‹ Paris sous les obus, 19 sept. 1870-3 mars 1871Chapitre 35 sur 58 · Sous le. commandement du colonel Roger (du Nord · texte numérisé non relu

Sous le. commandement du colonel Roger (du Nord

Beauté et à Tlle Panac , les deux premiers corps do la 2® armée effectuaient rapidement le passage de la rivière. Le fort de Nogent, les redoutes de la Faisanderie et de Saint-Maur, les batteries élevées sur les pentes descendantes, couvraient de projectiles le plateau de Villiers, Champigny, le bois du Plant, Bry. — Avron, avec ses gros calibres, écrasait de feux Neuilly-sur-Marne, la Ville- Evrard, la Maison-Blanche. A huit heures et demie, quatre divisions tenaient la rive gauche.

On attaque Champigny, qui est bientôt à nous. La fusillade s'engage vers le bois du Plant. Là, le remblai du chemin de fer de Mulhouse forme obstacle. Sous une voûte, une barricade solidement gabionnée intercepte le chemin. Nos jeunes soldats hésitent. Le général en chef court sur la barricade, ébranle les gabions : « Tenez, mes enfants, ce n'est pas plus difficile que ça ! » Nos troupiers se ruent sur le retranchement, l'emportent. Le remblai est franchi. Au delà, on bouscule tous les postes allemands. De nombreux prisonniers restent entre nos mains. On se jette sur les premiers échelons du plateau de Villiers. Malgré la mitraille qui les crible, à dix heures on parvient à couronner les crêtes.

L'entreprise décisive était la conquête du plateau. Sur un terrain absolument découvert, des batteries ennemies postées au loin envoyaient une grêle serrée d'obus. A un demi-kilomètre de la crête, le mur du parc de Villiers développait ses quatre cents mètres de créneaux précédés d'un fossé et d'une haie, suivis de retranchements intérieurs battant le plateau tout entier. Successivement, quatre batteries divisionnaires s'élancent pour faire brèche dans le mur. Chevaux et servants sont renversés

avant qu'on ait seulement fait pivoter les attelages. Le parc de Villicrs, véritable citadelle, est cependant la clef du champ de bataille. C'est -pourquoi le corps du général d'Exéa a reçu l'ordre de tourner par le nord. Attaquée de front et prise en flanc, la position cédera. On s'informe du 3* corps avec une fébrile anxiété. A. onze heures, on apprend que d'Exéa n'a pas même commencé son passage de rivière !

Des ordres pressants sont transmis. En attendant que le 3' corps se meuve, on ne pleut songer à laisser nos soldats subh' passivement une pluie de feu. L'assaut- est ordonné. Avec une bravoure héroïque, nos recrues se précipitent en avant, semant le sol de blessés et de morts. Efl*ort vain !

A leur tour, les Wurtembergeois s'élancent. On les rejette dans le parc.

Vers midi, nouvelle tentative des Allemands, nouvelle reculade derrière leurs abris.

Soudain, les nôtres aperçoivent au loin, longeant le bord du plateau, des masses humaines. Est-ce Grouchy ? Est-ce Blucher? Quelques éclaireurs Franchetti poussent au galop vers le point où sans doute apparaît d'Exéa. A cinq cents mètres, une bordée de mousqueteric les accueille... Ce sont des Saxons qui nous arrivent. Ducrot fait coucher tout son monde, intime l'ordre de ne pas brûler une cartouche sans commandement. Avec un calme superbe, nos soldats obéissent. La ligne saxonne se rapproche. A cinquante mètres : « Debout ! Feu ! »

Une fusillade furieuse cingle les bataillons allemands. Nombre de Saxons tombent. Les autres s'arrêtent, tourbillonnent. Nos hommes s'abattent sur eux, baïonnette basse ou sabre en avant ; généraux, états-majors, officiers, cavaliers d'escorte, tout est de la partie. Les Saxons fuient

en désordre. — Maïs le mur de Villiers, avec ses batteries et son terrible alignement de créneaux, se trouve démasqué par ce mouvement. Une fois encore, le centre du plateau reste vide, tandis que les Saxons, modérant leur course vers le bois, vont en arrière se reformer.

Sur les pentes de Cœuilly et de Chennevières, où lutte le 1" corps, la bataille n'est pas moins ardente. Le plateau de Cœuilly, comme le plateau de Villiers, est commandé par un parc sillonné de retranchements^ formidablement garni d'artillerie et d'où les volées de mitraille jettent bas pièces et servants à mesure que nos batteries font halte pour essayer d'ouvrir brèche. Là aussi, les Wurtembergeois, tentant l'offensive, sont ramenés avec une vigueur telle que quatre cents des leurs restent sur le terrain, tués , blessés ou prisonniers. Le 35* les poursuit jusqu'à une redoute qu'ils nous abandonnent. Mais ici, accumulés sur un espace restreint, nos soldats sont assaillis de face par la mitraillade du parc, de flanc par les obus de batteries plus lointaines. Une vingtaine de canons français, à grand'peine, sont parvenus à s'établir sur le plateau. En quelques minutes, leurs feux s'éteignent. Certaines pièces ont tous leurs chevaux tués ; des canonnicrs et des fantassins les ramènent à bras. Des officiers, — les servants étant morts, — s'attellent à une mitrailleuse. Le sol disparaît littéralement sous les cadavres.

Sans brèches ouvertes, la position est inabordable.

Jusqu'à ce que nos canons parviennent à battre efficacement la deuxième ligne de défense ennemie, il nous faut reculer vers les positions conquises déjà.

Au nord du plateau de Cœuilly, la gauche du 42', conduite par le commandant Cahen, gagnait, cependant. Postée dans les vignes, derrière les haies, sous les bouquets d'arbres, refoulant mètre à mètre la ligne opposée,

elle n'attendait que le moment favorable pour s'élancer contre le parc. On ne pouvait sacrifier cette brave troupe, seule en proie à louta Tartillerie ou à toute la mousqueteriede la pointe du plateau. L'ordre de retraite arrive. Désespérés, les soldats montrent l'enceinte d'où 200 mètres à peine les séparent, puis les corps de leurs camarades, dont plus de six cents ensanglantent le sol. Us obéissent pourtant... Magnifique spectacle que cette retraite du 42*, effectuée en échelons sous les coups précipités de l'ennemi : L'emplacement de chaque arrêt successivement marqué par desjalonneurs, comme à une revue ; le clairon Ranc et le tambour Chevalier, qui n'ont cessé de battre et de sonner la charge pendant le combat, se transportant l'un après l'autre au niveau des jalonneurs, et, au signal précis du commandant, sonnant halte, puis battant en retraite aussi paisiblement qu'à l'exercice * !

L'Allemand, lui, accumulait des masses de plus en plus compactes, des files de plus en plus profondes. Prévenu depuis la veille par l'ocoAipation d'Avron, il expédiait renfort sur renfort.

Et d'Exéa?

Trop tard entré en mouvement, d'Exéa, parvenu sur la rive droite de la Marne à l'heure où il eût dû posséder l'autre rive, apercevait étagées, sur les coteaux de Bry, les batteries plongeantes des Prussiens. Deux ponts, étEiblis avec une froide bravoure par nos marins que déciment les feux opposés, sombrent presque simultanément, défoncés par les obus. On parvient à en jeter deux autres, près de Neuilly. A deux heures, les têtes de colonnes du 3* corps atteignent la rive gauche.

A trois heures, d'Exéa entrait en ligne. — Trop tard.

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