‹ Paris sous les obus, 19 sept. 1870-3 mars 1871Chapitre 42 sur 58 · I-ORTIONS · texte numérisé non relu

I-ORTIONS

II y avait bien, il est vrai, en certains quartiers, le

comptoir de consommation populaire. Mais le ministère et rilôtel (le Ville refusant d'alimenter ces établissements, rien n'était moins certain que d'y trouver ce qu'on cherchait.

C'est ainsi qu'un matin, à la foule des ménagères se pressant comme d'habitude à l'entrée d'une succursale, remployé de s.ervice vint annoncer qu'il ne restait plus pour l'instant que... des truffes!

— Des truffes à sept francs la boîte ! Étrange noun'iture pour des petits ménages ! s'écriait en se dispersant la cohue désappointée des acheteuses.

Si les hommes déployèrent de la patience et de l'énergie, les femmes, elles, montrèrent de Théroïsme.

On ne peut imaginer un supplice plus cruel que ces longues heures d'attente, au froid, à la neige, au vent.

Combien de malheureuses, plus magnanimes dans ce rôle sans éclat que les hommes tombant sur le champ de bataille, ont succombé à leur dur métier! Combien sont morts, des frêles enfants qu'elles portaient sur leur sein pour ne point les abandonner seuls à la maison !

Il existait cependant des moyens de remédier à ce désastreux état de choses. Mais il était écrit que l'on n'organiserait la distribution des vivres que lorsqu'il n'y aurait plus de vivTCS à distribuer.

On avait fait un premier pas, avec l'organisation des cantines municipales. C'est de la charité que l'idée venait; c'est elle encore qui avait procédé à l'exécution; charité délicate répandant ses bienfaits non sur des mendiants, mais sur des nécessiteux : l'employé, privé de sa place ; l'ouvrier, momentanément sans travail ; distribuant non des aumônes, mais des secours.

Le soin d'apprécier chaque situation était laissé au garde civique reconnu comme chef de Vilot dont faisait

partie sa demeure. — Les gardes civiques, c'esl-à-dirc les vieillards, les tout jeunes gens, ou les hommes valides pour lesquels on n'avait point trouvé d'aimés.

Les gardes civiques étaient chargés des services municipaux : à eux de présider aux répartitions dans les boucheries, les boulangeries, les chantiers. Comme insigne distinctif, ils portaient un képi à bande et un brassard rouge sur lequel se détachait en clair le numéro de Tarrondissement.

Dès que le chef d'îlot avait revêtu de son visa une euille de rationnement, le titulaire avait droit à la sollicitude de la commission. Pas d'investigation ni d'interrogatoire; aucune de ces questions dont la brutalité, quels que soient les ménagements qu'on y apporte, effarouche si souvent une susceptibilité légitime.

En échange de la feuille, il était délivré des bons de cantine pour autant de rations et pour autant de jours qu'en mentionnait le document.

UEPUBLIQUE FRANÇAISE

... Arrondissement

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