fr
Dubois.
(Arch. nal., F', 3832.)
193 PARIS SOUS L'EMPIRE [20 août 1804]
Journaux.
Journal de Paris du 30 thermidor : « Nouvelles de Paris. ...Il pleut depuis deux mois, il pleut tous les jours et sept à huit fois par jour. Voilà un démenti bien formel aux physiciens qui nous menaçaient sans pitié d'une dessiccation générale ; mais en même temps voilà un phénomène qui doit exercer la sagacité des météorologistes, la vertu des cultivateurs, l'esprit des gens à système qui croient pouvoir tout expliquer, et la patience de ceux qui se croient obligés de les écouter »
Ministère de la police générale. — Bulletin du 3 fructidor.
...Renseignements à suivre et adressés à MM. les conseillers d'État. — Espions de V Angleterre. — Une lettre particulière annonçait que les Anglais avaient débarqué, du côté d'Auray, plusieurs individus qui se rendaient à Paris. II est urgent de s'assurer si ce débarquement a réellement eu lieu.
Wandernan et Bernasconi. — Ces deux étrangers, le premier de Stockholm, le deuxième de Hambourg, sont arrivés à Paris le même jour, ont logé dans le même hôtel et sont partis ensemble, après un très court séjour. On peut, en faisant interroger Wandeman, qui doit être actuellement à Calais, connaître les vrais motifs de leur voyage à Paris.
Libelle. — Un nouveau libelle, en langue allemande, vient de paraître en Allemagne sous le titre : EpUre à Bonaparte par un homme qui, jadis, était un de ses plus zélés partisans. Il importe de redoubler de surveillance sur la frontière du côté de l'Allemagne, pour y prévenir l'introduclion de cet infâme pan)phlol.
Espions de l'Angleterre. — On recommande de ne rien négliger pour découvrir un Allemand musicien, dont on ignoi-e le nnui, qui a été rencontré, hier, dans Paris. On sait que cet homme est allé, dans le mois de floréal dernier, en Angleterre, où il était attendu [)ar des personnes attachées au gouvernement de cette puissance. Il y a lieu de croire qu'il est chargé ici de quelque mission d'espionnage. On donne son signalement et celui d'une autre personne qui l'a accompagné dans les courses qu'il a faites, hier, en voiture de place. TojiE I. ^'-^
[20 AOUT 180i] PARIS SOUS L'EMPIRE 194
Smith. — Irlandais, entrepreneur de fontaines épuraloires, revenu en lluréal dernier d'Angleterre, où il faisait, il y a quelque temps de fréquents voyages, se permet des propos injurieux pour la nation française ; exalte avec enthousiasme les moyens de défense de l'Angleterre. Prendre des informations exactes sur sa conduite
(Arch. nat., AFiv, 1490.)
Rapport de la préfectuke de police du même jour.
Réunions. — On dit dans les sociétés qu'il n'est pas certain que M. Ghampagny accepte sa nomination au ministère de l'intérieur; que, dans tous les cas, il n'occupera point cette place longtemps, parce qu'il est destiné, ajoute-t-on, à succéder à M. Talleyrand, dont on regarde la retraite comme très prochaine. On croit que Sa Majesté ne tardera point à arriver à Paris, qu'elle y séjournera peu de temps et se rendra ensuite à Strasbourg et en Hollande. Des voyageurs, arrivant de Dijon, ont répandu le bruit que, dans cette ville et dans les environs, il y avait des rassemblements nocturnes d'exclusifs qui conçoivent encore des espérances. On soupçonne qu'ils ont des correspondances dans les départements et à Paris.
l^trangers. — On rapporte que la princesse de Galitzin, retenue à Paris par une maladie qui peut être longue, a dit à quelqu'un que la guerre avec la Russie lui paraissait certaine, qu'elle espérait cependant, dans le cas où elle aurait lieu, obtenir la permission de rester à Paris ; elle a ajouté, cependant, qu'il y avait encore de l'espérance tant que la légation russe resterait à Paris.
Militaires. — Hier soir, le nommé Jean-Benoît Gonnin, soldat au jor régiment de la garde de Paris, a attaqué un citoyen, rue Bourbon-Villeneuve, et voulait l'arrêter sous le prétexte qu'il avait l'air suspect ; nombre de personnes se sont attroupées, ont débarrassé le particulier et ont roulé le soldat dans la boue.
Journaux. — Quelques nouvelles de l'étranger frappent aujourd'hui l'attention dans les journaux. Dans la Gazette de France, à l'article Londres, on lit que l'empereur de Russie a fait notifier au roi de Suède qu'il désirait que ce prince retournât de suite k Stockholm. D'autres nouvelles de Londres, publiées à la fois par le Journal du Commerce et le Citoyen français, portent que, suivant ce qu'on assurait, Curaçao s'était rendue à la flotte de la Jamaïque. Elles annoncent de plus que la plus grande partie cultivée de l'île de la Trinité avait été la proie d'un incendie. Et, suivant les nouvelles de New-York, publiées par la Gazette de France, on soupçonnait, soit
195 PARIS SOUS L'EMPIHE [20 août 1804
(les iii'gres marrons, suit des nègres même des habitations, d'avoir causé ce désastre; le mauvais esprit de ces derniers, est-il dit, se manifeste depuis un certain temps. Suivant ces mêmes nouvelles, datées de New-York le 2 juillet, les Français, au nombre de deux mille hommes de bonnes troupes, continuent d'occuper Santo- Domingo ; et la ville, fortifiée d'une manière régulière, paraît à l'abri d'un coup de main de la part des nègres. Elle paraissait à cette époque (2 juillet), approvisionnée pour cinq ou six mois ; et le général Ferrand, en encourageant la course, semblait pouvoir compter sur des ressources un plus longtemps. Les mêmes papiers portent à dix-huit mille le nombre des réfugiés français à Cuba. Presque tous les journaux, à l'article d'Italie, parlent des nouvelles dispositions qui ont eu lieu à Porto-Ferrajo, en fortifications et en approvisionnements. Le Journal des Débats, article Venise^ à la date du 8 août, apprend que les Russes s'occupent, avec plus d'activité que jamais, à fortifier Corfou et les autres îles, et que la cour paraît les considérer comme un point central pour l'exécution de ses projets ultérieurs. Le reste des nouvelles a paru peu important. Les journaux ne donnent aucun article particulier et n'offrent aucune opinion politique susceptible d'être saisie. . .
Bourse. — Les 5 0/0 se sont faits ce matin à oo fr. itO et à la fin de la Bourse à 35 fr. 90. Cette amélioration prodigieuse, en comparaison du passé, a rendu la séance de ce jour aussi agréable que les précédentes avaient été affligeantes. On a attribué ce changement à des achats assez considérables fait par M. Portau, agent. Plusieurs personnes ont dit que l'on avait parlé dans la matinée, au cercle et ailleurs, de la nomination de M. Mollien, directeur de la Caisse d'amortissemq|it au ministère du Trésor public, au lieu et place de M. Barbé-Marbois. — o 0/0, jouissance de germinal, 33 fr. 13, 20, 25, 30, 40, 43, 50, 60, 33, 70, 80, 83, 90, 73; idem, jouissance de vendémiaire an Xlll, 53 fr. 20 ; bons de remboursement, 2 fr. 70. Actions de la Banque de France, l.HO francs.
Dubois.
(Arch. nat., F", 3832.)
Journaux.
(kiz.Ue de France du 3 fructidor : « Paris, 2 fructidor. On Iravaiiie avec une grande aclivilé aux préparatifs de la voilure du sacre, dans l'alelicr de M. (Jetting, carrossier de Sa Majesté Impériale. Les dessins de cette superbe voilure ont été faits par M. Percier, archilecle de l'Empereur, sous la direcliou et par les ordres du général Caulaincourl, grand écuyer. Le corps de la voi.
ture esl décoré de frises pleines de médaillons qui représentent divers départements de l'Empire, liés par un chaînon de palmettcs d'une rare élégance. Sur la portière sont blasonnées les armes de l'Empire; le ciel de la voiture est soutcnulpar quatre figures allégoriques, et sur le milieu se trouve un autel qui porte une couronne modelée sur celle de Charlemagne, et soutenue par quatre aigles. La housse et la garniture sont parsemées d'abeilles. Les harnais sont en maroquin rouge, garnis de bronze ciselé, or moulu, et ornés de têtes d'aigles et d'autres attributs analogues »
XGIII
Rapport de la préfecture de police du 4 fructidor.
Réunions. — On répand rians le public que tous les négociants de Hollande ont été avertis de se tenir sar leurs gardes, relativement à leurs affaires de commerce avec l'Angleterre ; que, le 4 août, on avait signé à Londres le pian de coalition de toutes les puissances du continent contre la France, et que le gouvernement français allait faire une levée d'hommes considérable, pour porter ses armées au grand complet. Ces bruits, ajoute-t-on, ont fait beaucoup d'impression en Hollande '. Le même bruit d'une prochaine levée d'hommes continue de circuler dans Paris et y répandre l'inquiétude ; on dit encore que le Sénat s'occupe de la création d'un papier-monnaie, que les besoins actuels, ajoute-t-on, rendent nécessaire. Depuis deux jours, on ne parle que du retour de Sa Majesté à Paris, que l'on croit être très prochain ; on assure qu'il n'y aura point de voyage ni de Strasbourg, ni d'Aix-la-Chapelle, et que Sa Majesté vient statuer, dans son conseil, sur les moyens de soutenir l'honneur de nos armes et défendre le territoire de l'Empire. — On débite dans les salons que la cour de Vienne s'est opposée à ce que M. Champagny mît les armes de France sur la porte de son hôtel, et que c'est là l'un des premiers prétextes de la rupture entre les deux cours. On assurait, au Palais du Tribunat, que M. Lucien Bonaparte, le prince et la princesse Borghèse quittaient l'Italie parce qu'ils n'y étaient point en sûreté, et que les hostilités étaient véritablement reprises dans ces contrées. On y disait encore qu'un détachement de vingt-cinq dragons déguisés n'avait manqiu; que d'un quart d'heure le roi de Suède, à
1. En marge, dune autre aiain : « Vous avez précisément un rapport sur cela, lisez l'ensemble. »
197 PARIS SOUS L'EMPIRE [22 août 1804]
Stuttgart, et que l'on avait l'intention de l'amener en France comme otage. On parle sourdement d'une correspondance interceptée et qui fait voir, dit-on, que les dispositions du roi de Prusse ne nous sont point favorables.
Légion d'honneur. — Les anciens chevaliers de Saint-Louis voient avec peine qu'on ne les ait point appelés à la Légion d'honneur. Un aide de camp du général Goustard dit que le nombre des pétitions déposées à la grande chancellerie de la Légion s'élève à plusieurs milliers.
Journaux. — Les feuilles de ce jour ne renferment rien qui nécessite une observation. . .
Bourse. — Il s'est fait passablement d'affaires en rentes, et le cours s'est bien soutenu. On n'a remarqué ni ventes ni achats assez considérables pour avoir de l'influence. Le bruit s'était répandu hier soir et l'on a répété à la Bourse que M. de Gobenzl avait reçu ses nouvelles lettres de créance et que M. Barbé-Marbois était nommé à la place de M. Champagny. — 5 0/0, jouissance de germinal, 55 fr. 90, 56, 20, 10, 15, 20, 25, 30; 56 fr. 20, 15; idem, jouissance de vendémiaire an XIII, 53 fr. 70, 50. Actions de la Banque de France, 1.115 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3832.)
Journaux.
Gazette de France du 4 fructidor: « Paris, 3 fructidor. ...Un savant prouve aujourd'hui, dans une dissertation, que les dames de l'antiquité n'avaient ni poches ni ridicules. Depuis que ces derniers sont passés de mode, les dames modernes sont dans le même cas. Les Romaines cachaient les petits présents de l'amour sous une large ceinture ou sous leur tour de gorge. Elles y mettaient même des pommes, présent à la modo alors entre les amants ; mais les Françaises qui n'ont ni ceinture, ni tour de gorge, ont aussi des amants ; où serrent-elles donc les petits cadeaux que l'on aime à porter sur soi ■? Ne soyons pas en peine pour les femmes. Dans un temps où elles cachent si peu les présents de la nature, il serait fort étonuant qu'elles se missent beaucoup en peine de cacher davantage ceux de l'amour »
XGIV
Rapport de la préfecture de police du 5 fructidor.
Chouans. — Le nommé Lhannard, ancien chef de Chouans, détenu depuis plusieurs années et arrivant du château de Ham, a déclaré que
Léridan, l'un des affidés de Georges, ilétenu depuis le procès des conspirateurs dans ce même château, lui a assuré que Georges recevait tous les ans de la cour de Russie, depuis sa pacification, une somme de 150.000 roubles, et qu'il les avait touchés au moment où il a quitté Londres pour venir à Paris.
Réunions. — On rapporte que M. de Sandoz a assuré à plusieurs personnes que l'ambassadeur, de Danemark s'attendait à ce que sa cour serait bientôt entraînée dans une nouvelle guerre, mais qu'il n'était entré à cet égard dans aucune explication. L'ex-législateur Troisœufs ' et le sieur Guérin, directeur de la Tontine des Artisans, disaient que le sénateur Lanjuinais assure que les dépenses sont telles qu'il sera impossible de trouver des fonds pour y faire face, sans accabler le peuple, et que de nouveaux partis vont s'élever contre le gouvernement. Un nommé Rousselet, demeurant rue du Ponceau et lié avec le tribun Carnot, dit que beaucoup de gens croient que celui-ci est destiné à jouer encore un grand rôle, s'il arrive quelques changements ; que Carnot se comporte de manière à ne pas se compromettre et à ne donner aucune prise sur lui. On disait hier, au café de la Croix-Rouge, que le ministère britannique vendait à un prix très médiocre les marchandises de ses manufactures au roi de Prusse, qui, après leur avoir fait donner la marque de ses États, les renvoyait en France comme provenant de l'industrie prussienne.
M'"^ Cabarrus assurait hier, positivemeut, que l'ex-directeur Barras devait arriver aujourd'hui ou demain à Paris, y passer quelques jours et se rendre ensuite en province.
On dit que M. Barbé-Marbois doit remplacer M. Champagny à l'ambassade de Vienne, et que M. Mollien passe au ministère du Trésor public ; que Sa Majesté doit se rendre à Aix-la-Chapelle, et de là, à Mayence.
Ouvriers. — Les ouvriers et généralement la classe du peuple paraissent très inquiets du renchérissement des denrées. Les malveillants, à l'effet d'aigrir les esprits, répandent que la fête de Boulogne a coûté onze millions.
Militaires. — Les militaires, qui portaient autrefois le médaillon, murmurent de ce qu'ils n'ont point été admis à la Légion d'honneur; ils crient à l'injustice et disent que ce n'est pas la première que l'on commet à leur égard.
Distribution des prix. — La distribution des prix qui a eu lieu
1. Antoine-Anibroise Troisœufs, député du département de l'Escaut au Conseil des Cinq-Cents en l'an VI et en l'an Vil.
199 PARIS SOUS L'EMPIRE [22 août 1804]
hier à l'Institut a attiré un grand concours de monde, et l'assemblée était parfaitement bien composée. L'esprit public s'est fortement prononcé quand l'orateur (M. Arnault), après avoir peint rapidement les malheurs des temps révolutionnaires, a amené l'éloge de l'Empereur, et il a été vivement applaudi. Parmi différents traits du discours, on a particulièrement remarqué celui-ci : après avoir parlé de la Légion d'honneur, à laquelle tous les gens de mérite peuvent prétendre, il a dit : « Un enfant, autrefois, revêtait en naissant des marques distinctives que Fabert, après soixante ans de service, ne put emporter dans la tombe. »
Journaux. — Les feuilles de ce jour ne donnent lieu à aucune remarque importante.
Bourse. — Les négociations n'ont pas été très nombreuses, et le cours des rentes a été constamment en baisse, au grand étonnement de la majorité des spéculateurs, car on n'a recueilli que des conjectures faites pour calmer l'inquiétude, mais on croit que cet état de choses peut exister encore pendant quelques jours, d'après la pénurie de fonds qui nuit aux effets publics, comme elle entrave aussi les transactions commerciales. — 5 0/0, jouissance de germinal, 56 fr. 55, 85, 90, 70, 70, 85, 90 c; bons de remboursement, 2 fr. 60. Actions de la Banque de France, 1.115 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3832.)
Journaux.
Mêniteur du 6 fructidor : a Paris^ 5 fructidor. Ministère de l'Intérieur. DÉPARTEMENT DE l'Instruction PUBLIQUE. Distributiou ilcs prix. En exécution de l'arrêté du gouvernement du 30 fructidor an X, le 4 fructidor an XII, l'an I^"" de l'empire de Napoléon, le ministre de l'intérieur, assisté du conseiller d'État directeur de l'Instruction publique et du président de l'Institut national, a procédé, en présence des autorités constituées, et de l'Institut h la distribution générale des prix aux élèves de l'École spéciale de médecine, des Écoles centrales, du Lycée impérial, du Prytanée français, des Écoles spéciales de peinture, de sculpture et d'architecture et du Conservatoire de musique. Avant cette distribution M. Arnault, membre de l'Institut national, chef de la division d'Instruction publique, est monté à la tribune et a prononcé le discours suivant...
[Suit ce discours, qui est assez long.]
Après ce discours, que les applaudissements unanimes de l'auditoire ont fréquemment interrompu, M. Arnault a proclamé, dans l'ordre qui suit, les élèves des dilVérentes écoles qui avaient obtenu des prix. Ces élèves sont venus successivement, et au milieu des acclamations de l'assemblée, recevoir des mains du ministre la couronne qu'ils avaient méritée. Un concert, oxéculé