signalé comme ayant tenu, avant l'arrestation de Georges, des propos incendiaires. Il n'est résulté de l'examen de ses papiers aucune charge contre lui. Diverses déclarations confirmant qu'il a effectivement tenu les propos qu'on lui attribue, envoyé en surveillance dans le département de l'Yonne, son pays natal
(Arch. nat., AF iv, 4490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — On rapporte que c'est M. de Cobenzl lui-même qui, en dînant chez M""" de Monlesson, a fait pressentir son voyage comme très prochain; qu'il a dit qu'il n'attendait plus qu'une réponse du gouvernement français, qu'il avait un délai limité pour la recevoir, et que, ce délai expiré, il quitterait Paris; et, en effet, il se dispose véritablement à partir. On répand le lu'uit, dans les réunions, que le roi de Prusse aura une entrevue avec S. M. l'Empereur près de Nimègue ; que flix mille Russes de troupes auxiliaires sont arrivés en Angleterre ; que la flotte de Brest était sortie, et que celle de Toulon avait reçu l'ordre d'appareiller. On parle plus que jamais d'une grande coalition des puissances de l'Europe contre la France. On dit que la troisième division de l'armée russe, arrivée en Italie, a battu les Français ; que le maréchal de l'Empire Jourdan demande des secours ; que, depuis que Son Eminence le cardinal Fesch, M™" Bonaparte, le prince Borghèse et son épouse ont quitté Rome, les Russes y sont entrés et avaient l'ordre de se saisir de leurs personnes, par représailles de ce qui est arrivé au duc d'Enghien, et de les conduire à Saint-Pétersbourg. . .
Bourse. — Malgré la distribution de noms faite hier par M. Martinet, ainsi qu'on l'avait annoncé, le cours des rentes a été constamment en baisse, et l'on attribue cette défaveur, d'abord à la qualité des noms donnés, mais plus essentiellement aux offres multipliées de ceux qui, ayant compté sur une hausseplus forte, ont attendu le dernier moment pour vendre. On assure que l'argent est moins abondant, et que la Banque n'a pas reçu hier à l'escompte à beaucoup près autant qu'à l'ordinaire. 5 0/0, jouissance de germinal 59 fr, 2o, 20, 13, 20, 15, K», 15,20, 15; 39fr.20; <We;?i, jouissance de vendémiaire an XIII, oOIr. 7U, 73 centimes; actions de la Banque de France, 1.11:2 fr. 30.
DUMOLS.
(Arch. nat., F' 3832.)
Journaux.
Citoyen français du 2 tliormidor : « Spi'clarli's. Une bonne tragédie seml)le inviter le parodisle à s'égayer sur les endroits faibles qui se prêtent à répigramme. Un poème, même médiocre, soutenu par une excellente musique, opère le même effet. Il n'est donc pas surprenant que tous les parodistes se soient évertués sur l'opéra des Bardes, et que tous les théâtres chantants se soient empressés d'accueillir ces productions éphémères. La réussite de ce genre n'est pas aussi facile qu'on pourrait se l'imaginer : la critique est aisée, dit-on ; d'accord, mais la critique doit être juste, décente. Ensuite, une parodie n'est pas une imitation. Nous avons eu bien peu de bonnes parodies depuis les Enfants trouvés, et il est à craindre que, dans le grand nombre de celles dont on nous menace, il ne s'en trouve bien peu qui soient vraiment des jiarodies. Le théâtre de Molière a pris l'initiative et Bombarde (à quelque chose près) a rempli son but ; c'est cependant, comme nous le disons plus haut, une imitation plutôt qu'une parodie. On annonce, au Vaudeville, la Taverne de Fringale; au théâtre de la Gaité, Les Lardons et les Bardes; au théâtre Montansier, Oh! que c'est friand! Toutes parodies du même opéra. »
2 THERMIDOR AN XII (il JUILLET 1804).
Rapport de la préfecture de police du 3 thermidor.
Réunions. — Le bruit s'est répandu, hier, que les flottes hollandaises s'étaient jointes à celles de Roulogne et qu'aussitôt l'inspection générale de S. M. i'Euipereur, on devait appareiller pour une expédition que Ton dit devoir être dirigée sur Jersey et Guernesey. On continue d'assurer, dans les réunions, que nombre de troupes filent sur le Rhin, et on persiste à croire que la guerre continentale est inévitable. — Les banquiers, les agents de change et les négociants augurent parfaitement bien du nouvel ordre de clioses, et espèrent que les elTets publics vont éprouver une hausse forte et soutenue. On dit dans le commerce que le gouvernement va ouvrir un emprunt dans le même genre que celui de M. Necker; que l'intérêt sera très médiocre, mais qu'un bénéfice considérable, assuré par la chance des lots à chaque série, attirera les prêteurs. On ajoute qu'on s'occupe sans relâche des moyens d'exécution de ce projet. — Hier, un soldat, revêtu de la décoration de la Légion d'honneur, passait dans la rue Vivienne, étant très ivre ; le public en a été très scandalisé.
Spectacles. — On donnait hier à l'Ambigu-Comique une représenta-
125 PARIS SOUS L'EMPIRE [22 juillet 1804]
tion de Tékéli* ; les changements qui avaient été prescrits ont été
ponctuellement observés, et on a remarqué une amélioration sensible
dans la disposition des esprits. Au premier acte, on a très vivement
applaudi ce mot: « Un soldat de l'Empereur sait toujours reconnaître
le mérite d'une bonne action, même dans un ennemi.» Au second acte,
on a également applaudi le trait de générosité du meunier envers son
garçon; mais ce passage se trouve tellement changé, qu'il n'y a plus
lieu à application de circonstance. Quelques scènes après ces mots :
Allons, mes bons amis, buvons à la santé de VEnipereur, ont été
applaudies à deux reprises. En général, Tesprit public a paru assez
bon
Dubois.
(Arch. nat., F' 3832.)
Journaux.
Gazette de France du 3 thermidor : « Paris, 2 thermidor. .. .Les demoiselles de la pension de Mm« Campan avaient réuni, dans le dessein de lui faire un présent, le jour de sa fête, une somme de 30 louis. Ce jour étant arrivé, elles ont décidé entre elles que l'hommage le plus agréable à offrir à leur institutrice serait de faire servir le produit de leur collecte à un acte de bienfaisance. Elles ont, en conséquence, fait remettre cette somme à M. le curé de Saint-Germain en l'invitant à en disposer l'année prochaine, à l'époque de la première communion, en faveur de deux jeunes filles les plus pauvres de la paroisse, qui se seront fait remarquer par leur assiduité au catéchisme, par la manière dont elles auront profité des leçons qui leur sont données, enfin par leur amour et leur respect pour leurs parents »
MiMSTÈRE DE LA POLICE GÉNÉRALE. — BULLETIN DU 4 THERMIDOR.
. . . Vainqueurs de la Bastille. — On a fait vérifier le rapport qui annonçait une prochaine réunion de vainqueurs de la Bastille qui résident dans le faubourg Antoine, pour rédiger une adresse à Sa Majesté Impériale, afin d'exposer leurs titres, pour être admis dans la Légion d'Honneur^. Cette réunion n'a pas eu lieu hier. On s'est assuré
1 . Tékéli ou le Siège de Montfjalz, mélodrame historique en trois actes, par Guilhert Pixérécourt, avait été représenté pour la première fois, au théâtre de l'Auibigu-Comique, le 7 nivôse an XII.