‹ Paris sous Louis XIVChapitre 50 sur 88 · LA PLACE DE LA GRÈVE · texte numérisé non relu

LA PLACE DE LA GRÈVE

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E nom avait et il a encore une signiûcalion toute particulière.

Plusieurs siècles l'ont établie, un demi-siècle n'a pas réussi à

l'abolir. C'était la place désignée des exécutions capitales, et

depuis cinquante ans que les exécutions n'y ont plus lieu, la

place de Grève est toujours, par le souvenir, par la puissance

d'une indélébile habitude, le lieu et le nom sinistre, sur le sens

duquel pas un Parisien ne saurait hésiter un instant.

Ce nom, dit un moraliste, qui semblerait naïf aujourd'hui, les scélérats ne peuvent

l'entendre sans épouvante, « il offre un tableau de tous les crimes qui déshonorent les

familles, la société, la patrie, la religion, la nature et l'humanité. » Mais ces crimes, on

les punissait autrefois. Aujourd'hui on les analyse, on les classe, non plus d'après la morale, mais d'après la science, une science créée tout exprès ; on est arrivé à ce degré de subtilité sentimentale que la vie de l'homme étant sacrée, la vie d'un monstre doit être sacrée aussi, par la raison que ce monstre paraît être un homme.

Nos pères ne traitaient point ces questions par le sentiment ; ils disaient que le bien ou le mal résulte des commencements ; qu'il importe de couper le mal dès qu'il a pris racine et produit cette fleur appelée crime, dont les graines se multiplient à l'infini. Mais nous ne pensons pas comme nos pères. Aujourd'hui le coupable peut devenir criminel, le criminel scélérat, le scélérat monstre, la loi lui permet de prendre ses degrés à loisir; elle le suit d'un œil curieux, constate le développement intelligent de sa mauvaise nature, la progression de ses méfaits ; d'une main légère, elle administre paternellement, peu à peu, au misérable, un petit supplément de correction ; elle nourrit, elle entretient, et laisse vivre et se reproduire cet élément d'infamie et de dévastation. Lorsqu'il en est arrivé à la dernière période, au summum du tarif dressé par le code, la société n'applique pas inflexiblement et nécessairement la peine ; elle transige, elle s'apitoye, elle pardonne souvent. En un mot, la société d'autrefois tranchait vite, et d'un seul coup, pour châtier un crime et en économiser d'autres; la société d'aujourd'hui encourage le malfaiteur et fait ainsi des criminels, par l'espoir, qu'elle leur laisse toujours, d'un pardon qui sauvera leur exécrable tête. En sorte que, de nos jours, il n'est pas un meurtrier, empoisonneur, parricide, fléau de l'humanité et de la patrie, qui, ses forfaits accomplis et sa condamnation prononcée, ne puisse s'attendre, après un agréable voyage par delà l'équateur, à trouver sous un ciel plus doux, un pays neuf, à s'y marier, à s'y enrichir facilement par quelque bon négoce, et, rapatrié, à repasser, inviolable et, qui sait, éligible, par cette même place de Grève où, jadis, il eiit, sur l'échafaud, payé sa dette à Dieu et aux hommes.

Mais, dit-on, nos pères étaient des barbares ignorants, fouillant avec délices dans l'arsenal des lois les plus féroces pour y chercher des supplices révoltants et s'en faire des spectacles. Il ne peut venir à l'esprit de personne que ce siècle de Louis XIV fiît une époque de barbarie ; on soutiendrait avec plus de vérité que jamais nation civilisée n'a dépassé la somme d'esprit, de morale et de délicatesses en tout genre que le xvif siècle nous a laissée en héritage. Ce n'est donc ni à l'ignorance, ni à la grossièreté des mœurs qu'il convient d'attribuer la sévérité die nos pères.

Ils avaient dans leurs traditions, dans leur essence même, cet amour ardent de l'honneur, cette soif inextinguible du bien, et par contre, la haine vigoureuse de tout ce qui dégrade l'homme, ternit la gloire nationale, et menace l'existence et la paix de la

famille, de la religion et de la société. Et, en de telles circonstances, ils sévissaient, ils frappaient vite et fort , comme les Romains, le plus grand des peuples civilisés, lequel, cependant, fui barbare toujours, dans ses mœurs, ses guerres et sa politique, — très admiré, pourtant, de ceux même qui n'admirent pas les pratiques de la France au xvii" siècle.

Nous, hommes du xix', nous haïssons le mal, mais nous n'aimons plus le

l'Libii Ut: nnbVF.

bien. Un crime est-il commis, nous nous apitoyons sur la victime ; mais lorsque le criminel convaincu doit subir sa peine, nous avons des entrailles qui s'attendrissent sur le criminel.

La place de Grève, avant d'avoir acquis sa renommée sanglante, était simplement un rivage, très fréquemment noyé par les crues subites de la Seine alors sans digues et sans quais. Le flot montait, selon son caprice et sa puissance, sur celte pente douce, et couvrait un espace considérable, puis, se retirant, laissait, fangeuse et inutile, toute la

grève qu'il avait envahie. Les barques, les péniches de commerce et d'approvisionnements s'y établissaient, s'y amarraient à de gros anneaux scellés de distance en distance, comme dans une sorte de port, et puisque l'on pouvait craindre perpétuellement le retour des ceux, le centre de cet espace restait vide de constructions et d'installations quelconques. La Grève devint ainsi une place, que des maisons entourèrent peu à peu, timidement, et le plus loin possible du lit de la rivière. Nous verrons ces habitations se multiplier avec le temps, suivant les circonstances, et surtout, selon l'efficacité des travaux d'endiguement que la ville entreprit à partir du xvi' siècle, c'est-à-dire vers l'époque où la maison de ville s'établit sur cette place, et par conséquent, prit intérêt à la garantir de tout péril.

A dater de ce moment, l'histoire de la place de Grève se lie indissolublement à celle de l'Hôtel-de- Ville, et nous les traiterons l'une par l'autre dans la notice suivante. Au point de vue topographique, voici comment la place, formée ainsi qu'on vient de le lire, s'accrut, se bâtit, et se peupla.

On y accédait par sept voies : au fond, la rue du Mouton, puis, se rapprochant vers la Seine, à droite, la rue Jean de l'Épine, celles de la Vannerie et de la Tannerie ; puis le quai Pelletier, bâti par Claude Pelletier, prévôt des marchands, en 1675, ouvrage utile et savant qui fut bien apprécié dès son apparition, supprima le cloaque empesté des Tanneries qui s'étendait du pont Notre-Dame à la Grève, dompta les révoltes de la rivière, et fournit à la place une entrée décente ; enfin, à l'embouchure de ce quai, la rue de la Mortellerie, et, sous l'arcade gauche de l'Hôtel-de-Ville (l'arcade Saint-Jean), la rue du Martroy.

Cette dernière rue était le débouché du Monceau Saint-Gervais, colline escarpée, compacte, sur laquelle s'était établie la petite paroisse de Saint-Jean en Grève, coadjutrice et voisine d'une autre paroisse plus ancienne. Saint-Gervais, dont l'histoire est plus loin. L'Hôtel-de-Ville vint se placer, en façade, sur la place de Grève, au élevant même de Saint-Jean qu'il masqua, mais dont le portail s'ouvrait sur cette rue du Martroy. A la droite de l'Hôlel-de-Ville s'élevait l'hôpital du Saint-Esprit, qui, lui-même, avait à sa droite le Bureau des Pauvres de toutes les paroisses de Paris, modeste édifice placé au coin de la rue du Mouton et de la place de Grève. La petite église Saint-Jean en Grève était donc bien nommée, puisqu'avant l'Hôtel-de-Ville elle bordait la place et en faisait partie.

Le terrain sur lequel on l'avait bâtie, en 1326, et l'emplacement occupé par Saint- Gervais, c'est-à-dire le Monceau Saint-Gervais, tenaient à la seigneurie directe du roi, en sa qualité de comte de Meulan. C'est ainsi que les arrêts de haute justice recevaient leur exécution sur la place de Grève, quant aux crimes commis dans le ressort du fief

royal. Elles pouvaient avoir lieu en de nombreux endroit.s : la cour du Palais, celle de la Bastille, les Halles, Montfaucon, etc., l'emplacemenldépendait de la juridiction sous laquelle était inscrit le coupable, et chaque seigneurie, à Paris, avait sa justice haute, basse ou moyenne : — nous les désignerons dans chaque quartier à son tour.

Le marché aux Pourceaux était réservé au supplice des faux monnayeurs el autres grands criminels condamnés au feu. — On essorrillait (on coupait les oreilles), au carrefour Guillery ou Guillory , autrefois appelé : Guigne-Oreille. Le lecteur n'attend pas que nous lui offrions l'énumération des suppliciés en Grève ni la description des supplices, ni même un choix parmi ces milliers de noms odieux ou infâmes.

Dans certaines gravures anciennes qui représentent la place, on voit se dresser une croix de pierre en face l'arcade Saint-Jean. Plusieurs degrés circulaires conduisent au pied de cette croix destinée aux amendes honorables. A gauche, trois gibets dont l'un, celui du milieu, a deux branches. — Nous ne supposons pas que ces bois de justice fussent là scellés en permanence; ils s'y dressaient selon le besoin du moment.

L'échafaud atTecté au supplice de la décollation ou de la roue s'établissait plus en avant, regardant Notre-Dame. L'histoire, qui raconte les grands crimes et leur expialion, donne souvent des détails précis sur l'exécution des condamnés, et la lecture de ces tristes chroniques, écrites sans passion comme sans ménagements par un véritable historien, sufGt à renseigner tout lecteur qui cherche dans ces faits une étude, et non la surexcitation malsaine du système nerveux.

Cette place, comme une décoration théâtrale qui se transforme à vue, changeait souvent son lugubre appareil en une représentation brillante et joyeuse, — bruyante aussi. L'on y célébrait les fêtes et réjouissances municipales, on y allumait les feux de joie. François 1", dit-on, venait avec toute sa cour y embraser lui-même la paille du biicher de Saint-Jean les veilles de saint Jean-Baptiste. — C'était là aussi, el là seulement, jusqu'après Louis XIV, que se tiraient les feux d'artifice, quand la ville de Paris avait l'honneur d'offrir à son roi un dîner, un bal ou une fête, en réjouissance de quelque grand événement, une naissance, un mariage royal, la guérison du Prince, une victoire, un glorieux traité de paix.

La notice sur l'Hôtel-de- Ville va compléter cette histoire, abrégée à dessein, de la place de Grève.

L'IIOTEL-DE-VILLE.

Les premiers notables Parisiens furent des trafiquants par eau, ces Nantes dont nous avons parlé dans le quartier de la Cité.

Devenus une corporation importante, signalée sous le nom de la Hanse parisienne,

H0IEL-I)E-V1LLE

ils traitaient primitivement leurs affaires au petit port de la Grève qu'ils avaient acheté en 1141. Au siècle suivant, ils s'assemblaient à un nouveau port situé en face l'école Saint-Germain (quai de l'École), car le principal commerce se faisait sur la rive droite de la Seine, et le lieu de leurs réunions était, en la vallée de Misère, à l'ouest du Châtelet, un bâtiment appelé : Maison de la marchandise, qui plus tard, prit le nom de Parlouer aux Bourgeois, en latin forum locutorium, place où l'on parle. Ces marchands, devenus des bourgeois, parlaient donc déjà — de leurs affaires, sans doute —

au commencement du xiv' siècle, et pour parler plus commodément, pour loger plus honorablement les représentants de cette corporation, devenue un corps municipal, ils firent élection d'un domicile situé au centre de la ville, à proximité de la rivière, leur providence, leur grande route et leur associée.

C'était une maison en Grève, achetée par Philippe-Auguste vers 1212, et qu'on nommait la maison aux Piliers, bâlie qu'elle était sur d'énormes piliers de pierre; Philippe de Valois la donna au dauphin de Viennois ; elle appartint à un autre dauphin, fils de Jean le Bon, Charles V, qui en fit don à Jean d'Auxerre, en 1336, et ledit Jean d'Auxerre la vendit, en 1357, à la ville de Paris représentée par Etienne Marcel, prévôt des marchands et les échevins.

Celte maison fut le premier Hôlel-de-Ville de Paris, et de plain pied, il entra dans l'histoire, pendant l'une des tempêtes les plus menaçantes que la France ail eu à traverser, — sans sombrer toutefois, comme le dit la devise du vaisseau parisien. Le roi Jean, vaincu à la bataille de Poitiers, était prisonnier en Angleterre, et les communes de France, irritées de cette défaite, voulaient bien contribuer à racheter le roi, mais posaient leurs conditions. A la tête du mouvement s'était placé le peuple de Paris, sous l'influence de son prévôt des marchands, Etienne Marcel, et pendant ces démêlés, un second orage, plus terrible que le premier, fondait sur la malheureuse patrie. L'Anglais inondait le territoire ; routiers, malandrins, soldats fugitifs, paysans révoltés, tout ce qui vole et qui tue, pillaient et égorgeaient. La Jacquerie commençait, fomentée par l'étranger, par Charles le Mauvais, roi de Navarre, prétendant, sans l'avouer, à la couronne du roi captif, et s'allianl avec les Anglais et les brigands pour réduire la France à un tel état de désespoir et de misère qu'elle vînt se jeter dans ses bras. El le jeune dauphin Charles, nommé régent, n'avait ni argent pour racheter son père, ni armée pour délivrer le royaume, ni amis pour le défendre lui-même : Marcel avait fait égorger, sous ses yeux, dans sa chambre, au Palais, les maréchaux de Champagne et de Normandie, ses fidèles conseillers; et maître de la situation, sollicité par l'Anglais et par le Navarrais à la fois, hésitait entre les deux, se réservant de choisir, au mieux de son ambition, le candidat dont il ferait un roi de France.

Mais toutes ces intrigues, mêlées d'assassinats, faisaient perdre à l'Ilôtel-de-Ville un temps que le jeune régent mellait à profit. Menacé déjà une fois par la faction au sujet de levées qu'il avait su faire, il avait convoqué le peuple aux Halles et s'y était rendu, sans armes, sans gardes, lui cinquième, pour expliquer que son devoir de régent était de reconstituer une armée. La multitude ne s'était pas laissé convaincre, mais elle avait admiré la hardiesse du dauphin. El, peu à peu, beaucoup d'esprits revenaient à ce défenseur légitime. Charles vit accourir à lui, de toutes les provinces, les débris de la noblesse

échappés au désastre de Poitiers, et que la Jacquerie spoliait et expulsait de leurs domaines : cette armée avait soif de venger sa défaite et les insultes dont on l'abreuvait. Elle tint la campagne autour de Paris, traquant les Jacques, les routiers et les navarrais, dont elle tua vingt mille, un certain jour de la Saint-Jean. En même temps, le régent qui s'était échappé de Paris, s'avançait avec trois mille hommes et occupait Charenton, Saint-Maur et Conflans, coupant aux parisiens de Marcel tous les arrivages de la haute Seine. La ville fut bientôt menacée de famine, et Marcel, dépopularisé par cet échec, se vit réduit à choisir son candidat : il appela Charles le Mauvais au secours de Paris. Le Navarrais accourut, et vint « prêcher » à l'Hôtel-de-Ville — où les échevins, sur la proposition d'un des leurs « avocat », fidèle partisan de Marcel, nommèrent le Navarrais capitaine de la ville. — Il est vrai que peu après ils le révoquèrent, voyant le pileux résultat d'une sortie dans laquelle, au lieu de combattre le régent, il avait parlementé avec lui.

C'en était fait des plans ambitieux du prévôt des marchands ; Marcel ne pouvait rien attendre du dauphin ; aux yeux des Parisiens il perdait chaque jour son prestige. L'Anglais dédaignait de s'appuyer sur lui, depuis qu'il le voyait prêter main forte aux Jacques, et ces mêmes Anglais, un jour que les Parisiens avaient forcé Marcel de commander une sortie, l'attendirent dans une embuscade, au bois de Boulogne, et lui tuèrent six cents hommes. Les survivants revinrent à toutes jambes; mais Marcel se sentit bien perdu, et résolut de livrer Paris à Charles le Mauvais : il s'engagea donc à lui en remettre les clefs, après avoir purgé la ville de tous les partisans du régent. Leurs maisons, dit la chronique de Nangis, étaient marquées d'avance.

On sait le dénouement. — Marcel, dans la nuit du 31 juillet au \" août, allait livrer les bastilles de la porte Saint-Denis et de la porte Saint-Antoine à Joceran de Màcon, trésorier du Navarrais, lorsqu'à la porte Saint-Denis, il rencontra Jean Maillart, Pépin des Essarts et Jean de Charny qui lui demandèrent ce qu'il venait faire avec ces clés à la main. — Une querelle s'engagea, une mêlée, dans laquelle Marcel succomba le premier, la tête fendue d'un coup de hache; plusieurs hommes de son escorte périrent avec lui.

Trois jours après, le régent était rappelé; les échevins, partisans de Marcel, et le trésorier du Navarrais, mis au Châtelet, étaient jugés et décapités en Grève. A la suite d'un complot tramé par Charles le Mauvais pour venger Marcel, le régent fit saisir et emprisonner dix-neuf bourgeois notables ; alors les Parisiens effrayés députèrent au Louvre pour savoir si le régent était résolu à tirer vengeance du passé.

Charles répondit aux députés qu'il s'expliquerait le lendemain avec le peuple, et le lendemain, en effet, il vint à la place de Grève, cette fois bien accompagné, monta les

degrés qui entouraient la croix, et de là, comme d'un tribunal, il harangua la foule, et déclara que les gens arrêtés par ses ordres étaient coupables de trahison. On l'applaudit; toutefois, sage et modéré, comme toujours, il usa de clémence, et fit mettre quelque temps après ses prisonniers en liberté.

Marcel, lui, après l'assassinat des deux maréchaux dans la chambre du Dauphin, était revenu à riIôlel-de-Ville, et, d'une fenêtre, avait aussi harangué la multitude et déclaré que ces maréchaux étaient « faux et traîtres», et que tout ce qui venait de se faire (les assassinats) était pour le bien du peuple. Et les gens des métiers avaient applaudi.

Nous avons raconté cet épisode du gouvernement de la commune de Paris parce qu'il fut le premier acte politique des magistrats municipaux de la ville. — Jusqu'alors, et notamment sous le règne de saint Louis, les échevins parisiens, se bornant à des fonctions purement administratives et financières, avaient rendu à leur cité de signalés services, et il en fut de même tant que la ville, représentée par sa municipalité, s'abstint de toute ingérence dans la politique et les affaires de l'État.

Mais sous Charles VI, en 1380, les bourgeois, commandés par leur prévôt des marchands, se réunirent en armes à l'Hôtel-de-Ville, et réclamèrent tumultueusement la suppression des impôts, établis, il le faut dire, arbitrairement contre toute justice, malgré toute promesse, et pour les besoins de la guerre.

La populace, enchérissant sur les bourgeois, pille les maisons des collecteurs et des juifs, en tue plusieurs, et marche sur l'Hôtel-de-ville en criant : Liberté! De là on court à l'arsenal de la maison commune, où le prévôt de Paris, Hugues Aubriol, avait fait déposer quarante mille maillets de fer destinés à armer le peuple en cas d'un siège, et qui servirent d'instruments à un affreux massacre. Nous avons vu comment, à son retour de Flandres, le roi Charles VI punit et termina cette révolte des Maillotins.

Louis XI, qui craignait sa noblesse plus que son peuple et se plaisait à opposer l'une à l'autre, donna aux municipalités de Paris beaucoup de privilèges, notamment celui de composer des compagnies, de s'armer, de porter bannières et de nommer un capitaine. Aussi la maison de ville fut-elle au mieux avec la maison royale ; elle avançait de l'argent aux rois, notamment à Charles Vlll, qui reçut du corps municipal 50,000 livres, pour sa brillante mais infructueuse expédition d'Italie.

Louis XI avait soupe, en grande cérémonie (1465), avec ses bons amis les échevins et leurs femmes en Yostel de la ville, et confirmé, au dessert, ses bonnes intentions envers les Parisiens, son obligation de leurs bons services et tous autres privilèges promis ou accordés. Les choses allèrent ainsi, sans nuages ni désaccord, à partir de l'e.xpulsion des Anglais et Bourguignons. — On retrouve au xvi* siècle cette bonne intelligence entre le prince et les sujets.

La construction d'un nouvel Hôtel-de-Ville ne fut décidée qu'en 1533, sous François I", qui posa la première pierre le 13 juillet de cette année, Pierre de Viole étant prévôt; mais les plans de l'édifice furent changés sous Henri II qui poursuivit les travaux, sans toutefois achever les hàliments. Certaines parties, néanmoins, en étaient logeables, car nous voyons qu'en 1558, le roi Henri II, pour célébrer avec les Parisiens la prise de Calais, manda au prévôt et aux échevins qu'il voulait aller souper chez eux, à leur hostel commun, le jeudi gras, avec la Reine (Catherine de Médicis) et plusieurs princes et dames de son sang. « On pria donc toutes les plus belles dames de la ville d'assister au festin du roi. Le maîlre-d'hôtel de S. M. fit garder les portes de l'Hôtel-de-Ville par trente archers de la garde, qui laissèrent entrer tant de monde que le roi et sa suite, à leur arrivée, purent à grand'peine y trouver place. Les dames invitées s'étaient mises au haut bout de la table et n'en voulaient partir. Le repas, pendant cette confusion, fut manqué; bon nombre de convives n'y eurent à boire. On pria le roi de prendre une collation dans le bureau d'en haut, il y alla avec les princes, et pendant ce temps, les dames de la ville dansèrent dans un coin de la salle. — A onze heures du soir tout le monde était parti. »

Mais la politique reprit le dessus vers la fin du siècle. — Le prévôt des marchands, Claude Marcel — un nom de male-chance — fut soupçonné d'avoir pris part à l'empoisonnement de Jeanne d'Albret. Ce même Marcel, bien que sorti de charge, harangua le peuple rassemblé en armes dans l'Hôtel-de-Ville, la nuit de la Saint-Barthélémy, et Jean le Charron, nouveau prévôt des marchands, sortit de la Maison commune avec les bourgeois et leurs capitaines qui se répandirent par les rues. Le lendemain, l'un de ces capitaines, du nom de Jean Pezou, se vantait d'avoir tué de sa main cent vingt calvinistes.

Deux mois après, le 27 aoiit 1572, la reine mère et le roi vinrent à l'Hôtel-de-Ville assister au supplice de deux malheureux protestants, Briquemaut et Cavagne, qui furent pendus en Grève à côté du mannequin grossière caricature de l'amiral Coligny.

Sous Henri III, même zèle politique du corps municipal à la Journée des Barricades, inspirée par les Guise (12 mai 1588). Le conseil des Seize (Paris avait alors 16 quartiers) vint siéger à l'Hôtel-de-Ville, nomma prévôt l'un des plus furieux ligueurs, la Chapelle-Marteau, et l'on peut dire que le conseil municipal se livra tout entier aux ligueurs, c'est-à-dire aux Guise, contre l'autorité royale. C'est à l'Hôtel-de-Ville que tenaient séance les Quarante, Conseil de la Sainte-Union, chefs fanatisés de cette ligue dont les excès faillirent ruiner à jamais la France.

Henri IV pacifia tout. Il gagna les cœurs de Messieurs les prévôts et échevins de sa bonne ville de Paris. C'est sous son règne que fut achevé l'Hôtel-de-Ville. L'édifice

sortit complet des mains de ce grand roi, sauf les embellissements intérieurs qui sont dus en grande partie à i.ouis Xlll et à Louis XIV.

Louis Xlll, en 1626, voulant donner à la ville le plaisir d'un ballet nouveau qu'il devait danser au Louvre, les préparatifs en furent faits à l'Hôtel-de-Ville avec beaucoup de goiît et de magnificence ; avec ordre, cette fois. Le capitaine des gardes du Ilallier et le duc de Montbazon étaient venus dîner à l'Hôtel-de-Ville le mardi gras, 24 décembre, et eurent soin de faire placer en bel ordre les invités du roi et de la ville; et, malgré les violons, personne, avant l'arrivée du roi, n'avait voulu danser de peur de perdre ses places.

« Le roi fit son entrée vers quatre heures du matin, s'excusa de son retard sur la lenteur des ouvriers chargés des costumes du ballet, et le ballet commença qui dura trois heures. Le roi s'approcha ensuite de la table servie en poisson, mangea de grand appétit, demanda un verre pour boire au prévôt et à toute la ville, et commanda aux échevins de boire à sa santé, ce qu'ils firent avec une grande joie. On enleva alors les nappes qui couvraient la table où les confitures avaient été dressées, le roi ne put s'empêcher de dire : « Que voilà qui est beau ! » Il en choisit trois boîtes, et dans l'instant la compagnie se jeta sur le reste qui fut dissipé avec un fracas qui ne donna pas peu de plaisir à S. M. Puis le roi partit, vers neuf heures du matin, au bruit du canon. »

Cet accord entre la municipalité de Paris et l'autorité royale dura tant que le pouvoir ne se laissa pas discuter. Ce n'était pas sous Richelieu que MM. les échevins eussent essayé de diriger la politique du royaume. Mais lorsque, après Louis XIII, une minorité nécessita une régence, et que les Parisiens, domptés par la rude main du cardinal-duc, sentirent les irrésolutions et la faiblesse d'une main de femme, lorsque tout s'émut, à l'intérieur et à l'étranger, pour ébranler la forte assiette du trône relevé par Henri IV, lorsque les princes français eux-mêmes portèrent les premiers coups à l'édifice, et, sous prétexte de renverser Mazarin, firent la guerre au jeune roi, incapable de se défendre, et à la patrie qu'on doit défendre avant tout et toujours, le peuple de Paris suivit, sans se faire violence, l'impulsion de sa municipalité qui s'était prononcée pour la Fronde, c'est-à-dire pour la prétention des Princes contre la prérogative royale, et les désordres commencèrent dans Paris,

Faut-il bien accuser, en cette occasion, les bourgeois et le peuple ? Ce serait une injustice. Toujours le peuple comprimé tend, comme un ressort bien trempé, à se lâcher et à gagner du terrain quand la pression exercée sur lui devient moins puissante ; toujours les municipalités profilèrent, pour accroître leurs franchises et leurs privilèges, des époques troublées, où les rois, faisant ressource de tout, ouvraient la main pour recevoir et pour donner. C'est une loi naturelle : princes et sujets

agissaient d'après cette loi, et si les rois de France firent noblement leur devoir sur les champs de bataille aux jours de grande détresse, les communes ne s'y épargnèrent pas, et donnèrent, noblement aussi, leur sang et leurs deniers : la faute commence à l'hésitation dans le devoir. Le crime commence au désordre.

Mais, sous la Fronde, tous furent coupables, les plus grands comme les plus petits qui ne firent que suivre un exemple. Quand ils virent le premier prince du sang, oncle du roi, et Condé, et le petit-fils légitimé d'Henri IV, Beaufort, prendre les armes contre le roi légitime, comment n'eussent-ils pas hésité ? Quand ils virent couler le sang français dans les rues de Paris, répandu par des mains françaises, comment ces belliqueux n'eussent-ils pas couru à leurs vieilles arquebuses des guerres civiles précédentes ; et cependant, même alors, le sentiment de la faute commise parla si haut dans la plupart des consciences, que les bourgeois de Paris, malgré les instigations, les caresses et les menaces des princes, résistèrent, réfléchirent, et s'enfermèrent dans une neutralité dangereuse pour leurs biens et leur existence, comme on en voit la preuve dans le tableau suivant de l'Hôtel-de-Ville en 1652.

On était au 27 juillet, le roi, âgé de quatorze ans, venait d'être déclaré majeur, l'armée royale et celle des princes se livraient le combat sanglant du faubourg Saint-Antoine, où Condé, battu par Turenne, ne réussit à pénétrer dans Paris que grâce à la complicité de Mademoiselle, fille du duc d'Orléans, qui tira sur les troupes royales le canon de la Bastille, et sauva ainsi le grand rebelle, Condé. Le duc d'Orléans, Beaufort, tous les princes cernés dans Paris, n'avaient plus d'autre ressource que de soulever la populace et d'ajouter à la guerre civile, qui ne leur réussissait pas, l'afFreuse guerre des rues,telle que nous la connaissons. A l'Hôtel-de-Ville, le corps municipal non seulement hésita, mais il refusa de signer avec les Frondeurs un traité qu'ils nommaient : acte d'Union contre le Mazarin. Les princes, décidés à vaincre celte résistance, se rendirent tous à l'Hôtel-de-Ville. La place de Grève élait pleine d'un peuple surexcité, menaçant, parmi lequel on reconnaissait bon nombre de soldats de l'armée des princes, et la fièvre, comme l'ivresse, chauffait à blanc toutes les têtes. Les carrosses des Princes furent accueillis avec des transports de joie et des applaudissements qui semblèrent à leurs partisans du plus heureux augure. Mais, dans la salle des délibérations, les princes ne trouvèrent pas même accueil. Ecoutés froidement par le conseil, ils n'obtinrent pas une concession ; leur fierté se révolta, ils levèrent la séance brusquement et descendirent l'escalier au milieu d'un silence glacial des notables, conseillers, et principaux bourgeois et personnages marquants dont l'Hôtel-de-Ville s'était rempli, dans l'attente d'un grand événement.

Arrivés à leurs carrosses, les princes, que dévoraient mille regards, s'écrièrent à

liuulc voix, pour exciter la colère des masses : « La salle est pleine fie .Mazarins !... » cl à ce mot, la foule furieuse répondit parce cri : « L'Union ! à bas le .Mazarin ! » Aussitôt, comme la poudre qu'allume une étincelle, la sédition, d'ailleurs bien préparée, éclate. La foule, à coups de pierres, à coups de fusil, brise les fenêtres ; les archers de la ville, après une décharge de leurs carabines, fuient; les insurgés, entassant du bois qu'ils ont pris au port de la Grève, incendient les portes de l'Hôlel-de- Ville; la brèche est ouverte, et le torrent s'engouffre dans l'intérieur.

Là commence le massacre de tous ceux, notables, conseillers ou gens de distinction que la foule a pu saisir ; ici l'on égorge, là on met à rançon ; quelques-uns rachètent leur vie à prix d'argent : l'aveuglement des forcenés est tel qu'ils n'épargnent même pas ceux de leur parti, et M. de Guéménée, venu avec les princes et demeuré après leur départ, est dépouillé, puis épargné pour une somme de 40 pistoles. On déshabille les malheureux, on les traîne dehors, moulus de coups; on les assomme, on les traque dans tous les coins ou galetas où ils ont pu fuir et se retrancher. En un mot. « plus de cent personnes furent tuées ou blessées sur quatre ou cinq cents officiers royaux ou notables bourgeois que ces meurtriers fusillaient sans distinction, fussent-ils de leur parti. Et plusieurs eussent été brUilés vifs ou enfumés dans les chambres de IHôtelde-Ville où ils s'étaient barricadés, si M. de Beaufort ne fût venu les en retirer, plus humain que le duc d'Orléans et M. de Condé, qui ne tentèrent point d'apaiser le tumulte, malgré les sollicitations et les prières de quantité de personnes de marque et de dames de condition.

A la suite de celte honteuse bagarre, le prince de Condé nomma prévôt des marchands le fameux Broussel, premier héros de la Fronde, et composa de ses partisans le conseil de ville. Mais ce fut en vain, la Fronde avait vécu tuée par ses chefs; Broussel fut révoqué à son tour, et, un an après, le cardinal Mazarin, dont le Parlement avait mis la tête à prix, et que les Parisiens eussent déchiré en pièces s'ils l'eussent pu saisir pendant l'émeute, l'exécré Mazarin vint en triomphe à l'Hôtel-de-Ville, invité par le corps municipal à une fête magnifique, qu'on célébrait en son honneur.

Désormais il y avait un roi, un gouvernement, une volonté. Les officiers de la ville renoncèrent à la politique, et pendant plus d'un siècle ne s'occupèrent que de bâtiments, de voirie et de questions d'utilité municipale ; de fêtes aussi et de cérémonies.

Nulle part on n'en imagina de plus belles : les festins de l'IIôlel-de-Ville faisaient l'admiration de toute l'Europe.

L'une de ces fêtes est demeurée célèbre. C'était en 1 687, le 25 janvier : le roi Louis XIV relevait d'une grave maladie; il fit mander, à son lever, le prévôt des marchands auquel il déclara son intention d'aller, le jeudi 30, entendre à Notre-Dame une messe d'actions

de grâces et de se rendre ensuite à l'Hôtel-de-Ville pour y dîner. On lui préparerait, pour lui, une table de vingt-cinq couverts, plusieurs autres de vingt couverts pour les seigneurs de sa suite, il voulait être servi par les officiers de la ville, et « mangerait de tout ce qui lui serait présenté. »

Le lendemain, le roi fit dire qu'il demandait trente-cinq couverts pour sa table au lieu de vingt-cinq, et enfin, le jour même du festin, le roi fit commander vingt couverts de plus, en tout cinquante-cinq. On courut jusqu'à Rouen chercher des veaux de rivière ; on enlevait partout ce qu'on rencontrait de plus exquis, et, dès le mardi, la table était dressée à l'Hôtel-de-Ville afin que les officiers municipaux pussent s'exercer au service. Le roi avait défendu qu'on tirât le canon à son arrivée ainsi qu'à sa sortie, ayant pour agréable qu'on fît, sur le soir, des feux de joie par tout Paris, un feu d'artifice sur la place de Grève, et que toutes les boutiques fussent fermées.

« Le roi, parti de Versailles, arriva vers midi à la Porte de la Conférence où l'attendait une foule immense qui suivit son carrosse jusqu'à Notre-Dame, et après la messe, il se rendit à l'Hôtel-de-Ville accompagné du Dauphin, de la Dauphine et de toute sa cour. On se mit à table ; le prévôt des marchands donna la serviette au roi. Le premier éçhevin servit Mgr le Dauphin, et ainsi ensuite. Madame la Dauphine fut servie par la Présidente deFourcy, et Titon, procureur du roi, servit Mademoiselle comme si elle n'avait jamais lire sur l'armée de ïurenne le canon de la Bastille. Tous les échevins étaient là, en grandes robes de velours, et les plats étaient portés par cent vingt archers de la ville, l'épée au côté sans bandoulière, conduits par leur colonel et leurs autres officiers, sur trois lignes. Le premier service fut de 150 plats ou assiettes, le second de 22 grands plats de rôti, 21 plats d'entremets et 64 assiettes, et le troisième service, qui était le fruit, fut servi avec la même abondance et une quantité de fleurs rares, bien qu'il gelât très fort. Ensuite on présenta toute sorte de liqueurs. Pendant tout le repas se firent entendre les 24 violons et les hautbois du roi placés dans la salle sur un amphithéâtre. Les autres tables furent servies en même temps avec la même magnificence. »

Et il se faisait, tant à l'Hôtel-de-Ville qu'au dehors, des distributions de pâtés, viandes, langues, pains et vins à profusion, sans compter le vin que versèrenl, tout le jour, quatre fontaines sur la place de Grève.

Le roi, après avoir dîné, se montra à une fenêtre où la foule, qui l'attendait, le salua de ses acclamations: il accorda au prévôt des marchands la liberté des prisonniers détenus pour dettes, et partit avant le feu d'artifice, pour aller voir à la place des Vicloires le monument qu'au mois de mars de l'année précédente, le maréchal de La Feuillade avait fait élever en son honneur.

Le prévôt des marchands et les échevins commandèrent un tableau représentant ce

dîner du roi et de sa cour à l'Hôlel-de-Ville, et en outre un monument desliné à perpétuer le souvenir de cette visite mémorable du grand Roi. C'était une statue de bronze, par Coysevox, représentant Louis XIV en triomphateur romain. Sur le piédestal de marbre blanc, deux bas- reliefs allégoriques, dont l'un, par parenthèse, faisait une fâcheuse allusion à la révocation de l'Kdit de Nantes, et voici le texte de l'inscription principale : « La Ville de Paris a fait dresser ce monument éternel de son respecl, de sa fidélité et de sa reconnaissance, dans cet hôtel public de ses assemblées, pour conserver la mémoire de l'honneur que lui fit Louis le Grand, le 30" jour de janvier 1687, y dînant avec loule la maison royale, servi par les prévôt des marchands, échevins, conseillers et quarteniers, après avoir rendu à Dieu de solennelles actions de grâces pour le recouvrement de sa santé que tous nos citoyens avaient demandée au ciel par de très instantes prières. » Après ce jour rien d'important, sous Louis XIV, à l'Hôlel-de-Ville de Paris. Bâti sous François 1", d'après les dessins de Cortone, et recommencé sous Henri II, il était, n'en déplaise à certains historiens trop difficiles en architecture, un édifice noble, élégant et d'un brillant aspect, malgré la confusion des styles et certaine prétention dans la décoration. C'est parfois le défaut de la Uenaissance qu'il ne faut pas dédaigner. Le prévôt des marchands, Pierre de Viole, en choisissant cet emplacement pour son édifice municipal, encourut le reproche d'avoir, par malveillance pour le curé de Saint-Jean, masqué l'église qui, auparavant, se trouvait en façade sur la place; mais enfin, l'édifice était chez lui, le prévôt maître aussi de son terrain, et le reproche ne tombe-f-il pas depuis que les deux édifices, l'oppresseur et l'opprimé, sont tombés tous deux à leur tour. Le véritable auteur de l'Hôtel-de-Ville, nous le nommerons ainsi, ne pouvant l'appeler fondateur, fut François Miron, célèbre et vénérable prévôt des marchands sous Henri IV. Miron reprit l'œuvre abandonnée dès Henri H, en confia la direction à Du Cerceau qui l'améliora notablement. Il y consacra ses soins, son temps, ses deniers, et les émoluments de sa charge, en commanda les ornements, le grand perron, les escaliers, le portique, et plaça, sur le cintre de la porte d'entrée, la statue équestre d'Henri IV, bas-relief demi-bosse en bronze, le seul excellent portrait, disait Sauvai, qui reste de ce grand roi. Ce bel ouvrage de Biard, élève de Michel-Ange, fut à moitié détruit, en 1652, pendant le sac de l'Hôtel-de-Ville raconté aux pages précédentes.

L'espace nous manque pour énumérer les détails de cet édifice fameux. Il nous faudrait en compléter la description par les améliorations, embellissements, ou pour mieux dire par les bouleversements successifs que, pendant un siècle, introduisirent dans leur Hôtel les zélés mais changeants municipaux de Paris. Car il fut fait tant de retouches à l'Hôlel-de-Ville, que cet édifice, presque toujours occupé par les ouvriers, tout achevé qu'il paraissait être, ne fut jamais absolument fini.

Mais nous ne racontons ici que le Paris sous Louis XIV, heureux de nous renfermer dans les limites de cette époque, et de garder le silence sur les destinées qui attendaient cette maison commune des Parisiens. Disons donc avec les historiens du dix-septième siècle : l'Hôlel-de-Viile fut achevé en 1605 ; mais prions le lecteur de n'en rien croire. En 1839, Charles Nodier écrivait ceci : « Il ne faut pas entendre que l'Hôtel-de-Ville lut, en 1606, achevé dans toute l'étendue du mot; car en fait de bâtiments municipaux, comme d'institutions municipales, on n'a jamais rien achevé en France. On bâtit encore r Hôtel-de-ville, et on le bâtira toujours. »

Quelquefois on le brûle.

ÉGLISE SAIiNT-GERVAIS

Elle s'élevait derrière l'Hôtel-de-Ville, et en retraite de l'église Saint-Jean, beaucoup plus ancienne que cette dernière, puisqu'il est fait mention d'une église Saint-Gervais et Saint-Protais dans la Vie de saint Germain, écrite par Fortunat, évêque de Poitiers. Saint Germain mourut en 378; cette église de Saint-Gervais exislait donc à la fin du sixième siècle. Elle fut détruite et reconstruite plusieurs fois, sous l'invocation des mêmes saints auxquels la légende attribue, à diverses époques, les miracles les plus édifiants. C'est à dater de 1470 que l'église Saint-Gervais aurait été dédiée authentiquement. Une inscription l'affirme; mais les archéologues les plus savants prétendent que rien, dans l'architecture de cette église, n'autorise à croire qu'elle existât antérieurement au seizième siècle, et que, dans les vitraux, notamment, qui sont d'une grande beauté, rien comme main-d'œuvre ou procédé ne précède le temps de Louis XI. Laissons, tel qu'il est, ce débat; il est cerlain que le corps de l'église appartient à la dernière époque du style gothique. Les voiites sont nobles et d'une grande élévation ; à l'entour régnent des bascôtés et des chapelles. Les vitres du chœur furent peintes par Jean Cousin, magnifique ouvrage, mais si couvert qu'il assombrissait l'intérieur, très problématique défaut, que le dix-huitième siècle reproche à la plupart des édifices gothiques, auxquels, selon nous, cette pénombre imprimait un caractère imposant de calme mystérieux et de recueillement. On remédia, malheureusement, à ce prétendu défaut en grattant la pierre et en blanchissant les vitres ; mais ce qui n'était contesté par personne, c'est l'ampleur et la majesté du portail, adapté à l'antique église, en 1616, par Jacques de Brosse, sous le règne de Louis XIII qui en posa la première pierre. Nous ne décrirons pas cette belle façade, visible encore aujourd'hui.

On célébrait dans Saint-Gervais, le 1" septembre de chaque année, l'anniversaire d'un de ces miracles dont nous venons de parler. Un voleur avait dérobé le ciboire, il l'emporta

en courani, jusqu'à Suint-Denis, et là, se croyant hors de danger, ouvrit le ciboire pour se rendre compte du poids, l'hostie s'envola, poursuivant le voleur sans qu'il piit la saisir. Mais lui fut saisi, jugé et pendu (1274).

Une autre fondation singulière de cette église : l'O de l'Avent. Quelques jours avant Noël, le prévôt des marchands, leséchevins et tout le corps municipal de la ville venaient assister à cette cérémonie, dont les fondateurs (la corporation des marchands de vin)

ÉUI.ISE SAINT-GEnVAIS

leur ofTraient des pains de sucre et des confitures. Les plaisants, il y en a toujours eu à Paris, nommaient cette fonction 10 sucré. Cela pourtant ne ferait pas rire aujourd'hui. Mais pour tuer le calembour, les marchands de vin froissés s'abstinrent de sucre et ne donnèrent plus que des bougies.

Tout en face du portail de Saint-Gervais était un orme, remplacé lorsqu'il manquait. Il gênait souvent, cet orme ; mais on usait de tolérance envers lui. C'était d'ailleurs un vieil usage français, de planter un orme devant les châteaux des seigneurs ou devant les églises pour ombrager les réunions, les assemblées, les jeu.\ et les diverlissemeals.

Danser sous V ormeau. Attendez-moi sous V orme . Heureux temps où beaucoup de choses finissaient par une chanson et s'expliquaient par un proverbe !

Saint-Gervais, paroisse riche et respectée, donna dans ses caveaux la sépulture à un grand nombre de paroissiens célèbres.

Scarron, premier mari de madame de Maintenon, mort en 1660; Mathieu de Longuejoue, garde des sceaux de France, 1558; Marin de Gomberville, l'un des 40 premiers aca-

TOMBF.All DR LE TELLIEK

démiciens, 1674 ; Philippe de Champagne, le grand peintre, 1674; Ducange, l'historien ; Louis de Boucherai, chancelier de France, 1699; Amelot de la Houssaye, 1706; de la Fosse, poète dramatique, 1708; Claude Voysin, chancelier de France ; Claude Le Pelletier, ancien prévôt des marchands, ministre d'État, contrôleur général des finances et surintendant des postes, magistrat et fonctionnaire d'une grande probité, d'une haute valeur, l'édile qui créa le quai Pelletier, mort en août 1711, et qui voulut être enterré sans épilaphe, sa vie et ses actes parlant suffisamment pour lui.

Enfin Michel Le Tellier, chancelier de France, dont la sépulture mérite, au point de vue de l'art, une notice particulière.

Ce mausolée est élevé, dans une chapelle à droite du chœur, à la mémoire de Michel Le Tellier, secrétaire d'État de la guerre sous Louis XIII, ministre d'État sous Louis XIV, qui récompensa généreusement ses longs services; et pour ne pas soulever de discussion en reproduisant son éloge funèbre, nous nous bornerons à rappeler qu'il eut pour Gis Michel Louvois, le célèbre ministre, et qu'il se glorifia, dans son épitaphe, d'avoir scellé la révocation de l'édit de Nantes. Il mourut huit jours après, à 83 ans, content, dit l'inscription, A'avoir vu consommer ce grand ouvrage. Il eût pu, sans doute, se dispenser de faire graver celle profession de foi sur le marbre de sa tombe ; mais, avouons-le, les hommes de ce temps-là avaient le courage de leur opinion.

Le mausolée se compose d'un grand arc porté sur deux jambages et couronné d'un fronton, abritant un sarcophage en marbre noir sur lequel est, à demi couchée, la figure du Chancelier. Il prie, les mains jointes; un génie ailé pleure à ses pieds. L'urne funéraire est placée au centre du cartouche compris dans la courbe de l'arc, et deux autres génies éplorés accompagnent cette urne. Deux statues, la Prudence et la Justice, figurent sur l'archivolte, tandis que deux autres, la Religion et la Force, reposent sur chaque base des pilastres. Un grand luxe, trop grand peut-être, d'ornements et de feuillages en bronze doré, décore tout le monument. Sculpture et dessins de Simon Hurlrelle et Pierre Mazeline.

Ce quartier de la Grève comprenait :

2 abreuvoirs pour les chevaux; 1 barrière: des huissiers ou sergents, place du cimetière Saint-Jean; 4 bateaux servant à laver le linge sale, le long du quai neuf ou Pelletier; 1 boucherie : du cimetière Saint-Jean ; 17 étaux ; 1 boutique ou bureau pour les recommandaresses {sic) des nourrices et servantes, rue de la Vannerie, du côté de la rue Planche Mibray; 1 bureau général des Pauvres, en la place de Grève; 1 bureau général des aides, rue des Barres ; 1 bureau appelé V Etape, place de Grève vis-à-vis l'hôpital du Saint-Esprit, pour recevoir le gros de tous les vins des marchands de vins qui sont obligés d'y faire mettre le tiers des vins qu'ils font arriver à Paris ; 2 carrefours : de la Coutellerie, de Guillery ; 3 chapelles : des Haudriettes, rue de la Mortellerie, de Saint-Bon, de l'hôpital Saint-Gervais, rue de la Tixeranderie; \ cloître : de Saint-Jean, où aboutissent les rues du Pel-au-Diable, du .Monceau, Saint-Gervais, des Vieilles-Garnisons, et le passage du Saint-Esprit ; 3 communautés de Filles : des Sœurs de la charité pour Saint-Gervais, soulagement des pauvres malades, école,

et pour les pauvres petites filles de la Paroisse ; des sœurs de la charité, idem, pour la paroisse Saint-Jean ; des Filles de la croix, qui ont soin de l'éducation des jeunes filles de la paroisse Saint-Gervais ; 2 fontaines : du cimetière Saint-Jean, du réservoir de l'Hôtel-de-Ville, place de la Grève ; 1 hôpital : du Saint-Esprit en Grève; 1 Hôtel-de- Ville où se tient la juridiction du prévôt des marchands, tous les mercredis, vendredis et samedis malin; 1 marché : du cimetière Saint-Jean; 2 paroisses : de Saint-Gervais et Saint-Protais, de Saint-Jean en Grève ; 4 places publiques : de la Grève, oii se font les publications de paix et une bonne partie des exécutions à mort ; du cimetière Saint-Jean, où aboutissent les rues du Renard, le Fèvre, de Bercy, de la Verrerie, de la Croix-Blanche et Bourlibourg ; de Baudoyer, où aboutissent les rues Saint-Antoine, des Barres, Renard le Fèvre, Tixeranderie et Monceau Saint-Gervais où se font les publications de paix ; de Guillery ; 5 Ports et Marchés : au blé et avoine, quai de la Grève; au vin, id. ; au foin, id. ; au charbon à brûler, place de la Grève; au bois neuf, id. ; 1 prieuré : de Saint-Bon, rue Saint-Bon; 2 prisons : de l'Hôtel-de-Ville, du Grand- Bureau des pauvres ; 2 quais : de la Grève, quai Neuf (Pelletier) ; maisons 980 ; rues 38, et 2 culs-de-sac ; lanternes 199 ; voirie : hors la Porte Saint-Antoine.

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Xir QUARTIER. — DE L'ARSENAL

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'arsenal n'est pas une fondation du vieux Paris : avant la poudre et le canon, ce qu'on appelait un arsenal pouvait ressembler à un magasin de piques, de cuirasses et d'épées. On a vu qu'au quatorzième siècle les Parisiens s'armaient encore de maillets et en faisaient provision dans leur Maison de ville. Les rois avaient aussi de grands amas d'armes dans le Louvre et les autres maisons royales. Lors même que l'artillerie fut inventée et mise en usage, les canons, en bien petit nombre, se rangeaient dans la Tour du Louvre, et les mutins qui s'emparèrent de ce château, en 1358, y trouvèrent, dit la chronique, canons, arbalètes, engins et artillerie de toute sorte. En 1391, la troisième salle de cette tour était pleine d'armes qu'on en lira pour y installer des livres. Quant à l'artillerie proprement dite, elle était, à cette époque, placée dans la cour basse du Louvre, du côté de Saint-Thomas. D'autres dépôts de munitions et armes de guerre existaient dans l'hôtel Saint-Paul, à la Bastille, à la Tournelle, au Temple et surtout à la Tour de Billy.

Cette Tour, dont nous reparlerons, bâtie au bord de la Seine, derrière le couvent des Célestins, fut, toutes proportions gardées, un véritable arsenal comme les bâtiments connus plus tard sous ce nom.

La ville de Paris avait elle-même ses magasins d'armes qu'elle appelait arsenaux. Elle emménageait poudre, armes et munitions dans divers endroits dont elle était propriétaire, notamment au lieu dit le Champ-au-Plâtre, derrière les Célestins. Là elle possédait plusieurs bâtiments, l'un pour loger son garde de l'artillerie; un autre

L AUSENAL

pour ses travaux, enfin deux grands magasins appelés Granges de l'artillerie de la ville. Ces dispositions ne plaisaient que médiocrement à la Cour; et pour arrêter dans leurs développements les projets belliqueux de la municipalité parisienne, François I", en 1533, fit avertir la ville que, voulant forger des canons et n'ayant pas de place convenable pour entreprendre ses travaux, le roi lui emprunterait l'une de ses Granges ; puis, ayant la première, il demanda la seconde. Le prévôt des marchands et les échevins eurent beau les réclamer, le roi eut beau promettre de rendre les locaux après l'achèvement de sa fonte, la fonte durait encore en 1547, et François 1" était mort. Henri II ne les rendit pas. Tout au contraire il installa le matériel et le

personnel de son artillerie dans ces terrains, qu'il couvrit de bâiimenis considérables. Il y eut logements pour les officiers, logements, ateliers, hangars pour les fondeurs, ciseleurs et ouvriers en tout genre. On profila du voisinage de la rivière pour le transport des salpêtres, pour rétablissement des moulins à poudre, et la fabrication des munitions de guerre, et le nouvel Arsenal devint un quartier militaire dont le voisinage donna bientôt, et non sans raison, de vives inquiétudes. La Tour de Billy, ancien dépôt des poudres royales, avait pris feu, frappée de la foudre, et sauté en 1538; mais ce fut bien pis en 1563 : le feu prit à l'Arsenal; quinze à vingt milliers de poudre firent explosion, les pierres furent lancées jusque dans le faubourg Saint-Marceau, la détonation s'entendit à Melun, les poissons furent tués dans la rivière, pas une maison ne resta debout aux environs. Tous les vitraux des Célestins et des autres églises furent brisés : on compta soixante morts ou blessés, l'Arsenal s'écroula entièrement. Personne n'ayant pu découvrir la cause de cette catastrophe, le peuple l'attribua aux huguenots, et ce fut un argument de plus, en 1572, pour la Saint-Barthélémy.

Charles IX ordonna la reconstruction de l'Arsenal sur le même emplacement et avec des agrandissements notables. L'édifice était rétabli en 1572, et habité par un grandmaître de l'artillerie, le maréchal de Biron, près duquel se fit conduire, pour s'y cacher pendant la tourmente, le jeune Caumont la Force, échappé miraculeusement au massacre des protestants, et demeuré vivant sous les cadavres de son père et de son frère.

Henri III continua de bâtir à l'Arsenal, qui prit sous son règne un développemenl nouveau. Mais, sous Henri IV, cet établissement acquit toute la perfection que l'on pouvait atleiulre du progrès du temps et du génie des administrateurs.

Car en 1599 Henri IV, préoccupé des agissements suspects de la Savoie, dont le duc ne cessait de demander la paix au roi, sans cesser de fortifier ses frontières et d'y accumuler un matériel considérable de vivres, armes et munitions, Henri, dis-je, que l'on trompait quelquefois mais pas longtemps, fit venir M. de Rosny et lui dit : « Je vais avoir avec la Savoie, le Piémont et la Bresse, où sont de puissantes forteresses, des affaires qui ne se videront que les armes à la main et à bons coups de canon. J'aurais donc besoin d'arlillorie et d'un grand-maître ; je veux choisir un homme que je connais et vous aussi, qui a le courage bon, l'esprit vif, actif, diligent. Or devinez qui est cet homme-là et m'aidez à lui persuader de vouloir prendre celte charge, car il est fort de vos amis; on l'appelle le marquis de Rosny.» Sully fit modestement quelques façons, il avait scrupule de supplanter M. d'Estrées ; mais le roi se fâcha; on désintéressa .M. d'Estrées, moyennant quatre-vingt mille écus en principal, et trois jours après M. de Rosny fut grand-maîlre de l'artillerie.

Qui pourrait mieux que lui raconter ce qu'il trouva dans l'arsenal, écoutons-le : Ses provisions expédiées et son serment fait, il s'en alla loger à l'Arsenac (c'était lé mot alors) qu'il trouva très mal bâti et encore plus dénué de canons, munitions et armes. Il remonta sur-le-champ aux causes, manda tous les officiers, et, pour commencer, en cassa quatre ou cinq cents qui tous étaient les valets de la justice, s'entendaient avec les gens de finance et d'écritoire, un personnel fort dangereux en somme. 11 passa des marchés, avec les commissaires des salpêtres, pour une grande fourniture de poudres, avec les maîtres de forges pour une quantité de boulets des six calibres, il acheta du fer de toute sorte, engagea des charpentiers et des charrons, se procura des cuivres, de l'étain, de la mitraille, fit signer tous ces marchés au roi, et l'on se mit à travailler en conscience dans l'arsenal. Sully ne manquait pas de besogne, réunissant alors, en sa seule personne, les charges de surintendant des finances, de l'artillerie, des bâtiments et des fortifications qu'il essayait d'administrer, en sorte « que le roi en eiii satisfaction, le royaume accroissement, et les peuples soulagement et décharge. »

Il était donc à l'Arsenal depuis quinze jours, lorsque le roi vint l'y voir et lui annoncer l'arrivée prochaine, en France, de M. de Savoie. Le duc devait passer par Lyon, Fontainebleau et venir à Paris, où il ne fut pas plus tôt, que M. de Rosny reçut l'ordre de lui faire les honneurs de l'Arsenal et de l'y convier à dîner avec les principaux de sa suite et de sa cour.

Soit par hasard, soit à dessein, le duc arriva bien longtemps avant les autres et demanda aussitôt à visiter les armes, munitions et artilleries. Qui fut empêché, honteux, le grand-maître d'un Arsenal qui ne possédait encore rien. Cependant, il mena le duc aux ateliers dans lesquels on travaillait à force : il y avait sur le chantier quarante affûts et rouages, vingt canons fraîchement fondus et des provisions et des apprêts pour en faire le double; le duc surpris demanda ce qu'on prétendait faire de tant d'artillerie fondue. Rosny, en riant : « Monsieur, dit-il, c'est pour vous prendre Montmélian. — Y avez-vous été? répliqua froidement le duc. — Non, monsieur. — Je le vois bien, M. le grandmaître, car Montmélian ne peut se prendre. — Bien, monsieur, dit Rosny riant toujours, je vous crois sur parole, mais néanmoins ne donnez pas au roi la peine d'y essayer, car s'il me le commandait, je serais capable d'en venir à bout. »

Le duc prit au sérieux cette plaisanterie, et, pendant son séjour à Paris, signa un traité par lequel il s'engageait à restituer le marquisat de Saluées dont il s'était emparé en pleine paix, pendant la Ligue. C'était le principal motif de la rancune que le roi lui avait gardée. Mais comme, de retour chez lui, il désavoua sa signature, le roi, en juillet 1600, lui déclara la guerre, et les canons qu'il avait vu fondre à l'arsenal le punirent de sa mauvaise foi. Il perdit en quelques mois la Bresse, le Bugey et la Savoie :

en 1 601 , le 1 6 janvier, la citadelle de Bourg, la seule place qui fîil resiée au duc, se rendit au roi de France.

Le grand-maîlre de l'Arsenal fui fail duc et pair en 1606. Le roi lui avait permis de choisir parmi ses terres celle qu'il désirait voir ériger en duché-pairie, il choisit Sully et en prit le nom. Ce fut l'occasion d'une grande fêle que le nouveau duc célébra en son Arsenal, après la cérémonie de l'enregistrement des lettres royales par le Parlement, au Palais, où Sully se présenta, escorté de tous les princes, pairs, ducs et seigneurs qualifiés de la cour, en sorte, dit l'historien, que les galeries, cours, salle et grand'chambre furent tellement encombrées, « que l'on ne s'y pouvait qu'à peine tourner » . Au sortir du Palais, Sully retint de cette noble assemblée soixante convives qu'il pria de venir dîner à l'Arsenal, où il avait fait préparer un magnifique festin « de chair et de poisson. »

Mais il n'en avait pas fini avec les bonheurs de celte journée, car en arrivant au logis, il trouva le roi qui l'attendait et lui cria de loin : « M. le grand-maitre, je suis venu au festin sans être invité — serai-je mal diné? — Peut-être bien, sire, répondit Sully, car je ne pouvais prévoir un tel honneur. — Je vous assure que non, lui dit le roi, j'ai visité vos cuisines en vous attendant, où j'ai vu les plus beaux poissons qu'il est possible et force ragoûts à ma mode ; et même, voyant que vous lardiez à revenir, j'ai mangé de vos petites huîtres de chasse les plus fraîches que l'on saurait manger et bu de votre vin d'Arbois le meilleur que j'aie bu jamais. »

Et sur ces propos furent les tables servies.

Henri IV faisait fréquemment de telles visites à l'Arsenal, il s'y plaisait, il y épanchait

son cœur. 11 y aiguisait son esprit pénétrant dans les discussions sincères que son ministre

ne craignait pas d'entamer sur les sujets les plus intimes, comme pour les plus graves

questions. 11 oubliait là, pendant quelques heures, les personnes et les choses irritantes

qui troublaient son repos, par sa faute peut-être, mais sans aucune pitié pour lui. — « Je

me trouve si bien céans, dit-il à Sully, en 1609, un jour qu'il était venu de Chantilly

le surprendre à l'Arsenal, que j'y veu^x encore souper et coucher, car je n'irai point

d'aujourd'hui au Louvre pour raisons que je vous dirai en sortant du jeu. Cependant

faites-moi préparer trois carrosses pour m'aller promener après vous avoir entretenu, et

qu'il ne vienne céans personne tant que j'y serai, sinon ceux que je manderai. » Tout

cela fut exécuté : Henri demeura encore le lendemain, si content, qu'il commanda au

grand-maître de lui faire préparer une salle, une chambre et un cabinet pour lui à

l'Arsenal, sans rien prendre sur le logement de Sully, voulant, disait-il, y venir dorénavant

loger deux ou trois jours chaque mois, sans faire apporter sa viande ni amener ses

officiers; et afin que cela ne se fît pas aux dépens de son ministre, il lui donnerait tous

les ans six mille écus pour y satisfaire. »

Sully n'épargnait rien pour rendre agréable au roi le séjour de l'Arsenal. Cet Etna, ces forges de Vulcain si magnifiquement décrites par les deux vers latins de Jean Passerat qu'on lisait sur la façade de l'Arsenal, et que Santeuil eût voulu avoir faits, « dût-il être pendu, » ce laboratoire de fonte, de poudre et de vastes desseins, se transformait parfois en un lieu de fêtes, de réjouissances, où tous les plaisirs venaient s'offrir avec magnificence aux hèles illustres de Sully. En cette année 1609, on y célébra « banquets, festins, courses de bague et en lice, danses, ballets, mascarades, desquelles le roi et la reine, comme aussi la cour, la ville et les particuliers disaient ne pas trouver de lieu où toutes ces galantises et passe-temps se fissent avec si grand plaisir, aise et commodité. En efï'et, Sully avait fait construire à l'Arsenal, par ordre du roi, une grande et magnifique salle en laquelle il y avait quantité de galeries servant d'échafauds, d'amphithéâtres avec gradins, d'escaliers, de portes y aboutissant, deux surtout, destinées spécialement aux femmes, sans qu'un seul homme eût le droit d'y passer. Sully savait mettre de l'ordre en toutes choses.

L'année 1610 commençait, les grands projets du roi couvaient sourdement; mais les moyens semblaient devoir manquer à l'exécution de telles entreprises. Il méditait d'entamer une guerre européenne dont le résultat fût d'abaisser à ce point la maison d'Autriche et la faction espagnole, que ces deux ennemies mortelles de la France fussent réduites à l'impuissance, quelque changement de personnes royales et de formes de gouvernement qui survinssent en l'État. Ces moyens d'action, le roi ne les découvrait pas, Sully les cherchait, et préparait, avec ses comptes, des mémoires sur la question. Pendant ce temps les forges et ateliers de l'Arsenal ne chômaient guère.

Le roi y vint en janvier, très soucieux et avide d'éclaircissements; il allait connaître la situation de ses affaires, et le silence de Sully, depuis quelques jours, ne lui donnait à penser rien de bon. Entré dans le cabinet du grand-maître il en ferma sur eux la porte, et lui demanda le compte définitif des ressources de son trésor, le total de l'argent comptant, s'il y en avait. Sully lui remit alors deux états, destinés, dit-il, à éclaircir une partie des doutes de S. M. et à lui donner satisfaction. C'était l'état des dépenses à faire pour l'expédition projetée, et l'état de l'argent comptant, ce dernier mémoire présentant le total de quarante-trois millions cent trente-huit mille quatre cent quatre-vingt-dix livres dix-neuf sous trois deniers, une somme énorme, presque fabuleuse en ce temps-là.

Henri surpris, incertain, relut à deux fois l'état, et chacun des articles; et convaincu, cette fois, de sa richesse, embrassa Sully à plusieurs reprises : « Voilà, dit-il en respirant à l'aise, deux états qui m'ont grandement soulagé l'esprit. Ma dépense est donc assurée. — Et ne croyez pas, sire, répondit le grand-maître, que ce soit là tout le fond de

ma science, car en cas d'extrême nécessité, je trouverai encore autant « pourvu que les deniers ne soient pas dispersés ; mais seulement employés à la guerre. »

Dès ce moment, les préparatifs de la campagne furent poussés à fond et toutes les mesures concertées dans un impénétrable secret. « On dit, rapporte le Journal du règne (fin février), qu'au printemps, le roi se mettra à la tête de ses troupes; mais on ne dit oi pour qui, ni contre qui. » Et pendant les trois premiers jours de mars, on conduisit sur les bords de la Marne cinquante canons sortis de l'Arsenal, aVec une quantité de poudres, boulets, chariots et autres engins de guerre, pour être rendus sur bateaux à Châlons.

Le roi avait pris toutes ses précautions. Il devait, en partant pour l'armée, laisser à Paris une régence, celle de la reine, que ses amis, aussi peu modestes que peu français, poussaient à exiger du roi son couronnement et son sacre, double cérémonie d'apparat et de grosse dépense, dont le grand-maître de l'Arsenal eût aimé à faire l'économie, en de pareilles circonstances, et que le roi lui-même n'approuvait pas; mais les aigreurs de la reine et de son entourage, leurs exigences presque menaçantes avaient déterminé le roi à céder.

En ces heures de découragement et de fatigue, Henri multipliait ses visites à l'Arsenal. Trouvait-il le ministre à l'élude ou en affaires, il se promenait, pour l'attendre, dans les beaux jardins nouvellement créés, ou allait s'asseoir sur le grand balcon d'où l'on voyait la Seine et une partie de Paris ; puis, lorsqu'ils s'étaient rejoints : « Hé, mon ami, disait-il, que ce sacre me déplaît ; je ne sais pas ce que c'est, mais le cœur me dit qu'il m'arrivera quelque malheur. »

Quelques jours après, tandis que les apprêts du couronnement se poursuivaient à la hâte, on vit le roi, encore à l'Arsenal, s'asseoir tout pensif sur une chaise basse que Sully avait fait faire exprès pour lui. Il rêvait, et battait des doigts fiévreusement sur l'étui de ses lunettes. Puis se relevant tout à coup : « Pour Dieu! disail-il à mots entrecoupés, je mourrai en cette ville ou n'en sortirai jamais; ils me tueront, je vois bien qu'ils n'ont d'autre remède en leurs dangers que ma mort. Maudit sacre, tu seras cause de ma mort ! » Et comme Sully inquiet lui reprochait de telles fantaisies et conseillait de rompre tout sacre, couronnement, et voyage et guerre. « Eh bien, oui, répondait le roi, rompez, rompez, que je n'en entende plus parler, car, à vous dire vrai, il m'a été prédit que je serai tué à la première magnificence que je ferai, et dans un carrosse. »

Voilà ce qui le rend si peureux. El le grand-maître, alors, frappé aussi d'une crainte superstitieuse, se souvenait d'avoir entendu quelquefois le roi crier dans un carrosse, lui, le cavalier sans peur, qui avait passé par les piques, les canons, les mousquets et les épées, et l'encouragoail d'aulanl plus à sortir de Paris et à n'y entrer de longtemps, à

remettre le sacre ou le laisser faire sans lui, à renvoyer de Notre-Dame et de Saint-Denis tous les ouvriers, ce à quoi le roi se décida : mais la reine en fut tellement offensée, irritée, il y eut dans le royal ménage tant de querelles et de brouille et de « grosses paroles », qu'après trois jours de ces combats on fît revenir les ouvriers à leurs travaux dont le roi s'occupa -pour faire plaisir à sa femme, car lui « n'y en prenait aucun » .

Le couronnement devait avoir lieu à Saint-Denis le jeudi 13, et le roi avait fixé au 17 son départ pour l'armée. La cérémonie s'accomplit en effet avec une magnificence et des splendeurs dont la plupart des histoires nous donnent les détails. Le soir, le roi et la reine rentrèrent de Saint-Denis à Paris par la porte Saint-Marlin et allèrent coucher au Louvre (le surplus des fêtes et réjouissances étant remis au dimanche suivant). Sully n'avait pas assisté au sacre, retenu chez lui par son indisposition ordinaire, une douleur intermittente du cou et de la gorge qu'il avait eus traversés autrefois d'une balle de pistolet, et cette infirmité ne lui était pas d'un mince secours lorsqu'il avait besoin d'un prétexte honnête pour garder la maison. Car, en ce cas, la gorge et le cou trouvaient toujours à leur service quelque bon abcès causé par un fragment de plomb ou de bourre resté dans les chairs. Le fragment n'avait pas manqué à son devoir, l'avant-veille du sacre, et le vendredi 14, jour tristement célèbre, Sully, au ma\in, prenaUun bain artificiel, lorsque le roi, désœuvré, l'envoya chercher des Tuileries pour qu'il vînt se promener et causer avec lui. Déjà Sully s'habillait, un second messager survint pour lui ordonner, de la part de Sa Majesté, de continuer son bain, de se bien soigner et d'attendre « en pantoufles et en bonnet de nuit » le roi qui viendrait à l'Arsenal le lendemain à cinq heures du matin.

Henri n'avait pas. attendu au lendemain pour rendre visite à son ami. Ce vendredi, vers quatre heures, il se fit conduire en carrosse à l'Arsenal; mais Ravaillac l'attendait à moitié chemin. Une heure après, ceux-là étaient rassurés en Europe et en France « qui n'avaient d'autre remède en leurs dangers que sa mort » .

Le souvenir du bon roi est encore vivant dans l'Arsenal après trois siècles ou peu s'en faut. Longtemps fut célèbre et fréquenté, ce balcon sur la rivière, où s'asseyaient Henri et son ministre, et où, selon le mot du roi, ils avaient accoutumé de n'être pas muets.

Celui qui écrit ces lignes a vu, dans sa jeunesse, chez le conservateur de la Bibliothèque de l'Arsenal, la chaise basse que Sully avait fait faire pour le roi, et dont nous avons parlé tout à l'heure. Peut-être y est-elle encore.

Sous Louis XIII, le grand Arsenal fonctionna, et l'on y continuait les traditions du règne précédent, car Louis Xlll et le Cardinal aimaient la guerre et ne négligeaient pas

les instruments qui la font réussir. Aussi, à Paris, commençait-on à se lasser de batailles, et un poète peu dithyrambique écrivait à Richelieu :

Quand sera-ce, grand Cardinal, Que la paix fera des marmites Avec le fer de l'Arsenal.

Louis XIV, qui perfectionna la guerre et la fit pendant soixante ans, qui quadrupla le nombre des régiments et des armées, ne pouvait se contenter de l'Arsenal d'Henri IV. Outre le danger qui, dans un établissement de ce genre, menaçait tout un quartier et la ville de Paris entière, son insuffisance le rendait inutile à une cité de luxe, de commerce et de paix. Louis transporta, selon le besoin, ses magasins vers les points menacés ; il rapprocha son matériel des ports et des frontières. Les fabriques de poudre et de munitions, les fonderies s'installèrent à proximité des villes fortifiées. L'Arsenal de Paris conserva bien ses fonderies, mais pour les consacrer aux arts de la paix. On y coula les statues et les ornements de bronze destinés à orner Versailles, Marly et les résidences royales.

L'Arsenal se divisait en Grand et Petit Arsenal : le Grand longeait la rivière sur toute l'étendue d'une promenade publique plantée d'arbres (le Mail), créée par Henri IV ; le Petit, dont l'entrée était rue de la Cerisaie, communiquait avec l'autre par les vastes jardins qu'un mur séparait dans leur longueur pour isoler au besoin l'une de l'autre ces deux résidences.

Louis XIV augmenta de quelques constructions nouvelles le vieil Arsenal devenu la demeure ordinaire des amiraux de France, et toute la partie des anciens bâtiments située au bord de la rivière fut remplacée par un bâtiment neuf d'un aménagement plus commode et d'une architecture moins simple. Plus tard, le duc du Maine, grand-maitre de l'artillerie, s'y installa ; la duchesse y fit des vers et des conspirations.

11 y avait, pour l'Arsenal, un bailliage seigneurial, juridiction spéciale qui connaissait des différends survenus entre officiers et ouvriers des fonderies, et dont la prétention, contestée par le Châtelet, était déjuger aussi les délits et crimes commis dans l'enceinte de l'Arsenal.

La bibliothèque de l'Arsenal, aujourd'hui l'une des plus riches de Paris et des mieux administrées, occupe quelques-uns des anciens bâtiments au midi. On y accède par la rue de Sully que croise le boulevard Henri IV. Ces deux noms se rencontrent encore à l'endroit où les deux grands hommes se sont tant de fois réunis.

En ce quartier de Saint-Paul ou de la Morlellerie on trouvait : 2 abreuvoirs pour les chevaux, au Port Saint-Paul, au bas de la rue Geoffroy- Lasnier; 1 Arsenal (Grand et Petit), maison royale, demeure des amiraux de France où ils tiennent leur juridiction les mercredis et samedis ; au quai des Célestins, bateaux de passage sur la Seine, et bateaux de blanchissage, au Mail, à l'île Louvier, à la descente du Pont-Marie, côté du quai des Ormes ; 1 boucherie : 6 étaux rue Saint-Paul ; 30 boutiques ou bateaux remplis de poisson d'eau douce, sur la rivière, Pont-Marie, quai Saint-Paul et des Ormes. Brigade des bateaux au Mail pour prendre garde aux fraudes qui peuvent arriver sur l'eau, au-dessus des murs de l'Arsenal. Bureaux du Port Saint-Paul pour recelte du droit des vins et eaux-de-vie, quai des Célestins. i carrefour : de Sens où aboutissent les rues de la Morlellerie, des Barrés, de l'Etoile, du Fauconnier, du Figuier ; 1 chantier : où se vendent toutes sortes de planches et débris de bateaux, quai des Ormes, place aux Veaux; 1 cloître : des Jésuites, parce qu'il conduit de la rue Saint-Paul à leur église ; 1 communauté : des Filles de la Charité, rue Saint- Paul ; 1 couvent : des Cordeliers dit l'Ave Maria, rue des Barrés; 6 hôtels considérables : de Fourcy, rue de Jouy, d'Aumont, id., de Lesdiguières, cul-de-sac de la Cerisaie, de Fieubet, quai des Célestins, de Sens où sont logés les carrosses de Lyon et autres, rue des Barrés, de la Vieuville,quai des Célestins ; 1 jardin public : de l'Arsenal, Grand Arsenal, bord de l'eau, 1 jeu du mail le long du Grand Arsenal et de l'île Louvier; 1 juridiction seigneuriale pour les poudres, salpêtre et artillerie, à l'Arsenal, les samedis; 3 marchés: aux veaux, quai des Ormes, pour les fruits qui viennent par eau, •devant le Mail et Arsenal, pour le poisson d'eau douce, Y oyez Bouliques ; 2 passages : i au cul-de-sac de la Cerisaie, qui traverse toutes les cours de l'Arsenal et se rend rue Saint-Antoine à côté de la Bastille, l'autre qui va de Saint- Paul, église, à la rue Saint-Paul; 2 places : aux Veaux, de MofGs devant le Pont-Marie; 1 prison : de Saint-Éloy, rue Saint-Paul; 2 ports: des Célestins où se déchargent le pavé et le charbon de terre, de Saint-Paul où se déchargent le vin, la chaux, le bois à brûler; i puits public, rue Saint-Anastase; 3 quais : des Célestins, de Saint-Paul, des Ormes; 664 maisons; 25 rues et 7 culs- de-sac ; 174 lanternes; voirie : hors la Porte Saint-Antoine.

PUuv'tt Xletcriptùm. du. (Quartier de S^jtvcryc UV4C J-AT AuééT etj'e^i^ùnUe^.

LirtUbe du Quartier- du Timftle ou du Meu^e/t

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Xlir^ OUARTIER. — DE SAINTE-AVOYE

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