Voir plus haut, p
[28 JUILLET 1804, l'AlUS SOi:S l/EMlMUli 144
oonsiilérable, et que, malgré la pcompliliide de;^ secoui's, plusieurs chaloupes canounières, des chaloupes et «les péniclies onl péri avec les équipages. Ou craint toujours que Sa Majesté n'expose par trop facilement ses jours, et l'on en montre beaucoup d'inquiétude. On tépauil, dans les salons, (jiie le général Menon, à Turin, a tué à coups (le hilclie nti de ses créanciers, qui élail allé lui demander de l'argent ; que cet acte de violence a fait grand bruit ; qu'on s'est assemblé, qu'on a mis des placards, que le général a été insulté, et que, |)our rétablir l'ordre, on a été obligé d'employer les secours de la force armée.
Les partisans des Bourbons contirment de propager le bruit d'une nouvelle coalition contre la France et disent que la neutralité des cours de Vienne et de Berlin ne ilurera (jue jusqu'à la première occasion favorable pour la rompre.
Les réunions ordinaires d'ouvriers ont été parfaitement tranquilles
Dubois.
(Arcli. nat., F', 3832.)
Journaux.
Gazette de France du 10 thermidor: <■<■ Paris, 9 thermidor. ...Los archives et les bureaux du Grand-Juge vont être transportés à l'ancienne chancellerie, place Vendôme, et ainsi réunis à ceux du ministère de la justice'. Ces dispositions, au reste, ne sont pas nouvelles ; longtem[)s avant qu'il fût question de rétablir le ministère de la police générale, on travaillait à rapprocher les bureaux du Grand-Juge de ceux du ministre de la justice, et on préparait le local destiné à les recevoir. C'est en conséquence de cet arrangement que l'ancien Hôtel de Ville est depuis un certain temps occupé par M. le préfet delà Seine et par ses bureaux... » — Journal des Dames et des Modes du 10 thermidor : « Paris, ce 9 thermidor. ...Il y a un mois à peu près qu'une petite maîtresse ne peut plus se montrer dans les rues, les spectacles ou les promenades de Paris. Depuis un mois une petite maîtresse doit être aux eaux. C'est une mode ancienne qui ressuscite, mais avec d'autant |)lus de raison et de fureur que les rhumatismes et les maux de nerfs sont les seules maladies connues. Une femme de bon ton qui n'est pas partie pour Bagnères, Spa, Barrèges, etc., doit donc se cacher dans ses appartements de ville ou de sa maison de campagne, et ne reparaître qu'après la saison des eaux ».
1. Le Grand-Juge était en même temps ministre de la justice. Voir le sénatusconsulte organique du 16 thermidor an X, article 78.
145 PARIS SOUS L'EMPIRE [29 juillet 1804]
Ministère de la police générale. — Bulletin du 11 tuermidor.
Libelle. — Un libelle atroce circule secrètement dans quelques sociétés. Le titre est : Code civil en vaudevilles, par une femme jurisconsulte. 11 est de quatre-vingt-douze couplets. Chacun est la parodie d'un titre du Code civil. L'Empereur et sa famille y sont avilis, difTamés. Le Sénat tourné en dérision. Les législateurs et tribuns y sont traités de bas valets, stipendiés du Corse ; les ministres présentés comme instruments de la tyrannie. On a le projet de faire imprimer cet ouvrage. La police générale est sur les traces de l'auteur, et a l'espoir de le saisir bientôt avec sa production.
Ordres du Ministre. — Barthélémy Laforest, émigré, amnistié, est venu sans autorisation à Paris, d'où il avait été renvoyé. II paraît qu'il s'est rendu coupable de plusieurs escroqueries pendant son émigration. On lui délivrera un passeport pour sortir de France, ainsi qu'il le demande.
Devonshire, ex-militaire. — Natif de Lille (Nord), prévenu d'avoir tenu des propos contre le gouvernement et la personne de Sa Majesté Impériale. II nie les propos qu'on lui attribue, et rien d'ailleurs ne les prouve. Cependant, il est connu par ses opinions prononcées en faveur de l'ancien système. Détenu à Paris. Mis en liberté et envoyé en surveillance à quarante lieues de Paris, des côtes et de l'Ouest.
Bloz, Parelle et Jeulain. — Tous trois domiciliés à Versailles. Arrêtés : les deux premiers comme prévenus de voies de fait envers une fille, chez laquelle ils avaient été, et de manque de respect envers un commissaire de police; le troisième, d'avoir facilité l'évasion des deux autres déposés au corps de garde, en se disant envoyé par le commissaire de police. Les explications données par Jeulain ayant pleinement justifié sa conduite dans cette circonstance, il a été mis de suite en liberté. Bloz paraît être un assez mauvais sujet et a rejeté ses incartades sur l'état d'ivresse où il était. Parelle était également ivre; les renseignements pris sur sa conduite sont d'ailleurs à son avantage. Ils seront détenus dix jours, par forme administrative, et, après une sévère réprimande, renvoyés chez eux, où ils seront recommandés a la surveillance des autorités locales.
La femme Fleurot. — Divorcée de Boniface, ancien concierge du
TOMK I. 10
Temple, celui qui favorisa l'évasion de Sidney Smith ; prévenue d'avoir composé el distribué des couplets contre l'Empereur, tête ardente et dangereuse. Elle sera détenue quatre mois aux Madelonneltes et renvoyée ensuite à quarante lieues de Paris et des côtes.
Coin, Clément, Truck. — Prévenus d'avoir voulu exciter contre le gouvernement les officiers réformés. Arrêtés à Paris, en l'an X ; déposés depuis cette époque, l'un à Sainte-Pélagie, le second à Bicêtre. Truck avait trouvé le moyen de s'échapper, en l'an VIII, du fort de Fénestrelles,oii il était détenu, après avoir été arrêté à Millau, comme ayant cherché à exciter un mouvement séditieux dans cette ville. Renvoyé à l'île de Ré.
Beauvilliej's, ex-chef de Chouans, arrêté dans le mois de pluviôse, à Paris. Il paraît qu'il ne se tenait caché dans cette ville, que pour se soustraire aux poursuites de ses créanciers. Il n'est pas prouvé, d'ailleurs, qu'il ait, depuis la dernière pacification, pris part aux mouvements qui ont eu lieu dans l'Ouest. Renvoyé à quarante lieues de Paris, des côtes et des départements ci-devant insurgés.
AUTliE HAPPOKT DE L.4 PRÉFECTURE DE POLICE DU MÊME JOUR.
Salons. — Depuis deux jours, on débite, dans les salons, que l'un des fils de Frédéric-Guillaume va être roi des Romains, et l'électeur de Bavière roi de Bohême. On continue de dire que l'Allemagne ne peut manquer d'être révolutionnée. Les personnes qui fréquentent habituellement M. de Cobenzl assurent que son départ est très prochain et disent qu'elles ne peuvent le concilier avec ce qui a été inséré dans les papiers publics, relativement à la neutralité de la cour de Potsdam et acceptée par la Russie.
Exclusifs. — Les exclusifs reprennent de la confiance et disent qu'il sera difficile que l'hiver se passe sans qu'il arrive quelque événement, que la division toujours existante des opinions et le mécontentement de ceux qui n'ont point été admis à la Légion d'honneur ne peuvent manquer d'amener un mouvement.
Réunions publiques. — Toutes les classes du peuple se sont répandues hier dans les environs de Paris et dans les promenades ; on s'est livré aux plaisirs jusques assez avant dans la nuit. L'ordre et la tranquillité ont été maintenus. Ces jours derniers, on a vu, sur le boidevard des Italiens, un cavalier revêtu de la décoration de la Légion d'honneur, ivre et prêt à tomber à tout moment de dessus son
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cheval. Chacun faisait à ce sujet des plaisanteries plus ou moins piquantes.
Spectacles. — Hier, les acteurs du Théâtre Favart avaient annoncé une représentation de la Mélomanie, et firent afficher dans l'aprèsmidi qu'ils donneraient en place le Secret '. Ce changement de pièce a excité du bruit dans la salle, mais enfin le calme s'est rétabli et la pièce a été écoutée tranquillement.
Bourse. — Il ne s'est fait que très peu d'affaires pendant la vacance de la Bourse, et les rentes n'ont point éprouvé de variations sensibles, aujourd'hui les négociations ont été très nombreuses et le cours des cinq pour cent a eu le même sort que les jours précédents ; il a été constamment en baisse. On assure que ce sont toujours les mêmes vendeurs qui provoquent cette réaction, qui cause beaucoup d'inquiétude. — 5 0/0, joui?;sance de germinal, 58 fr. 40, 30, 23, 30, 23, 20, 23 c. Actions de la Banque de France, 1.117 fr. 30.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3832.)
Journaux.
Gazette de France du 11 thermidor : « Paris, W thermidor. ...On sait que M. Biot, membre de l'Institut, s'était proposé de s'élever dans un aéroslat avec un de ses amis, pour faire diverses observations de météorologie et de physique. Le gouvernement avait donné pour cet effet un ballon, le plus grand qui ait encore été fait, lequel avait élé porté en Egypte et en était revenu. Ce ballon avait été établi et chargé d'air sur la plate-forme de l'Observatoire; tout était prêt pour l'expédition, qui devait avoir lieu mercredi dernier. M. Biot et son compagnon devaient monter dans la nacelle vers les huit heures du matin; mais à cinq heures un coup de vent très violent soulève le ballon, arrache les piquets auxquels il était attaché, et malgré les efforts de plusieurs hommes chargés de le retenir par ses cordes, il s'élève dans l'air et disparaît bientôt à la vue. On prétend que cet accident a causé beaucoup de chagrin aux deux savants »
Rapport de la préfecture de police du 12 tuehmidor.
Réunions. — Partout on ne parle que de la guerre ; un M. Perrier de Grenoble, parent de plusieurs tribuns et notamment de M. Carrion
1. Je ne trouve rien sur cet incident dans le Courrier des Speckicles.
[30 JDiLLET 1804] PARIS SOUS L'EMPIRE 148
Nisas, répand que le manilesle de la Russie va parailre très incessamment, et qu'un des principaux griefs sera la non-indemnité du roi de Sardaigne ; que le roi de Sui'de se joint ;"i la Russie, et que l'empereur d'Allemagne conservera difricilement la neutralité. M. de ChefTontaine, capitaine de vétérans, Breton, dit qu'il y a encore des rassemblements en Bretagne, qu'ils sont à la vérité peu nombreux, mais qu'on n'en arrête pas moins les diligences, surtout du coté de Saint-Brieuc. Ce M. de Gheffontaine est fort allacbé à Moreau et s'apitoie beaucoup sur son sort.
Ouvriers. — 11 y a eu hier une forte querelle entre un certain nombre d'ouvriers, dans un cabaret au coin de la rue des Filles-du- Calvaire, mais elle s'apaisa sans voies de fait. Il y a eu aussi hier plusieurs rassemblements au Palais du Tribunal ; ils ont été occasionnés par un jeune homme épileptique et par une dispute entre deux officiers.
Culte. — On répand dans le public que les prêtres vont être décidément chargés de l'état civil ; on ajoute que ceux qui n'ont point été mariés devant l'Église seront obligés de se présenter, faute de quoi, leur mariage sera déclaré nul. C'est particulièrement dans les boutiques que Ton propage ces bruits.
Garde municipale. — Les deux régiments de cette garde <>nt fait aujourd'hui de grandes manœuvres. On profite de cette circonstance pour insinuer à ces militaires que Ton va les faire partir pour l'armée et les faire embarquer.
Spectacles. — On a donné hier Œdipe, au Théâtre-Français ; cette pièce n'a pas attiré beaucoup de monde ; le parterre seul était plein. On a beaucoup applaudi les vers suivantes :
.Pal fait des souverains et n'ai i)as voulu l'être (acte II).
Ce roi plus grand que sa fortune
Dédaignait comme vous, une pompe importune (acte IV).
Quels sont mes ennemis ?
Parle, quel étranger sur mon trône est admis? (acte V).
Les tirades contre les prêtres ont été plus vivement applaudies encore, et notamment ce vers :
Les jjrôtros no sont pas co qu'un vain peuple pense.
On a donné, hier, au Théâtre du Vaudeville, la première représentation des Guimbardes, parodie de l'Opéra les Dardes. Cette pièce n'ofl're rien qui soit étranger à la critique du poème des Bardes ou à l'éloge de la musique. Cet ouvrage est très faible; il paraît n'avoir
149 PARIS SOUS L'EMPIRE [30 juillet 1804]
réussi que par l'à-propos et par la légèreté de quelques couplets. L'auteur a été demandé; on est venu en nommer trois : MM. Chazet, Dupaty et Moreau. La tranquillité a été parfaite pendant tout le spectacle.
Pont du Jardin des Plantes. — Les travaux de ce pont sont toujours dans le même état. Les eaux sont encore trop hautes dans ce moment pour les remettre en activité...
Bourse. — Jamais, dans aucun temps, les négociations de rentes n'ont été aussi nombreuses qu'aujourd'hui ; on cite plusieurs ventes de 4 ou 500.000 francs, et les plus fortes ont été faites, dit-on, pour le compte de M. Perrin. Cette profusion a donné lieu à une baisse très forte, dont la rapidité ne s'est point démentie pendant toute la durée de la Bourse. Ce mouvement extraordinaire, dont un n'a pu indiquer la véritable cause, ne doit être attribué qu'aux bruits que la malveillance a répandus dans la matinée et à la Bourse même; plusieurs personnes ont assuré que la guerre avec la Russie était inévitable et que le chargé d'affaires était parti. On a dit aussi que l'Empereur avait fait une chute de cheval et s'était cassé une jamba. — o 0/0, jouissance de germinal, o7 fr. 40, 30, 10, 57, 57 fr. 10 ; jouissance de vendémiaire, an XIII, 54 fr. oO. Actions de la Banque de
France, l.Ho francs.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3832.)
Journaux.
Moniteur du 12 thermidor: « Paris, le // thermidor. Le conseiller d'État, préfet du département de la Seine, fera, le 29 de ce mois, la distribution des prix remportés par les élèves des Écoles centrales au concours général. Cette institution, connue autrefois sous le titre de Concours de l'Université, a été rétablie depuis quelques années par le préfet du département et a produit les résultats les plus satisfaisants. On conçoit, en effet, quelle doit être l'émulation des concurrents, dans une lutte où il ne s'agit pas seulement de vaincre pour sa propre gloire, mais encore pour la gloire de l'école à laquelle on est attaché. Les élèves appelés au concours sont classés parmi les sujets les plus distingués des trois écoles. C'est à l'élite de chaque tribu qu'est confié le soin de conserver et défendre l'honneur de sa tribu. La crainte de dégénérer, la crainte de reparaître sans laurier devant ceux qui ont fondé sur lui l'espoir d'un triomphe, anime chaque élève, son courage et ses efforts. Une telle émulation aussi bien dirigée, partagée par les professeurs des écoles, devait nécessairement tourner au profit de l'instruction publique. Aussi les personnes qui prennent intérêt aux bonnes éludes ont-elles pu remarquer le progrès que les élèves ont faits, depuis quatre années, dans l'étude des langues anciennes, de ces langues que les Racine, les d'Aguesseau, les Montesquieu ont mises au
[31 JUILLET 1804] PAItlS SOLS L'EMPIIIE 150
rang des •connaissances les plus propres à former les grands littérateurs et les grands magistrats... » — Journal des Débats du 12 thermidor: « Pai'is, // llK'i'midor. I.e nouvel établissement de la Morgue vient d'être achevé; les inconvénients que présentait l'ancien dépôt, et que l'on avait fréquemment remarqués, ont disparu dans le local nouveau, préparé par les ordres du Conseiller d'Etat, préfet du département de la Seine. Trois salles sont consacrées, dans le local actuel au service matériel de rétablissement : une salle est destinée à l'exposition; les corps seront placés séparément sur des tables de marbre noir, et vus de l'extérieur au travers des glaces; une seconde salle est consacrée à l'ouverture des corps qui devront subir quelque opération ou vérification ; enfin une troisième salle, tenant aux deux précédentes, est affectée à les déposer dans la bière, pour être ensuite conduits au cimetière. » — « Les clercs du Palais viennent de s'adresser à S. A. S. l'archichancelier de l'Empire pour obtenir le rétablissement de l'ancienne institution connue sous le nom de la Bazoche. » — Gazelle de France du 10 thermidor : « Paris, 11 Ihermidor... Les seules maladies à la mode, dans ce moment, sont les rhumatismes et les maux de nerfs, et elles ont, depuis un mois, une vogue prodigieuse. Une petite maîtresse n'ose plus se montrer ni au spectacle, ni à la promenade, de peur de se faire soupçonner d'être bien portante. Un valet de chambre est chargé d'annoncer à tous ceux qui se présentent pour la voir qu'elle est au bain. »
Ministère de la police générale. — Bulletin du 13 thermidor.
Général Macdonald. — Il circulail hier que le général Macdonald était exilé et parti, pour avoir défenriu Moreaii avec trop de zèle. Quelques contradicteurs assuraienl qu'il avait, au contraire, contribué à le perdre, et que l'Empereur prouverait bientôt, par une distinction éclatante, qu'il le croyait digne de sa confiance. On rapporte que ce général est parti volontairement pour Aix-la-Chapelle, où son épouse est atteinte d'une nialadip de poitrine jugée incurable.
Réunion de malveillanls. — On signale la tabagie du nommé Beaudouin,dans les fossés des Champs-Elysées, comme un rendez-vous dont les habitués tiennent des propos très injurieux contre Sa Majesté Ini|)ériale. Avis au préfet de police.
Prêtres intolérants. — Une personne, arrivant de Lyon, annonce que celte ville est tourmentée par l'intolérance des prêtres, et cite, à l'appui de sa déclaration, le fait d'un septuagénaire remarié, après divorce, depuis plus de huit ans, à qui un prêtre, appelé dernièrement pour le confesser, a fail promettre sur l'Évangile qu'il répudierait sa
151 PARIS SOUS L'EMPIRE [31 juillet 1804]
femme, en le menaçant de lui refuser les derniers sacrements, s'il ne se conformait pas à cet ordre, attendu que son mariage devant la municipalité était réprouvé par l'Église. Avis au conseiller d'Etat chargé du troisième arrondissement. . .
Libelle. — Le libelle ayant pour litre : Code civil en vaudevilles *, est attribué à une dame Doubledan, dont la demeure est indiquée. On fait passer cet avis au préfet de police. (Arch. nat, AFiv, 1490.)
Rapport de la pkéfecture de police du même jour.
Étrangers. — Les étrangers qui se réunissent chez M""^ la princesse de Galitzin, actuellement indisposée, disent hautement que l'affaire du prince de Bade ne tournera point à son avantage ; que cet électeur avait reçu de la France des sommes considérables pour attirer sous différents prétextes les Bourbons dans ses États, et les livrer ensuite, comme il Ta fait du prince d'Enghien ; ils ajoutent que le comte de Lille et les personnages qui l'environnent avaient été prévenus du piège et s'en étaient préservés, et qu'enfin le roi de Prusse avait fait exécuter le commandant de place, qui devait livrer le comte de Lille. M. de Cobenzl est toujours en mesure d'exécuter son départ pour Vienne ; il ne sera pas. dit-on, à Paris dans dix jours, à moins qu'il ne survienne de nouvelles dispositions dans les cabinets de Vienne ou de Saint-Pétersbourg ; le reste de la légation russe est aussi, dit- on, à la veille de son départ. On assure que l'objet du dernier courrier de Pétersbourg est de demander l'évacuation de l'Hanovre [sic) dans trois mois.
Réunions. — On continue d'assurer, comme on l'a annoncé dans le rapport d'hier, qu'il y a de l'agitation et même des rassemblements dans la Basse-Bretagne. On regarde toujours la guerre avec la Russie comme certaine ; on assure qu'elle demande réparation de la violation du territoire de l'Empire et de l'occupation de l'Hanovre [sic).
On manifeste toujours des craintes sur la résurrection du parti d'Orléans. Les ci-devant princes de ce nom sont hauteuient prônés par leurs partisans. Ils disent qu'on peut être sûr qu'il n'y aurait jamais eu de réaction s'ds s'étaient mis à la tête du gouvernement; enfin, ajoutent ces mêmes partisans, de grands événements se préparent, et ils ne sont pas aussi éloignés qu'on le pense.
1. Voir plus haut, p. 145, le Bullelin du 12 thermidor an XII.
Un négociaiil du Havre disait hier, au café d'Anjou, rue Montmartre, qu'il venait de recevoir une lettre de sa femme, qui l'engageait à revenir promptement, attendu que le port est bloqué par vingt-six vaisseaux anglais et que l'on s'attend, d'un moment à l'autre, à un nouveau bombardement.
Hier soir, dans un groupe assez nombreux, composé en partie de militaires, on s'expliquait vertement sur le compte de ceux qui s'amusent à porter des grenades ou des œillets rouges à la boutonnière, et l'on se promettait de les pourchasser. Dans le moment, un chasseur de la garde impériale, revêtu de la décoration de la Légion d'honneur, ivre et environné de trois femmes publiques, vint à passer; l'état où il se trouvait et ces femmes firent tenir beaucoup de propos ; un officier, qui était dans le groupe, se détacha, suivit le chasseur jusqu'au Pont-Tournant, lui ordonna de quitter sa compagnie, le fit monter dans une voiture et l'emmena. Le même soir, au Palais du Tribunal, un jeune homme, portant une grenade à son habit, accompagné de deux autres individus, dont l'un portait un ruban, étaient suivis par plusieurs militaires qui les maltraitaient de paroles, et ils se retirèrent rapidement après avoir fait un tour sous les galeries.
Pont du Jardin des Piaules. — Les travaux sont à peu près dans la même stagnation ; on occupe cependant quelques ouvriers de plus pour le déblai des équipages détruits par la crue d'eau...
Bourse. — Les cinq pour cent ont éprouvé successivement et jusqu'au dernier moment des variations, dont le résultat a été assez favorable pour donner l'espérance d'une amélioration |)rochaine et plus sensible. MM. Havet et Manuel, agents, qui avaient preneurs hier, ont été vendeurs aujourd'hui, et l'on pense que c'est plutôt pour réaliser des bénéfices que pour provoquer de nouveau la baisse. Les bruits qui ont fait un grand mal à la place, et que les joueurs quniijient de rouerie de métier, excitent la plus vive indignation et font dire à quelques personnes que les plus gros vendeurs d'hier, dans le nombre desquels on cite principalement M. Perrin, ont cherché à en profiter pour faire tomber la rente beaucoup plus bas et trouver dans cette baisse ce qu'ils n'avaient pu obtenir par la hausse. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 75, 80, 70, 75, 70, 00, 40, 57 IV. 50, 70. Actions de la Bancjue de France, 1 .115 francs.
Dubois.
(Airli. n.it.. V, ;J8:;2.)
153 PARIS SOUS L'EMPIRE [1" août 1804]
13 THERMIDOR AN XII (l«r AOUT 1804).
Ministère de la police générale. — Bulletin du 14 tuermidor.
...Melon, Baudin et Moreau. — Prévenus d'être éditeurs et distributeurs d'un écrit intitulé: Publication de Monsieur, frère du Roi. Détenus au fort de Hâ, depuis plus de six mois. Leur longue détention paraît les avoir suffisamment punis. Les renseignements pris sur leur compte les présentent d'ailleurs comme attachés au gouvernement, et comme ayant publié cet écrit sans mauvaise intention. Mis en liberté.. .
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — Malgré les nouvelles officielles insérées dans les journaux, on continue de répandre que l'affaire de Boulogne a été très sérieuse, que S. M. l'Empereur s'est beaucoup exposée, et qu'elle a reçu une blessure pendant la manœuvre de la flottille. On ajoute que le général Caulaincourt a été tué et quelques autres circonstances qui ont excité quelques rassemblements, qui ont été promptement dissipés. On dit encore que le vice-amiral La Touche- Tréville est bloqué à Toulon. Ce sont particulièrement les ofliciers réformés qui grossissent toutes ces nouvelles et principalement celles relatives à ce qui s'est passé au Havre et à Boulogne.
Le bruit d'un débarquement de Russes en Angleterre et de Suédois en Irlande, qui avait été démenti depuis peu de jours, a repris, hier, une nouvelle consistance. Les politiques publiaient, hier, que la guerre avait été déclarée entre l'Angleterre et l'Espagne ; qu'un grand nombre de vaisseaux espagnols avaient été pris sur la Tamise, et que l'ambassadeur d'Espagne avait quitté Londres.
On parle d'un emprunt forcé sur la Banque de France ; et plusieurs actionnaires disent qu'ils vont retirer leurs actions. Le tribun Carnot se promenait, hier, sur le boulevard du Temple avec son épouse ; il s'est formé quelques groupes autour de lui, et l'on disait : f< V(iil;i un brave homme, un homme à caractère ; il ne porte point
la tTdix (le la Légion d'honneur. » On dil que Ton va changer la décoration de la Légion d'honneur, que les seuls officiers porteront le ruban rouge, et les simples légionnaires le ruban violet.
Ecole polytechnique . — On dit que le? élèves de cette École vont être casernes, sujets aux appels, aux revues et aux exercices militaires, et qu'il sera défendu d'aller au spectacle. Ces jeunes gens n'en paraissent pas très satisfaits.
Journaux. — Le Citoyen français d'aujourdhui, parmi ses articles datés de Paris, en a inséré un qui renferme un jugement porté par M. Archenholtz, dans son journal allemand, intitulé la Minerve^ en faveur des mémoires publiés par M. de Montgaillard.
Le Journal du Commerce, de ce jour, annonce, à l'article de Londres, le départ prochain du lord Se5'mour pour Pélersbourg, comme chargé, dit-on, d'une mission de la plus grande importance.
Le Correspondant de Hambourg^ journal allemand, du 21 juillet, insère un article de Londres, portant : « On assure que la cour impériale de Russie ne reconnaîtra le nouvel ordre de choses en France qu'après que cette dernière aura satisfait à ce qui est désiré à l'égard de la Sardaigne et de Naples; qu'ai)rès que le Hanovre aura été évacué, et qu'il aura été donné des explications satisfaisantes sur difTérents autres points. A l'égard du gouvernement héréditaire futur de la Lombardie, il doit y avoir aussi des dilTicultés. »
Bourse. — Le mouvement des négociations de renies n'a pas été aussi animé que les jours précédents, et, malgré qu'il ne se soit répandu, aujourd'hui, de nouvelles d'aucun genre, le cours, qui paraissait dans les meilleures dispositions à l'ouverture du parquet, a éprouvé une baisse très sensible ; les observateurs se sont bornés à dire que cette réaction ne pouvait avoir d'autre cause que l'incertitude dans laquelle on est à l'égard de la Russie. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 60 ; 50, 40 ; bons de remboursement, 2 fr. 65 ; ordonnances pour rachats de rentes, 90 fr. 93. Actions de la Banque de France, 1.111 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3832.)
155 PARIS SOUS L'EMPIRE [2 août 1804]
Ministère de la police générale. — Bulletin du 15 thermidor.
Ordre du ministre. Bouvet de Lozier et Armand Gaillard. — Sur la demande du commandant du fort Bouillon, transmise par le ministre de la guerre, ces deux détenus jouiront de quelques heures de promenade
(Arch. nat., AFiv, 1490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Etrangers. — Le secrétaire de la Légation russe a dit qu'il attendait la réponse de S. Ex. le ministre des relations extérieures à la dernière note remise de la part de son maître ; que celte réponse devait décider de la paix ou de la guerre. M. d'Oubril a ajouté que cette note est de nature à n'être pas répondue favorablement ; qu'en conséquence il se dispose à quitter Paris, et que, depuis l'arrivée du courrier porteur de l'ultimatum de sa cour, il avait délivré un grand nombre de passeports. On dit que l'ambassadeur d'Autriche ne quittera Paris que lorsque le cabinet des Tuileries aura répondu à la dernière communication officielle de M. d'Oubril, On ajoute qu'un des articles de l'ullimatum de Russie porte que les princes maintenus dans leur souveraineté en Italie duivent jouir de la plénitude de leurs droits et de leur indépendance. Le chargé d'affaires a ordre, dit-on, de partir sur-le-champ, si Ton ne fait pas droit à cette demande.
Réunions. — Le départ de Rome du roi de Sardaigne a fait hier l'objet des conversations. On dit que, s'il a quitté si précipitamment cette capitale, c'est que S. E. M. le cardinal Fesch avait reçu du gouvernement français l'ordre de. le faire arrêter comme otHge, dans le cas où la Russie ferait marcher des troupes en Italie. Le séjour de M. Garât et de ses deux collègues à Boulogne, donne lieu à mille conjectures. Les patriotes assurent que ces sénateurs sont porteurs d'un sénatus-consulle qui doit exiler de Paris les émigrés et serrer «le près ceux qui sont dans les départements.
Commerce. — Depuis plusieurs jours, on dit dans le commerce et à la Bourse qu'incessamment la Banque ne sera plus chargée du paye-
inenl des arrérages de rentes et qu'on les touchera à la Trésorerie. On ne paraît pas satisfait de ce changement ; on craint qu'il n'j' ait point dans les payeaienls la même exactitude qu'à la Banque, qui, dans aucun cas, ne peut dire que les fonds manquent.
Halles et marchés. — Hier, sur les six heures du soir, il y a eu beaucoup de troubles sur le port au blé, par rapport au mesurage public. La force armée s'y est transportée ; il y a eu quelques coups de donnés. Les régisseurs ont également causé du trouble à la halle aux charbons; ils saisissent arbitrairement les mesures des particuliers; ils ont même saisi celles des munitionnaires généraux. Le préfet de police a écrit à S. E. le ministre de l'intérieur et au préfet du département pour les prier de faire rentrer dans l'ordre ces régisseurs, qui ne doivent exercer leurs fonctions qu'en cas de contestation entre le vendeur et l'acheteur.
Spectacles. — On a donné hier, aux Français, Iphigénie en Aulide. On a applaudi vivement les deux vers suivants :
J'aurais trop de regrets, si quelqu'autre guerrier Au rivage troyen descendait le premier.
Journaux. — Les feuilles de ce jour ne présentent rien de très intéressant. On y distingue les articles suivants. Dans le Journal du Commerce se lisent les nouvelles des États-Unis d'Amérique, datées de New-York, le 4 juin (15 prairial) ; elles ajoutent quelques nouveaux détails, à ce que l'on sait déjà des atrocités commises par Dessalines et les noirs envers tous les blancs qui étaient restés à Saint-Douiingue. Le 15 mai, 2.500 blancs étaient déjà égorgés. Les nouvelles datées de Vienne, le 2 juillet, insérées à la fois dans la Clef du Cabinet et le Citoyen français parlent d'échange de courriers entre Vienne et Paris, et ajoutent qu'on ne croit pas que cette correspondance se borne au nouveau litre du chef de la France, et qu'il parait qu'elle C(jncerne des dispositions qui doivent assurer pnur longtemps le repos et le bonheur des Ktats de l'Europe. Dans une lettre écrite de Boulogne, le 12 thermidor au matin, et insérée au Citoyen français de ce jour, on remarque le passage suivant : « Ou ne paraît pas avoir ici le moindre doute sur la descente et sur le plein succès. 11 ne peut y avoir d'obstacle que la tempête; mais le (rajet est si court, et, quand les vents auront été bien choisis, ce serait une grande fatalité qu'ils changeassent flans un si petit nombre d'heures. Enfin, cette grande partie va se jouer, et c'est dans l'étroit canal de la Manche que se décidera le sort de l'Anglctene et de la liberté des mers. »
157 PARIS SOUS L'EMPIRE [3 août 1804]
Pont du Jardin des Plantes. — L'augmentation de la rivière va retarder encore la reprise des travaux. On continue de préparer les matériaux dans les chantiers. . .
Bowse. — Aujourd'hui on a remarqué avec satisfaction, dès l'ouverture du parquet, les demandes de M. Ledhuy, agent, et de quelques autres personnes, que l'on regarde comme de bons preneurs. Ces demandes ont eu, en effet, assez d'influence, et le cours s'est un peu amélioré. L'on croit généralement que la grande opération de M. Martinet est entièrement fondue, que la plupart de ceux qui ont agi dans son sens, ont doublé leurs opérations en baisse, et que, conséquemment, il existe beaucoup de découverts. — o 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 57, 15, 25, 15, 30, 10 ; 57 fr. 57, 15, 57 fr. 20 ; iderUy jouissance de vendémiaire an XIll, 54 fr. 75. Actions de la Banque de France, 1.145 francs.
Dubois.
Journaux.
Journal des Débals du 15 thermidor : « Paris, li thermidor. On dit que le sénateur Fouché, ministre de la police générale, vient d'établir deux bureaux spéciaux, l'un pour la liberté civile, l'autre pour la liberté de la presse ; on nomme parmi les membres de ce dernier MM. Desfaucherets, Lemontey et Lacretelle jeune «
Ministère de la police générale. — Bulletin du 16 thermidor.
Paris. Athénée. — On lit dans le rapport d'un agent : « Il ne circule aucune fausse nouvelle aujourd'hui, pas même à l'Athénée, oi^i on en fabrique le plus. . . v
Ordres du ministre. Talmé. — Ancien chef d'escadron, soupçonné de n'être pas étranger à la conspiration. Recherché inutilement depuis le 18 germinal dernier. Dès le mois de ventôse précédent, il avait quitté subitement le logement qu'il occupait rue du Rempart, pour aller demeurer rue de la Taïuierie. II s'était abstenu de paraître dans les maisons qu'il fréquentait auparavant, et avait abandonné un emploi qu'il avait dans ladministralion des jeux. Arrêté le 13 de ce mois, il nie avoir eu aucune relation avec les conspirateurs. L'examen de sa
correspondance n'a produit aucune charge contre lui. Cependant, comme il n'offre aucune garantie de ?a moralité, on le renvoie à Besançon, ?on pays natal, où il sera gardé en surveillance.
Desmaillot. — Anarchiste prononcé, orateur de cafés et de promenades publiques, oii il ne s'occupait qu'à débiter ses maximes. En vendémiaire an IX, il avait reçu ordre de se rendre à Orléans. Il n'obéit pas, resta à Paris, s'y cacha d'abord, se remontra ensuite, recommença ses réclamations et colporta la Pétition au Ti'ibunat '. Arrêté de nouveau le 6 frimaire dernier, on n'a rien trouvé de suspect dans ses papiers. Mis en liberté avec injonction de se retirer à quarante lieues de Paris et des côtes.
Le Roy. — Emigré, non inscrit sur la liste, signalé comme agent des Bourbons, entretenant des correspondances avec eux et tenant des propos contre l'Empereur. On n'a obtenu aucune preuve contre lui relativement aux correspondances dont on l'accusait. Quant aux propos, il paraît qu'ils se réduisent à quelques indiscrétions qu'il assure avoir entendues dans les cours du Palais, à l'époque du procès des conspirateurs, et avoir répétées sans mauvaise intention. Envoyé à Lyon, lieu de son domicile ordinaire, sous la surveillance du commissaire général.
Voisin. — Se disant homme d'affaires, détenu depuis la fin de frimaire, comme un des coopérateurs et distributeurs du libelle, ayant pour titre : Pétition au Tribunal. Mis en liberté et envoyé à quarante lieues de Paris, (Arch. nat., F^ 3703 «.)
rUl'l'ORT DE LA PRÉFECTURE DE POLICE DU MÊME JOUR.
Réunions. — On s'attend, à Paris, à recevoir, d'un moment à l'autre, des nouvelles de la descente ; on dit que la flottille et les bâtiments de transport sont sortis du port de Boulogne. Beaucoup de pères de famille qui ont leurs enfants à l'armée en reçoivent des lettres, portant que l'ordre est donné partout de se tenir prêt, mais qu'il leur est expressément défendu d'entrer dans aucun autre détail. On dit qu'une armée se forme du côté de Strasbourg, que, si sous quinzaine l'Autriche ne se décide pas à reconnaître S. M. l'Empereur, cette armée entrera en Allemagne; on y ajoute enfin que cette notification a dû être faite à M. de Cobenzl. On dit encore que M. de Champagny
1, Sur ce pamphlet, voir Paris sovs le Coiixiilal, t. IV, p. 485, 494, 504, 50", 566, o77, 603.