ROSSE-BEKF RAT GOUT DE MOUTON
— Soit. Mais ces chiens, ces chats, ces rats, qui *donc apprendra aux Parisiens à les apprécier à leur juste valeur? Qui leur montrera à les baigner dans des sauces suffisamment exquises ? A peine si le cheval, ce dédaigné d'autrefois , commence à apparaître sur nos tables. Et Dieu sait combien peu de ménages savent s'en servir !
— C'est que le fournisseur ne communique pas la recette du civet hippique, le mets le plus succulent qui puisse réjouir Todorat et le goût !
— On n'ose plus discuter le cheval. Mais... — ici la voix devenait plus hésitante — mais le chien? On balance avant d'y toucher; car enfin... le chien est l'ami de l'homme.
— Eh ! le lézard aussi est l'ami de l'homme, ce qui n'empêche que... Ah! si nous avions seulement du lézard !
— Et le chat?
— Il faut vraiment n'être jamais sorti de son trou pour ignorer que la gibelotte qu'il fournit est mille fois supérieure à la gibelotte de lapin. Le terme u lapin de gouttière » est une flétrissure imméritée. Que de façons d'accommoder un angora, d'ailleurs, depuis la daube jusqu'au couscoussou !
— Mais que dirons-nous du rat?
— Le rai ! Tout J)onnement lo grand méconnu des temps modernes ! Le rat, le vrai rat, — non la souris, qui n'est qu'une boulette musquée, — le vrai rat peut comptor paiini ce que le règne animal nous offre de plus suave.
Voulez- vous la bonne recette? Prenez votre rat, écorchcz-le, fendez par le milieu du ventre, lavez. Puis, saisissez adroitement la bête avec les deux mains et forcez sur les côtes, en les relevant, de manière à aplatir ensuite l'animal d'un coup asséné sur le doS. Vous obteoez ainsi un large beefleak qui n'a plus' qu'à se laisser transformer en grillade.
Le formulaire de Tex-zouave étaît-il vraiment inédit ? On en eût douté, tant la question des chats devenait inquiétante. Impossible de laisser pour un instant le champ libre au plus famélique matou sans lui voir courir le risque d'être appréhendé au corps par l'un des nombreux amateurs de ce carnassier domestique. Le possesseur, heureux jadis, d'un chat ou d'une chatte, était devenu le jouet des plus lugubres visions ; il regardait ses voisins avec défiance; à peine osait-il quitter la chambre où ronronnait le félin, cause de ses tourments. Bref, im sujet de perpétuelles discordes.
La question des chiens — il y avait naturellement une question des chiens — était plus palpitante encore.
A propos de ces compagnons fidèles, un journal avait mis au monde un matin le mot de bouches inutiles. Répétée de proche en proche, l'épithète rallia un parti assez fort qui ne proposait rien moins que la suppression de toute la grande famille canine.
Si cette motion souleva des haros, elle rallia aussi des partisans. — Il s'en trouvait bien pour demander qu'on vouât à la boucherie même les bétes exotiques du Jardin des Plantes !
Ceux-là ne devaient pas tarder à avoir raison.
Tout ce qui était comestible allait être sacrifié à la consommation. Des poules venues de l'Inde, des faisans transportés de Cochinchine, des canards du Japon et des dindes de Siam se vendirent comme de vulgaires volatiles. Pour trois francs — ô Buffon ! — l'on mangeait un oiseau rare. Et si le merle blanc eût fait partie de la collection, nous eussions pu le voir adjugé à cent sousl
Bientôt, les plus ~ intéressants sujets du Muséum subiront le même sort. Les restaurants encore ouverts serviront à leur clientèle des pilons de casoar et des
PARlîy SOUS LKS OBUS.
poitrines de kanguroos, — et les deux éléphants qui ont fait si longtemps Tadmiration des visiteurs serviront de cible aux balles exploî^ibles de Tarinurier Devisme, eliargé de les livrer à la mort parce qu'on n\a plus de foin pour les nourrir.
Le vieux mol : pas de pam, pas de lapin, sera éternellement vrai ; pour avoir du cœur au ventre, comme on dit, il est essentiel que le combattant n'ait pas le ventre creux. Or, tout le monde luttait, depuis Tarmée livrant bataille, jusqu'aux femmes gardiennes du foyer et à qui la nécessité faisait une loi de stationner tous les trois jours, sous là bise, sous la pluie, dans la boue, devant les portes des boucheries. Pour quoi? Pour se voir mesurer la maigre ration de 90 grammes d(» viande de cheval par personne, au moyen d'une carte dont, k chaque distribution, on détachait Tun des coupons :
Carte de famille pour cinq personnes.
Carte..
Boucherie, N°
Nom :
Domicile : — Signature : — .
N» D'oRDRK 12
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VIANDE r
PORTIONS
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VIANDE r
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PORTIONS