Ferreri, ministre de la Hêpubliquo ligurienne
[4 ocTObftE 1804] PARIS SOUS L'EMPIRE 296
pelils bâtiments coulés bas. Plusieurs personnes ont assuré que celte nouvelle avait été lue ce matin à la parade. Le commerce est toujours très calme et les bas prix des marchandises n'éprouvent aucune variation. — 5 OyO, jouissance de vendémiaire an XIII ; 56 fr. 90, 57 francs, 56 fr. 80, 90. Actions de la Banque «le France, i .120 fr., 1.122 fr. 50, 1.125 francs.
DUDOIS.
(Arch. nat.. F' 3833.)
Gazelle de France du IH vendémiaire: « i2 vendémiaire. ...Le Sénat s'est assemblé avant-hier extraordinairenient en vertu d'un message de l'Empereur qui provoque la présentation de trois candidats pour la place de trésorier vacante par la mort de M. Fargucs. On dit que les candidats nommés sont MM. les sénateurs Sers, Chaptal et Vernier. » — « La classe de la langue et littérature françaises de l'Institut a nommé hier à la place vacante par la mort de M. de Boisgelin. Son choix est tombé sur M. Bureau de la Malle... — « M. Gay-Lussac a rendu compte de sa dernière ascension aérostatique, à la première classe de l'Institut national. En voici les principaux résultats. 11 s'est élevé, le 29 fructidor, à dix heures du matin, du jardin du Conservatoire des Arts-et-Métiers, supérieur au niveau de la mer d'environ 39 mètres (20 toises). La hauteur de son baromètre était de 28 pouces 3 lignes 33. Son thermomètre centigrade à mercure marquait à l'ombre 27 degrés 75. Ces deux instruments ont très peu varié à terre pendant la durée de l'ascension, et leurs changements ont été observés d'heure en heure par M. Bouvard à l'Observatoire M Gay-Lussac a fait en s'élevant un grand nombre d'observations du baromètre, du thermomètre, de l'hygromètre et de l'aiguille aimantée. A la hauteur de 2.002 toises, il a trouvé l'inclination de l'aiguille, la même qu'à la surface de la terre. La durée des oscillations d'une aiguille horizontale, faite avec un grand soin par l'habile artiste Fortin, aimantée i)ar M. Coulomb, et suspendue par un fd de soie, a pareillement été la même. En continuant de s'élever et d'observer ces oscillations M. Gay-Lussac n'a jamais trouvé de différence sensible dans leur durée. Parvenu à la hauteur de 3.42."), il a ouvert des ballons de verre dans lesquels il avait fait le vide à terre et qui le conservaient parfaitement ; l'air y est entré avec siftlcment, et lorsqu'ils ont été remplis, cet observateur les a refermés. Il a continué de s'élever jusqu'à la hauteur de 3. 000 toises; son baromètre était alors à 12 pouces, 1 ligne 76, et son thermomètre à l'ombre marquait 9 degrés et demi au-dessous de la température de la glace fondante. Cette hauteur la plus grande à laquelle l'homme ait parvenu jusqu'à ce jour surpasse de plus de 600 mètres le sommet du Chimboraço au Pérou, la plus haute montagne connue de la terre. Cependant M. Gay-Lussac voyait encore au-dessous de lui des nuages qui lui paraissaient fort élevés. Son pouls élail accéléré, et le nombre de ses pulsations, qui n'est que de 62 |iar minute, était de 95. Sa respiration était un |)eu gênée; mais il j)ense qu'il aurait pu s'élever jusqu'à 8.000 mètres, sans en éprouver une grande incommodité, s'il n'eût pas été imprudent d'abandonner le lest qui lui était nécessaire pour modérer sa descente. Il s'abaissa donc lentement et avec les
297 PARIS SOUS L'EMPIRE [4 octobre 1804]
précautions que la première ascension lui avait indiquées. A trois heures quarante-cinq minutes de l'après-midi, il prit terre, sans le plus léger accident, à 6 lieues au nord de Fiouen, dans le petit hameau de Saint-Gourgon, dont les habitants, que la vue de son ballon avait réunis, lui prodiguèrent tous les secours et les soins de l'hospitalité. De retour à Paris, son premier objet a été d'analyser l'air qu'il avait recueilli dans son ascension. Un de ses ballons, ouvert sous l'eau, s'en est rempli au delà de sa moitié, ce qui prouve qu'il n'v était point entré d'air étranger. En comparant l'air de ce ballon avec l'air pris à la surface de la terre, M. Gay-Lussac s'est assuré, par divers procédés en diométriques très exacts, que les proportions d'oxygène et d'azote étaient parfaitement égales dans les deux airs. Ainsi ce voyage intéressant a contrôlé deux points importants de la physique, savoir : 1° que la force magnétique n'éprouve de variations sensibles, ni dans inclinaison ni dans intensité, depuis la surface de la terre jusqu'aux plus grandes hauteurs où nous pouvons nous élever, et que, dans cet intervalle, la constitution de l'atmosphère est entièrement la même. M. Gny Lussac a observé que la chaleur diminuait à peu près en progression arithmétique à mesure qu'il s'élevait dans l'atmosphère, et qu'à chaque degré d'abaissement de son thermomètre centigrade correspondait une élévation d'environ 89 toises 5 pieds. » — « Les Bordelais paraissent vouloir nous enlever successivement et en détail les comédiens les plus renommes de la capitale dans les divers genres. Après avoir gardé M. Lafon assez longtemps, ils veulent garder M. et M""* Talma jusqu'à la fin de l'automne. Encore ne nous les rendront-ils qu'à leur corps défendant, et à condition qu'on leur enverra M"" Mezerai pour les consoler. Brunet a vu le moment où ils le garderaient de force, et il a été obligé de s'esquiver du milieu d'eux. Il a rendu à son retour si beau compte de leur politesse et de leur amabilité que la famille Volange est partie en masse pour aller aussi leur faire une visite. Il parait que, quand les Bordelais s'y mettent ils ne se régalent pas à demi. De la dépense extraordinaire qu'on leur voit faire, depuis quelque temps, en spectacles, on conclut à Paris qu'ils nagent dans les richesses, et que c'est pour cette raison qu'ils ne se refusent rien. Il nous semble qu'on pourrait en conclure toute autre chose, et dire, par exemple, que c'est de leur part affaire d'économie. Ils ont calculé qu'il leur en coûterait moins cher pour faire venir chez eux des comédiens de Paris, que pour venir les trouver. Autrefois ils pouvaient se permettre de venir à la comédie de Paris, et d'envoyer leur linge aux blanchisseurs de la Martinique. S'ils se contentent aujourd'hui de nous emprunter quelques comédiens et de faire blanchir leur linge dans la Garonne, c'est qu'ils ont probablement pour cela de bonnes raisons. Au reste, on a toujours remarqué que personne ne s'entend mieux à dépenser de l'argent quand ils en ont et à en gagner quand ils n'en ont pas. Si donc ils se permettent de se donner la comédie, c'est qu'ils croient avoir assez d'argent pour attendre la paix ; et s'il ne leur en reste plus à cette époque, ils sauront bien en retrouver. »
GXXXVIII
13 VENDÉMIAIRE AN XIII (o OCTOBRE 1804). Ministère de la police générale. — Bulletin du 14 vendémiaire.
Paris. Esprit public. — La nouvelle que les brûlots anglais ont été coulés bas à l'entrée du port de Boulogne a causé la joie la plus vive. 11 est facile de voir que les moindres succès animeraient toute la nation contre l'Angleterre, et que le patriotisme renaîtra en France, lorsque l'étonnenient de la renaissance de la monarchie aura fait place à l'habitude, lorsque les yeux de la vanité, de l'envie et de tous ceux qui s'étaient crus républicains seront accoutumés à un éclat dont, de jour en jour, ils sont moins importunés. Paris désire vivement le retour de l'Empereur. 11 entendra certainement des acclamations en paraissant au théâtre et dans les lieux publics.
Paris. Journaux. — Les journaux d'hier et d'aujourd'hui annoncent, sous les rubriques de « Gènes » et de « Florence », que Sa Sainteté est indisposée ', et on en tire la conséquence que son voyage en France pourra être relardé, quoique les journaux, disent-ils, continuent de parler de ce voyage comme étant certain. On sait que le cardinal Caprara a insinué, il y a quelques jours, que le couronnement pourrait n'avoir pas lieu précisément à l'époque du 18 brumaire, mais bien être porté à un temps très éloigné.
Mercure de France-. — Diverses représentations avaient été faites au Mercure de France sur le mauvais esprit qui règne habituellement dans cette feuille, sur l'obstination des rédacteurs à attaquer les principes qui servent de base au gouvernement et à aigrir les esprits par des discussions dangereuses. Les rédacteurs n'en ont tenu aucun compte. Aujourd'hui même, M. Fiévée a fait paraître dans ce joiu-nal un article où, à l'occasion des Mémoires de M. Bailly, premier président de l'Assemblée constituante, il traîne dans la boue tous les hommes qui ont pris une part quelconque à la chute des Bourbons.
1. En mar^e, de la main de Fouché : « La nouvelle de la maladie du Pape a été démentie. »
2. En marge, de la main de Fouché : « Ce journal est un journal de parti. Ses rédacteurs ont surtout pour but de faire fortune. Ils s'occupent peu de la littérature, qui, cependant, devrait être exclusivement l'objet de leur journal. »
299 PARIS SOUS L'EMPIRE [b octobre 1804]
Il proclame la légitimité de l'ancien régime et peint comme des crimes les efTorts faits pour seconder le vœu national. Il a, en conséquence, été écrit au directeur général des postes, pour l'inviter à suspendre le départ de ce numéro
(Arch. nat., AF iv, 1491.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — On continue de répandre le bruit que S. M. l'Empereur doit quitter Paris immédiatement après le couronnement, et l'on en montre de l'inquiétude. On dit, dans le commerce, que des lettres particulières reçues de Normandie portent que l'on voit avec peine que la descente en Angleterre éprouve du retard et que les malveillants profitent de cette circonstance pour semer sur les côtes des nouvelles controuvées, dans l'intention d'exciter le mécontentement des habitants et des troupes. La plus parfaite tranquillité continue de régner dans Paris, et les sociétés publiques et particulières n'offrent rien de remarquable. Les travaux de l'église Notre-Dame sont dans la plus grande activité. Les ouvriers sont fort tranquilles.
Journaux. — On remarque dans le Mercure de France, d'aujourd'hui samedi, un article conçu dans un esprit très évidemment dangereux. Cet article, signé Fiévée, est fait à l'occasion d'une annimce analytique des Mémoires de la Révolution, ouvrage posthume de Jean-Sylvain Bailly. L'arme de la critique dont se sert M. Fiévée a deux tranchants et frappe aussi cruellement sur M. Bailly que sur la Révolution ; elle n'atteint pas moins tous ceux en général qui ont contribué au développement de cette dernière. Le second titre de l'ouvrage de M. Bailly est : Journal des faits qui ont préparé et fixé la Constitution française ; et, à cette occasion, l'auteur de l'article demande s'il y a eu une Constitution française du temps de M. Bailly oh Con s'amusait philosophiquement à détt'uire celle que nous tenions de l'expérience de quatorze siècles.
Cette phrase n'est pas la seule susceptible de flatter les opinions des bourbonistes. Mais, indépendamment de ce sens, qui paraît être celui de tout l'article, on remarque une foule de sorties indirectes contre tous ceux qui, élevés aujourd'hui à de hautes fonctions, se sont fait connaître par leurs principes politiques en 1789. Il cite le trait d'un vieillard qui, Ie6juilleten 1789, n'avait d'autre regret en mourant que de ne pas voir la fin de la Révolution, et il ajoute : Cet homme
[5 OCTOBRE 1804] PAIUS sous L'EMPIRE 300
croyait de bonne foi que, pour rendre la tranquillité à la France, il suffisait de rassembler des orateurs et des législateurs, c'est-à dire des bavards et des philosojikes. Il observe que M. Bailly ne relaie rien au delà du 2 octobre 1789 et que, de là au 18 brumaire, un classificaleur aussi habile que M. Bailly fourrait compter terriblement de journées révolutionnaires. Il repasse ensuite succinctement les divers genres de pouvoirs qui se sont succédés dans le cours de la Révolution, pour en conclure que celle-ci a toujours marché vers un but contraire à celui qu'on s'efforçait de lui donner, et tel est le sens de tout un paragraphe de la page 59 de ce numéro du Mercure de France. De ces raisonnements généraux, M. Fiévée en revient aux opinions particulières renfermées dans l'ouvrage, et porte l'amertume de sa critique jusqu'à dire, dans un endroit que le Journal des Jacobins lui inspirerait aujourd'hui moins de dégoût que l'histoire de la mairie de M. Bailly, écrite par lui-même. Dans un auire, que telle phrase de M. Bailly est d^un enfantillage cent fois plus difjicile à tolérer que la grande colère du Père Duchesne ou la motion de Robespierre en faveur de l'Être Suprême. Ailleurs, il le fait coupable de la mort de M. Bertier. Ailleurs, il attaque les monarchistes de 1789. Ce sont eux (dit-il) qui ont conduit à iéchafaud Louis XVI, quils aimaient de bonne foi, parce qu'il était par caractère aussi peu roi qu'il soit possible de l'être. Cet écrivain ne pose pas la plume après une opinion aussi dangereuse dans ce qu'elle est que dans les conséquences quelle suppose ; il reproche plus loin à Bailly de trouver toujours d'excellentes raisons pour n'épargner aucune humiliation à Louis XVL En un mot, une foule de paradoxes, du plus mauvais esprit, soutiennent toute cette critique scandaleuse et se trouvent couronnés par cette réflexion, dont le sens donne lieu, peut-être, aux plus dangereuses interprétations : Pour moi, j'avoue qu'après avoir lu cet ouvrage, je ne conçois plus pourquoi il est à la mode de dire aujourd'hui, que nous sommes revenus aux principes de la Révolution ; nous sommes retournés bien plus en arrière, et c'est un très grand bonheur.
Relevé du nombre des bilans de faillis déposés au Tribunal du Commerce du département de la Seine, pendant les années XI et XU.
Kn l'an XI, il en a été déposé 306
Et en l'an Xll 254
Total 560
Bourse. — Les cinq pour cent ont éprouvé des variations nom-
;jOi PARIS sous L'EMPIRE [b octobre 1804J
breuses et sensibles ; le cours, qui avait paru, pendant quelques
instants, incliner fortement à la baisse, s'est un peu rétabli vers la
fin de la Bourse, et l'on pense généralement que cette petite réaction
produira incessamment une nouvelle hausse. Les actions de la
Banque se sont encore améliorées. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire
an XIII, 57 francs ; 56 fr. 90 ; 57 fr. , 56 fr. 80, 85, 90, 80. Actions de la
Banque de France : 1.127 fr. 50, 1.130 francs.
Dubois (Arch. nat., F^ 3833.J
Journaux.
Moniteur du 14 vendémiaire : Paris, le 13 vendémiaire. ...Il y a eu, le 10, chez Véry, restaurateur aux Tuileries, une réunion des membres de l'administration du Comptoir commercial ', à laquelle ont été invités les régents de la Banque. Dans le nombre des toasts qui ont été portés, on a distingué les suivants, qui ont été couverts d'applaudissements: AV Empereur des Français: u Puisse le code qu'il prépare au commerce donner à l'Empire français un éclat aussi durablequesa gloire ! » A la Banque de France: «Puisse-t-elle. toujours dirigée dans le même esprit, continuer d'offrir des ressources à l'industrie nationale! Puisse son crédit, toujours croissant, être le résultat de la prospérité du commerce ! » Au tribunal du Commerce : « Que les membres qui le composent continuent, pour le bonheur du commerce d'exercer, leurs honorables fonctions ! Puisse son respectable chef être encore longtemps l'objet de l'estime et de la vénération publiques ! » « Aux succès du Comptoir commercial, au bonheur de ses administrateurs et de ses administrés et la bonne harmonie de la Banque et du Comptoir. « A la mémoire de Pierre Jacquemart, un des fondateurs du Comptoir commercial. Puissent ses successeurs, animés de cet esprit libéral qu'il portait dans toutes les entreprises, parcourir une carrière aussi honorable que la sienne! » — Citoyen français du 14 vendémiaire : ^•^ Paris, i 3 vendémiaire. .. .Un limonadier de la place Notre-Dame a loué 100 pistoles pour le jour du couronnement un appartement dont les croisées donnent sur cette place. Beaucoup d'autres appartements ont été loués dans la même proportion. Les fêtes préparées pour cette grande époque excitent une vive curiosité et un grand intérêt »
1. Le Comptoir commercial, hôtel Jabach, rue Salnt-Médéric, était une caisse d'escompte, fondée en l'an IX, dont le but était» de faire participer aux escomptes de la Banque de France les marchands et fabricants qui, soit relativement ou par l'étendue de leurs affaires, soit eu égard à la nature de leurs elTets de commerce, presque toujours à deux signatures, ne trouveraient pas auprès de la Banque un crédit assuré ». Les directeurs étaient MM. Jac(iuemart et fils et Doucot d'Egligny. Voir l'Almanach du Commerce pour l'an XIIL p. 345.
2. C'était M. Vignon, ancien négociant, membre de la Légion d'honneur.
[6 OCTOBRE 1804] PARIS SOL'S L'EMPIRE 30i!
14 VENDÉMIAIRE AN XIII (G OCTOBRE 1804). Rapport de la préfecture de police du 15 vendémiaire.
Réunions. — On croit généralement au prochain départ de M. Lucchesini ; on dit qu'il se retire à la campagne, près Paris, en attendant l'ambassadeur qui doit le remplacer. — Le retour de S. M. l'Inipéralrice, annoncé ce malin par des salves d'artillerie, fait présumer que S. M. l'Empereur ne lardera point à arriver à Paris. — On ne parle toujours que des préparatifs pour le couronnement, dont le moment est attendu avec impatience. On s'attend à une très grande affluence d'étrangers, et Ton compte que cette circonstance ravivera le commerce et remettra beaucoup de numéraire dans la circulation. Beaucoup de personnes cherchent déjà à louer des fenêtres donnant sur les rues par lesquelles on croit que le cortège doit passer.
Exclusifs. — Dubail-Desfontaines, demeurant chez son frère, tapissier, rue de Varennes, et bien connu pour tenir au parti, disait, ces jours derniers, qu'on n'apercevait plus nulle part les anciens chefs, tels que Panis, Sergent, et beaucoup d'autres; qu'il fallait laisser aller les choses et voir quelle tournure elles pourraient prendre, mais que malheureusement trop de républicains avaient abandonné la cause de la liberté pour prendre des places, et qu'il ne fallait plus compter sur ces hommes-là. Un sieur Ysabeau, employé aux postes, et cidevant conventionnel, s'explique dans le même sens; il ajoute que tout n'est pas désespéré encore, et que les événements peuvent devenir d'un moment à l'autre favorables aux patriotes ; que, pour lui, il n'oubliera jamais ceux qui ont tergiversé ou totalement abandonné le parti, et qu'il en conserve avec soin une liste exacte.
On a découvert dans les fouilles du couvent des ci-devant capucins de la rue Saint-Honoré, des cadavres que l'on croity avoir été enfouis à l'époque du 10 août. On s'occupe de les faire enlever sans bruit et sans scandale.
Journaux. — Les feuilles politiques de ce jour n'ont donné lieu à aucune remarque importante. Une seule nouvelle, donnée par le Journal de Paris, attire l'allenlion; elle porte que le ministre balavc a reçu ordre de quitter Stockholm, mais que la Hollande ainsi que la France comptent ne faire aucune espèce d'attention aux démarches du jeune monarque suédois.
303 PARIS SOUS L'EMPIRE [7 octobre 1804]
Pont du Jardin-des-Plantes. — On espère toujours que les piles seront fondées avant l'hiver. Les travaux vont très bien, et ceux relatifs aux caissons surtout sont dans la plus grande activité
Dubois.
(Arch. nat., F', 3833.)
Ministère de la police générale, — Bulletin du 16 vendémimre.
Paris. Silualion. — On a recueilli avec le plus grand soin, pendant quelques jours, des observations exactes sur la situation réelle de Paris. Voici leur résultat. Des oisifs et mécontents répandent dans les lieux publics que jamais la misère n'a été aussi grande, qu'elle cause beaucoup de suicides, etc. En efTet, il y a de la détresse dans quelques classes, telles que des colons de Saint-Domingue, des émigrés sans état, des officiers réformés, des individus venus à Paris pour solliciter des emplois. Ces hommes, n'ayant aucune occupation, se montrent partout et voudraient généraliser leur silualion personnelle. Mais lorsqu'on pénètre dans les ménages de toute la classe laborieuse et n'ayant pour moyen de subsistance que les produits de son industrie, on voit les signes de l'aisance. L'artisan a des couverts d'argent, donne quelques objets de luxe à sa femme, vit bien. Les autres classes ci-ilessus ne forment pas la centième partie de Paris. On ne doule pas que la multitude ne porte à la cérémonie du couronnement les preuves de lu satisfaction réelle qu'elle éprouve, et n'y reçoive des idées de puissance et de respect dont l'impression sera durable
(Arch. nat., XV w, 1491.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — Les promenades de l'intérieur et de l'extérieur de Paris ont été hier très fréquentées et très brillantes ; presque tous les spectacles étaient pleins, et la plus parfaite tranquillité a régné [)artout. Le bruit s'est répandu hier d'une trêve de vingt ans, et il a produit une sensation agréable dans le commerce. Beaucoup d'ouvriers ont travaillé toute la journée. Les travaux en bâtiment vont trèn bien, et les entrepreneurs pressent vivement les ouvriers, dans la
[7 or.TOHHK 1804] PARIS sous I/EMPIHE 304
crainte que la mauvaise saison ne vienne suspendre les ouvrages.
Journaux. — La Gazelle de France se montre fidèle à l'esprit qu'elle a particulièrement adopté et qui consiste à présenter, d'une part la philosophie (dans le sens défavoruble que le rédacteur attache toujours à ce mot) comme la cause de toute démoralisation, et, de l'autre part, la religion comme l'unique remède au mal. On lit aujourd'hui dans ce journal une longue lettre signée B,, écrite ou censée écrite aux rédacteurs, dans la seule vue de justifier une pareille opinion. Suivant cet écrivain anonyme, la philosophie, dès lors qu'elle facilite le progrès des lumières, même parmi les classes les moins instruites du peuple, est préjudiciable à celles-ci au lieu de leur être utile. Elle tend à diminuer le nombre des artisans et des ouvriers et à leur donner le goût de l'indépendance et de l'insubordination. L'auteur de l'article appuie tous ses raisonnements sur cette pensée, qu'il emprunte d'un écrivain anglais : « L'alîaihlissement de la morale parmi le peuple ne saurait être attribué à l'ignorance ; il est au contraire le fruit de la propagation des lumières. » Et, en adoptant le sentiment de Pauteur anglais, le journaliste ne manque pas d'outrer les conséquences qu'il en tire, au moyen de plusieurs sorties contre la philosophie. Les autres journaux n'ont donné lien à aucune remarque importante.
Evénemenl. — Ce matin, à neuf heures, le corps du nommé Jean Russier, tambour du 18» régiment de ligne, 8* compagnie, tué en duel, a été relevé rue du faubourg Poissonnière, derrière le jardin du général Hulin. On l'a porté à la caserne, dans la même rue. On ne connaît pas son adversaire. . .
Bourse. — Il ne s'est rien fait pendant les vacances de la Bourse; aujourd'hui, les négociations n'ont pas été très nombreuses, et néanmoins le pressentiment des observateurs s'est réalisé, à l'égard des rentes : le cours s'est un peu amélioré. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIH, 56 fr. ; 60, 80, 75. Actions de la Banque de France, 1.130 francs.
Dubois.
(Aixh. nat., F^ 3333.)
Journaux.
Moniteur du IC vendémiaire : « Paris, le io vendémiaire. Sa Majesté l'Impératrice, de retour de son voyage, est arrivée cette nuit, et est descendue au palais de Sainl-Cloud. Ce matin, à la pointe du jour, le canon a annoncé son retour à la capitale. ...» — Journal des Débals du 10 vendémiaire : « Paris, 13 vendémiaire. ...M™^ Veslris, ancienne tragédienne des Français, vient
305 PARIS SOUS L^EMPIRE [8 octobre 1804]
de mourir. Elle s'était retirée du théâtre, il y a deux ans, après trente-trois ans de service... » — Gazette de France du 16 vendémiaire : « Paris, 16 vendémiaire.. . Aujourd'hui à sept heures du matin, deux salves d'artillerie ont annoncé le retoui" de S. M. l'Impératrice. Elle est arrivée à Saint-Cloud la nuit dernière. M. le maréchal Murât se rendit, hier, au-devant d'elle avec la princesse son épouse. Un détachement de cent cinquante hommes de la Garde à cheval de Paris était allé également à sa rencontre sur la route de Meaux. » — « Le retour de Sa Majesté fait aujourd'hui le sujet de toutes les conversations ; et l'intérêt qu'on y prend indique assez que les Parisiens sont, en général, moins démonstratifs que les habitants de la province ; cela vient de ce qu'ils jouissent presque toujours, sans interruption, des avantages qu'on leur dispute momentanément ailleurs avec tant d'enthousiasme et d'avidité. Il a suffi de quelques semaines d'éloignement de la cour pour les mettre à même de sentir, par la comparaison, combien cette espèce de veuvage de la capitale deviendrait triste, s'il se renouvelait souvent. Déjà on dirait que Paris a pris une physionomie plus riante. On y remarque dès aujourd'hui plus de mouvement et de vie. On s'aborde en parlant du retour de l'Impératrice, et on se demande si l'Empereur tardera beaucoup à revenir. Sur ce dernier point, on ne connaît rien de positif dans le public; mais diverses données autoriseraient à présumer que Sa Majesté Impériale prolongera son absence jusqu'au 25 de ce mois. » — « S. E. le cardinal CarabBcérès est arrivé à Paris... » — Publiciste du 16 vendémiaire : « Paris, le ta vendémiaire. . . .Le Conservatoire de musique, dans sa séance du 5 de ce mois, a voté, avec une lettre de remerciements, la médaille de membre de cet établissement à Guglielmi, célèbre compositeur romain et membre de l'Institut national de France. Cet hommage de la reconnaissance du Conservatoire envers cet artiste respectable a été déterminé par la noble générosité avec laquelle M. Guglielmi a recueilli le jeune Andrat, élève du Conservatoire et pensionnaire de la République à Rome, décédé le l^^'' fructidor dernier »
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UAI-l'UKr UE LA PRÉI^ECTlIlili DE POLICb; DU 17 VËNDÉMIAIUE.
Réunions. — On continue de répandre dans les réunions publiques et parliculières que les conférences secrètes de Mayence n'ont eu aucun résultat satisfaisant, et que l'on n'avait pu rien conclure avec les princes d'Allemagne, et que l'Angleterre allait aussi déclarer la guerre à l'Allemagne. On dit encore que l'on va prendre le pavillon blanc et la cocarde blanche.
Travaux. — Les travaux en général sont toujours dans la plus grande activité. Les modistes, les brodeurs travaillent jour et nuit. Les derniers se plaignent du peu île hénélice cpiils font sur leurs Tome l :iO
[8 OCTOUBK 1804] l'AHIS sous I, I:MIMIU-: 306
ouvrages destinés au sacre, el disent que c'i-st parce que les entreprises ont passé [)ar trop de mains, et que chacun a voulu avoir sa part de bénéfice,
Jouninux. — On remarque dans le Journal des Débats d'aujourd'liui l'extrait d'une lettre écrite par lui ecclésiastique de Paris à un habitant d'Altona. Les sentiments renfermés dans cette lettre sont très favorables au gouvernement ; on y trouve l'expression d'une vive recnimaissance envers l'Empereur pour la {)r()tection qu'il a accordée aux ministres des cultes, qui tous vivent dans la plus parfaite union. Les autres journaux n'ont donné lieu à aucune observation essenliellc.
Pout du Ja)'din-des-Plan(cs. — Les travaux de ce pont se continuent avec la même activité. On doit lancer aujourd'hui le second caisson.
Evénement. — Le sieur Seymandy, ancien chef de la comptabihté de la Compagnie des Indes, éigé de soixante-douze ans, s'est empoisonné ce matin chez lui, rue Saint-Sébastien, ii° 15. Cet homme avait peu de fortune ef mettait beaucoup à la loterie. . . •
Bow'se. — Il ne se fait que très peu d'affaires au comptant, parce que les rentes sont extrêmement rares, et les marchés pour la tin du mois prochain sont très nombreux. Les cours n'ont éprouvé aucune variation sensible ; celui des 5 0/0 a paru un peu faible, mais l'opinion générale est toujours plus à la hausse qu'à la baisse. Les obligations se bonifient. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 56 fr. 65, 75, 70. Actions de la Banque de France, 1.130 francs; 1.135 francs.
Dlbois.
(Air 11. n;il.. 1-'', :i83;).;
.loLHNALX.
Gazelle dv France du. 17 voiidémiaire; <^( Paris, 16 vendémiaire. ...M.tlarneriii vionl d'arriver à Paris, do retour du voyage qu'il a l'ait en Russie, où il olttenii les succùs les plus brillauls. A sou passage àMayonco, il a eu l'houniMUMle l'aire préseriler à Sa Majeslé un |tlan (rexpériences aérostali(|ues 1res curieuses pour les l'êtes du eouronneinonl. M. (iarneriii réclame riioiiiuMir de s'être élevé à la plus grande lunilenr où aucun mortel soit parvenu, honneur que M. (lay-Lussac avail paru vouloir lui ravir en annonçant, ces jours derniers, à l'Institut national, (|ue lui, M. (jay-Lussac, avait dépassé, dans son dernier voyage aérien, la ])lus haute région connue de l'atmosphère, 31. Garncrin prétend que c'est lui qui s'est le plus a|)proché du ciel, el qu'il s'esl élevé au-delà de 4.000 toises. Là-dessns il faut s'en ra|)porter au dire de ces messieurs, et partant accorder le |)rix d'élévation à M. Garnerin et l'acccssil à M. flay-Lussac. » — « M'"" Vesli'is, pensidunaire du Tliéàtre-Franrais, vient de
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mourir à la suite d'une maladie longue et douloureuse. Reçue à la Comédie- Franraise en 1769, elle était retirée depuis deux ans, après trente-trois ans de services. Ses obsèques ont eu lieu hier à l'église Saint-Roch, où son cercueil a été accompagné par ses camarades, par un nombreux cortège d'artistes et par toutes les personnes attachées au Théâtre-Français.,.» — Publiciste du 17 vendémiaire : « Aux rédacteurs du Publiciste. Paris, 16 vendémiaire an XIH. Si les grâces et la bienfaisance de S. M. Flmpératrice lui ont attiré tous les cœurs et concilié toutes les affections, dans le voyage qu'elle vient de faire, sa bonté touchante et sa générosité se sont déjà manifestées à son arrivée et à son passage par Paris. La voiture de Sa Majesté était précédée par un détachement de dragons de sa garde de Paris. En traversant la place de la Concorde, un cheval s'étant abattu, le dragon qui le montait reçut de fortes contusions. S. M. l'Impératrice, informée de cet accident, a eu l'attention d'envoyer son grand écuyer, M. le général d'Harville, et de lui faire remettre 360 francs pour sa guérison Je vous engage, messieurs, à faire connaître cet acte de bienfaisance ; il n'étonnera personne : depuis longtemps le fiom de l'impératrice Joséphine s'associe à toutes les idées, à tous les sentiments de bonté et de générosité. Si'5f»e ; Gauget, colonel, commandauf les dragons de la garde de Paris, officier de la Légion d'honneur. . . . »
HaI'PORT DK L.\ PHÉl'ECTUHE DE l'OLICIÎ DU 18 VENDÉMIAIHE.
Réunions^. — Malgré le secret cjui couvre toutes les o|jéralions du gouvernement, on n'en prétend pas moins, dans les salons, être au Courant des |tlus grands intérêts île l'Europe. Les uns disent que S. M. l'Empereur n'a pu rien faire, à Mayence, de tout ce qu'elle avait projeté; les autres, que ce voyage n'a eu pour objet que de visiter celle place et celles situées sur la même ligne, pour les mettre en état de défense. Ceux-ci assurent que Sa Majesté a seulement voulu se laire des ressources aux dépens de quelques petits princes d'Allemagne, et ceux-là que l'Empereur voulait connaître les dispositions des cours de Vienne et de Berlin, et que Sa Majesté revient ici avec la la même incertitude. On fait courir le bruit que Sa Majesté n'aiuie ni Paris, ni les Parisiens, et qu'elle doit transférer le siège de l'Empire à l)ij(m. (In dit qu'il y a beaucoup de mouvement dans le Sénat, relativement au rappel de M. le siMiateur Lucien Bonaparte ; que les opinions sont divisées à cet égaid ; que les uns veulent son retour, et que
1. En marge, d'uno autre main... « Joindre nu rapport que j'ai fait sur les allaircs de Polofjne. N'iina. elc. ••
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les autres désirent qu'il reste éloigné; que ces derniers auront le dessous; que le Sénat, dans sa prochaine séance, nommera MM. Jérôme et Lucien princes français; et qu'aussitôt le retour de Sa Majesté, la mèuie dignité sera conférée à M. le maréchal Murât et à MM, Beauharnais et Bacciochi. On ajoute que l'on va assurer un apanage aux frères de Sa Majesté. — Les royalistes parlent sourdement d'une nouvelle conspiration ourdie par la Suède et ses agents. — L'ex-législateur Troisœufs dit que le parti d'Orléans est toujours le plus à craindre, et qu'il n'a jamais varié dans ses plans; il a ajouté que le sénateur Lanjuinais, avec lequel il est fort lié, s'occupe peu de tout ce qui se passe, et qu'il s'estime très heureux de ce qu'on le laisse tranquille. — Un continue de répandre dans le puhlic que les troupes sont dans des dispositions très équivoques et qu'elles ont besoin d'être surveillées. On parle particulièrement de celles qui sont éloignées des yeux de Sa Majesté. Malgré tous ces bruits, la plus grande tranquillité règne constamment dans Paris. La lettre de M. l'amiral Bruix^ a produit un bon effet et a rassuré tous les esprits inquiets sur l'affaire de Boulogne.
Tribunaux. — On crie beaucoup contre les avocats; on prétend qu'ils exigent des sommes trop fortes des parties, et l'on désire des règlements qui déterminent les droits qu'ils peuvent exiger.
Lodoiska, dont il a été question au rapport du 8 de ce mois^, ajoute à ce qu'il a déjà dit que Kobilensky a logé à Cologne, à l'hôtel de la Cour impériale, pendant le séjour de S. M. l'Empereur dans cette ville, et qu'il y a vendu un cabriolet moyennant 90 louis; il dit aussi que c'est ce Russe qui a traduit pour le général Oudinot la lettre saisie sur l'officier russe qui a été fusillé à Boulogne. Lodoiska a vu aujourd'hui le prince Sapiéha, qui lui a dit que M. d'Oubril était effectivement parti de Mayence pour la Russie; que les affaires étaient plus brouillées que jamais; que lui, Sapiéha, passant pour Prussien, était sûr de ne point être inquiété en France. Lo loiska dit aussi qu'il lui est recommandé de ne rien négliger pour se faire employer dans son ancien grade en Italie, de se lier avec les générau.\, avec les employés delà sccrétairerie d'État, et surtout avec les maîtresses des généraux et des ministres. Bennigsen lui a surtout recommandé de vanter la générosité de l'empereur Alexandre. C'est à Grodno, et nun à Yilna, que Lod(jiska a dit avoir été présenté au comte de Lille.
1. c'est un rapport de l'amiral Brui.x à IKnipcreur, daté de Boulogne le 11 vcndcmiaire an XIII, et reproduil jiar tous les journaux, où il raconte Iccliec des Anglais dans leur tentative pour incendier les bâtiments de la ligne française d'cmbossage.