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309 PARIS SOUS L'EMPIRE [9 octobre 1804]
Journaux. — On lit clans le Journal du département des Bouchesdu-Bhûne du 10 vendémiaire que le gouvernement anglais a fait de nouvelles tentatives auprès du dey d'Alger pour obtenir la remise de quelques esclaves et le remboursement d'une cargaison sicilienne évaluée à 3.000 piastres ; pour préparer les voies de la négociation l'officier anglais, M. Dennely, avait été chargé de publier que la Russie et toutes les puissances du Nord s'étaient réunies à l'Angleterre contre nous, que quarante mille Français, qui avaient voulu effectuer une descente en Angleterre, avaient été pris ou tués, et que six vaisseaux de ligne français avaient été pris par les tlottes britanniques. Le courrier d'Espagne, qui arriva inopinément d'Alicante à Alger, fit reconnaître la fausseté de ces bruits. Le dey a déclaré qu'il n'écouterait aucune proposition et n'entrerait dans aucun arrangement que quand on aurait envoyé auprès de lui un chargé d'aifaires autre que M. Falcon. Les autres journaux ne sont remplis que d'articles déjà publiés officiellement par le Moniteur.
Arrestation. — La police a arrêté aujourd'hui le nommé Williams, se disant Américain, et qui s'était sauvé de Valenciennes, où il était en relations avec les prisonniers de guerre, au moment où la gendarmerie allait l'arrêter. Il est porteur, comme beaucoup d'étrangers, d'un passeport de l'ambassadeur des États-Unis pour se rendre en Hollande, lequel passeport n'a été présenté ni à la préfecture de police, ni devant aucune autorité.
Bourse. — Les négociations ont été plus nombreuses que les jours précédents, et leur résultat satisfaisant à tous égards. Le cours des o 0/0, très faible d'abord, s'est remis tout à coup, et a éprouvé une amélioration sensible. Les actions de la Banque ont encore monté avec rapidité et sont toujours demandées. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 56 fr. 50, 60, 55, 60. Actions de la Banque de France, 1.140 francs.
Dubois.
(Arrh. n,iL, I-^', .•]833.)
JOLRN.AUX.
Moniteur du 18 vendémiaire : « Paris, le il vendémiaire. ...Le conseil d'administration de la Socle lé d'encouragement recevant tous les jours une foule de lettres contenant des demandes de renseignements sur le but do cette institution, sur le mode d'admission des sociétaires, et sur les conditions qu'il impose, a cru devoir publier l'avis suivant : Les travaux de la Société d'encouragement cml)rasseiit tout ce qui intéresse l'agriculture, les manufactures elle commerce Voici les principaux moyens dont elle fait usage : <° Envoi de modèles, dessins ou descriptions des inventions nouvelles. — 2° Instruc-
['.I or.TonRK 1804] l'AllIS SdlS I/EMPIUK :\H)
tions rédigées sur les procédés utiles et très peu connus. — 3° Expériences et essais pour apprécier les nouvelles méthodes annoncées ou publiées. — 4° Récompenses, avances ou encouragements aux artistes qui les méritent par l'utilité de leurs travaux. — 5" Ptiiilication d'un bulletin distribué exclusivement aux membres de la Société, renfermant l'analyse de ses délibérations, de sa correspondance et l'annonce raisonnéo des découvertes relatives à l'industrie en France ou chez l'étranger. — 6° Distribution des prix. En un mot aucune des manières d'encouragement qui dépendent ou de l'instruction ou de secours pécuniaires n'est étrangère à la Société. Pour être admis dans la Société d'encouragement, il suffit d'être proposé par un de ses membres au Conseil d'adiuinistration et de s'engager pour une contribution annuelle de 36 francs. Le montant des souscriptions doit être adressé franc de port, soit au secrétaire de la Société, soit à M. Laroche, ancien notaire, rue Neuve-des- Petits-Champs, vis-à-vis le Trésor public. La correspondance a lieu sous le couvert de S. Exe. le ministre de l'intérieur, qui a bien voulu en donner l'autorisation. Le recouvrement, dans Paris, se fait à domicile : l'agent de la Société est chargé de cette partie. F>o local delà Société est situé rue du Bac, Hôtel de Boulogne, no 240, vis-à-vis le passage des ci-devant Jacobins. Les salles sont ouvertes tous les jours de dix à quatre heures. Les séances du Conseil d'administration ont lieu tous les i*"" et 3* mercredis du mois. Tous les sociétaires ont droit d'y assister. » — « Préfecture de police. Ordonnance concernant le placement des r/arcons épiciers, confiseurs, chocolatiers et ouvriers fabricants de bougies. Paris, 10 l'endéminire an Xlfl. Le conseiller d'État, préfet de police, chargé du 4* arrondissement de la police générale de l'Empire, vu les articles 2 et 10 de l'arrêté du 12 messidor an VIII, et l'article 13 de l'ordonnance de police du 20 pluviôse dernier, ordonne ce qui suit : art. I. Il sera établi à Paris un bureau de placement pour les garçons épiciers, confiseurs, chocolatiers et ouvriers fabricants de bougies. — II. Le sieur Cretté, demeurant rue des Lombards, no 23, division des Lombards, est nommé préposé au placement des dits garçons et ouvriers. — III, A compter de la publication de la présente ordonnance, il est défendu à toute autre personne de s'immiscer dans le placement des garçons et ouvriers des professions cidessus désignées. — IV. Il ne sera délivré de bulletin de placement à aucun garçon ou ouvrier, s'il n'est pourvu de livret. — V, La rétribution pour le placement de chaque garçon ou ouvrier est fixée à 1 fr. 50 cent. — VI. Il sera pris, envers les contrevenants aux dispositions ci-dessus, telles mesures de police administrative qu'il appartiendra, sans préjudice des poursuites à exercer contre eux par devant les tribunaux, conformément aux lois et aux règlements qui leur sont applicables. — VIL La [)résenle ordonnance sera imprimée, publiée et affichée. Les commissaires de police, l'inspecteur général de la police du 4" arrondissement de la police générale de l'Empire, les officiers de paix, l'inspecteur général des bureaux de placements des garçons et ouvriers et les autres préposés de la préfecture de police sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de tenir la main à son exécution. Le conseiller (VÉtat, préfet, sir/né : Duhois. Le secrétaire général, signé : Pus. » — Gazette de France du 18 vendémiaire : « Paris. Il vendémiaire. On croit que le nombre des dames du palais de S. M. l'Impératrice sera incessamment porté à vingt. » — « Un décret impérial règle ainsi qu'il suit le costume des présidents de collèges de département, d'arrondissement, et d'as-
:^ll PARIS SOUS L'EMPIRE |10 octorre 1804]
semblées de canton. Habit français, en velours, soie ou drap, la couleur à volonté; chapeau français, à plumet noir; la veste blanche brodée ou non brodée ; l'épée, les bas blancs et les souliers à boucle ; les cheveux longs seront poudrés et renfermés dans une bourse; les cheveux courts pourront être sans poudre »
18 VENDÉMIAIRE AN XIII (10 oGTOiiRK ISOt).
Ministère de la pouck généuale. — Bulletin du lî) vendémiaire.
...Paris. — Dupont, médecin de l'hospice du Roule, ouverlenient
royaliste. Propos
(Arch. nat., iv, 1401.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — Hier, plusieurs particuliers fort riches disaient dans une réunion qu'ils se cotiseraient volontiers de 100 louis chacun pour subvenir aux frais de la descente, et que leur exemple trouverait des imitateurs ; que la dernière tentative des Anglais était si infâme que la nation française ne pouvait en tirer une vengeance trop éclatante, et que ce n'était que dans Londres même qu'on pouvait à présent signer une trêve ou la paix. L'événement de Boulogne a excité une indignation générale. On dit que M. le sénateur Lucien Bonaparte est attendu incessamment à Paris.
Journaux. — Les feuilles publiques de ce jour n'ont donné lieu à aucune observation importante.
Pont du Jardin-cles-Plantes. — Le deuxième caisson a été lancé, hier, avec succès, à trois heures après midi. Les travaux se continuent avec la même activité, et la première assise e.st presqu'enlièrement posée dans le premier caisson,
Bourse. — La Bourse a été très belle; les affaires se multiplient, et la hausse des rentes paraît s'établir plus solidement que jamais. On entend dire de toutes paris que l'argent devient très abondant et que l'intérêt diminue sensiblement ; la bonification des obligations en est la preuve. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 5(1 IV. 70, 7.1, 80, 00, 57 francs.
DUHOIS.
(Arch. n.it., K' :iS3;!.;
[Il orroiîiiK 1804] l'AlUS S(H< I.KMIMIJK 312
19 VENDÉMlAïaE AN XIII (11 OCTOBKK 1804).
HaPPOHT de I,.\ PRF.FF.CTLTil': DE POUCE DU 20 Vi:.NDl':.\lIAIRE .
La situation de Paris est satisfaisante et la tranquillité continue de régner dans toutes les classes, et surtout parmi les ouvriers, dont quarante-sept mille huit cent cinquante ont déjà pris des livrets. — On clabaude toujours dans les salons ; on y censure tout ce que fait le gouvernement; on parle avec exagération des dépenses de l'armée et de celles du couronnement, mais ce ne sont que des propos qui ne font point d'impression sur la masse nombreuse des citoyens dévoués au gouvernement. On a même remarqué des ouvriers qui disaient que, dans pareille circonstance, le gouvernement ne pouvait trop dépenser, et que le numéraire qu'il mettait par là en circulation remonterait à sa source et rentrerait naturelk'ment dans ses coffres. Chaque jour, les travaux en général augmentent de toutes parts, et Paris offre, pour ainsi dire, l'aspect d'un seul et immense atelier. Les bâtiments, la bijouterie, l'orfèvrerie, les modes, la broderie, les étoffes de coton et de soie, les meubles de toute espèce, occupent une quantité innombrable d'individus, qui ont peine encore à suffire au travail.
Journaux. — Les feuilles politiques de ce jour n'ont donné lieu à aucune observation importante. On n'y trouve aucun article de réflexions politiques ou morales ; elles sont en presque totalité remplies d'articles officiels.
Arrestation. — La police a fait arrêter le nommé Ilugues-llouuré- Justin Bellier, natif d'Amiens, émigré, rentré sans autorisation et ayant servi dans l'armée de Condé...
Bourse. — Le cours des cinq pour cent n'a éprouvé qu'une très
légère amélioration, que l'on regarde néanmoins comme un grand
avantage, parce que l'on avait craint un peu de baisse, motivée sur la
connaissance que l'on a eue d'un décret qui ordonne la liquidation de
deux millions environ de rentes sur la Belgique. Les actions de la
Banque montent de plus en plus; un nouveau motif concourt, dit-on,
à cette élévation rapide; on assure que des succursales vont être éla-
Idies dans divers déparlements. — 5 0;(), jouissance de vendémiaire
an XIll, 57 fr. 50, 95; 57 fr., 57 fr. 05, 15 c.
Dubois.
(Arch. nat.. F'. 3S33.)
313 PARIS SOLS L'EMPIllE [12 octobre 1804]
Journaux.
Moniteur du 20 vendémiaire ; « Paris, te 19 vendémiaire. ...Aujourd'hui jeudi, à deux heures et demie après-midi, S.A. Impériale M'"'' la princesse Louis est heureusement accouchée d'un prince... » — Gazette de France du 20 vendémiaire : « Paris, 19 vendémiaire. ...Les gazelles américaines parlent souvent de l'épouse de M. Jérôme Bonaparte. Il est possible que M. Jérôme Bonaparte, jeune homme qui n'a pas encore vingt ans, ait une maîtresse, mais il n'est pas probable qu'il ait une femme, puisque les lois de France sont telles qu'un jeune homme mineur de vingt ans, et même de vingtcinq ans, ne peut se marier sans le consentement de ses parents, et sans avoir rempli en France les formalités prescrites. Or, M. Jérôme Bona|)arle est né en décembre 1784, et il y a déjà plus d'une année que les papiers américains le donnent pour marié. .. » — Journal des Dames et des Modes du 20 vendémiaire: <( Paris, ce 19 vendémiaire. ...Tout esta l'antique chez une petite maîtresse moderne, depuis ses tabourets jusqu'à sa veilleuse. Si par hasard une élégante joue de quelque instrument, elle se gardera bien d'avoir une épinette, une guitare, un clavecin ; fi donc 1 un piano, une harpe sont presque trop récents : il faut absolument avoir une harpe en forme de lyre, et au lieu de guitare un luth »
CXLY
.MlNISlliUI-: DE LA POLICE GÉNÉRALE. — BuLLETLN DU 21 VENDÉMIAIRE.
Achille Biget. — Un ancien chef de Chouans, Achille Biget, d'Angoulême, fut arrêté à l'époque du 3 nivôse. Il offrit des révélations, et, par ordre du ministre, il fut traduit à P;iris. Il donna quelques renseignements peu iritéressants. En brumaire an X, il fut mis en liberté et envoyé à Rennes, sous Ja surveillance du préfet, auquel il promit d'être utile. Il lui a effectivement donné quelques notes importantes. C'est par lui qu'on a su notamment que Roger, l'un des conspirateurs, avait passé à Rennes, que Datry et Hervé l'avaient suivi à Paris. Le préfet avait été autorisé par le ministre à lui accorder un traitement pour sa subsistance. Depuis quelques mois il était devenu inutile et n'avait plus de nouveaux documents à fournir sur ce parti. Le traitement lui avait été retiré. Depuis, il a imaginé de proposer au firéfet de rechercher si les exagérés ne méditaient pas quelque projet contre le gouvernement. Le préfet lui a répondu qu'il serait bon d'observer ceux qui pourraient par.iîlre ';nsn<'i'(", mais sans snirircsliotis.
[12 onoBRF 1804' PAHIS SOIS I.RMIMMK :<I4
Le pi'éfel cl le général Laijorde ont adn-ssé au ministre de longs rapports sur ce qui a suivi. Les f;»ils se réduisent à peu de mots. Ln fructidor, Biget s'est rendu cliez le nommé Faure, révolutionnaire cxallé, et lui a fait des proposition^ tendant à un complot contre le gouvernement. Faure a feint de s'y prêter pour le dénoncer. Il les a communifpiées à un nommé Le Halper, de son parti. Ils ont engagé d'autres entrevues avec Biget, auxquelles ils ont admis un troisième, prêtre marié, nommé Duroy. Les propositions étaient de réunir les jacobins et les royalistes, de former une commission intermédiaire, de faire une adresse pour le rappel des Bourlions, etc. Duroy a dtmné avisau général Laliordc de tout ce qui se passait dans ces conférences, et n'a cependant présenlé comme coupables que Bigel et Faure, distinguant son ami Le Hal|)er qui l'avait initié dans le complot. Il a ajouté que Biget les avait assurés qu'il ne craignait ni les recherches du préfet, ni celles de la gendarmerie. Biget n'a fait aucune déclaralion au préfet. S'il a eu l'intention d'en faire, il a été prévenu par celle de Duroy. Le général a fait arrêter Biget et Faure sans en prévenir le préfet. Il a chargé le commandant de la gendarmerie des arrestations et de l'instruction. Dans un rapport, le général présente le complot comme 1res réel et tendant au rappel des BourI)ons. Le préfet n'y voit au contraire qu'une intrigue pour obtenir des récompenses pécuniaires. Il pense que ce n'est qu'une suite de la proposition que Bigel lui avait faite de rechercher les révolutionnaires qui tenteraient quelque projet, et que Duroy et Le Halper en ont prolilé pour se procurer eux-mêmes la récompense que Biget espérait. Il est constant que Biget n'a plus la confiance des anciens Chouans et qu'ils le croient un espion payé par la police. . . (Arch. nat., AF iv, 1491.)
Rapport dk la préfecturk de police du même jour.
Le sieur Épaud, propriétaire el maire de la commune de (liroiuird, arronriissement des Sables, département de la Vendée, s'est présenté aujourd'hui k la préfecture de police, et a déclaré que son voyage avait pour motif la révélation d'iui complot dont il avait connaissance*. Il u dit que, dans la journée du 10 de ce mois, deux individus bien mis s'étaient présentés chez lui pour faire viser leurs passeports, cpi'ayant voulu lt;s examiner, les particuliers s'y opposèrent et
1. Kn iii.u'(.'o, d'une ;uifrp m.iin ; •■ Ki-rire, d'npn'^s rps renseignements, à M. le premier inspecteur général de la gendarmerie.» — <■ Preiulre cslruit de ce rapport, le joindre à la minute de la lettre, et classer ce rapport avec les autres. »« Fait. »
315 PAUIS SOUS I/E^IPIIŒ 12 octourf. 1804]
exigèrent qu'il les visât sans voir les noms. Sur son refus, on lui mit le pistolet sur la gorge ; il feignit d'y consentir, et se retira flans une pièce voisine, sous prétexte d'aller chercher son écritoire, mais qu'il s'échappa par une porte de derrit're et ne rentra chez lui que lorsqu'il vit de loin deux hommes remonter à cheval et prendre la route des Sables; que, vers le soir, il vit passer douze ou quinze personnes à cheval, marchant par deux et par trois, prendre la route d'un bois peu distant de la commune; que, voulant s'assurer si ce n'était pas une réunion de malfaiteurs, il s'\' rendit à la nuit fermée avec trois journaliers ; que, vers le milieu du bois, ils aperçurent de la lumière, une espèce de tente et distinguèrent une trentaine de personnes; que les trois journaliers, ayant eu peur, s'en retournèrent; que, pour lui, il s'avança au bas bruit, au milieu des fougères, et approcha assez près pour entendre ce qui se disait ; que les individus, composant cette réunion, se traitaient de comte, de baron, mais sans ajouter aucun nom de famille. On parla de lettres récemment arrivées de Paris, annonçant qu'on pouvait être sûr de la réussite du complot; que le sacre n'aurait pas lieu ; qu'on s'embarquerait dans trois ou quatre endroits, et qu'on ferait un feu d'enfer. Ces hommes dirent encore qu'ils avaient encore du monde sûr à Bordeaux, à Nantes, comme à Paris; que les fonds ne manqueraient pas et qu'ils avaient déjà trois ou quatre millions à leur disposition. Le maire de Girouard ajoute que, vers une heure du matin, un voyageur égaré vint demander son chemin à ces hommes; qu'on lui répondit : « Sans doute, lu as entendu ce que nous disions w, et que, malgré l'assurance qu'il flonnait du contraire, on appela un domestique, qui amena ce voyageur à peu de distance, d'où quelques cris échappés firent présumer qu'on l'assassinait. Le maire se rendit en effet sur la place le lendemain; il ne trouva point le cadavre, mais il y avait du sang par terre. Vers les cinq heures du matin, la société pensa à se séparer. On chargea l'un d'eux, qu'on appelait M. le comte, d'écrire à deux ou trois personnes à Paris, et l'on se sépara en se disant : " Nous nous entendrons bien, nous n'avons plus besoin de nous réunir. >> Le maire finit par déclarer qu'il a reconnu, dans la réunion, l'un des deux individus qui étaient venus chez lui dans l'après-midi pour leurs passeports ; qu'il a entendu citer dans la réunion les noms de quelques endroits de Paris où l'on devait s'embusquer, mais qu'il lui est impossible de s'en souvenir. Il I a rendu compte du tout au conseil municipal de sa commune, qui l'a engagé à venir à Paris faire sa déclaration *...
i. A ce rapport sont joints : 1° un procès-vcrhal de la (l('<-4aration lU- Jean Épnud ; 2" deux lettres du même, à Fouché.
[12 OCTOBRE 1804] PARIS SOUS I/EMPIRE :tlC
Réunions. — On «lit que M. le maréchal Aiigeroau a reçu l'ordre de se rendre pou? troi« jour? à la division de Brest. — Un disait hier, tout ba«,(|ne M. le maréchal Masséna i=e relirait. — On s'attend que la descente en Angleterre aura lieu avant le couronnement. — On continue de dire que le Pape ne viendra point à Pari?, et que les puissances étrangères le menacent de rompre avec lui, s'il quitte Home. — Le supplément de patente de 50 francs, demanrié aux déhitanls de tah.ic, lait crier les petits buralistes, qui n'ont que peu de débit, et point d'autre état.
Speclnrles . — Hier, au Théâtre-Français, on a beaucoup ap|daudi dans Phrdre, les vers suivants:
Partons, et, quelque prix qu'il en puisse coûter, Mettons le sceptre aux mains dignes de le porter.
Et dans un autre endroit :
Détestables tlalteurs, présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la colère céleste.
Bourse. — Les marchés à terme se multiplient extraordinairement, et la grande rareté des rentes au comptant est un des principaux motifs de la hausse, qui va toujours croissant. Les actions de la Banque s'élèvent de 10 francs à chaque Bourse ; il n'y a pas d'exemple d'un pareil élan, — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 57 fr. 15, 50, 40, 45, 50. Actions de la Banque de France, 1.155 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3833.)
Journaux.
Moniteur du 21 vendémiaire : « Paris, le 20 vendémiaire. . ..S. M. l'Empereur est arrivé aujourd'hui, à minuit, au palais de Saint-Cloud. » — Gazette de France du 21 vendémiaire: « Paris, 20 vendémiaire. ...Nous sommes à peine à l'entrée de Phivcr, et déjà les bals ouvrent rlo toutes parts ; les programmes courent la capitale, tout Paris en est inondé, .\os jeunes ?;cns, nos jeunes demoiselles auront de quoi s'exercer, et ne perdront pas le fruit de l'éducation de l'hiver dernier. Plusieurs locaux se disposent avec luxe cl prennent des noms pompeux. Ici, c'est le bal du Commerce ; vis-à-vis, le liai du Lycée ; là-bas, le bal de Famille; plus loin le bal des Artistes. Enfin, à en juf^er par le nombre des établissements projetés, jamais on aura tant dansé à Paris que celle année. » — « La mode est en sens inverse pour les cabriolets el les voitures : on fait les voitures très hautes et les cabriolets plus bas que jamais. La mode veut que le cabriolet d'un petit
317 PARIS SOLS LEMPIRE [13 octobre 1804]
maître', que sa petite caisse bleue louche à terre, et que ses roues amaranthes n'aient pas deux pieds d'élévation. Ainsi enfoncé dans son carrick, d'oîi il sort à peine la tête, et son petit fouet à la main, un élégant du jour, a l'air de ces enfants au maillot qu'on promène dans un berceau à roulettes »
CXLYI
21 VE.NUKMIAUIE AN XIII 13 OCTOBRE 1804). Rapport de la PRÉFiicruKE de police du 22 vendémiaire.
Réunions. — .M. Ville, peialre, demeurant quai Je la Vallée, dit que M. de Sandoz lui a assuré que les puissances étrangères se tenaient sur la plus grande réserve ; que les ambassadeurs avaient de nouveaux, ordres d'examiner avec plus de soin que jamais tous les mouvements du gouvernement français ; il a ajouté que ces mêmes ambassadeurs se plaignaient de ce qu'on n'avait pas pour eux tous les égards qu'ils prétendent être dus à leur caractère. — M. Torreins, frère d'un sénateur suisse, demeurant ruade Turenne, dit que le gouvernement français n'est pas aimé dans son pays, et que, selon les apparences, on aura peine à cumpléter les régiments qui doivent entrer au service de France.
Exclusifs. — Quelques hommes de ce parti recommencent à se réunir, mais en petit nombre, rue du Bout-du-Monde, n" 143, au café de la rue Bethiz}-, chez le marchand de vin de la rue du Haut-Moulin, et dans quelques autres endroits. On remarque particulièrement parmi eux les nommés Gomard, lapidaire; Frédéric Bollier; Osnet, rentier; Violette, maître cordonnier; Loison, marchand de vin et plusieurs autres non moins connus dans la démagogie. L'un d'eux voulait, hier, chanter la Marseillaise^ mais les autres l'ont obligé de se taire. On a remarqué quelques royalistes marquants qui cherchent à se rapprocher des exclusifs, et notamment un sieur Thierry, ancien olRcier aux Gardes françaises, Tex-vicomte de Bérenger, le fils du ci-devant duc de Duras, et l'ex-vicomte de la Roche Aymond. On ne les perd pas de vue.
Tliéàlres. — On a donné hier, au Théâtre Louvois, la première représentation d'une comédie en trois actes et en prose, sous le titre de Sully et Boisrosé. Cette pièce, dont le sujet était pris dans les
mémoires de Sully, n'a obtenu aucun succès. La manière défectueuse
1 Cette plirase incomplète est textuelle.
[14 ociOBUE 1804] l'AIWS sors L'EMPIKK 318
dont les caractères étaient traités, les vices ilu jjlan même de l'ouvrage et la faiblesse du style, ont décidé la chute de l'ouvrage '. Cette chute, du reste, n"a nui .uicunemcnt à la Iranquillité du spectacle. — Hier, au Théâtre-Français, on a applaudi vivement, dans Nanine, tous les passages en l'honneur des militaiies. Au Théâtre de la Porte- Saint-Marlin, toutes les tirades contre les Anglais ont été applaudies avec enthousiasme.
Journaux. — Les journaux de ce jour n'ont donné lieu à aucune observation importante.
Dubois.
(Arch. ii.U., V, 3833.)
JOLR.NALX.
Journal des Débats du 22 vondôniiairo : <( Paris, 21 vendémiaire. ...Il résulte d'un rai)port de MM. Conté, Monlgolfier et Molard, commissaires nommés par le minislrc de l'intérieur pour examiner les vélocit'ères, que ces nouvelles voitures sont construites avec soin, et d'après les meilleurs principes ; que leur solidité est bien proportionnée à la charge qu'elles doivent porter ; qu'elles no sont pas sujettes à verser, tant à cause de la largeur de la voie, que par la position de la caisse, qui, placée dans le brancard, rapproche de terre le centre de gravité ; que, dans le cas où cet accident arriverait, la caisse tombant d'une médiocre hauteur, sa chute serait moins dangereuse pour les voyageurs que celle des caisses placées au-dessus des brancards. Les commissaires ont remarqué, en outre, que les ressorts ne sont pas exposés à se rompre, parce qu'ils sont soutenus par des supports ar(|iiés, au moment qu'ils éprouvent une pression tro|) l'orte occasionnée par le cahot de la voiture ou par une charge.., » — Bulletin politique et fjénéral de l' Europe du 22 vendémaire : « Paris, le 21 vendémiaire. On dit que les principales cours de l'Europe ont été prévenues officiellement de la résolution du souverain pontife de se rendre à Paris, et on ajoute qu'il logera aux Tuileries, dans le pavillon de Flore »
'l-l VK.NDKMIAllil-: A.\ Mil (1 4 UCTUBUE 1804.
Mi.Msri;iii': ni; i..\ vitiAv.E ui:m:i<.\i.i;. — Hulleti.n nu 'i'd vi:.M>i;.\n.\iKb;.
liarras. — Le général (Jouvion marque au minisire que l'ex-direcleur Harras est arrivé à sa campagne de Fox-Amphoux (Var), accompagné de son aide de camp Avy et de deux domestiques. On annonce
1. Nous no conn.'iis.^Dns pas lo nom de l'auteur. I.e Courrier des Spectacles ne le donne p.is. mai.^ il ilil (pir ((.■tic pièce c>.| rnuvre d'un Imninie du momie.
319 PAIilS SOUS L'EMPIRE [14 octobre 1804]
qu'il y passera deux ou trois mois. Il a reçu peu lie visites. On le surveille avec circonspection
(Arch. nat., AF iv, 1491.
Uai'port de la préfectl'ke de police du même jour.
Réunions. — Comme rien ne transpire dans le public des dispositions relatives aux fêtes du 18 brumaire, on en conclut qu'elles sont retardées. — On croit à la possibilité de la paix ; on dit que Pitt se retirera du ministère pour en laisser signer les préliminaires avant l'époque du couroruiement de S. M. l'Empereur. Ce bruit est très accrédité. — On continue de répandre que la Russie, la Suède, le Danemark, l'Angleterre et la Turquie ont reconnu Louis XVIII, et que ce dernier s'est fait sacrer et couronner roi de France et de Navarre. — Les spectacles ont été hier extraordinairement fréquentés. L'ordre et la tranquillité ont été maintenus partout.
Jowmaux. — Des différentes nouvelles données aujourd'hui par les journaux, une seule, extraite du Journal de Ligurie, a paru pouvoir attirer plus particulièrement rattenlion. Elle est ainsi conçue: « Aujourd'hui, 22 octobre, est passé par Turin M. Glary, beau-frère du prince Joseph, allant en toute diligence à Rome, et, le 24, est passé par la même ville le général Cafarelli. Ce dernier a des dépèches de la plus grande importance à présenter au Pape, partout où il le trouvera, si déjà Sa Sainteté était partie de Rome. »
Bourse. — Le mouvement des négociations s'anime de plus en plus, et l'élévation des cours en est toujours le résultat. Les 5 0/0 avaient éprouvé, mais momentanément, un peu de faiblesse ; on a cherché à en connaître le motif, et l'on a appris que quelques personnes avaient répandu sourdement que le couronnement de l'Empereur était remis au 30 du mois prochain. Ce bruit, que l'on avait attribué précédemment aux joueurs à la Baisse et qui avait été formellement déuienti n'a pas obtenu plus de succès aujourd'hui, et la hausse paraît plus assurée que jamais. — 5 0/0, jouissance de vemlémiaire an XIII, 57 fr. 80, 85, 75, 85. .actions de la Biuitjue de France, 1.105 francs, 1.107 francs, 1 . 105 Irancs.
Uuiiois.
(Arch. nat., V' 3833.)
Journaux.
Citoijen français du 23 vendémiaire: « Paris, 22 vendémiaire. ...M. Génissicu, ex-conventionnel, qui fut un moment ministre de la justice, et depuis membre de la cour d'appel de Paris, est mort depuis quelques jours, des suites d'une maladie clironique »
[IB OCTOBRE 18041 Ï'AHIS SOUS L'EMPIUE 320
^23 VK.NDKMIAllU': AN Mil 15 OCTOBUK IHOi;.
KaI'I'OHT Dli LA l'HliFtCTURE DU 24 VENDÉMIAIRE.
lîéuinons. — On continue d'assurer que S. M. rEmpereur va retourner incessamment à Boulogne. Un officier, nouvellement arrivé de cette ville, rapporte que les généraux Bruix et Soult s'attendaient à voir éclore, de la part des Anglais, un nouvel incendie par le moyen d'un feu grégeois. — On rapporte qu'il existe dans ce moment, à Bordeaux, un espion anglais de la première classe ; il se nomme llerway ; il a des papiers précieux entre les mains. Cet homme fait de temps en temps des voyages sur les côtes de France et à Paris. On surveille ici son arrivée. — Un Grec, nommé Constant Papas Jouglou, est logé à Paris, rue de Seine, hôtel de Picardie. Il reçoit chez lui plusieurs de ses compatriotes, et notamment un nommé Emmanuel, attaché à l'ambassadeur ottoman. Celui-ci s'est permis, ces jours derniers, des sorties très indécentes contre le gouvernement français. On surveille ces réunions. — On répandait, hier soir, le bruit que l'ex-général Moreau était attaqué de la fièvre épidémique qui règne en Espagne; quelques personnes le disaient mort. Le sieur Fournier, officier réformé, demeurant Notre-Dame-des-Champs, répand que tous les militaires réformés, qui n'ont pas voté pour l'hérédité, vont recevoir l'ordre de quitter Paris. Il ajoute que beaucoup do ces officiers sont à Fontainebleau, et que, d'après le peu d'attachement qu'ils montrent pour le gouvernement, ils méritent d'être surveillés de près ' .
Un sieur Mitouflet, associé de La Farge, répand que les financiers ne cessent de se plaindre de la manière dont la Banque de France effectue ses payements, à cause de la quantité qu'on y glisse de mauvaises pièces ou de pièces qui ne doivent plus circuler.
Le sieur Le Coinlre, de Versailles, avait, au-dessus de sa maison de Sèvres, un grand bonnet rouge, qui servait de girouette ; il vient de le faire repeindre et remettre à neuf. Le conseiller d'État, préfet de police, a donné do suite les ordres nécessaires pour le faire tlisparaitre.
On a découvert (jue le Russe Kobylonsky, signalé par Lodoiska, au
1. Kn marge, d'une autre main : « Donner une note à l'inspecteur général, qui prentira des rcnseignemenls. ■■ <■ Note faile à l'inspecteur général. 2.'i vendémiaire. ')
321 PARIS SOUS L'EMPIRE [1^ octobre 1804]
rapport du 8 de ce mois *, comme ayant mission de suivre tous les pas de S. M. l'Empereur, et qui ne s'était pas présenté à la police, avait logé à l'hôtel du Levant, rue Croix-des-Petits-Champs ; que le logeur ne l'avait point porté sur ses registres ; et qu'il avait laissé de confiance un panier plein d'effets dans cette maison garnie. On a trouvé dans ces effets beaucoup de papiers polonais, de l'examen desquels on s'occupe.
Journaux. — Les nouvelles de l'Allemagne, rapportées par le Bulletin politique, continuent à présenter comme probables quelques échanges de territoires ; d'un côté, Ilatisbonne appartiendrait à l'Électeur de Bavière, qui donnerait à l'Électeur archi-chancelier Constance et son territoire ; d'un autre côté, la partie de Félectorat de Hanovre située dans la Basse-Saxe passerait sous la domination du roi de Prusse. Dans le même journal, se lit sous la rubrique de Francfort, l'article ci-après, conçu assez mystérieusement : « On parle du diverses affaires très importantes, que plusieurs de nos premières maisons de commerce font actuellement avec un grand gouvernement, et dont elles espèrent retirer un avantage considérable. » La Gazette de France, qui, quant à la politique, est toujours dans un assez bon esprit, ne modifie du reste nullement ses opinions antiphilosophiques. Une prétendue lettre, insérée aujourd'hui dans cette feuille, est remplie de critiques amères de cette philosophie, à laquelle les rédacteurs attachent le sens d'irréligion, d'athéisme, etc. Ils annoncent même par ironie que, comme on n'a pas encore répondu au Génie du Christianisme, il doit paraître incessamment un ouvrage en quatre gros volumes, qui sera intitulé le Génie de la Philosophie. Les autres journaux ne contiennent rien qui excite particulièrement l'intérêt.. .
Bourse. — La Bourse n'a pas été à beaucoup près aussi satisfaisante
que les précédentes; dès l'ouverture du parquet, les offres de ventes
se sont multipliées au point de faire craindre une baisse assez forte ;
mais le cours s'est un peu rétabli au moment de la clôture. L'opinion
générale attribue ce mouvement rétrograde aux efforts des joueurs à
la baisse, qui mettent tout en œuvre pour obtenir une réaction qui
leur convienne. Les courtiers de commerce se plaignent toujours de
l'oisiveté des spéculateurs. Les transactions les plus nombreuses sont
celles des eaux-de-vie, dont le cours vient d'éprouver une forte baisse,
(|ui n'est point encore en sûreté. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire
an XIII, 57 fr. 55, 40, 35, 30, 50.
Dubois.
(Arcli. nul., F', :iN3:i.)