STRASBOURG
Les promeneurs qui naguère traversaient la place, n'accordaient à Timage sculptée qu'une attention promptement distraite ; leurs yeux se portaient plus volontiei*s vers les jets d'eau éblouissants, les façades monumentales et les avenues dont les arbres, près de là, dressent leurs cimes vers le ciel.
Tout au plus si parfois, en contemplant la statue, quelque enfiint s'extasiant sur ses dimensions la désignait du doigt.
— Qu'elle est grande!
Ce que l'enfant eût dit alors, cliacun le redisait maintenant en se découvrant le front. Autour du piédestal, Paris défilait, tantôt grave et recueilli, tantôt fiévreux et emporté.
En accourant en foule au pied de la statue devenue comme l'incarnation de l'antique capitale de TAlsace, Paris ne voulait pas seulement rendre hommage à la gloire de Strasbourg; Paris venait chercher un exemple. Et c'était un moment saisissant que celui où une multitude tout enflammée d'une sombre énergie s'écriait, eti levant la main vers l'image ensevelie à moitié sous les drapeaux et les emblèmes :
« Nous jurons tous do faire comme loi ! »
Pari» devaDt Strasbourg.
Des le premier jour, un registre était ouvert, recevant tes signatures des citoye.ns. Sur la première page, les membres du gouvernement de la Défense nationale avaient tracé leurs noms au-dessous de cette dédicace :
Honneur à nos frères défenseurs de Strasbourg.
Le piédestal abonjiait en inscriptions votives, mêlées aux fleurs et aux couronnes que des mains pieuses apportaient.
Tout en haut brillaient ces quatre mots destinés à rester dans le souvenir des générations futures comme la devise sublimé de ceux qui défendaient Strasbourg :