‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 5 sur 221 · A. AULARD · texte numérisé non relu

A. AULARD

Rapport de la préfecture de police du 29 floréal.

Réunions. — On répand dans le public que le chargé d'affaires de Russie a renouvelé la notification des ordres de son maître aux Russes qui sont en France pour qu'ils aient à partir. On ajoute que notre ministre en Russie est en route pour revenir. On débite encore qu'un journal allemand contient un rescrit de Fempereur de Russie, adressé à la diète de l'Empire germanique, relativement à l'affaire du duc d'Enghien, et que ce rescrit est rempli de menaces.

Les anciens gardes du corps doivent se réunir aujourd'hui pour, d'après les observations du sénateur du Bois du Bais, faire un changement à l'adresse qu'ils se proposent de présenter à Sa Majesté Impériale. L'ex-comte d'Agoult, Neuilly et Saint-Léger, loin d'approuver la démarche de leurs anciens camarades, font tout ce qu'ils peuvent au contraire pour les en détourner, en disant que le vrai noyau des gardes du corps est à Varsovie, et que c'est là que doivent se rendre ceux qui veulent reprendre du service; Neuilly surtout se permet des propos très vifs contre ses camarades *.

Hier soir, nombre de citoyens ont illuminé leurs maisons. Beaucoup de promeneurs sont restés assez tard dans les rues, presque partout on disait : « Enfin, nous sommes arrachés aux fureurs révolutionnaires, et les factions sont anéanties! »

On dit qu'un ordre militaire va être créé sous le titre de Sainl- Napoléon.

Bois de chauffage. — Les prix de ces bois n'ont pas varié. . .

i. En marge, d'une autre main : « Copier cet article et le joindre aux pièces de d'Agoult et Neuilly. » — « Fait. »

ÏO.ME 1. 1

lis MAI 1804] l'AlUS SOLS L'EMPIIŒ 2

Bourse. — La licpiidation n'a |inint ralenti les affaires; il s'en est lait heaucoup, mais on na rt'mar(|iié ni ventes ni achats assez considérables pour donner lieu à une réaclion quelconque, et Ion a regardé comme un avantage précieux, et dû aux circonstances, le maintien du cours des rentes, qui e-t toujours plus faible à la dernière Bourse du mois. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 50, 30, 40, 50, 45, 40, 45, 35 ; 57 fr. 40, 50 ; actions de la Banque do France, 4.095 francs. (Aivli. liai.. F'. 3832.)

,)/o»/7c»/"du29 tloréal an .\II : » Paris, le 28 floréal. Le sénatus-consulte organique a été proclamé par l'Empereur, et il sera publié dans Paris dimanche prochain à midi. — Sa .Majesté biipériale a nommé à la dignité de grand- Électeur S. A. I. le prince Joseph Bonaparte; à celle de connétable, S. A. 1. le prince l-ouis Bona|)arte; à celle d'archichancelier de l'Empire, le consul Cambacérès, et à celle d'architrésorier, le consul Lebrun. — L'arcbichancelier de l'Empire, l'architrésorier et le connétable ont prêté serment entre les mains de l'Empereur. — L'archichancelior de l'Empire a présenté les ministres et le secrétaire d'État au serment, qu'ils ont prêté entre les mains de l'Empereur. Le connétable a ensuite présenté au serment les colonels généraux Davout et Bessières, ainsi que le général Mural, gouverneur de Paris. L'archichancelier de l'Empire a également présenté au serment le général Duroc, gouverneur du palais impérial. » — Journal des Débats du 29 tloréal : « Paris, 28 floréal. ...L'adoption du sénatus-consulte, dont on vient de parler, a été annoncée aux Parisiens par plusieurs coups de canon... L'ouverture des débats du procès qui s'instruit contre le général Moreau et autres |)araît être fixée définitivement au 5 prairial. » — Journal des Débats du 2 prairial. « Paris, t^' prairial. ...Le 28 tloréal, Mm* Saint- Ange et Lorin, accusés d'avoir éuùs de faux billets de la Banque de France, ont été jugés par le tribunal criminel du département de la Seine. Sur les conclusions de M. Courlin, substitut du commissaire du gouvernement, Lorin a été acquitté, et M'"e Saint-Ange, convaincue d'avoir fait sciemment usage de faux billets de banque, a été condamnée à la flétrissure, à huit années de réclusion et à 12,000 francs de dommages et intérêts envers la Banque de France 11 a été de plus ordonné que Kagoulleau, qui, à l'époque du délit, était caissier de la banque des jeux, fût mis en arrestation et poursuivi comme complice de l'accusée. On a remarqué dans le discours de M. Courtin une sortie éloquente sur les dangers du luxe immodéré dans les fenunos qui, voulant s'élever au-dessus de leur fortune, oublient trop souvent, pour satisfaire leur passion, les lois de la morale et les devoirs de leur état. M'"" Saint-Ange a montré beaucoup de calme dans les débals ; mais, à la lecture du jugement, elle a vomi des imprécations contre le tribunal qui venait de la condamner. . . » — Gazette de France du 29 tloréal : « Paris, 28 floréal. ...Les nouvelles des coulisses sont, depuis quelques jours, d'un grand intérêt et d'une nature assez alarmante, pour une ville où les plaisirs du théâtre sont comptés pour beaucoup. La plus inattendue de toutes

3 PARIS sons L'EMPIRE [19 mai 1804]

celles qu'on nous donne aujourd'hui, c'est que M"^ Duchesnois, qui partageait l'emploi des reines, est à la veille de descendre du trône, et que, dans son premier mouvement de dépit, elle menace, non pas de jeter le diadème aux orties, mais d'aller régner à son aise sur le théâtre de Saint- Pétersbourg. Nombre de nos artistes dramatiques boudent ou sont malades dans ce moment. Rien, depuis quelque temps, de si délicat que leur humeur et leur santé. On sait que l'une et l'autre s'altèrent, pour un oui ou pour un non, dans les gens dont on s'occupe beaucoup. Ils se portent bien quand on ne songe pas à eux. Les commissaires russes profitent d'une occasion si favorable pour entrer en négociations avec les boudeuses et leur font prendre le chemin de leur pays. C'est une perte déplorable, que le public éviterait quelquefois avec un peu plus de condescendance ; mais le parterre, s'il immole une pièce nouvelle, ne songe pas, dans la chaleur de l'action, aux suites funestes de cette conduite, quand un acteur prend fait et cause, et le repentir vient trop tard. La danse, qui est un art purement matériel, ne manquera jamais de sujets. Les danseurs du premier mérite pullulent. C'est le cas de dire : Uno avulso non déficit alter. Mais il n'est pas de même de la tragédie. Paris est menacé d'être bientôt forcé d'aller au spectacle à Pétersbourg pour voir jouer d'une manière passable les chefs-d'œuvre de Racine et de Corneille. On a beau apprendre à nos artistes qu'il fait très froid en Russie, chose que les recruteurs se gardent sans doute bien de leur dire, rien ne les arrête. Leur imagination leur représente dans le lointain Pétersbourg au milieu d'une pluie de roubles : ils y courent... » — Journal des Défenseurs du 29 floréal : « Paris, le 28 floréal. A deux heures le canon a annoncé le sénatus-consulte pris par le Sénat conservateur dans la séance de ce jour. Le premier consul est nommé Empereur; la dignité impériale est héréditaire dans sa famille. Une députation du Sénat, escortée par un régiment de cuirassiers, s'est rendue à Saint-Cloud pour saluer le nouvel Empereur. Les habitants de Paris illuminent spontanément leurs maisons »

Rapport de la préfecture de police du 30 p'loréal.

La proclanialion qui s'est faite ce matin ' a attiré un grand concours de citoyens dans tous les lieux par où le cortège devait passer. La satisfaction est universelle, et le nom de Sa Majesté Impériale est dans toutes les bouches. On lit avec empressement le sénatus-consulte organique, si longtemps désiré : tout le monde y applaudit vivement, et les malveillants sont réduits au silence.

Spectacles. — On a donné hier, au Théâtre-Français, la première

l. Par exception, une partie de ce niii|iorl .i trait à une partie de la journée même duiit il porte l;i ilate.

I19.MAI 1804] l'AMIS SOUS L'iiMPIIJE 4

représentation d'une tragédie en cinq actes, intitulée Herre-le-Grand\ Cet ouvrage n'a pas été écouté jusqu'à la fin. Les murmures et les sifflets ont presque toujours empêché d'entendre et de saisir l'ensemble du sujet, mais il a paru que plusieurs sentences ont excité des improbations. Quelques traits cependant ont été généralement applaudis, tels que celui-ci :

En sauvant un grand homme, il siuve un peuple entier.

D'autres n'ont pas été compris, tels que celui-ci : La gloire fail les rois, et les rois font les hommes.

En général, (in n'a trouvé dans cet ouvrage ni assez de clarté dans l'exposition, ni assez de chaleur dans l'action, mais tout s'est borné à des marques d'improbation. Il n'y a eu ni rixes particulières, ni circonstances qui méritent d'être rapportées. La toile a été baissée au milieu du cinquième acte, et la petite pièce a été jouée au milieu du plus grand calme. — On donnait aussi, au théâtre Louvois, une pièce nouvelle en un acte, intitulée Jacques Dumont. Le fond, sans ofîrir rien qui ne soit déjà connu à la scène, a paru très moral et ce mérite, joint à la légèreté du dialogue, a déterminé le succès de l'ouvrage. L'auteur a été demandé : on a nommé M. Ségur le jeune. — Le théâtre du Vaudeville offrait aussi une nouveauté sous le titre des Vélocifères. Cette bluette, qui ne présente d'autres applications que celles qui ont trait aux modes du jour, a réussi, grâce principalement à la gaieté des couplets. Le calme a régné pendant toute la représentation.

L'auteur est M. Chazel-

(Arch. nat., F', 3832.)

Journaux.

Muniltur du 30 florcai an XII : « Sénat conservateur. Paris, 29 /loréal an XII. En exécution de l'ordre de S. M. l'Empereur, transmis par l'archichancelier de l'Empire, pour la proclamation du sénatus-consulte organique du 28 tloréal présent mois, le chancelier du Sônat arrête l'ordre suivant de la marche du cortège. Réunion au Palais du Sénat, dimanche 30, à huit heures du matin. Sortie du cortège par la grande entrée du Palais, rue de Tournon. yo Proclamation devant le Palais du Sénat. Le cortège descend la rue de Tournon, passe par les rues Saint-Sulpice, du Vieux-Colomhicr, place de la

1. Par Carrion-Nisas. Cette tragédie a été imprimée. Bibl. nat., Y th., 14237, in-8. Cf. Maurice Tourneux. Bihiiographie de l'histoire de l'aris, t. III. n° 18563.

2. En collaboration avec iJupaty et Moreau. — Les Vélocifères, comédie-parade en un acte, uiddée de vaudeville. Bibl. nat., Y th., 18800, in 8.

5 PARIS SOUS L'EMPIRE [19 mai 1804]

Croix-Rouge, la rue de Grenelle jusqu'à la rue de Bourgogne à droite et la place du Corps législatif. 2« Proclamation à la place du Corps législatif. Le cortège suit la rue de Bourgogne jusqu'au pont de la Concorde, traverse la place et la rue de la Concorde jusqu'au boulevard, suit le boulevard jusqu'à la rue Neuve-des-Capucines, entre dans la place Vendôme. 3« Proclamalion à la place Vendôme. Le cortège sort de la place Vendôme, prend la rue Saint-Honoré à gauche jusqu'à la place du Tribunal. 4^ Proclamation, devant la place du Tribunal. Le cortège suit la rue de Malte jusqu'à la place du Carrousel, o^ Proclamation à la place du Carrousel. Le cortège sort par les grands guichets du Louvre, prend les quais à gauche, en ligne droite, jusqu'à la place de l'Hôtel de Ville. 6^ Proclamation à la place de V Hôtel de Ville. Le cortège revient par le quai Pelletier, le quai de Gesvres, le Pont-au-Change, la place du Palais de Justice. 7" Proclamation, devant le Palais de Justice. Le cortège suit la rue de la Barillerie, prend la rue Saint-Louis à droite, le quai des Orfèvres, le Pont-Neuf à gauche, la rue de Thionville, la rue Saint-Germain-des-Pres, la rue de l'Odéon, la rue de Vaugirard, et rentre au Sénat. Le chancelier du Sénat, signé : Laplace. Par le chancelier du Sénat, le garde des archives, signé : Cauchy. » — « Préfecture DE POLICE. Ordonnance. Paris 29 floréal an Xlf. Le conseiller d'État, préfet de police, vu le programme imprimé, par ordre du chancelier du Sénat rendu à la suite du sénatus-consulte organique en date du jour d'hier, ordonne ce qui suit : Art. l*""". Le 30 floréal, présent mois, les rues, quais, places et ponts seront balayés et débarrassés avant huit heures du malin. — 2° Les rues, quais, places, ponts et promenades seront arrosés. Les habitants se conformeront à cette disposition en ce qui les concerne. A compter de huit heures du matin jusques après la rentrée du cortège au Palais du Sénat, aucune voiture ne pourra ni stationner ni circuler, savoir : rue de Vaugirard à droite et à gauche, dans toute l'étendue du Palais du Sénat ; rues de Tournon, de Saint-Sulpice, des Aveugles, place Saiiit-Sulpice ; rue du Vieux- Colombier, carrefour de la Croix-Rouge; rue de Grenelle et de Bourgogne; la rue de l'Université, depuis le quinconce des Invalides, jusqu'à la rue de Bellechasse ; laplace du Corps Législatif; le quai Bonaparte depuis l'esplanade des Invalides jusqu'à la rue de Bellechasse ; le pont de la Concorde, le quai de la Conférence depuis ce pont jusqu'à l'allée des Veuves ; la place de la Concorde, l'avenue des Champs-Elysées depuis l'allée des Veuves jusqu'à la place ; rues de la Concorde, du faubourg Saint-Honoré à gauche jusqu'à la rue de la Madeleine ; le boulevard de la Madeleine, rue Neuve-des-Capucines et laplace Vendôme; rue Saint-Honoré, depuis celle delà Concorde jusqu'à la barrière des Sergents; la place du Palais du Tribunat, la rue de Malte, la place du Carrousel, les quais depuis le pont de la Concorde sans discontinualion, jusques et compris la place de l'Hôtel de Ville ; le pont Notre-Dame, le pont au Change, la rue Saint-Barthélémy ; la place du Palais de Justice, les rues de la Vieille-Draperie, de la Barillerie, de Saint-Louis; le quai des Orfèvres, le Pont-Neuf, la rue de Thionville, des Fossés-Saint-Germain des-Prés, rue et place de l'Odéon jusqu'au Palais du Sénat. La présente ordonnance sera imprimée, publiée et affichée. Les commissaires de police, les officiers de paix et les préposés de la préfecture de .police sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de tenir la main à son exécution. Le conseiller d'État, préfet, signé: Dubois; par le conseiller d'État, préfet, le secrétaire-général, signé : Piis. » — Journal

[20 MAI 1804] l'AHIS sors I. KM1MI5K 6

des Débals Au 30 floréal : « Paris, 29 floréal. . . Les membres el principaux commis dos diverses administrations se sont réunis, ce malin, chez les ministres, entre U's mains desquels ils ont prêté le serment prescrit par le sénatusconsullc organique : Je Jure obi'issfuire aux constitutions de l'Empire et fidélité à l'Empereur. . . » —Journal de Paris du !*■' prairial : « Noi'velles DE I'ahis. , . Le pont des Arts remplit ses destinées. C'est un jardin suspendu sur les eaux et qui satisfait tous les sens à la fois. La vue se promène de tous côtés sur les plus majestueux édifices, et vient ensuite se reposer délicieusement sur les Heurs de tous les |)ays et de toutes les saisons. L'air est mollemont rafraîchi par celui de la rivière et embaumé de tous les parfums de l'héliotrope, de la rose, du réséda, du jasmin et de la tleur d'orange. Deux rangées de femmes charmantes achèvent d'embellir ce passage vraiment pittoresque, et (pii ressemble en tout à celui d'une vie heureuse. Il est trop court...» — Journ(d des Dames et des Modes du 30 tloréal : « Paris, le 29 floréal. Le retour du beau temps a changé toutes les hai)itudes : presque [tlus de bals, peu de concerts, point de cercle : ou se permet encore le spectacle, mais il n'est plus guère du bon ton que les jours de première représentation ou de réunion extraordinaire : tous les directeurs remettent on conséquence dans leur portefeuille leurs ouvrages, bien pensés et bien écrits; ils les gardent pour l'hiver prochain, et, pour faire braver au public la chaleur insupportable de leurs salles pendant l'été, ils sont à l'affût des pièces les plus folles, les plus extravagantes, cherchant à piquer la curiosité, et ne s'embarrassant guère d'être fidèles au bon goût. Cependant, vers les sept heures, les promenades se remplissent de toutes parts, les élégants à cheval prennent la route de Bagatelle, et conversent en chemin avec leur belle en appuyant une de leurs mains sur la portière de la voiture de la petite maîtresse ; les élégants à pied se promènent aux Tuileries, quelquefois à Coblenlz et plus souvent encore aux Champs-Elysées, attendant avec impatience l'heure où ils pourront se présenter à Frascati pour y prendre une glace. De son côté, ce qu'on appelle la bourgeoisie, se précipite en foule à Tivoli, au Hameau de Chantilly, enfin dans tous les lieux de fêtes champêtres, qui sont devenus son domaine, depuis que la société par excellence n'y va plus, tandis que tous les cafés, depuis le faubourg Saint-Antoine jusqu'à la Madeleine, sont garnis de badauds, de jeunes griseltes et de buveurs de bière. De toutes les réunions à la belle étoile, il n'y a que celle de Frascati qui est encore du bon genre, et quand Garchi donne un concert à 3 livres par tête, il attire tout Paris. Les jolies femmes même, qui vont à douze ou quinze lieues, dans leurs maisons de plaisance, la quittent ce jour-là i)Our venir se montrer dans le nouvel Eden, et étudier dans cette réunion ce (pic le goût ou la mode ont inventé de plus nouveau »

30 FLOilRAL AN XII (20 MAI 1804).

|{.M>POHT l»i: I-A l'UKrCCrURK HK l'OLlCK UU I "■■ l'HAlHIAL.

Réunions. — Le bniil du prochain départ des Kusses qui sont en France s'accrédite de plus en plus chaque jour. On répand dans le

7 PARIS SOUS L'EMPIRE [20 mai 1804]

public que les deux derniers courriers du gouvernement français, envoyés en Russie, n'ont point rapporté de réponses satisfaisantes. Le rappel de l'ambassadeur de Suède, quoiqu'il doive être remplacé, donne aussi quelques inquiétudes. On dit dans les salons qu'il est convenu que le roi de Sardaigne va être définitivement indemnisé, que la paix aura lieu avec l'Angleterre, qui conservera l'île de Malte, et que la France renoncera entièrement à Saint-Domingue. L'excomte (le Pevre, ancien colonel au service du Piémont, est un de ceux qui débitent ces nouvelles. On dit, cbez M"!» de Montmorency- Laval, que les choses ne sont point encore bien stabilisées, qu'il y a trop de confusion d'autorité, et l'on y fait encore des vœux pour les Bourbons. Les réunions publiques ont été, hier, moins nombreuses que de coutume. La plus parfaite tranquillité a régné partout. Il y a eu, hier soir, nombre de maisons illuminées. On a particulièrement remarqué l'hôtel de l'ambassadeur de Suède.

Pont du Jardin des Plantes. — Les travaux de ce pont ne |>résenlent encore que peu d'activité ; mais la préparation des matériaux occupe beaucoup d'ouvriers. . .

Bourse. — Les négociations de rentes ont été moins nombreuses que les jours précédents, et leur cours n'a éprouvé aucune variation sensible. Cet état de choses a donné lieu aux mêmes réflexions que l'on a faites d'après le résultat de la dernière Bourse. La liquidation du mois dernier était très chargée ; si elle se fait avec facilité, la hausse doit reprendre incessamment. Les courtiers de commerce se plaignent de la stagnation de leurs affaires ; les sucres ont éprouvé un peu de baisse ; les eaux-de-vie ont la même tendance, et les autres articles sont extrêmement calmes. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 50; 57 fr. 60; 57 fr. 45; actions de la Banque de France, 1 . 095 francs.

(Arch. nat, F', 3832.)

.lOLRNAUX.

Moniteur du 3 prairial an XII: « Sknat conservateur. Procès-verbal de la cérémonie qui a eu lieu pour la proclamation du sénalus-consulte organique du 28 floréal an XH. L'an XII de la République, le dimanche .30« jour du mois de tloréal, en exécution de l'ordre de S. M. l'Empereur, transmis hier par rarchicliancelierde l'Empire au chancelier du Sénat, pour la proclamation du sénaleur-consulle ori^anlipic du 28 de ce mois, ladile proclamation a eu lieu dans Paris ainsi qu'il suit. A huit heures du malin le président du Corps législatif, le président du Trihunat, le préfet du déparlement de la Seine, le conseiller d'État |)réfet de police et les maires des douze arrondissements

de Paris, le général en chef gouverneur de Paris, accompagné du général Moncey, premier inspecteur général delà gendarmerie et des autres généraux en chef, généraux de division, généraux de brigade, et officiers supérieurs ci-après désignés, se sont réunis au Palais du Sénat, où ils ont été reçus par le chancelier et le général l.efcbvre, l'un des préleurs. Différents corps de troupe, commandés pour la cérémonie, s'étaient rendus aux environs du Palais, par les ordres du général en chef gouverneur de Paris. A neuf heures le cortège est sorti du Palais du Sénat. Il s'est formé dans l'ordre suivant: les maires des douze arrondissements municipaux de Paris, le préfet du département, le conseiller d'Ktat préfet de police, précédé d'un corps de trompettes, des dragons de la garde de Paris et d"un peloton de musiciens ; le chancelier du Sénat, ayant à sa droite le président du Corps législatif et à sa gauche le président du Tribunat ; le garde des archives du Sénat, portant l'original du sénatusconsulte organique. Différents officiers supérieurs de l'état-anajorde la division et du gouvernement de Paris; les aides de camp du gouverneur et du général chef (le l'élat-major général du gouvernement ; le général en chef gouverneur de Paris; le général Lefebvre, préteur du Sénat; le général Moncey, premier ins|)ecteur général de la gendarmerie; les généraux en chef Bernadotte et Mac-Donald; le général chef des états-major-généraux et du gouvernement, César Berthier; le général Broussier, commandant les troupes de la garnison de Paris ; les généraux de division Marescot, Maurice Mathieu, Suchet, Gouvion, inspecteur de la gendarmerie, Carra-Saint-Cyr, Belliard et Desfourneaux ; les généraux de brigade Noguès, Garault', Sebastiani, Pannetier et Saint-Laurent: Les adjudants-commandants Borel, Lamet* et Requin; les colonels Guiton, Ravier, Rabb, Poussard, Gousset, Bayencourt et Gérard; différents autres officiers supérieurs. Venaient ensuite un escadron de gendarmerie d'élite, un peloton de trompettes et timbaliers, quatre escadrons de cuirassiers. Le cortège a suivi dans sa marche l'ordre fixé par l'arrêté du chancelier du Sénat, en date du jour d'hier et qui a été publié par affiche. Une première proclamation a eu lieu devant le Palais du Sénat. Elle a été faite en ces termes par le chancelier:

« Extrait des registres du Sénat conservateur du 28 floréal an Xlf de la République.

« Le Sénat conservateur, réuni au nombre des membres prescrits par l'article XC de la Constitution, décrète ce qui suit :

« Le gouvernement de la République est confié à un empereur, qui prend le titre d'empereur des Français.

« Napoléon Bonaparte, premier Consul actuel de la Répul)li(iue, est Empereur des Français.

« Signé : Cambackrès, second consul, président;

MoRARD DE Galle, Cornldet, secrétaires »

Six autres proclamations ont eu lieu pareillement et dans l'ordre indiqué par l'arrêté du chancelier du Sénat, à la place du Corps législatif, la place Vendôme, devant le Palais du Tribunat, à la place du Carrousel, à la place de

i. Garreuu dans VAhrmnucli impcridl pour lan XIII cl pour ISOd. 2. Ce nom ne se trouve pas dans VAlmanacli impérial pour l'an XIII.

PARIS SOUS L'EMPIRE [21 mai 1804]

l'Hôtel de Ville et devant le Palais de Justice. De nombreuses acclamations, des cris répétés de Vive Bonaparte! Vive l'Empereur des Français! ont partout accueilli l'heureuse nouvelle annoncée aux citoyens par le chancelier du Sénat. A midi le cortège est rentré au Palais du Sénat. Le chancelier du Sénat conservateur : Laplace. Par le chancelier du Sénat, le garde des archives : tlauchv. »

x\IlNISTÈRE DE LA JUSTICE. — TabLEAU DE LA SITUATION DE PaRIS DU 2 PRAIRIAL.

. . .Bourse. Bruit de paix. — Hier, à sept heures du soir, il circula, parmi les agioteurs, qu'un général était arrivé de Boulogne, annonçant un armistice entre la France et l'Angleterre. On ajoutait peu de foi à cette nouvelle. Mais, à huit heures, un commis ou associé d'agent de change, nommé Colinot, la confirma, disant qu'il venait de Saint-Cloud, qu'il y avait dîné, et qu'elle avait été annoncée comme certaine. Il ajouta qu'il avait vu le général arrivé en courrier. Alors, la renie était à o7 fr. 60. Il acheta, au même moment, à 58 fr, 25 pour la fin du mois. D'autres négociations eurent lieu, et le cours fut porté à 59 fr. 50. Avant-hier, on parlait, au contraire, d'une rupture

prochaine avec la Russie, du départ du chargé d'affaires, elc

(Arch. nat., F^ 370b.)

Rapport de la préfecture de police du même .iour.

Étrangers. — Les Russes marquants qui sont à Paris disent que le but des trois grandes puissances qui doivent se réunir à Grodno est de renouer entre elles la coalition contre la France. On ajoute que la Russie doit bientôt réclamer officiellement les États du roi de Sardaigne, et que cette réclamation ne peut manquer d'amener la guerre. De certaines dispositions qui ont lieu chez le chargé d'afi'aires de Russie donnent lieu de présumer qu'il doit partir sous peu.

Réunions. — Le bruit s'est répandu, parmi la classe ouvrière surtout, que Sa Majesté Impériale accorderait une amnistie à tous les conscrits réfractaires ; que tous les effets engagés dans les maisons de prêts pour une somme au-dessous de 5 francs seraient retirés et rendus; que les prisonniers pour mois de nourrice seraient mis en liberté, et qu'enfin les rentiers de 300 francs et au-dessous seraient

l'AItlS SOI S I. K.MI'IIU".

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nMtilégrés (i.ins la lulalilé de leurs renlu?. On répand que la dissolution de la Suisse est rertaine, qu'elle va devenir le partage de trois puissances, et que les troubles qui viennent d'avoir lieu dans ce pays en seront le prétexte. On a dit hier dans quelques endroits publics qu'il arrivait de Itennes un avocat de réputation (|ui se proposait de (léfen«lre le général Moreau.

Militaires. — Il y a eu dimanche dernier à Meudon une rixe violente (>nlre des grenadiers de la garde de IKmpereur et quelques particuliers de ce village. Deux gendarmes de la résidence de Sèvres, qui faisaient leur ronde, sont arrivés sur les lieux et ont voulu ramener l'ordre; nuiis les grenadiers les ont forlemorit maltraités et ont fiui par prendre la fuite, en menaçant de revenir en force diuuinche procluiin.

Spectacles. — Hier au Théâtre-Français, la seconde représentation de P terre- le-G van (i ' a été exlrémemeul orageuse. Dès le commencement du second acte, quelques jeunes gens, au parterre, ont montré des dispositions à faire du bruit. Les acteurs ont eu une peine infinie à se faire entendre, et tous les passages faibles de la tragédie étaient des occasions de rumeur. Cependant les vers qui avaient été applaudis à la première représentation l'ont également été à celle-ci ; on a même accueilli par des battements de mains très prolongés cette pensée :

En sauvant un grand homme, il sauve un peuple entier.

Knfin la principale scène de l'ouvrage, celle qui a lieu entre le tzar et siui lils rebelle, a été exécutée avec assez de calme; mais, au quatrième acte, des expressions qui ont paru assez exagérées et des sentences qui n'unt point été goûtées sont devenues pour quelques jeunes gens le signal d'une sorte de fermentation. Le calme a été rétabli de nouveau, et ce n'est qu'après avoir été interrompu fréquemment par de violents coups de sifflet que le cinquième acte a pu être joué, le dénouement ayant généralement déplu. Douze des perturbateurs ont été arrélés. . .

Bourse. — Aujourd'hui, dès l'ouverture du parquet, le cours a repris le taux de la dernière Bourse; il a éprouvé peu de variations et s'est fermé en hausse. La liquidation s'est faite parfaitement bien, les noms ont été abondants, et l'on a remarqué qu'il y en avait peu de dépôts, mais un assez grand nombre qui n'étaient pas ctmnus. — 5 0/0, jonis'^ance de germinal, 57 fr. 50, (iO , 57 Ir., 40, 50; actions de la I5am|ue de France, 1.097 fr. 50.

(Anli. nat., F', 3832.)

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