Le général Taociit; : V. innée ft^nçaise eu
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créer de toutes pièces des armées nouvelles. On fouille les dépôts d'hommes, on sonde les dépôts d'anoaes. Épuisés les uns, gaspillés les autres. N'importe. On forgera des fusils et Ton improvisera des soldats. Ne vient-on pas d'improviser des ministres? Et n'applaudi t-on pas frénétiquement au premier acte dç celui de ces ministres que la volonté de ses collègues a investi de la tâche la plus délicate en le chargeant do présider à nos relations avec les autres puissances?-
Dès le 6 septembre, en effet, vingt-quatre heiii*es àpeine après avoir pris possession de ses bureaux, le nouveau secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, M. Jules Favre, a expédié à tous nos représentants en Europe la circulaire destinée à acquérir un si rapide et si triste renom. Au cours de cette circulaire, après avoir nettement séparé la c^use de la république de la cause de Tempire, te ministre ajoute :
« Le roi de Prusse veut-il continuer une guen^e impie qui lui sera au moins aussi fatale qu'à nous?
« Faut-il donner au monde du xix" siècle ce cruel spectacle de deux nations qui s'entre-détruisent, et qui, oublieuses de Thumanilé. de la raison, de la science, accumulent les ruines et les cadavres?
« Libre à lui : qu'il assume cette responsabilité devant le monde et devant l'histoire !
« Si c'est un défi, nous l'acceptons.
« Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses.
tt Une paix honteuse serait une guerre d'extermination à courte échéance. »
Fières paroles, et phrases imprudentes. Le vaincu adressait par toutes les voies de la publicité européenne son tiliimatum au vainqueur! Se liant par des engage*
ments que 1 avenir n'allait pas tarder à taxer de téméraires, il rejetait par avance toute tentative de médiatioti' qui n'adopterait pour base l'intégrité absolue du sol. Quelle fortune pour la Prusse conquérante que cet orgueilleux défi, où, devant ses serres avides, s'isolait un adversaire moriboild !
Et cependant, jamais pièce gouvernementale ne traduisit mieux les sentiments d'un peuple ! Jamais document n'inspira semblable cnlbousiasme. Paris, en particulier, Taccueillitavec exaltation. Ah! si l'art de gouverner consiste uniquement à se placer, comme un miroir, en face de l'opinion, en aucun temps l'opinion n'eut un reflet plus fidèle. Une faute lourde, si Ton veut, que cette circulaire du 6 septembre, mais une faute commise sous la pression de tous ceux dont elle allait faire des victimes. Une faute, soit ; mais jamais faute ne réunit plus de complices.
<( Ni un pouce do notre territoire, ni une piefre de nos forteresses, » apparaît comme la formule lumineuse du devoir national. Les stupeurs se dissipent, la confiance renaît, l'élan se propage. Dans la ^plupart des chefs-lieux s'instituent des comités de défense ou d'armement. L'effort individuel se superpose k l'effort collectif. Sur les lignes dés chemins de fer, une incessante succession de trains fait converger vers la grande cité canons, affûts, munitions, vivres. .
De l'Hôtel de Ville, où le gouvernement s'est établi en permanence, les ordres se succèdent et s'éparpillent. Peut-être, dans ce Ilot de télégrammes, un observateur chagrin découvrirait-il parfois quelques contradictions ; mais l'esprit public n'est ni à l'analyse, ni à la critique. Au milieu des préoccupations auxquelles si peu étaient préparés, les nouveaux gouvernants ont au moins su
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trouver un moi : leur nom. Ils sont le gouvernement de la Défknsk nationale. Un beau titre. Puissent-ils ne point le démentir! Leur tâche, en somme, ne dépassera pas reffort dont ils sont capables, s'ils réussissent, tandis qu'il en est temps encore, à associer devant le monde la France tout entière à Tœuvre eatreprise. Appelés k Thonneur et au péril en un jour de fièvre, il leur appartient d'appeler au péril et à Thonneur d'autres mandataires librement élus par le peuple. Ils le savent. Le sentent-ils? Oui, sans doute : le 8 septembre, une proclamation et un décret romient la nation à élire une nssemblée souveraine :
Français,
En proclamant il y a quatre jours le gouvernement de la Défense nationale, nous avons nous-mêmes défini notre mission.
Le pouvoir gisait à terre : ce qui avait* commencé par un attentat finissait par une désertion. Nous n'avons fait que ressaisir le gouvernail échappé à des mains impuissantes.
Mais l'Europe a besoin qu'on Téclaire. Il faut qu'elle connaisse par d'irrécusables témoignages que le pays tout entier est avec nous. Il faut que l'envahisseur rendontre sur sa roufe non seulement l'obstacle d'une ville immense résolue à périr plutôt que de se rendre, mais un peuple entier, debout, organisé, représenté, une Assemblée enfin qui puisse porter en tous lieux, et en dépit de tous les désastres, l'âme vivante de la Patrie.
En conséquence,
Le gouvernement de la Défense nationale décrète :
Article premier. — Los collèges électoraux sont convoqués pour le dimanche 16 octobre, à l'cfTet d'élire une Assemblée nationale constituante.
Art. 2. — Les élections auront lieu au scrutin de liste, conformément à la loi du 15 mars 1849.
Art. 3. — Le nombre des membres de l'Assemblée constituante sera de sept cent cinquante.
Pourquoi le 16 octobre? Pourquoi cotte date lointaine? Pourquoi ce délai que les événements transformeront à leur gré ? Espère-t-on, par hasard, que le Prussien, d'ici là, ,arrétera généreusement la progi'cssion de ses colonnes? On le croirait presque, k en juger par la candeur avec laquelle le ministre des affaires étrangères s'efforce d'entamer des négociations d armistice et de paix. On renonce à toute espèce de conjecture lorsqu'en regard on place cette circonstance que M. Jules Favre, inquiet de l'appréciation de collègues qu'il estime trop surexcités, s'ouvre de ses desseins à un seul d'entre eux, et sous forme confidentielle'.
Toujours est-il que, proclamation et décret à peine lancés, le vice-président du gouvernement de la Défense nationale s'abouche, par Tintermédiairc de l'ambassadeur d'Autriche-IIongrie, le prince de Metternich, avec l'ambassadeur d'Angleterre, lord Lyons ; réclame les bons offices do celui-ci pour transmettre au prince do Bismarck des ouvertures... Trois jours après avoir brûlé ses vaiss^îaux dans les déclarations entlammées du 6 septembre, le ministre français fait tenir au chancelier prussien cette demande :
« Veut-on entrer en pourparlers pour arriver à un armistice et à une conférence sur les conditions de la paix; et avec qui entend-on engager cette conversation? ;>
L'homme d'Etat de l'Allemagne sait à merveille à quoi s'en tenir sur ses intentions propres. Néanmoins il réclame le droit de réfléchir. Oh! un petit nombre d'heures : trois ou quatre jours seulement! Le temps, sans doute, de s'assurer que l'Europe saura, indifférente, assister à notre ruine. Sa réponse, annonce-t-il, pourra se produire
i. J. Valfrey, Histoire de la diplomatie du gouvernement de la Défense nationale.
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vers le 13. — Le 13, retenons bien cette date. Nous y verrons éclater, avec les preuves de la rouerie que la Prusse ne dédaigne pas de mettre au service de sa force, la justification de la partie suprême où le pays, contre son existence, va jouer son honneur.
A Paris et autour de Paris, les préparatifs se poursuivent. Des corps francs s'organisent. On rallie le long des voies ferrées tout ce qui, dans la garde mobile, a pu recevoir un uniforme et un fusil. Bientôt on rallie même ce qui ne possède ni fusil ni unifonne. On arme les forts. On reconstitue le matériel qui fait défaut, en empruntant à la marine ses pièces de gros calibre. Dans tous les ateliers de l'Etat, on force le travail. Partout où il y a des fourneaux, du bronze et de Tacier, Ton chauffe, Ton fond et l'on forge.
Dans l'immense catastrophe où s'est engloutie la fortune de la France, quelques épaves ont surnagé. Paris les recueille. Décidée à tenir jusqu'à ce que le pays la délivre, la capitale concentre ce qui subsiste encore de forces à peu près organisées : réservistes retardataires ou renforts arrêtés à temps.
Quelques régiments, formant le corps d'armée du général Vinoy, ont échappé au dernier désastre. De Mézières, de Soissons, de Laon, ces régiments nous parviennent, traqués de près par l'ennemi .
A Laon, 15,000 hommes d'infanterie, 10 batteries d'artillerie couronnent les plateaux élevés qui dominent la ville, lorsque les éclaireurs prussiens se montrent dan^ la plaine.
L'occasion de vaincre se présenterait-elle enfin? Le nombre, ce terrible auxiliaire des envahisseurs, nous laisserait-il, pour une fois, luttera chances égales ? Qui sait?
La première revanche est peut-être lu, sur ces coteauxi Les soldats français brûlent de s(? mesurer avec rennemi. . . Impossible! Paris les appelle.
: Les faisceaux sont rompus ; les baïonnettes rentrent dans les fourreaux; les .courroies sont bridées sous les sacs. La colonne se forme. En route !
^ Le lendemain, ce sera au tour de rartillerie.
Ces dix batteries, Paris les réclame.
En un clin d*œil, les câbles s'accrochent aux flancs des attelages, les ailillcurs escaladent les caissons ou sautent en selle. Les tentes ployées se tordent sur la croupe des chevaux, et le cri : En avant! retentit au moment même où les premiers bataillons prussiens sont signalés en arrière.
Retoumera-t-on les pièces contre eux ? Ilélas ! rartillerie seule, et sans Tappui d'une autre arme, est impuissante; tenter de combattre, ce serait livrer les canons.
Ce qu il faut au contraire, c'est les sauver, les ramener coûte que coûte. Et les artilleurs excitent les chevaux, et les lourdes roues ébranlent le sol; la route se crevasse sous leur poids et leurs ressauts ; un galop infernal commence et ne discontinue pas. La pluie tombe à grosses gouttes, puis en lignes serrées, puis obscurcit tout le ciel. Les batteries galopent toujours vers Paris. Touttî une nuit se passe sur ce chemin qu'il faut dévoiler sans un repos, sans une halte, sans une minute d'arrêt.
A six heures du matin, le train entier franchit les portes, aux acclamations des Parisiens.
Soixante bouches à feu sont sauvées.
, En même temps que ses arsenaux se remplissent, que ses mngasins se garnissent d'approvisionnements, Paris voit chacune de ses maisons se transformer en caserne», tandis que chacun de ses habitants devient un soldat :
— Garde à vous, peloton !
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— Portez armes !
— Charge à volonté... chargez armes !
Voilà ce que Ton entend depuis huit jours, du matin au soir, sur toutes les places, dans toutes les rues dont la largeur se prête aux évolutions militaires.
Et le soir, alors, ne finit gufere avant onze heures ou minuit. En maint endroit, par exemple dans les galeries couvertes du Palais-Royal, c'est à ces moments tardifs que se réunissent, pour leurs exercices journaliers, ceux de nos travailleurs que leur besogne retient pendant le jour. — Le patriotisme n'a pas d'heure.
Paris entre dans une phase nouvelle. Plus de chants, plus de manifestations bruyantes, plus de luxe, plus de théâtres, plus de concerts... Partout une seule pensée : la résistance. Plus d'oisifs ni de curieux : des soldats.
Aux gares , les trains se succèdent d'instant en instant et dégorgent sur nos grandes voies de longues et pâles files d'hommes : cavaliers démontés , fantassins épuisés, artilleurs sans équipement.
Dans cet ensemble sordide, les gardes mobiles des départements mettent une note moins sombre.. Avant hier, c'étaient trois mille Bretons à la solide carrure ; des enfants de la Normandie ; dix mille jeunes gens venus des bords de la Marne, ceux-ci reconnaissables à leur blouse grise portant à l'épaule une large patte rouge. Hier, les gares du Nord et de l'Ouest nous apportaient les plus nombreux contingents. Aujourd'hui le défilé continue de plus belle, et nos maisons reçoivent tous ces braves enfants, que couvrent les costumes les plus divers, nitiis qu'anime un sentiment unique.
A peine débarqués dans nos rues, ils sont entourés, guidés sympathiquement. Comme tous ceux qui pour la
première fois foulent ce sol, ils ont pour les splendeurs nouvelles qui les entourent des regards de surprise ou de curiosité ; maïs le Parisien, si frondeur d'habitude, a oublié ses antiques plaisanteries sui' la province et les provinciaux.
La province !
Elle aussi, elle a oublié ces facéties douteuses que Paris lançait volontiers à son adresse ; elle n a vu qu'une chose : le danger, — et, résolue, elle a marché en avant. Elle sait que Paris est plus que le cœur du pays; elle sait que si toutes les contrées ont leur capitale, la France, elle, possède la capitale du monde.
Le cirque Napoléon et le cirque de l'Impératrice (la République n'a pas eu le temps de les débaptiser) offrent d'immenses casernements, capables de contenir sept ou huit mille hommes. C'est là qu'en attendant le matin s'installent les bataillons débarqués pendant la nuit.
A peine arrivés, ils commencent l'exercice du fusil, de la baïonnette, et achèvent de parcourir les phases successives de leur éducation militaire, dont les débuts se sont effectués au chef-lieu.
Dans combien de jours seront-ils des troupiers?
Vers la circonférence, à mesure que l'on se rapproche de Tenceinte fortifiée, l'aspect s'accentue.
Aux Tuileries, dont le jardin est interdit au public, les grilles laissent apercevoir de longues rangées de caissons alternant avec les files des chevaux.
Au Champ de Mars, un vrai camp retranché. Sur les côtés la terre a été remuée et forme des épaulements, fortifications passagères qui constituent, avec les bâtiments de FEcole Militaire, de véritables lignes de circonvallation. La' zone de soixante hectares qui s'étend comme
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une vaste plaine entre ces lignes s'est couverte de tentes abritant des soldats de toute arme et dessinant comme les quartiers d'une petite ville.
A Vincènnes, le vieux fort, où se pressent ouvriers et bourgeois en groupes impatients, se désencombre de ses amas de fusils de tous les modèles et de toutes les époques. Par contre, les hangars s'emplissent de fourgons. Les tonnes de poudre s'empilent dans les casemates. Des camions, franchissant le pont-levis, s'engouffrent incessamment à l'intérieur des cours, où viennent s'aligner caissons, canons et mitrailleuses... Les mitrailleuses! Il faut les voir, ne serait-ce que pour se rendre compte de l'enthousiasme qu'elles excitent parmi leurs servants. Ceux-ci parlent avec admiration de ces' terribles instruments de mort.
— Partout où nous avons donné, disent-ils, nous avons fait des trouées énormes; jamais une colonne ou une ligne ennemie n'a pu s'avancer sous notre feu; les gens tombaient comme les brins d'herbe sous la faux.
Un officier, le bras en écharpe, hoche tristement la tête.
— Ce que vous avez fait, d'autres l'eussent accompli. Encore un trompe-l'œil de l'Empire, que ces engins-là ! Pure question d'arithmétique. Comptons bien : Une mitrailleuse tire en moyenne 120 balles à la minute, sous une portée de 1,200 à 1,800 mètres. Les fantassins, avec leurs chassepots, tirent par minute 7 ou 8 balles à la portée de 1,000 mètres et souvent de 1,200. Ainsi, sauf exception, quinze hommes produisent l'effet d'une mitrailleuse. Comme auxiliaire, elle vaut une escouade. Pour défendre un défilé, une porte, un pont, elle jouera meilleur rôle. Mais au combat, adjoindre une mitrailleuse tirant 120 coups à un l'égiment qui, déployé, en tire
25,000 dans le même temps, c'est chercher mi piètre résultat !
Dans cette fatale guerre, si fertile déjà en déceptions et on promesses illusoires, on aimerait pourtant à trouver, à défaut d'un homme, une chose qui n'eût point menti.
Tout le long des avenues qui rayonnent de TArc de Triomphe jusqu'aux ahords des fortifications, on a fait camper surtout les débris de nos régiments les plus éprouvés.
Là se pressent les .visiteurs, les camarades, anxieux du. sort d'un ami ou d'un parent. Heureux quand, à leurs questions rapides, il est répondu par un : « légèrement blessé », ou« prisonnier» ! Là aussi se. succèdent les récits de ces batailles, de ces boucheries, de ces guet-apens, de ces exécutions sauvages dont le seul souvenir fait tressaillir d'horreur.
On se demande si réellement c'est un peuple civilisé que nous combattons. Comment ne pas flétrir du nom d'assassins ceux qui tirent sur des blessés, sur des mourants ; ceux que ne retient pas le respect du drapeau qui flotte sur les ambulances; ceux qui ont recours, pour vaincre, a des ruses de Peaux-Rouges !
Dans uu groupe, des témoins disent ceci : A Forbach. le 12' chasseurs se trouvait en avant. Après un combat acharné, les Prussiens faiblissaient. Tout à coup ils s'arrêtent. Ils mettent la crosse en l'air comme pour se rendre. Nos soldats confiants entonnent des cris de triomphe. Mais pendant qu'ils s'abandonnent à leur enthousiasme, un nouveau régiment ennemi arrive pour soutenir les troupes engagées, et alors ces înêmes soldats, qui tout à l'heure encore imploraient notre pitié, s'élancent sur nous la baïonnette haute, tandis qu'une de leurs batteries nous prend en flanc et foudroie le bataillon.
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Un franc-tireur échappé par miracle d'un convoi prêt •à passer en masse devant une cour martiale dit la popularité de Bismarck parmi les soudards de Bavière; de Bismarck, qui classe en tête des troupes allemandes les Bavarois à cause de « la facilité avec laquelle ils fusillent » ; de Bismarck, qui, abordé à Commercy par une malheureuse en larmes, répondait avec un sourire placide : — On a arrêté votre mari? lia menacé, dites-vous, un soldat qui le maltraitait? Il promet de ne plus recommencer? Très bien, ma bonne femme; je vous crois aisément, car je puis vous assurer que votre mari sera pendu...
D'autres racontent Bazcilles ; Bazeilles coupable d'avoir, par son héroïsme, retardé d'une heure la capitulation de Sedan ; Bazeilles incendié maison par maison , massacré habitant par habitant; Bazeilles, où les Bavarois de Von der Thann, ayant fusillé à bout portant ou lardé de coups de pointe vieillards, enfants, femmes, revenaient le lendemain, inassouvis, parachever leur hideuse besogne, conduisaient froidement au supplice ceux qui avaient survécu, et broyaient contre les murs le crâne de pauvres petits êtres errant au milieu des ruines; Bazeilles enfin, dont il no reste plus que des pierres tachées de sang et des souvenirs qui seront réternelle flétrissure des bourreaux d'outre-Rhin !
C'est de la bouche même des acteurs ou des témoins de ces drames sinistres qu'il faut en recueillir les scènes.. Car ces récits sans suite apparente font l'histoire; une histoire dont les pages laisseront longtemps pensifs nos arrière-neveux.
Par moments, dans la foule qui se presse autour des tentes et des cuisines improvisées entre deux pierres, on entend un appel : — « Mon régiment? ma compagnie? Subsistent-ils seulement? » Et l'on aperçoit, fendant les
groupes, im homme, un soldat au costume déchiré, rapiécé; au visage noirci par la poudre, la pousgitrr ot l« soleil. C'est un revenant, un camarade sur ieïjuel on ne comptait plus, dont parfois l'oraison fuu^brc a été faite Ifi-
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bas ou ici, et qui ai-rivc de Sedan ou de la frontière belge... Comment? La plupart du temps, i! n'en suit rien lui-même ; il a marché la nuit sur les routes ; il a marché le jour dans les bois; il a fini par atteindre une station de chemin de fer, une voiture qui lui a abrégé une partie de la distance. Quelquefois, il vient de franchir à pied les cinquante ou
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soixante lieues qu'il a encore allongées par son inexpérience des chemins ou la crainte de tomber dans un parti ennemi.
Petit A petit, les revenants se succèdent. Le faible noyau que formaient d'abord ces débris grossit bientôt: lies compagnies se retrouvent; des bataillons se reforment. Au milieu des spectacles qui sont devenus sa vie de chaque jour. Paris redouble de vigueur dans ses apprêts.
Si les peureux s'éloignent, si les gares sont encombrées des faibles, des impuissants, des timorés, des malades, des vieillards et des femmes fuyant devant le danger, ceux qui restent s'animent, se rapprochent, se serrent; et, ù travers celte grande communion des courages, parmi cette foule ardente, électrisée,- court un patriotique frémissement .