‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 68 sur 221 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

[1d septembre 1804] PARIS SOUS L'EMPIRE 258

Rapport de la préfecture de police du 29 fructidor.

Réunions: — Un a répandu hier dans les endroits publics que les affaires avec la Russie prenaient une tournure à s'arranger, et l'opinion était à la paix. — On rapporte que M. de Sandoz se permet des plaisanteries à l'occasion de la nouvelle répandue que le roi de Prusse allait être nommé empereur. — Les réunions publiques n'ont rien offert hier de remarquable. Celles des ouvriers sont toujours parfaitement tranquilles

Dubois.

(Arch.nal., F^ 3832.)

Journaux.

Journal des Débats du 29 fructidor : « Paris, 28 fructidor. ...D'après une ordonnance de police, les huîtres amenées à Paris ne pourront être exposées en vente que dans les endroits affectés à cet usage. La vente des huîtres en bateaux aura lieu tous les jours, aux heures déterminées pour la vente des marchandises diverses sur les ports. La vente des huîtres rue Montorgueil ne se fera que dans la matinée, depuis sept heures jusqu'à dix. Pendant les heures de la vente, il ne pourra être vendu au détail deshuitres dans les endroits ci-dessus désignés. Les huîtres seront livrées directement aux acheteurs et de la même manière qu'elles auront été expédiées. Celles arrivées par terre ne pourront être changées de paniers. Le commissaire des halles et marchés s'assurera si les huîtres sont saines, et à cet effet il en fera ouvrir quelques-unes prises au hasard. Il ne pourra être transporté ni exposé en vente, dans la rue Montorgueil, des huîtres expédiées par eau, et vendu sur les ports des huîtres expédiées par terre. Chaque panier d'huîtres blanches devra contenir quarantehuit douzaines. Tout marchand ou facteur à qui il restera des paniers d'huîtres non vendus en fera la déclaration au commissaire des halles et marchés. . . » Gazette de France du 29 fructidor : « Paris, 28 fructidor. ...Pendant la Révolution les enfants s'amusaient à imiter, dans leurs jeux, les exercices de la garde nationale. Ils marchaient au pas, avaient leurs tambours, leurs sabres de bois ou de fer blanc, une artillerie de carton. A une certaine époque on les voyait dans les rues jouer avec un instrument qui ne prêtait cependant pas beaucoup aux divertissements. Mais enfin, leurs jeux retraçaient assez bien en petit ce qui se passait alors en grand autour d'eux. Autres temps, autres mœurs : on voit aujourd'hui les enfants exercer leur esprit d'imitation sur des ballons et des parachutes, et il n'est pas rare de se rencontrer, dans les rues, nez à nez avec une petite nacelle qui descend d'un quatrième étage, au moyen d'un i)arachute. Celte remarfpie peut paraître insignifiante, sans doute, mais

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elle servira du moins à prouver combien l'opinion publique est favorablement disposée à l'égard des ballons, depuis que l'Institut national les fait servir au commerce des sciences et à l'importation des lumières. . . » — Citoyen français du 29 fructidor : « Paris, 28 fructidor. - . .On parle d'une pièce que le Théâtre-Français doit donner à l'époque du couronnement. On fait des frais considérables pour son établissement. Mais le titre, le sujet, le nom de l'au • teur et la nature de l'ouvrage sont un mystère. Les comédiens en font l'objet d'un secret qu'ils paraissent vouloir garder. Ce secret des comédiens ne sera donc pas celui de la comédie ? » — « Le Lycée de Paris, ci-devant collège Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques, vient de recevoir le nom de Lycée impérial ')

GXIX

Ministère dd la police générale. — Bulletln du 30 fructidor.

Paris. Evénement. — M. le maréchal Lefebvre informe le ministre, par une lettre du 28, du fait suivant : « Vendredi dernier, jour de la séance du Sénat, M. le maréchal retournant à la campagne entre huit et neuf heures du soir, à la sortie du bois Saint-Martin, on tira sur sa voiture un coup de fusil presque à bout portant; à vingt-cinq pas plus loin, on lira un second coup, également à bout portant. Les chevaux s'emportèrent ; l'adresse du cocher les contint et les dirigea. Il n'est résulté de tout cela aucun mal. » M. le maréchal Lefebvre a sans doule entendu par ces mots : « Vendredi dernier », le 20 de ce mois, et non le 27, veille de sa lettre. Quoi qu'il en soit, par une autre lettre datée de Strasbourg, 17 fructidor, par conséquent antérieurement à cet événement, le général Levai à écrit au secrétaire de M. le maréchal qu'on disait à Rouffach que M. le maréchal Lefebvre était mort, et l'a prié de lui marquer, au reçu de cette lettre, ce qui avait pu donner lieu à ce bruit. En comparant la date de cette lettre à celle de l'événement, on pourrait croire qu'il a existé un complot d'attentat aux jours de M. le maréchal. On fait avec prudence les recherches convenables

(Arch. nat., AFiv, 1490.)

Rai'I'ort de la préfecture de police du même jour.

Hèunions. — Le bruit de la défaite de l'amiral Ganteaume, qui semblait s'être assoupi, s'est réveillé hier avec une espèce de fureur. Dans la soirée on ne parlait, au Palais du Tribunal, que de cel échoc,

[16 sKPTEMBiiE 1804] PARIS sous L'EMPIUE 260

on disait qu'il y avait eu quatre vaisseaux pris par les Anglais, et un cinquièmecoulé bas: «La preuve, disait-on, que la nouvelle est certaine, c'est que le gouvernement n'a rien fait pour la démentir. » M.deCobenzl est, dit-on, parti d'Aix-la-Chapelle pour retourner à Vienne. — On répand, dans les salons, que la Porte a décidément conclu un traité avec la Russie, l'Angleterre et l'Autriche, et par lequel elle cède à la première de ces puissances la Yalachie et la Moldavie, à la seconde, TÉgypte en toute propriété, et à la troisième la Bosnie et la Serbie; que, par celte alliance, l'Angleterre s'assure exclusivement le commerce des deux Indes. On ajoute que ce traité n'est parvenu à S. M. l'Empereur que depuis peu de jours, et que le général Brune a été rappelé sur-lechamp. On dit encore que la Cour de Vienne n'entrera pour rien dans la coalition; que la France a fait les plus grands sacrifices pour l'en détourner, et qu'elle y a réussi; que la neutralité de la Prusse n'a pas moins coûté, et, que pour couvrir ces dépenses, on va faire un emprunt de 200 millions, remboursable en quatre années, à raison de 5 0/0, et que cet emprunt pèsera sur les propriétaires fonciers.

Fêtes de Saint-Cloud. — L'affluence a été assez considérable hier à Saint-Cloud, mais moindre cependant que le dimanche précédent. L'ordre a été maintenu, et il n'est arrivé aucun accident.

Journaux. — On ne trouve de remarquable dans les feuilles de ce jour qu'une nouvelle de Francfort (24 fructidor) annonçant que, suivant des bruits accrédités, la Porte refuse de reconnaître Napoléon Bonaparte comme empereur des Français ; que le ministère ottoman a a répondu à ce sujet à l'ambassadeur de France que, dans les conjonctures actuelles, Sa Hautesse croyait devoir régler sa conduite sur celle que tiendrait à cet égard la cour de Russie. Cependant le journaliste de Francfort paraît n'avoir pas garanti positivement cette nouvelle et le Publiciste, à cette occasion, fait des réflexions marquées au coin de la sagesse. Le reste des jounuiux est rempli d'articles officiels [)ris dans le Moniteur. . .

Bourse. — Il s'est fait peu d'affaires; les cinq pour cent n'ont éprouvé et ne peuvent éprouver, dit-on, aucune variation sensible qu'après la liquidation de la fin du mois présent et de l'année, qui occupe beaucoup plus que les nouveaux marchés. On espère aussi que, très incessamment, le taux de l'intérêt se détendra, et que ce chanjivment contribuera k l'amélioration du cours. Selon le rapport des courtiers de commerce, les transactions, excepté celles des cafés, sont très calmes; mais malgré la pénurie de fonds, on paraît généralement satisfait de la manière dont les payements se sont faits aujourd hui. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XllI, 54 Ir. 25,

2fil PARIS SOUS L'EMPIRE [17 septembre 1804]

30, 25. Actions de la Banque de France, 1.130 fr., 1.132 fr. 30,

l.lSofr., 1.132 f. 50.

Dubois.

(Arch. nat., F' 3832.)

Journaux.

Moniteur du 30 fructidor : « Musée Napoléon. Le directeur général du Musée Napoléon prévient le public que l'exposition des ouvrages des peintres, sculpteurs, architectes et graveurs vivants commencera le l^"" jour complémentaire de l'an XII et finira le l®"^ frimaire an XIII. Le Musée sera ouvert pendant ce temps depuis dix heures du matin jusqu'à quatre heures du soir. Le cours ordinaire des études dans la grande galerie des tableaux et dans celle des statues antiques ne sera point interrompu. Les artistes et étrangers continueront d'y être admis sur la présentation de leurs cartes d'entrée et passeports. Le directeur général prévient aussi MM. les artistes que la grande quantité d'ouvrages envoyés à l'exposition n'a pas laissé la possibilité de les placer tous dans le grand salon et dans la galerie d'Apollon ; il a été obligé d'y suppléer par le grand escalier du Musée. Les ouvrages qu'on a été forcé d'élever dans le grand palais seront descendus dans le courant de l'exposition, afin que le public puisse juger de leur mérite. Ceux qui ne sont point encore exposés remplaceront les productions des mêmes artistes, qui, en ayant apporté plusieurs, ont mis le directeur dans la nécessité de les réserver pour les offrir successivement au regard du public. » — Annonce des vélocifères de M. de Chabannes. — Gazette de France du 30 fructidor : « Paris, 29 fructidor. ...On assure qu'une compagnie de spéculateurs a offert aux propriétaires et locataires des maisons situées sur la place de Notre-Dame de louer leurs fenêtres, pour le jour du couronnement ; elle a entre autres proposé 800 fr. d'une pièce à deux croisées, à condition qu'il sera licite à ladite compagnie d'établir des gradins à chaque croisée. . . » — Journal de Paris du 30 fructidor : «Nouvelles de Paris. ...On a reproduit cette année, rue Neuve-des-Petits-Champs, les plaques de faïence en différentes couleurs qui doivent servir, dit-on, au numérotage des maisons de Paris. Il y a si longtemps qu'on le dit, que nous avons peur qu'on finisse par ne plus y croire «

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Ministère de la police générale. — Bulletin du premier jour complémentaire.

Paris. Armée de Saint-Domingue. — Il règne un mauvais esprit parmi les officiers revenant de Saint-Domingue. On en a vu à Paris un certain nombre, et on a observé que, généralement, leurs disposi-

48 sEPTrMBBF. 4804] PAHIS SOIS I/EMPIRE 262

lions et leur l;in^%ip;o iif sont nullement convenables. Il paraît qu'ils ont rorilre de se rendre à Bordeaux. Peut-être que l'intrigue royaliste, qui a fixé son centre dans cette ville, rend cette destination susceptible de quelque inconvénient?

Bruit. — Pendant quelques jours, le bruit a couru qu'il était survenu un sujet de Hiscorrle entre la France et la Prusse, et que l'ambassadeur Lucchesini paraissait vouloir se retirer. On rapporte, à ce sujet, que le prince Xavier avait fait des préparatifs de départ, et demandé tous les mémoires de ses créanciers pour les acquitter. Ses dispositions ont changé tout à coup, et avant-hier il a dit à l'un de ses fournisseurs que dans quatre ou cinq jours on apprendrait dans la

capitale des nouvelles qui causeraient une satisfaction générale ^

(Arch. nat., AF iv, 1490.)

Journaux.

Journal des Débats du l^r jour complémentaire : « Paris, 30 fructidor.. . Le bruit court, au foyer de la Comédie-française, que les malles de M"e Duchesnois viennent d'être volées derrière la voiture de cette actrice, sur la route de Paris à Mayence. On ajoute qu'il s'y trouvait des costumes tragiques très brillants... )' — Publiriste du !*■' jour complémentaire : « Paris, le 30 fructidor. ...On lit aujourd'hui dans un journal que les élèves de M. Planche, maître de pension à la Montagne Sainte-Geneviève, ont donné jeudi dernier la représentation en grec d'une tragédie de Sophocle. On ne dit pas avec quel succès, ni s'il y avait foule. Heureux les acteurs d'être plus voisins du marché de la place Maubert que de celui do la marchande d'herbes de Théophraste ! »

GXXI

Rapport de la phéfkcture de police du 2^ jour complémentaire.

Réunions. — On répand dans les sociétés que M. de Gobenzl ne doit point revenir à Paris, que M. de Lucchesini est disgracié de sa cour, et l'on en donne pour motif qu'il a favorisé le départ de ceux qui

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