Il s'agit de Louis XVIIF, qui résidait alors à Varsovie
2. En marge, de la main de Fouché: « C'est en vain que j'ai fait chercher le libelle intitulé: Manifeste de la liii.ssie. Beaucoup de gens me l'ont promis : je n'ai encore rencontré personne qui lait lu, quoique tout le monde en parle. Ce n'est pas la premit-re fois qu'un a parlé de libelles et de caricatures qui n'ont jamais existé. »
263 PARIS SOUS L'EMPIRE [18 septembre 1804]
s'étaient rendus à Varsovie pour assassiner ou enlever le comte de Lille. — On dit que la guerre est certaine avec la Turquie, comme avec la Russie et la Suède. —On assure que le ministère du trésor public a suspendu le payement des ordonnances des ministres pour réserver des fonds au payement de la renie, et l'on se plaint de cette suspension. On prétend dans les sociétés qu'il est certain que l'on va émettre un grand nombre de billets de banque ; on dit que le jeu leur servira de véhicule pour les porter dans les départements les plus éloignés.
Commerce. — Les manufactures de fleurs et de broderie sont dans ce moment dans une grande activité et occupent beaucoup de bras ; les fabricants ont delà peine à satisfaire aux demandes qu'ils reçoivent chaque jour.
Journaux. — On a remarqué dans la Gazette de France un article copié sur le Journal politique de Mannheim, d'après lequel le ministre des relations étrangères, M. Talleyrand, aurait remis, avant son départ pour Aix-la-Chapelle, au chargé d'affaires, une note qui doit porter en substance que l'empereur des Français désire sincèrement vivre en bonne intelligence avec la Russie mais qu'il ne peut retirer ses troupes ni du pays d'Hanovre, ni du royaume de Naples. — La même Gazette de France annonce en outre qu'une division de l'armée d'Italie, sous les ordres du général Jourdan, maréchal d'Empire, doit se réunir dans l'État pontifical au corps d'armée commandé par le général Sainl-Cyr. — La partie politique, dans les autres journaux, offre peu d'intérêt, et, sous le rapport d'opinion, ils n'ont donné lieu à aucune espèce de remarque. . .
Bourse. — La Bourse n'a pas été très peuplée, et néanmoins il s'est fait beaucoup d'affaires, dont le résultat a été satisfaisant pour tous les cours. La hausse des actions de la Banque a été la plus sensible, et on l'attribue principalement à la rareté de l'argent, parce que, la Banque, n'escomptant qu'aux seuls actionnaires, et au prorata du nombre d'actions, il importe aux maisons de banque et autres qui font beaucoup d'affaires d'en avoir le plus possible pour se procurer des fonds, à demi pour cent. Les cafés montent toujours ; cette hausse n'a d'autre motif que leur rareté et leur cherté sur les ports, qui établit nécessairement ici, le même état de choses. — 3 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 34 fr. 70,73. Actions de la Banque de France, 1.140, 1147 fr. 30; 1.150 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F' 3832.)
Journaux.
^foniteur du 2<= jour complémentaire : « Ministkre du Tri'sor public. Aujourd'hui l»'jour complémentaire, on a brûlé au Champ-de-Mars une quantité considérable de papiers inutiles, comme assignats, promesses de mandats, bases d'arrérages, coupons d'emprunt loroé, et autres effets présentement sans valeur. Ce brûlement a eu lieu en présence des autorités appelées par des arrêtés.» — « InstUut national. Le concours par la classe des Beaux-Arts de l'Institut national, pour le grand prix de sculpture, sera exposé publiquement dans la salle de Laocoon de l'École de peinture et de sculpture, les 2*, 3= et 4e jours complémentaires ; et le concours pour le grand prix d'architecture, sera exposé de même les 4^ et 5' jours complémentaires et le l®' vendémiaire, au Palais des Beaux-Arts, ci-devant Collège des Quatre-Nalions. — Gazette de France des !«'' et 2^ complémentaires an XII : « Paris, /" complénientaire. ...Jusqu'ici il était de mode qu'une jolie femme se montrât à tous les exercices publics de chaque pensionnat : c'est là que nos belles allaient juger du progrès des jeunes élèves dans les sciences, et oiïrir la pomme à celui qui se distinguait le plus dans un pas de gavotte. Mais on ne sait quel ordre sévère a enjoint aux maîtres de pension de supprimer les contredanses dans leurs séances publiques ; et, depuis ce temps, une élégante se trouve très déplacée dans une société de marmots qui ne parlent que grec, anglais ou latin, et négligent les arts les plus utiles, comme la danse. Les exercices des lycées ne sont donc plus le rendez-vous des beaux danseurs.... » — Moniteur du .3^ jour complémentaire. — Paris, 2^ jour complémentaire. Le salon d'exposition a été ouvert le l®"" jour complémentaire. Une foule, considérable s'y est portée dès le premier moment ; cet empressement paraît justifié par la richesse de cette exposition, le nombre, le genre et la variété des sujets. En attendant le moment où nous pourrons mettre sous les yeux du lecteur le résultat d'un examen approfondi, nous croyons pouvoir indiquer sommairement les morceaux qui fixent plus particulièrement l'attention des artistes et des spectateurs. Nous citerons d'abord le grand tableau de Gros, représentant Bonaparte, générai en chef de Varmée d'Orient, visitant Vhôpital des pestiférés à Jaffa, en nous bornant à dire que, ce matin, un groupe nombreux d'élèves et d'artistes s'est porté au salon et a déposé une couronne au-dessus de cet ouvrage. La Bataille de Quiberon, par Henncquin, obtient aussi un grand nombre de suffrages. On cite encore avec éloge, parmi les tableaux d'histoire, rŒ'</ipc de Pajou et \ Œdipe mourant de Wafflard ; Enée sauvant son père, par Devillers ; Alexandre plexirant la mort de la femme de Darius, par Mme Mongèz ; la Mort de Raphaël, par Monsiau; Antiochus et Siratonice de Debret ; Eginard et Imma, de Camus ; la Bataille d'Arcole, par Bâcler d'Albe ; les Batailles du Mont-Thabor, de Lodi et d'Abouliir, par Lejeune, etc. Les paysages de Vaienciennes, de Taunay, de Demarue, de Berlin ; les portraits de Robert Lefèvre et de M'"° Bonoist; les bas-reliefs imités par Sauvage; les esquisses de Vernet; les dessins et les miniatures d'Isabey ; les tableaux de genre de Richard, de Bailly, de Sicardi fixent aussi l'attention et ne peuvent qu'ajouter à la réputation à ces habiles artistes. » — « Les statues destinées à orner la salle des séances et le grand escalier du Sénat conservateur sont exposées depuis plu-
265 PARIS SOUS L'EMPIRE [19 septembre 1804]
sieursjours. Elles sont au nombre de vingt-huit, savoir celles de Solon, Aristide, Scipion l'Africain, Démosthènes, Cicéron, Lycurguc, Camille, Cincinnatus, Caton d'Utique, Périclès, Phocion, Léonidas, Epaminondas, Miltiade, Beauharnais, Thouret, Mirabeau, Barnave, Gondorcet, Chapelier, Hoche, Desaix, Dugommier, Cafarelli, Marceau, Vergniaud, Kléber, Joubert. Quatre de ces statues font partie du Musée Napoléon, savoir : Cincinnatus, par Chaudet ; Aristide, par Cartellier ; Solon, par Roland ; Cicéron, par Houdon. — Publiciste des 2e et 3^ complémentaires : « Paris, le 2<^ complémentaire. . . .Le salon de peinture est ouvert depuis hier. Il est riche en productions, et nous ne doutons pas qu'elles ne soutiennent à l'examen le premier jugement, qui s'est montré extrêmement favorable à un grand nombre. Mais nous n'énoncerons l'opinion du public qu'après qu'elle se sera fixée par un examen plus réfléchi. Déjà un premier mouvement d'enthousiasme, dont on ne doit pas craindre le retour, a entrelacé la palme au laurier sur le beau tableau de Gros, représentant Bonaparte à Vhôpital des pestiférés de Jaffa, dont nous avons déjà parlé d'après son exposition à Versailles »
Ministère de la police générale. — Bulletin du 3« jour complémentaire.
Paris. M. de Valence. — Un agent secret rapporte que M. de Valence a donné hier à dîner aux ambassadeurs de Prusse et d'Espagne et à
plusieurs autres membres du corps diplomatique
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — Les bruits de guerre se renouvellent plus que jamais. On publiait hier que les hostilités avaient commencé entre les Français et les Russes, sur les côtes du royaume de Naples, que tout était en mouvement sur celles d'Italie, parce qu'on s'attendait à tout moment à y voir paraître les escadres comiiinées des Russes et des Anglais. Les Russes, qui sont encore à Paris, et en petit nombre, craignent, disent-ils, d'être traités comme les Anglais. On rapporte que le général-inspecteur Dombrowski, qui vient de quitter Paris pour se rendre près de S. M. l'Empereur, est chargé d'organiser les légions polonaises, et de faire une diversion dans les troupes russes ; on ajoute qu'il a été autrefois un des agents les plus dévoués de la Russie.-^ On dit, dans diverses sociétés, que l'ex-direcleur Barras doit
[20 5EPTF..MBBE 1804] PARIS SOUS L'EMPIRE 266
être placé dans la maipon de S. M. l'Empereur ; des militaires, de leur côté, assurent qu'il sera nommé ministre de la guerre, et enfin plusieurs personnes répandent qu'il l'a dit lui-même, ici, à quelques amis.
Journaux. — Le peu de journaux qui ait paru aujourd'hui n'a donné lieu à aucune remarque essentielle . . .
Bourse. — Le cours des cinq pour cent se maintient, mais la hausse, en laveur de laquelle toutes les probabilités paraissaient réunies, n'a point eu lieu; les spéculateurs pensent que ce refroidissement a pour principal motif que les noms distribués étaient ceux de beaucoup d'agents, qui vendent maintenant, au comptant, pour les retirer, et qu'il résultera de ces ventes une profusion de rentes, qui doit nécessairement occasionner la baisse. Les action^ de la Banque de France se soutiennent parfaitement. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 54 fr. 80. Actions de la Banque de France, 1.150 francs. 1.447 fr. 50, 1.150 francs.
Dubois.
(Arch. nat, F\ 3832.)
CXXIIÏ
Ministère de la police générale. — Bulletin du 4» jour complémentaire.
Paris. Politique. — Quelques indices, qui ne sont encore aperçus que vaguement par le public, donnent une sorte d'espoir de voir améliorer sous peu les ra[)purts de la Russie. On annonce de Vienne que les deux régiments ou légions dont la formation avait été annoncée en Russie, n'ont point lieu. On écrit de Hambourg que le comte de Lille revient décidément de Russie à Varsovie. On parle de l'éloignement de M. de Markow des conseils de l'empereur Alexandre. Les délais du départ définitif de M. d'Oubril ajoutent encore à l'espérance. On a lieu do croire, d'après ces circonstances, que le manifeste qui a paru en allemand à Paris, et qu'on n'a pas encore pu se procurer *, n'est qu'un pamphlet, et non un véritable manifeste. Au reste, si cette pièce existe, elle sera probablement connue à Francfort. On a pris les
mesures convenables pour s'en procurer un exemplaire
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
1. En marge, de la main de Fouché : «Ce libelle allemand existe. »
267 PARIS SOUS L'EMPIRE [20 septembre 1804]
Rapport de la préfectuhe de police du mêmk jour.
Réunions. — On dit chez M"^® de Yilleraud, femme d'un ancien officier supérieur des gardes du corps, qu'il n'est plus question de l'expédition d'Angleterre, que S; M. l'Empereur s'occupe de mettre l'Italie en état de défense, ainsi que l'Hanovre ; que Sa Majesté a fait notifier aux différentes cours de l'Europe qu'elles eussent à se prononcer, et que celles qui ne le feraient point seraient regardées comme ennemies; que le retour de Sa Majesté à Paris est différé jusqu'au d'"' brumaire, à cause des négociations importantes dont Mayence doit être le point central. On répand, en effet, qu'il doit y avoir un congrès dans cette ville, qu'un ministre russe et un ministre anglais doivent s'y trouver comme lianovriens. — Le bruit circule que le gouvernement n'est pas sans inquiétude sur le sort du général Brune. On dit encore que le cardinal Maury revient décidément à Paris, et qu'il prononcera le discours pour le sacre de Sa Majesté.
Exclusifs. — Les exclusifs manifestent beaucoup d'humeur de ce que l'on ne fait aucun préparatif pour la fête du l®"" vendémiaire. Un nommé Montesson, qui a marqué dans le parti, dit avec les autres énergumènesde sa bande qu'il ne manque plus au gouvernement que de faire totalement oublier cette fête. Ces hommes continuent de manifester l'espérance de reprendre le dessus ^
Journaux. — Il n'a presque pas paru de feuilles aujourd'hui, et il n'a été remarqué aucun article qui fût susceptible d'attirer l'attention. . .
Bourse. — La Bourse n'a pas été entièrement nulle, mais les négociations de toutes espèces, ont été extraordinairement froides, et les cours un.peu faibles ; l'absence d'un très grand nombre d'habitués a beaucoup contribué à ce résultat. On a payé aujourd'hui pour les deux derniers jours complémentaires et le premier vendémiaire. Selon le rapport de différentes personnes, négociants, courtiers et autres, cette réunion de trois échéances n'a causé aucun embarras. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIH, 54 fr. 50, 55. Actions de la Banque de France, 1 .145 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3832.)
1. En marge, de la main de Fouché : <■ Lauteur de cet article est bon à mettre aux Petites-Maisons. »
[•21 ^KPTFMBRE 1804^ PARIS sous L'EMPIRE 268
Journaux.
Journal de Paris, du 3^ jour complémentairp : «Nouvelles de Paris. La Société d'Agriculture établie à Paris est autorisée à prendre le titre de Société impériale (V agriculture. Le nombre de ses membres résidants n'excédera pas soixante. Elle pourra de plus avoir vingt associés régnicoles et vingt associés étrangers. Elle choisira parmi ses membres un secrétaire perpétuel, qui sera présenté par le ministre de l'Intérieur à ra|)probatiou de Sa Majesté Impériale »
GXXIV
Ministère de la police générale. — Bulletin du o« jour complémentaire.
Paris. Jagueneau. — Le prêtre Jagueneau^ dépositaire fies plombs de Gogué - et l'un des principaux agents de ce complot, est arrivé à Paris. Il est au Temple et au secret •'.
Esprit public. — L'absence prolongée de Leurs Majestés Impériales afflige, sous divers rapports, plusieurs classes de la société. On pense généralement que c'est la cause principale de la stagnation du commerce, de la rareté du numéraire et du peu de mouvement de toute espèce d'affaires. Les habitués du Théâtre-Français ressentent vivement l'absence des acteurs, et la privation qu'ils éprouvent leur fait dire que, dans aucun temps, la cour n'a ôté à la capitale la jouissance de ce spectacle ''. Quelques êtres malintentionnés cherchent à envenimer ces dispositions.
Réflexions faites à la Bourse "'. — Une méprise, dernièrement commise par les employés de la Trésorerie, ou vraisemblablement
1. En marge, de la main de Fouché : « II m'a promis de tout révéler et de servir la police ; il paraît sincère. »
2. Gogué, ancien chef de Chouans, avait secrètement déposé une grande quantité de plombs chez l'abbé Jagueneau, desservant de la Guyonnière (Vendée). Voir sur cette affaire le Bulletin du 18 fructidor an XII. La partie de ce Bulletin qui s'y rapporte n'a pas été reproduite par nous, parce qu'elle concerne la Vendée, et non Paris.
3. En marfje, de la main de Fouché : « Cette sévérité n'est qu'apparente.»
4. En marge, de la main de Fouché : « Il y a peu de malveillance dans tout ceci : Paris est jaloux de posséder exclusivement Sa Majesté. »
!i. En marge, de la main de Fouché : « En observant bien le mouvement de la Bourse, on apprendrait beaucoup de choses. »
269 PARIS SOUS L'EMPIRE [21 septembre 1804J
par ceux de la nouvelle agence de Vanderberg, Seguin et C», a produit sur la place une rameur sourde. Voici le fait. Un agent de change porta dernièrement 200.000 francs d'obligations, an XIV, chez un appelé Cornu Beaufort, banquier, rue des Moulins, pour les y déposer d'après une négociation convenue. L'agent revint, quelques heures après, réclamer ces 200.000 francs d'obligations, apportant la même somme en obligations de l'an XIII, témoignant beaucoup d'empressement et d'inquiétude sur la méprise. Ce petit événement a circulé parmi les capitalistes et gens d'affaires, leur a fait penser que le gouvernement avait déjà en portefeuille les obligations de l'an XIV, qu'il en avait délivré à l'agence, que le trésor public se maintenait par la ressource ruineuse des anticipations, et que la signature des receveurs généraux, qui souscrivaient aussi complaisamment pour des sommes infiniment au-dessus de leurs moyens, ne méritait plus de confiance. Cette méprise, qui suppose la plus grande légèreté, a fait de suite un effet sensible sur le crédit des obligations, parce qu'en général les gens à argent, à Paris, sont ignorants et bornés, au point de ne pas savoir, pour la plupart, que les contributions de l'an XIII, souscrites et payables par les receveurs, sont distribuées en quinze ou seize paiements, de mois en mois, pour lesquels paiements ils souscrivent quinze ou seize sommes différentes, en leurs obligations, dont les trois ou quatre dernières sommes sont nécessairement payables dans les trois ou quatre premiers mois de l'an XIV, quoiqu'elles appartiennent véritablement aux contributions de l'an XIll. Mais voilà Paris en général : beaucoup de légèreté et de présomption, parce qu'il y a fort peu d'instruction. Il devient essentiel d'établir^ par la voie des journaux, des discussions propres à éclairer et à faire réÛéchir les Français; le gouvernement ne peut qu'y gagner. II faut convenir aussi que plusieurs administrateurs ne travaillent pas assez, manquent dénotions pratiques sur les parties qui leur sont confiées et d'expérience sur les choses comme sur la manière de les combiner et de les présenter. Cette inexpérience des administrateurs coûte matériellement bien des millions, mais elle coûte encore plus par le
discrédit qu'elle répand sur l'ensemble de leur administration
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — Le bruit s'est répandu, hier, que les Anglais menaçaient de bombarder Granville, et que l'on avait reconnu des vaisseaux russes parmi les vaisseaux anglais. Un dit qiu: le couronnement de
S. M, l'Empereur est ajourné au l"" janvier, parce que Sa Majesté ne veut, ajoule-t-on, revenir ici qu'avec la paix. On débite que le prince (Je Wurtemberg vient de rappeler M. le baron de Steube, son ministre plénipotentiaire. — Les orléanistes manifestent plus ouvertement que jamais des espérances. Le sieur Laboissière, maître d'escrime et qui enseignait beaucoup de Russes, dit avoir reçu de quelques-uns d'entre eux des nouvelles portant que la cour de Saint-Pétersbourg a fait notilier à celle de Vienne qu'elle n'entendrait point parler de neutralité et qu'il fallait que celle-ci se décidât; ils ajoutent qu'en parcourant l'Allemagne, ils ont remarqué peu de dispositions favorables aux Français; ils finissent par dire que la guerre serait longue et bien plus onéreuse pour la France que pour les autres puissances belligérantes. — Une lettre particulière annonce qu'il est arrivé à Lubeck un certain Edwins, se disant ancien officier lianovrien, qui venait de Hambourg et qui doit se rendre à Leipzig, avec un passeport allemand. On le soupçonne fortement d'être un agent de l'Angleterre. Il est encore dans l'électorat d'Hanovre. La même lettre porte que les Anglais parviennent encore à nous enlever beaucoup de grains ; que c'est par les commis-voyageurs des négociants français qu'ils font leur correspondance dans notre intérieur et recueillent des notes et des observations sur tout ce qui leur importe de connaître. L'ex-conventionnel Ribet * répand que le séjour du pape à Paris doit amener de grands changements, que S. E. le cardinal Fesch doit être nommé patriarche de France ; que l'Espagne, la Prusse et l'Allemagne veulent aussi avoir le leur et secouer insensiblement le joug de la cour romaine ; que, non seulement le cardinal Maury revient en France, mais qu'il est encore désigné, in petto, comme successeur de S. E. le cardinal de Belloy; que ces projets ont encore des ramifications plus étendues ; que c'est la main invisible des Jésuites qui dirige tout ; que cette société veut se rétablir dans tous les pays de la chrétienté, et qu'immanquablement elle y parviendra ; que les Jésuites veulent surtout s'emparer, comme autrefois, des cabinets de l'Europe et conduire les souverains et les empires à leur gré ; que la plupart des membres des autorités en France font leurs efforts pour rappeler toutes les anciennes institutions de la monarchie, mais que c'est en vain ; que la secousse est donnée et que l'Europe entière n'échappera point à l'insurrection générale qui la menace ; que c'est alors que l'on dit que les autres nations sont épouvantées des malheurs que notre révolution a entraînés après elle ; que les
1. Député de la Manche à la Convention nationale. Dans l'original, ce nom est écrit par erreur Hihé.
271 PARIS SOUS LEMPIRE [22 septembre 1804]
hommes puissanls sonl les seul? qui tiennent ce langât;e et que tous les peuples soupirent après la liberté.
Journaux. — On lit dans la Gazette de France que les dépêches du général Decaen. qui ont été apportées par la corvette le Berceau, contenaient, outre les détails déjà connus, ceux qui suivent, savoir : que quatre des vaisseaux de la compagnie des Indes composant la flotte de la Chine étaient armés de soixante-quatre pièces de canon et avaient trois cent soixante à quatre cents hommes d'équipage; que les vaisseaux de la compagnie étaient armés en guerre : que plusieurs avaient quarante-huit pièces de canon, les autres vingt, d'autres quarante. On apprend, par la même Gazette de France, qu'on est sans nouvelles de Londres depuis quelque temps, et que c'est la cinquième fois, depuis le commencement de la guerre, que les communications éprouvent une interruption aussi longue, ce qui suppose quelque cause extraordinaire. — Suivant une nouvelle datée de Milan, le 23 fructidor, on écrit d'Espagne que l'ex-général Moreau, au lieu de se rendre en Amérique, se retire, avec le consentement du gouvernement français et de la cour d'Espagne, dans l'ile de Minorque.
uVrch. nat., F', 3832.) DUBOIS.
Journaux.
Journal des Débals des 1^' et 2 vendémiaire an X\\\ : « Paris, /'■ vendémiaire. ...Le 4^ jour complémentaire, l'École spéciale de pharmacie de Paris a tenu une séance publique et fait, conformément à la loi. la distribution des prix à ceux des élèves qui les ont obtenus au concours. Cette séance était présidée par M. le conseiller d'Etat Fourcroy, directeur général de Tinstruclion publique, en l'absence de S. E. le ministre de l'Intérieur. «
oe JOUR Cu.MPLEMENTAIRE A.\ XII (-2-2 SEPTEMBRE 180-4 .
Rapport de la prefecilhe de police dl" i" ve.\déml\ihe.
Réunions. — Les réunions publiques n'ont rien .ifTert hier de remarquable aux observateurs. Celles des ouvriers ont été assez nombreuses et toujours tianquilles. Cette classe ne s'occupe plus du tout de politique. Les bruits de guerre se soutiennent toujours. On dit que la descente aura décidément lieu avant le retour de Sa Majesté.
(Arcti. nat., F", SWS.) DUBOlS.
[23 SEPTEMBRE 1804] PARIS sous LEMPIUE
GXXVI
l"'- VENDÉMIAIRE AxN XIU {'13 SEPTEMBKE 1804). Ministère de la police générale. — Bulletin du 2 vendémiaire.
Paria. Enoiil. — Dans le mois de thermidor, une lettre de Hambourg a signalé comme agent de l'Angleterre le nommé Enoul, né à Liège, se disant conseiller de l'Électeur de Trêves. Cette lettre portait qu'il venait de partir de Hambourg pour la Hollande et chercherait probablement à pénétrer en France. Des avis ultérieurs ont appris qu'avant son départ de Hambourg il avait eu plusieurs conférences avec le ministre anglais. Il a été signalé à la gendarmerie et à toutes les autorités civiles et militaires, tant en Hollande que sur toutes les frontières. Il a été arrêté à Aix-la-Chapelle, à la réquisition du préfet et traduit à Paris. On s'occupe de son interrogatoire et de l'examen de ses papiers. . .
Exécution. Dispositions. Morgan Béthune. — Lié autrefois avec Bourmont {Bulletin du 12 fructidor), a éludé la surveillance sous laquelle il avait été en l'an X, à Amiens, et s'est rendu à Paris, sous prétexte d'y venir plaider une affaire qui l'intéresse. Renvoyé de suite en surveillance à Amiens avec défense de revenir à Paris pour quelque motif que ce soit. — Vandonann. — Suédois connu pour avoir fait de fréquent voyages de Calais à Paris, et de Paris à Calais. Il prétend que, dans le mois de décembre, ayant échoué à la côte de Calais, il avait été obligé de débarquer dans ce même port, pour y faire réparer son navire. Cependant, depuis près de neuf mois, il a abandonné sa propriété, et s'est éloigné du lieu où sa présence serait le plus nécessaire pour venir traiter d'affaires à Paris, et il est forcé de convenir que, pendant son séjour ici, il n'a fait aucune affaire. Sa correspondance prouve d'ailleurs, malgré ses dénégations, qu'il connaissait depuis longtemps Bernosconi (Bulletin du 3 fructidor an XII) et qu'ils montaient le même bâtiment. Au Temple. — Woterce, commissionnaire. — Arrêté pour avoir insulté un officier de la garde impériale, membre de la Légion d'honneur, et avoir proféré les plus grossières injures contre la croix de mérite. A Bicêtre pour deux mois. — Voilf/ué, Prévost et Courtois. — Signalés comme auteurs de différents vols de réverbères commis depuis quelque temps la nuit ; il a été trouvé chez eux une grande quantité de débris, qui |»araissent
273 PARIS SOUS L'EMPIRE [23 septembre 1804J
provenir de réverbères dépecés. Le premier, reconnu pour déserteur du 2* régiment de la garde de Paris, est mis à la disposition de l'étatmajor du gouvernement de Paris; les deux autres, anciennement condamnés aux fers et à la marque pour framle, sont envoyés à Bicêtre pour six mois. — Devillers, Lenortncmd, Bernard, Monnet et Diipré.
— Soldats de la garde de Paris, chassés de leur corps comme mauvais sujets, escrocs connus, et coupables de diverses exactions envers le public. Renvoyés de brigade en brigade à 40 lieues de Paris et des côtes. — Prélat, domestique du sieur Ghristin, détenu au Temple. Ordre de le renvoyer en Suisse, son pays natal, et de l'y faire conduire de brigade en brigade, s'il ne pari pas immédiatement.
(Arch. nat., AFiv, 1491.)
RA['P01tT Dli LA PnKFECTUHE UK l'OLlCIC DL' MÊMli JOUR.
Réunions. — Le concert et les ilhiuiinalious qui ont eu lieu hier aux Tuileries ont attiré assez de monde ^ Les seuls édifices publics ont été illuminés ; l'ordre et la tranquillité ont parfaitement régné partout. Le peuple s'attendait à entendre le canon et à avoir des spectacles gratis, — On dit que l'ancien calendrier sera décidément remis en usage au l^f janvier prochain. — Les exclusifs n'ont tenu aucuns propos et ne se sont point réunis pour célébrer le l*"" vendémiaire.
— On continue de faire circuler le bruit que le couronnement de Sa Majesté est retardé; les travaux et les préparatifs se suivent cependant avec la plus grande activité.
Journaux. — On remarque dans le Journal des Débats la nouvelle suivante, datée de Hambourg, le 14 septembre : «Le chargé d'affaires de France à Stockholm se dispose à quitter la Suède, ainsi que tous les Français qui sont dans ce royaume. On dit même qu'ils en ont reçu l'ordre. » Quelques extraits de gazettes anglaises se lisent dans la Gazette de France ; l'im renferme des conjectures sur l'expédition que les Anglais présument devoir être entreprise à la fois d'Ostende, de Boulogne cl du Havre, tandis que les Hottes de Brest et du Texel cingleront, l'une avec vingt mille hommes pour l'Irlande, l'autre avec vingt-cinq mille hommes pour l'Ecosse. Suivant l'autre extrait, le général Sébastian! serait attendu à Lisbonne comme ambassadeur français à la place du général Lannes, qui doit prendre un commandement dans l'armée de Boulogne. — Dans plusieurs journaux se trouve un extrait de la réponse faite à la dernière note remise à la
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