Voir plus haut, p
TOMK I. , )-
jusqu'à 56 fr. 15. Le motif de celle défaveur conlinuille, qui jelle la
conslernalion sur la place, n'est point équivoque ; les malveillanls
de toutes espèces propagent des conjectures plus ou moins
alarmantes, relatives aux bruits de guerre que l'on a disséminés
depuis quelques jours, et les craintes qu'ils inspirent multiplient les
vendeurs. — 5 0/0 jouissance de germinal, 56 fr. 80, 70, 75, 80, 85,
80, 70 ; îrfem, jouissance de vendémiaire an Xlll, 54 fr. 80. Actions
de la Banque de France, 1.110 francs.
(Airh. nal., F', :t832.)
Journaux.
Journal des Débats du 25 thermidor : « Paris, 2i thermidor. D'après un arrêté du minislre de l'intérieur, l'art de la natation fera partie de l'éducation de la jeunesse dans les lycées et les écoles secondaires. Les leçons de la natation seront données aux élèves par des maîtres nageurs connus, sous les yeux des maîtres d'étude et des garçons de salle. Il sera choisi à cet effet, dans les rivières ou pièces d'eau qui paraîtront convenables, un emplacement dont le fond sera reconnu chaque année, et hors des limites duquel les élèves ne pourront s'écarter sous aucun prétexte Les élèves, dans leur exercice de natation, seront vêtus d'un caleçon de bain. » — « C'est par erreur que l'on a annoncé que le Te De uni qui doit être chanté à l'église de rilôtel impérial des Invalides, en actions de grâce de l'avènement de Napoléon au trône de l'Empire français, était remis à l'époque du retour de Sa Majesté: cette cérémonie aura lieu le 28 de ce mois, correspondant au 16 août, ainsi qu'il avait été d'abord décidé. » — « Le jour de TAssomption, il sera exécuté à Notre- Dame une messe à grand orchestre, de la composition de M. Desvignes, ci-devant maître de chapelle de la cathédrale de Chartres, élève de M. Lesueur, de la musique de S. M, l'Empereur. L'O salularis sera accompagné, ainsi que plusieurs morceaux de la messe, par six harpes, cor et violon obligés. Ces solos seront exécutés par MM. Nadermann frères, Vernier, Gelinek, Poignet, Darondeau, Dauprat et Boucher. A l'issue des vêpres, qui seront à trois heures et demie, on exécutera un Te Deum de la composition du môme auteur. S. E. M. le cardinal archevêque de Paris officiera pontificalement toute la journée. . . » — Gazette de France du 25 thermidor: «Paris, 24 thermidor. ...La liberté de la presse est garantie par la Constitution; une Commission sénatoriale veille à ce que son principe ne reçoive pas d'atteinte '. Le ministre de la police veille à ce qu'elle ne soit pas une source de désordres publics. Les diverses Assemblées législatives ont proposé différentes lois pour caractériser et punir les délits dont la presse est l'instrument. Après plusieurs essais aussi vains que laborieux* on fut forcé de reconnaître qu'une loi spécifique, produirait plus d'arbitraire qu'elle n'en pourrait détruire. La Constitution ne
1. Sur cette Commission sénatoriale de la liberté de la presse, voir, dans mes Éludes et leçons sur la Hëvolulioti française, 3° série, l'étude sur la liberté individuelle sous Napoléon l".
179 PARIS SOUS L'EMPIRE [13 août 1804]
modifie la liberté de la presse qu'à l'égard des journaux. Une pénible expérience exigeait cette distinction encore ne sont-ils point assujettis à une approbation préliminaire avant de paraître. D'après ce que Ton rapporte du bureau établi pour la liberté de la presse par le sénateur, ministre de la police générale, les trois hommes de lettres qui le composent, MM. Lemontey, LacrotcUe jeune ot Desfaucherets ' sont chargés de lui présenter les réclamations qu'auraient à faire les auteurs, en ce qui concerne la publication de leurs écrits. L'écrivain dont le but est évidemment séditieux et immoral cherche des moyens clandestins de répandre le poison qu'il a préparé; bien peu d'hommes de lettres se souillent de cet opprobre ; mais souvent ils restent indécis entre la vanité qui les attache aux pensées qu'ils ont conçues, et la crainte de l'effet qu'elles peuvent produire. On annonce qu'un des buts de l'établissement du bureau de consultation de la liberté de la presse est de leur offrir d'utiles conseils dans les membres de ce bureau, qui, honorés de la double confiance du ministère et des gens de lettres, seront pour eux des interprètes plus sûrs des justes alarmes que pourraient exciter leurs productions' .... »
Rapport de l.\ préfecture de police du 26 thermidor.
Réunions. — M. de Sandoz dit q^ue les agents diplomatiques du Nord paraissent trop mal disposés pour qu'on ne croie point à une très prochaine reprise des hostilités ; que l'envoyé de Danemark ne dissimule point qu'il n'aime point l'Empereur, qu'il désire vivement son rappel, et suivre l'impression de la Suède et de la Russie ; il ajoute enfin que le gouvernement français est très inquiet de la tournure que vont prendre les affaires. La dernière séance du Sénat occupe beaucoup les esprits ; on cherche à en pénétrer les motifs, et l'on se jette dans des conjectures à perte de vue^. On dit qu'il y a été question d'un emprunt de 400.000.000 en cédules, d'une levée extraordinaire de jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans, et enfin du départ de la totalité des conscrits de réserve. On répand que les fonds nécessaires et demandés pour le service de l'armée manquent, et qu'on a été obligé d'en distraire d'autres affectés à des besoins aussi pressants ; que plusieurs divisions de nos forces navales, ayant profité d'un temps favorable, bloquent plusieurs vaisseaux dans le
\. Voir plus haut, p. 157.
2. Cet article avait déjà paru textuellement dan.s le Journal dePnris du 24 tliermidor an XIL
3. Le procès-verbal de la séance du Sénat du 2"] thermidor an XII nindiipie pas qu'il y ait été question d'aucun des objets signalés dans ce rapport.
port de Plymoulh. On dit que des lettres reçues de Hanovre portent que nos troupes y sont en bonne position, que l'esprit du soldat est excellent, et que les bruits de mécontentement et de plaintes, que l'on avait répandus, sont dénués de fondement. On dit que la fête qui doit avoir lieu demain (15 août), à Boulogne, sera magnifique, et qu'il est probable que Sa Majesté ordonnera le lendemain l'expédilion. Les Russes qui sont à Paris ont reçu, dit-on, l'ordre du cbargé d'aiïaires de ne faire aucun apprêt ostensible de départ, mais cependant de se mettre en mesure de quitter Paris au premier moment.
On assure que M. de Champagny n'acceptera point le ministère de l'intérieur et que M. Portalis réunira les deux portefeuilles.
Militaires. — Plusieurs militaires, en uniforme de chasseurs, disaient, dans un café sur le boulevard des Invalides, qu'ils ne présenteraient jamais les armes aux membres de la Légion d'honneur, que c'était une affaire convenue entre eux et la garde de Paris. Hier, un soldat du 2" régiment de la garde de Paris a rançonné plusieurs habitants des campagnes, arrivant par la porte Saint-Martin et apportant des approvisionnements ; un paysan, ayant refusé de payer et menacé le soldat de le dénoncer, celui-ci a pris la fuite.
Journaux. — Les feuilles de ce jour, uniquement remplies d'articles officiels ou d'extraits littéraires très peu intéressants, n'ont donné lieu à aucune observation essentielle. . .
Bourse. — • Le résultat des négociations de rentes a été beaucoup moins alïligeant que celui de la dernière Bourse. Hier, la rapidité de la baisse était proportionnée à la profusion des ventes ; cet empressement n'a point existé aujourd'hui ; la frayeur a paru un peu calmée, et l'on a même remarqué quelques bons preneurs, dont les achats ont contribué à l'amélioration du cours. Les deux individus, qui ont été signalés hier\ sont les sieurs Souques, demeurant rue du Mail, maison du sieur Poincelet, marchand épicier, et Dangée, demeurant rue de la Michodière, n° 7 ; le premier s'est fait remarquer dans tous les temps par son acharnement à la baisse ; le dernier n'a pas la même réputation. On attribue la baisse de la rente à la guerre, qui paraissait inévitable, et Souques ajoutait : « Elle baissera encore. » — 5 0/0, jouissance de germinal, o6 fr. 40, 20, 30 ; idetn, jouissance de vendémiaire an XIII, 54 fr. 65; bons de remboursement,
2 fr, 08. Actions de la Banque, i.HO francs.
Dubois.
(Arch. nat., F', 38:i-2.)
1. Dans le rapport précédent, il était seulement (jnestion de " malveillants », et non île ces deux individus.
181 PARIS SOUS L'EMPIRE [15 août 1804]
Journaux.
Gazette de France du 26 thermidor : « Paris, 25 thermidor. ...On comparait, il y a quelques jours, les opinions opposées de deux médecins, dont l'un conseillait le quinquina comme excellent spécifique dans une certaine maladie, pendant que l'autre le regardait comme pernicieux dans le même cas. Aujourd'hui on met en regard le sentiment contraire de deux autres médecins, dont un prouve qu'il est salutaire, l'autre qu'il est malsain de se promener sur le Pont-des-Arts. En attendant que la vérité se découvre, une assemblée nombreuse n'en va pas moins, lorsque la soirée est belle, y faire provision de santé, selon M. Vaux de Launay; des germes de maladie, selon M. Marie Saint-Ursin.On aimerait, sans doute, mieux savoir à quoi s'en tenir; mais cela n'arrivera pas de si tôt, car, sur ce point, comme sur bien d'autres, il ne sera de longtemps décidé comment on doit se conduire pour conserver sa santé* Hippocrate dira toujours oui, Gallien dira non, et, avec la meilleure envie de se bien porter, on tombe malade, parce que ces messieurs ne tombent pas d'accord «
Rapport de la préfecture de police du 28 thermidor,
La fête célébrée, hier soir, dans l'église des Invalides, a attiré un grand concours de monde et a produit la plus vive satisfaction parmi les assistants. On a remarqué que M. Marron, pasteur des protestants et chef du Consistoire de Paris, était assis à côté de M. le cardinal Caprara. Quelques malins ont souri quand ils ont entendu exécuter, par des chanteuses de l'Opéra, avant le Te Deum et dans le sanctuaire, une cantate française. La cérémonie a duré jusques à onze heures du soir. On a entendu, dans les groupes qui environnaient l'hôtel des Invalides, quelques murmures sur ce que l'on ne pouvait entrer que par billets dans l'église ; quelques individus disaient que les fêtes n'étaient plus à présent pour le peuple, et qu'on le comptait pour rien. Le soir, on a rencontré dans les rues des groupes de quatre et six personnes, tant hommes que femmes, qui chantaient avec affectation des airs patriotiques. Les spectacles gratis de l'Académie impériale de musique, des Français, de Louvois et de Favart ont également attiré beaucoup de monde. Le malin, et dans le cours de la journée, les églises, et particulièrement celle de Notre- Dame, ont été très fréquentées. La tranquillité et l'ordre ont régné partout.
[i'6 AOUT 1804' PARIS SOLS L'KMPIUE 182
Rihtniuus. — Un rapporle que le sénateur de Tracy, <iemeurant à Auleuil, partage les opinions de son collègue Siéyès, qu'il dit qu'il ne veut plus se mêler de rien, qu'il voit avec peine tout ce qui se passe, et que les choses ne peuvent durer dans l'état où elles sont. Il vit très retiré et nt' vt)it que MM. de la Fayette, La Tour Maubourg el Cahanis.
Journaux. — Il ne s'est rien trouvé, dans les feuilles de ce jour, qui présentât assez d'intérêt pour être l'objet d'une remarque importante...
Bourse. — Les premières variations que les 5 0/0 ont éprouvées étaient de nature à faire craindre encore un peu de baisse ; mais elle n'a point eu lieu, et le cours est même resté un peu plus ferme qu'à la dernière Bourse ; plusieurs agents ont dit, au moment de la clôture, que (les demandes de leur collègue, M. Martinet, avaient contribué à cette amélioration. — 5 0/0, jouissance de germinal, 56 fr. 60, 50, 40, 50; îrfe?;?, jouissance de vendémiaire an XIII, 54 fr. 10, 54. Actions de la Banque de France, \ .HO francs.
Dubois.
(Arcli. nat., l'\ :i832.)
Journaux.
Journal des Débals du 27 thermidor : « Aujourd'hui 27, huit heures du soir, la l's division militaire l'ait célébrer dans l'église des Invalides Tainiiversaire de Napoléon. Deux cent cinquante musiciens y exécuteront le Te Deum de Rose et une cantate de Desvignes. M™«* Branchu, Armand et Pelet chanteront, avec accompagnement de douze harpes une invocation de Nadermann... « — Journal des Débats du 28 thermidor : « Paris, 27 thermidor. L'Empereur a fait remettre par M. Itémusat, son premier chambellan, une somme de 6.000 francs à M. liey, maître de musique de la chapelle de Sa Majesté et membre de l'Académie impériale. Cet envoi était accompagné d'une lettre de M. Kémusat, dans laquelle il témoigne à M. Reyque l'Empereur a voulu récompenser ses anciens et estimables travaux, et notamment le service de la chapelle impériale pendant cette année, ainsi que les soins qu'il s'est donnés pour l'exécution de l'opéra des /fa/'rfe*... « — «On voit sur le boulevard de iJonnc-Nouvclle, devant le hangar d'un sellier, une voiture aux armes de l'Empire français, à laquelle l'ouvrier met la dernière main. Cette voiture, simple, mais d'une coupe élégante, n'est (|ue médiocrement bombée. La caisse est gros bleu, les filets qui ont du relief, sont en argent. Le train est en or mat, réchampi en bleu. La doublure est en drap blanc, orné de larges galons de soie jonquille à grillages noirs... » — Gazette de France du 28 thermidor : « Paris, 27 thermidor. ...Dans les nouvelles lettres de créance (le l'ambassadeur d'Espagne près la cour impériale de France, Sa Majesté catholique qualifie ainsi S. .M. l'Empereur des Français : Monsieur mon frère. I.,es lettres de créance des ambassadeurs et ministres de France près les princes d'Allemagne portent en tète : Mon cousin, ainsi qu'il était d'usage autrefois »
183 PARIS SOUS L'EMPIRE [16 août 1804]
LXXXYIII
Rapport de la préfecture de police du 29 thermidor.
Réunions. — Tous les bruits publics sont toujours à la guerre. D'un côté, on répand que Tempereur de Russie insiste vivement pour le rétablissement du roi de Sardaigne, du stathouder en Hollande et l'évaciiation de la Suisse et de l'Hanovre ; d'un autre, (m dit que cette cour n'a pas réponHu dans les délais donnés à l'ultimatum du cabinet des Tuileries et l'on donne pour certain que la guerre est déclarée. On dit dans les salons que le prince Joseph ne s'est rendu au Sénat que pour délibérer sur la déclaration de guerre aux puissances qui ont refusé de reconnaître l'Empereur. On dit que le général Masséna est nommé général en chef de l'armée d'Italie ; que le général Jourdan est général en chef d'une armée qui se forme sur le Rhin. On persiste à croire que la Vendée va remuer encore et que les ennemis cherchent à séduire ceux qu'ils soupçonnent ne s'être pas soumis de bonne foi. On parlait, hier, d'un manifeste des puissances du Nord contre la France et qui circule sur la frontière ; ce qui a, dit-on, engagé le gouvernement à défendre l'entrée de [tlusieurs journaux étrangers et d'ordonner les plus grandes précautions pour que ce manifeste ne pénètre point dans l'intérieur. Les Rourboniens font courir le bruit que l'on a découvert en Russie une conspiration contre la vie du comte de Lille ; que les chefs de cette conspiration ont été arrêtés et pendus ; que l'Empereur a aussitôt permis au comte de Lille de lever un cor[)S de troupes pour se former une garde, que l'on appellera le corps d'Enghien. Ils assurent que le prince de Condé servira dans l'armée que le roi de Suède doit commander ; que les drapeaux de cette armée sont noirs, parsemés de fleurs de lis d'or ; que le prince de Condé sera le conseil du roi de Suède, et qu'enfin l'Angleterre est chargée des subsides de cette armée et de celle d'Allemagne. On répand le bruit que M. de Ghampagnj^ a reçu contre-ordre et qu'il reste à Vienne. On augure bien de cette nouvelle.
Journaux. — Les feuilles de ce jour sont toutes et presque uinquement remplies par les articles que les Moniteurs des 27 et 28 ont publiés olïiciellement. Elles n'ont donné matière à aucune observation importante.
Ponl du Jardin des Plantes. — La liauteur de la rivière ne permet pas encore de s'occuper du travail des piles, mais les chantiers sont toujours en grande activité.
Événements. — Dans la séance qui a eu lieu, hier, chez M. l'abbé Sicard, une dame avait demandé que l'on fît à l'un des élèves la question suivante : « Est-on plus heureux dans le gouvernement actuel que dans celui passé? » L'élève a pris son crayon et a répondu par un grand oui, vu de toute la salle, avec cette addition: « Autrefois nous avions des tyrans fainéants. » Le public a beaucoup applaudi ci'lle ré|)onse. — Un enfant, de dix ans tout au plus, a arraché, au milieu de la grande allée des Tuileries, un œillet ponceau à un jeune homme au moins de dix-huit ans, sans que ce dernier ait dit un mot; il l'a foulé aux pieds, ce qui a beaucoup fait rire tout le monde. . .
Bourse. — Les négociations des 5 0/0 n'ont pas été très animées, et leur résultat n'a produit aucun changement ; l'on croit généralement que le cours n'éprouvera une réaction quelconque qu'après la liquidation. Les courtiers de commerce assurent que les transactions sont calmes et qu'aucun article n'éprouve de variations sensibles. — 5 0/0, jouissance de germinal, 56 fr. 40, 30, 35 ; idem.,
jouissance de vendémiaire an XIII, 2 fr. 63, 60.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3832.)
Journaux.
Journal des Débals du 29 thermidor : c Paris, 28 thermidor. ...Le jour de la naissance de Napoléon Bonaparte a été célébré par la fôlc que la i'"e division militaire a donnée à Paris, hier 27, à huit heures du soir à l'église impériale des Invalides, en actions do grâces de son avènement à l'empire des Français. Tout a concouru à rendre cette fête auguste, touchante et digne de celui qui en était l'objet; la présence des princesses, des grands dignitaires, des ministres, des maréchaux de l'Empire, des membres du corps diplomatique, des premières autorités ; en un mot la réunion de tout ce qui se trouvait de grand en hommes et en femmes dans cette capitale, joint aux braves Invalides, accompagnés de la Jeunesse. Quatorze corps avec leurs drapeaux, un orchestre de trois cents musiciens, et deux musiques guerrières qui se répétaient donnaient à celte solennité un éclat imposant, présentaient un ensemble majestueux. Jamais fête n'a été plus brillante et n'a réuni plus de suffrages... » — Publiciste du 29 thermidor : c Paris, le 28 thermidor. . Hier, jour anniversaire de la naissance de S. M. l'Empereur, de nombreuses décharges d'artillerie se sont fait entendre à la pointe du jour et se sont répétées dans le courant de la journée. Le soir, les principaux édifices et un grand nombre de maisons particulières ont été illuminés. A huit heures a PU lieu aux Invalides la fête qu'y adonnée l'état-major de la place. Elle a été extrêmemcnl brillante et il y a régné le plus grand ordre »
185 PARIS SOUS L'EMPIRE [17 août 1804]
Ministère de la police générale. — Bulletin du 30 thermidor.
...Léon. — Garçon tailleur, prévenu d'avoir colporté et afïïciié des placards incendiaires; anarchiste prononcé; détenu à Bicêtre, depuis le 12 floréal dernier. Le nommé Sornet, convaincu de lui avoir servi de copiste pour un de ses placards, avait été mis en liberté le 16 messidor dernier, et depuis n'a donné lieu à aucune plainte contre lui. Léon qui paraît plus difficile à corriger, est renvoyé à quarante
lieues de Paris et des côtes
(Arch. nat, AFiv, 1490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — M. de Cobenzl a dîné, hier, chez M"» de Montesson. Les employés de son secrétariat ont assuré, le même jour, que cet ambassadeur avait reçu à son retour de la campagne de M.Talleyrand, ses lettres de créance de la part de son souverain, en qualité de roi de Bohême et de Hongrie. On fait circuler dans le public que les contributions seront augmentées de 50 millions pour l'an XIII. On assure que l'ordre de Napoléon sera institué le jour du couronnement de S. M. l'Empereur, que les décorations sont même commandées, et qu'il y en a quinze en diamants, destinées pour les grands dignitaires de l'Empire. Nombre de pauvres des faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau se sont présentés chez son S. A. I. le prince Louis, avec des certificats d'indigence de leurs comités de bienfaisance. On leur a donné 30 sols à chacun avec promesse de pareille aumône chaque année. Cet acte de bienfaisance a produit le meilleur effet dans les faubourgs et parmi la classe indigente.
Commerce. — Les négociants commencent à se rassurer, et plusieurs d'entre eux, qui avaient interrompu leurs relations avec la Russie, paraissent disposés à les reprendre. On rapporte que M. Perrière, auteur de la Banque ti;rriloriale, s'occupe des moyens de relever cette Banque. Il espère pénétrer auprès de Sa Majesté aussitôt son arrivée et prouver qu'on ne pourra faire Vi service de l'an XIII, si Ton n'adopte point son plan. 11 assure qu'il est approuvé par nombre
de sénateurs et autres membres des premières autorités. M. Perrière prétend que, sur cent lettres de change acceptées par M. Récamier, il y en a i\ peine deux ou trois acquittées. M. Perrière a beaucoup au Comité des finances de la Couvonlion nationale avant le 9 thermidor ' ; il est, dit-on, l'un des coopérateurs de la chute des assignats.
Franc-maçonnerie . — H y a eu, celle nuit, loge au Grand-Orient. Elle a été présidée par M(mtallot, et l'on y a conféré les plus hauts grades. Il ne s'est rien passé de contraire à l'ordre.
Journaux. — Les feuilles de ce jour ne renferment presque rien qui n'ait été publié officiellement par le Moniteur d'hier. On trouve seulement dans la Clef du Cabinet la nouvelle suivante, datée le H août, des bords du Mein : « On parle à Vienne du retour prochain de M. Chauipagny en Prance, et on annonce qu'il aura pour successeur un général très célèbre, qui a été chargé déjà de plusieurs missions très importantes, qu'il a remplies à la satisfaclion de son gouvernement. »
Bourse. — Les rentes, dont le cours s'était passablement soutenu, ont éprouvé à la clôture une baisse assez sensible, à laquelle a contribué, en grande partie, la nécessité où se sont trouvées beaucoup de personnes de vendre à tous prix, parce qu'elles ont .iltendu le dernier moment, dans res[)érance qu'il serait précédé d'une réaction favorable. A défaut de nouvelles, la crainte de la guerre ccmtinentale donne lieu à des conjectures de toutes espèces, et l'inquiétude qu'elles propagent nuit encore à laconfiance et au crédit; aujourd'hui, elles ont eu pour base l'article inséré dans plusieurs journaux, relativement à la présence des troupes russes près des frontières de la Prusse. On s'est entretenu du retour de l'Iîlnipereur, qui, selon quelques personnes, doit être prochain; on a même dit que le ministre des finances, qui devait se rendre auprès de Sa M.ijesté, avait reçu contre-ordre. — 5 0/0. jouissance de germinal, 50 fr. liO, 35 c; idem., jouissance de vendémiaire an XIII, 53 IV. 90, 85. Actions de la
Banque de Prance, l.Hl Ir. 25 c.
Dubois.
(Arch. nal., V\ 3S;<2.)
Journaux.
Munilcur du 4 lliciinidor : ^ I'uki-kchhk de police. Ordonnance concernant la translation de lu Morrjw sur la place du Marché-Neuf. Paris, le
1. Textuel. 11 manque évidcniiiifnt un mol : « A beaucoup [travaillé] au Comité, etc. »
187 PARIS SOUS L'EMPIRE [17 août 1804]
29 thermidor an XII. Le conseiller d'Élat, préfet de police, chargé du 4e arrondissement de la police générale de l'Empire, considérant que depuis longtemps on a reconnu la nécessité de supprimer la Basse-Geole du ci-devant Chàtelet et d'établii- la Morgue dans un local disposé plus convenablement ordonne ce qui suit : Art. ^^ A compter du 1" fructidor, la Basse-Geole du ci-devant Chàtelet sera et demeurera fermée. — 2» A compter du même jour les cadavres retirés de la rivière, ou trouvés ailleurs, dans le ressort de la préfecture de police, et qui n'auraient pas été réclamés, seront transportés et déposés dans la nouvelle Morgue, établie sur la place du Marché - Neuf, division de la Cité. Ils resteront exposés pendant trois jours, à moins qu'ils n'aient été reconnus et réclamés dans un moindre délai. Ils ne pourront être inhumés sans un ordre du préfet de police. — 3" L'arrêté du 9 tloréal an viii, concernant la levée des cadavres, continuera d'être exécuté en tout ce qui n'est pas contraire aux dispositions ci-dessus. — 4" La présente ordonnance sera imprimée, publiée, etc., etc. Le conseiller d'État, préfet de police, signé : Dubois. Par le conseiller d'État, préfet, le secrétaire général, signé : Pus. » — Moniteur du 10 fructidor: « I.nstruction publique. Le 29 du mois dernier, M. Fourcroy, conseiller d'Etat, directeur de l'Instruction publique, accompagné de M. Arnault, membre de l'Institut, et des administrateursgénéraux du Prytanée français, a distribué les prix aux élèves de cette maison en présence du préfet, des autorités constituées du département de Seine et-Oise et de plusieurs membres des premières autorités et de l'Institut national. La séance a été ouverte par un discours dans lequel M. Crouzet, associé de l'Institut national et proviseur du Prytanée, s'est attaché au développement de cette vérité, qu'il n'est presque rien d'impossible dans les sciences, les lettres et les arts pour qui s'est bien persuadé qu'il peut se rendre capable de tout ; que, pour la jeunesse française à laquelle un gouvernement libéral .offre tant de ressources, vouloir et pouvoir sont presqu'une seule et même chose. En faisant pressentir à ses jeunes auditeurs qu'il n'était pas de palmes si hautes qu'ils ne pussent y aspirer, l'auteur a indiqué les moyens de les obtenir. Ces moyens sont le travail, la sévère économie du temps, la contemplation des grands modèles et surtout une volonté ferme et persévérante. C'est par là, bien plus que par une organisation privilégiée, que les grands hommes se sont élevés au faite de la gloire, et ont rendu les plus importants services à l'humanité. Tous ont reçu de la nature leur portion du grand patrimoine et les instruments nécessaires pour les faire valoir. Ainsi l'orateur cherchait à consoler ceux de ses intéressants élèves qui pourraient se croire moins libéralement partagés que les autres. Ainsi il les rassurait contre cette apparence de supériorité qu'ils remarquent d'abord dans quelques-uns d'entre eux. 11 a même été jusqu'à féliciter ceux qui ne montrent pas, dès leurs premiers travaux, cette facilité dangereuse, écueil trop souvent funeste à ceux qui la possèdent et se reposent sur elle. Ce discours, plein d'idées saines et de vérités utiles exprimées dans un style élégant et pur, et prononce avec le ton d'une sensibilité vraiment paternelle, a [)aru vivement émouvoir les élèves et a été accueilli par les applaudissements réitérés de l'assemblée. Les élèves ont ensuite représenté une pièce en un acte de M. Arnault. Cette pièce n'a l)oint encore paru sur la scène. Le titre est Scipion l'Africain, le sujet est le général romain proposant au Sénat de porter la guerre en Afrique. Il ne nous appartient pas de déterminer ici jusqu'à quel point le choix du sujet, les
souvenirs qu'il éveille, les rapprochements qu'il présente à l'esprit, les applications qui naissent à chaque situation, ont contribué au succès de cet ouvrage, conçu dans le genre de ceux où le père du Théâtre-Français a si énergiquement peint la grandeur romaine. Il nous sera permis toutefois de dire que l'autour de Marius s'y est constamment fait reconnaître. La pièce a été jouée avec intelligence, avec chaleur. Les élèves y ont eu une diction juste, une prononciation correcte et pure, un geste naturel et un ensemble très satisfaisant. Un chant de guerre exécuté par les mêmes élèves, chant dont les paroles sont à M. Crouzet et la musique à M. Wilhem, ancien élève du Prytanée, a excité un très vif enthousiasme. Avant la distribution, plusieurs élèves ont obtenu la permission de lire des pièces de leur composilion qui ont été entendues avec beaucoup d'intérêt. » — Journal de Paris du 30 thermidor : « Nouvelles de Paris... C'est M"'^ Benoist, élève de David, qui a ppiul le portrait de l'Empereur, dont Sa Majesté vient de faire présent à la ville de Gand »
30 THERMIDOR AN Xlî (18 AOUT 1804).
Rapport de la préfecture de police du 1" fructidor.
Réunions. — Depuis plusieurs jours, l'opinion publique est à la paix. Les partisans des Bourbons et ceux de l'anarchie n'en continuent pas moins d'assurer que la guerre est inévitable, que S. A. I. le prince Joseph n'est venu à Paris que pour en prévenir le Sénat, que Sa Majesté va visiter toutes les places frontières, et que, si l'Allemagne ne figure point dans cette guerre, elle donnera clandestinement «les secours à la coalition, qui est, selon eux, bien décidément formée. On a répandu, hier soir, dans différents cafés du Palais du Tribunal, la nouvelle que cinq vaisseaux sortis de la rade de Brest avaient été pris par les Anglais. On a dit que la comptabilité nationale va être organisée sur le même pied que la Chambre des Comptes, et que les membres qui composeront cette autorité seront obligés de donner des cautionnement>;; on ajoute enfin que l'on va rétablir prescjue toutes les charges qui existaient sous l'ancien gouvernement.
Militaires. — Plusieurs officiers du 18» régiment, caserne à Popincourt, se trouvaient hier soir chez im traiteur, au coin de la rue de Turenne, et se plaignaient beaucoup fie la retenue qui leur a été faite pour les frais de la fête qui a eu lieu le 27 aux Invalides. Des officiers de la 10* demi-brigade de vétérans se plaignaient aussi decette même retenue. Les officiers du 2^ régiment murmurent de ce que plusieurs d'entre eux n'ont point été admis dans la Légion d'honneur, malgré
189 PARIS SOUS L'EMPIRE [18 août 1804]
les titres qu'ils prétendent y avoir, et ils se permettent à cet égard beaucoup de propos.
Etrangers. — Quelques familles allemandes, qui étaient venues à Paris pour s'y amuser, en parlent assez précipitamment. Le prince de Wurtemberg compte partir sous huit jours.
Commerce. — Les manufactures de toile, de coton, de basin, étoffes légères, tissus de soie et paille acquièrent chaque jour plus d'activité et un nouveau degré de perfection. Il y a beaucoup de commandes d'étoffes en soie, or et argent pour le couronnement de Sa Majesté.
Ecole polytechnique. — Les élèves de cette école murmurent beaucoup des changements qui s'opèrent chez eux; ils se plaignent surtout de ce qu'ils vont être casernes et assujettis au régime militaire.
Arrestations. — Le conseiller d'État, préfet de police, a fait arrêter à Velle', département de la Meurthe, le sieur Jullien Josset, dit Saint-Jullien, frère du général Saint-Ange, comme prévenu : l" d'avoir émis à Paris, en l'an X, deux faux billets de oOO fr. de la Banque de France, en donnant un faux nom et un faux domicile ; 2° d'avoir donné à la femme du général Saint-Ange, en l'an XII, les quinze faux billets de i.OOOfr. de la même Banque, et qu'elle a prétendu avoir reçus d'un nommé Lorrin. Jullien Josset a été parfaitement reconnu par quatre témoins pour les faux billets de oOO fr., et la femme Saint- Ange a déclaré formellement, trois mois après sa condamnation, que c'était de lui qu'elle tenait les quinze faux billets de la Banque de
France en question.
Dubois.
Gazette de France du l^"" fructidor ; >< Paris, 30 thermidor. ...Qui croirait que les savants d'Allemagne, après avoir acheté à un prix fou, la perruque, la culotte, le chapeau, la canne et autres petits meubles de M. Kant, ont laissé passer sa maison entre les mains d'un limonadier ? Les buveurs allemands se rassemblent souvent au café, et il paraît que le sort de la maison habitée par le philosophe Kant était qu'on déraisonnât longtemps dans son enceinte, de manière ou d'autre .... »