‹ Paris sous les obus, 19 sept. 1870-3 mars 1871Chapitre 5 sur 58 · Glais-Bizoin, Cinq mois de dictature · texte numérisé non relu

Glais-Bizoin, Cinq mois de dictature

LaiEURE DES SACRIFICES. 27

on s'était résolu à composer de trois membres la délégation de Tours, mais que nul ne consentait à figurer parmi les trois.

L'Allemand, lui, espérait fermement n'avoir qu'à ouvrir la main pour saisir la proie. C'était une opinion accréditée, de Reims jusqu'aux confins de la Silésie, qu'une paix dictée par le vainqueur n'était plus qu'une •affaire de jours, peut-être d'heures. Si, parmi les hommes de la Défense nationale, quelques-uns envisageaient la résistance comme « une héroïque folie », la plupart de nos adversaires montraient l'intime conviction de n'avoir point à redouter cette folie-là. Les chefs de corps n'étaient pas loin de penser qù'ime marche vivement conduite prendrait Paris au dépourvu. Dans l'armée, on espérait mieux encore, et, de l'autre côté du Rhin, nul n'eût osé concevoir le moindre doute. Toutes les Gretchen teutonnes saluaient déjà le retour prochain de leurs fiancés. Les feuilles tudesques s^accordaient à considérer le reste du chemin à parcourir, pour les soldats de Guillaume, comme une simple promenade militaire.

Le rédacteur historiographe de la campagne pour le compte de la Gazette de Cologne écrivait de Château- Thierry à son journal :

« Ils n'ont à Paris que 25,000 hommes de troupes régulières, 18 bataillons des départements voisins, 10,000 gardes champêtres, autant de pompiers. Comptons encore 50,000 gandins, petits crevés et autres vagabonds, qui se sauveront devant la première patrouille de uhlans, — je ne parle pas du premier obus, — et nous aurons tout dit. »

Un confrère du correspondant précité, M. Arnold Wellmer, arrêté par un embarras de wagons, expédiait à sa famille ces lignes convaincues :

« Je vous écris de Faulquemont, qui va reprendre son honnête nom allemand de Falkenberg. On me dit la voie obstruée. Quel malheur! Je ne verrai-point la bataille devant Paris, car je n'y arriverai pas avant quinze jours; et dans quinze jours nos camarades se promèneront depuis longtemps sur les boulevards ! »

Le grand état-major, malgré un optimisme après tout fort justifiable, ne se guidait cependant ni sur des* suppositions aussi cavalières, ni sur des prophéties aussi fantaisistes. On n'y méconnaissait pas la grandeur du mouvement qui entraînait la République à tout entreprendre pour venger la France des désastres de Tempire. Le Journal officiel y avait apporté la série des décrets et des proclamations du gouvernement de la Défense nationale. D'autres journaux y avaient fait connaître des détails susceptibles de donner matière à réflexion. — « Si jamais les Prussiens forçaient la première enceinte, avait dit le gouverneur de Paris à M. Henri Rochefort, je vous nommerais général des barricades et je vous remettrais le soin de la défense intérieure. » Et comme il l'avait dit il l'avait à peu près fait. Sans attendre qu'une occurrence désespérée se manifestât, le général Trochu avait institué une Commission des barricades^ avec Rochefort pour président. Des barricades?... Enfantillage! s'écriait à la vérité maint officier français. Mais, du côté des envahisseurs , on paraissait disposé à une appréciation moins dédaigneuse.

Ce n'était point un obstacle à mépriser, qu'un réseau de barricades dans une cité où les rues offraient plusieurs centaines de kilomètres de développement. Peut-être le roi Guillaume y songeait-il lorsqu'il s'écriait, à peu de jours de distance, dans un accès de philanthropie expansive que ses sujets ont enregistré :

— Assez de sang. Nous ne livrerons pas Tassaul. Nous prendrons Paris par la faim et par la soif!

Il ne faut jamais traiter d'enfantillage l'effort d'un peuple combattant pro arts et focis. Le vieux Moltke le savait bien. A son quartier général, il y avait aussi des hardis et des timides. Un officier supérieur, attaché au grand élat-major, nous a laissé le résultat des méditations du stratégiste calme qui, entendant ne rien laisser au hasard, demeurait avec ceux-ci ;

« En dehors du blocus, un seul procédé aurait pu être mis en usage : celui d'une, attaque de vive force. Maison n'aurait eu que de très minimes chances de succès contre une place aussi sérieuse, protégée par des forts et un corps de place, tous à l'abri d'un assaut. Quelque insuffisamment organisées que fussent encore les forces ennemies, elles auraient suffi cependant, grâce à leur nombre, pour opposer derrière leurs remparts et dans les rues de la capitale une résistance que n'aurait pu surmonter peut-être l'attaque la plus héroïque des troupes même les plus braves... Puis, les conséquences d'un assaut manqué eussent été incalculables. Quel essor aurait pris, dans tout le pays, l'organisation de la résistance ! La confiance morale du défenseur d'une part, et d'autre part les pertes énormes qu'eût subies l'assaillant dans sa tentative malheureuse, auraient rendu impossible toute entreprise ultérieure ayant pour objet de bloquer Paris *. »

Aussi, le grand conducteur des armées allemandes, avec ce sang-froid méticuleux et cette prudence méthodique qui jamais, depuis le début des hostilités, n'avaient consenti à engager des troupes contre un adversaire insuffisamment inférieur en ressources, traçait-il l'iti-

1. Le major W. Blume, Opérations des armées allemandes après Sedan. Traduction Costa de Serda.

néraire simultané des corps destiaés à rinvestissement.

Les forces primitives de l'invasion (environ 450^000 hommes et 1,300 bouches à feu) avaient été divisées en trois armées,

La P* armée (général Steinmetz) était entrée par Forbach, refoulant le corps Frossard.

La II" armée (prince Frédéric-Charles), suivant une route parallèle, et venant se joindre à la P°, avait barré la route de Verdun, coupé les communic£Ctions de Bazaine et isolé le maréchal dans Metz.

La IIP armée (prince royal de Prusse) avait pénétré^ par Wissembourg, écrasé en passant le corps Abel Dauay jeté là comme une sentinelle perdue, et enfoncé à FriJBSchwiller les 45,000 hommes de Mac-Mahon.

Le blocus définitif de Metz et Tinaction de Bazaine avaient motivé bientôt une nouvelle distribution : avec les corps do la I" et de la IP armée, non maintenus sûr la Moselle, renforcés par la garde et par des corps arrivant d'Allemagne (IV* corps, prussien ; XIP corps, saxon) ; plus les 5' et 6" divisions de cavalerie, on avait formé de nouvelles colonnes, sous le nom à'armée de la Même. Celle-ci, placée sous le commandement du prince royal de Saxe, venait d'opérer conjointement avec la IIP armée (Fritz). De la combinaison de ces deux masses, jointe à l'impéritie de Napoléon III, était résulté Sedan.

Donc, à la date du 18 septembre, les troupes en mar- • che sur Paris et débarrassées désormais de toute barrière devaient occuper les positions suivantes :

Pour l'armée de la Meuse :

rV" corps (général d'Alvensleben), — Villers-Cotterèts.

Corps de la garde (prince Auguste de Wurtemberg), — la Ferté-Milon.

XIP corps (prince de Saxe), — Monthiers.

5* division de cavalerie (général de Rheinbaben), — Nanteuil-le-Haudouin ;

6* division de cavalerie (duc Guillaume de Mecklembourg), — Senlîs.

Pour la III* armée :

VP corps (général de Tumplîng), — Meaux et Crely.

V* corps (général de Kirchbach), — Farmoutiers.

IP corps bavarois (général de Hartmann)^ — Rozoy.

2" division de cavalerie (général de Stolberg), — Tournan.

4* division de cavalerie (prince Albrecht de Prusse) , — Provins.

Et, un peu en arrière, — car il avait fallu garder les prisonniers de Sedan :

XI* corps (général de Bose), — Reims.

P' corps bavarois (général de Thann), -^ Épernay.

Division wurtembergeoise (général de Obernilz), —

Château-Thierrv.

• Soit, 250,000 hommes^ avec 800 bouches à feu.

L'armée de la Meuse avait pour tâche de se répandre sur les fronts nord de la capitale, suivant la rive droite de la Seine et la rive gauche de la Marne ; l'armée du prince royal devait fermefr toute issue vers le sud ; Tune et l'autre se maintenant, sur leur ligne la plus avancée, hors de la portée efficace de l'artillerie des forts *.

L'heure des sacrifices, pour nous, était venue.

! . Ordre de marche arrêté au grand quartier général : .

Armée de la Meuse» — La 6» division.de cavalerie, avec deux équipages de pont et le 4« bataillon de chasseurs, séjournera le 17 -septembre à Beaumont et à Pontoise ; marchera le 18 sur Poissy, y jettera un pont sur la Seine, poussera son avant-garde sur la rive gauche et prendra position le Idvers Chevreuse.

La 5< division de cavalerie se portera, le 17, sur Monsoult; le 18, sur Pontoise ; le 19, entre Poissy et Taile gauéhe de la 6o division.

Le IV*) corps fera séjour, le 17, àNanteuil; marchera, le 18, sur MéniU

Sacrifice» volontaires, sacrifices immenses, mîais dont chacun comprenait la nécessité.

A d'autres d'évaluer les millions qui s'en vont en fumée ou qui restent noyés sous les eaux, lorsqu'on met le feu à une forêt, h un village, ou qu'on fait sauter les écluses d'un canal... Les patriotes, eux, disaient : un mois d'occupation par un ennemi dévastateur, cela ne se chiffre pas par millions, mais par milliards!

Que de pertes, que de désastres, que de capitaux et d'existences engloutis parce que nous n'avions pas su à temps faire les sacrifices utiles !

Amelot; le 19, sur Saint-Brice, en poussant ses avant-postes sur la ligne Argenteuil, Deuil, Montmagny, Sarcelles.

La brigade de uhlans de la garde établira par Saint-Germain, si c*^t possible, la liaison avec la 5e division.

Le corps de la garde séjournera, le 17, à Acy ;^se portera, le 18, sur Thieux; le 19, sur Roissy, avec avant-postes sur la ligne Arnouville, Garges, le Blanc-Mesnil, Aulnay-lés-Bondy.

Le XI1< corps séjournera, le 17, vers Lisy; marchera sur Claye le 18, et, le 19, s*établira sur la ligne Sevran, Livry, Montfermeil, Chelles.

Armée du Prince Royal. — La 2^ division de cavalerie franchira la Seine, le 17, à Ris, Juvisy et Villeneuve ; le 18, elle se dirigera sur Saclay', eu cherchant à se mettre en communication avec la division de Chevreuse.

Le V» corps se portera, le 17, vers Villeneuve-Saint-Georges, passera la Seine le 18 et ira jusque vers Palaise«au et Biëvre ; le 19, il occupera Versailles et poussera ses avant-postes vers Saint-Cloud, Sèvres et Meudon.

Le !!• corps bavarois franchira la Seine près de Corbeil ; le 17, iV prendra ses cantonnements sur la rive gauche ; il marchera, le 18, sur Longjumeau, en envoyant une brigade sur Montihëry. Le 19, il s'avancera ver^ Paris, et 'établira ses avant-postes du parc de Meudon à THay.

LeVI« corps se portera, le 17, aux environs de Roissy et d'Ozouer^la- Ferrière; le 18, sur Villeneuve-Saint-Georges et Brunoy. Le 19, passage (le la Seine; avant-postes de la Bièvre à l'Hay, avec fort contingent à Choisy-le-Roi.

La 4^ division de cavalerie fcanchira la Seine, le 17, à Fontainebleau pour éclairer le pays dans la direction de la Loire.

Le I*' corps liavarois se dirigera de manière à atteindre Montlhéry, par Corbeil, le 22.

Le Xl^ corps d'armée, de façon à passer par Meaux pour gagner, à la môme date, Boissy-Saint-Léger.

La division wurtembergeoise s'avancera dans la vallée de la Mamé, le 18, jusqu'à Lagny.

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Fallait-il laisser à Paris sa ceinture verdoyante de bois, laisser au Prussien les taillis pour s'y embusquer? les foun'és touffus de Bondy, de Meudon, de Clamart, pour y prendre ses fascinages et se faire un abri contre notre canon? nos hêtres et nos chênes pour réparer ses batteries? nos bouleaux et nos tilleuls pour élever des palissades?

Le feu et la hache, tardivement, écIaircissaieutThorizon de notre enceinte.

La forêt de Bondv, les bois de Montmorencv, de Saint- Gratien, d*Eng;hien, étaient en combustion.

« Bientôt, se disait-on, viendra le tour des bois de Ville-dWvray, de Saint-Cloud, de Meudon, de Saint- Germain... de tout ce qui peut offrir un asile à l'ennemi, un obstacle au défenseur. »

Le feu est un auxiliaire terrible, mais c'est aussi un auxiliaire capricieux. Nul n'en peut répondre. Tantôt la flus faible étincelle se communique de branchage en branchage avec une effrayante rapidité; tantôt la flamme, un instant montée jusqu'au ciel, redescend, se ctilme et s'éteint. D'ailleurs, dans l'incendie d'une forêt, il n'y a pas seulement un foyer qui crépite et grandit. Il y a aussi, du côté où ne souffle pas le vent, du côté où la ten'e et Técorce ont gardé de la dernière pluie des traces plus humides, l'incandescence qui couve sous les rameaux tombés et les feuilles encore vertes. Parfois, les cendres brûlantes du brasier principal, emportées au loin, viennent créer, à des moments inattendus, des foyers secondaires.

« La forêt de Bondy, disait à ce propos l'un des ingé nieurs de la défense, a été mise en feu il y a deux jours. Pendant toute une nuit, des lueurs ont éclairé le ciel, puis ont soudain semblé disparaître. L'œuvre de destruction, pourtant, était loin d'être consommée. A l'heure

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qu'il est, et pour un temps qu'il n'est au pouvoir de personne de fixer encore, la forêt, immense brasier aux rougeurs intermittentes, s'illuminera et s'éteindra tour à tour; opposant à la marche de l'ennemi, à l'instant où peut-être il sera le plus loin de s'y attendre, une infranchissable digue, une digUe de flammes. »

Vains calculs ! Dans tous les bois où nous portions la torche, de menues branches crépitaient et entretenaient bien, pour quelques jours, un maigre bûcher; mais la sève <rautomne s'opposait \ite à la marche envahissante du lléau.

Néanmoins, si nos forêts refusent de se consumer, les forces destructives que Paris a mises en jeu autour de lui rencontrent des résistances moins opiniâtres. Nos travaux d'art, les ponts, les viaducs qui assuraient la continuité des communications du'dehors; toutes ces œuvres qui représentent des années et des millions sont immolées îï la défense nationale.

Il ne se passe guère vingt-quatre heures, depuis une î?emàine, sans que l'alerte ne se répande parmi quelquesuns des gardes nationaux qui surveillent les abords de l'iînceinte parisienne.

La nuit a été calme, les sentinelles n'ont rien vu ni entendu encore... Une détonation retentit.

— Aux armes! crie-t-on.

Chacun sort du demi-sommeil où les heures monolones l'avaient petit à petit plongé, chacun arme son fusil et interroge l'horizon...

Rien qu'un léger nuage grisâtre, — fumée de poudre et de poussière mélangées, — qui s'élève au loin.

V\\ pont vient de sauter.

La mine, en jouant chaque nuit, met entre les Prus-

Siens et nous ces deux larges fossés naturels qui s'appellent la Seine et la Marne.

A rinertie coupable des semaines précédentes a succédé une véritable fièvre de dévastation. Ponts, viaducs. ouM'ages de toute sorte, sont livrés, sans compter, à la poudre ou à la dynamite. On sacrifie jusqu'au pont d'Asnières, aboutissant à la presqu'île de Gennevilliers que barre une seconde fois la Seine! Sur plus d'un autn* point, on oublie de se demander si l'œuvre détruite n'eût pas été plus utile à l'assiégé qu'en l'assiégeant. Enlever à celui-ci les moyens de parvenir jusqu'à nous, c'est aussi nous ôter les moyens de parvenir jusqu'à lui. Jet(»r bas les millions serait peu; mais compromettre les lendemains de la résistance constitue une faute irréparable. Le génie militaire semble vouloir confiner Paris dans un rôle de défense passive et lui interdire tout retour vers le dehors.

Et cependant les abords de l'immense forteresse nr sont pas rendus, sur toute leur périphérie, inaccessibles à un ennemi grisé par ses succès. Aussi les ouvriers appelés par l'autorité militaire viennent-ils en foule aider les soldats du génie et les gardes mobiles à semer d'obstacles les routes.

En avant des points vulnérables de notre double enceinte, on pratique de nombreux travaux, — travaux d'ordre secondaire, il est vrai, mais qui donneront aux ouvrages intérieurs le temps de s'achever. Les grands chemins et les avenues sont coupés de tranchées, entravés par des abattis d'arbres ou des amoncellements de matériaux di» toute sorte. Plus près, on creuse des trous-de-loup, que l'on garnit de pieux aigus. Nos belles voies extérieures se métamorphosent en une série d'échiquiers.

Au sommet des buttes Montmartre, sur un terrasse-

ment de sable^ derrière un parapet dûment gabionné, s'alignent en batterie huit splendides canons de la marine, de ces canons dont la portée utile dépasse 7 kilomètres. Leur tir protège les sinuosités du cours de la Seine et peut envoyer des boulets jusqu'à Argenteuil.

Sur le vci'sant nord des buttes, derrière la tourMalakoff dont les Parisiens connaissent bien les murs bariolés, on à placé une batterie semblable, dont les feux plongeants passent entre le fort de la Briche et ceux de Saint-Denis.

A mesure que les journées s'écoulent, les préoccupations de la défense embrassent un plus \*astc champ.

Chacun vient joindre son effort à l'effort de chacun. Tandis que le soldat aiguise sa lame ou compte ses cartouches, tandis que l'ouvrier taille glacis ou créneaux, le savant guerroie aussi à sa façon. Courbé sur sa table de travail ou sur son fourneau de chimiste, il arrache à la science des moyens de combat nouveaux et Ijnprévus.

Puis, à l'inverse des faiseurs de projets, on voit ceux ([ui, plus modestes, se bornent à chercher quelles précautions simples et immédiates nous avons à prendre contre l'ennemi.

Les secrétariats des ministères sont pleins de lettres, les journaux soîU pleins d'articles où chacun vient signaler les desiderata de la situation. Les observations pratiques s'y heurtent aux idées saugrenues.

L'un prescrit un examen attentif des issues souterraines et une surveillance rigoureuse exercée sur les ouvertures des carrières ou des catacombes. D'autres nous mettent en éveil au sujet du rôle que pourrait jouer notre système d'égouts. Les envahisseurs, prétendent-ils, auraient songé déjà à en tirer parti pour pénétrer. Us savent qu'on peut s'y tenir à hauteur d'homme; ils connaissent exactement la situation des bouches, leurs dimen-

l/HELRE DES SACUJFIÇES. 37

sions, quau besoin ils se feraient forts d'agrandir; et ils ont un plan tout tracé pour faire usage de ces précieuses notions.

Rien, au surplus, n'autorise à accueillir ironiquement les appréhensions même les plus exagérées. Les armées que nous nous préparons h combattre possèdent la connaissance minutieuse de la topographie du sol et .de la configuration de la place, comme aussi des ressources de ses abords ; de ces ressources que nous nous efforçons,

— infructueusement , — d'anéantir.

Dans une brochure publiée à Berlin, en 186T, par un capitaine de Tartillerie prussienne, ne lit-on pas qu'en cas d'attaque de Paris, la forêt de Bondy serait d'un précieux recours aux assaillants, qu'ils pourraient aisément s'y dissimuler, et que rien ne leur serait plus facile que de s'en faire un refuge en supposant un assaut repoussé de ce côté?

On le voit, ce n'est point d'aujourd'hui que date la prédilection du Prussien pour les bois. L'attrait que lui inspire la foi'êt de Bondy n'a d'ailleurs rien de surprenant.

— Ce n'est que de l'instinct, sans doute !

Cette exclamation, chacun la jetait involontairement au récit, apporté chaque jour par les quelques journaux étrangers qui nous parvenaient encore, des atrocités commises ptir l'armée assiégeant Strasbourg.

On se racontait avec horreur les scènes du bombarilemcnt, la destruction de monuments séculaires, l'incendie de cette bibliothèque sans pareille à laquelle la science allemande doit tant.

Nous apprenions d'avance ce qu'allait être le siège, et nous disions à Strasbourg merci, pour nous avoir montré à souffrir.

Sur un des côtés de cette. place, unique au monde,

dont rhistoire a enregistré les fastes en la désignant tour a tour sous les vocables de place Louis XV, place de la Révolution et place de la Concorde , — non loin des premières arcades de k rue de Rivoli, s'élève, entre deux ligures allégoriques du même genre, une statue, de pierre posée sur un socle élevé.

La base de granit porte, incrusté en lettres capitale.*^, ce nom désormais immortel :

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