‹ Paris sous Louis XIVChapitre 56 sur 88 · XV' QUARTIER. — DE SAINT-ANTOINE · texte numérisé non relu

XV' QUARTIER. — DE SAINT-ANTOINE

L'HOTEL DE SAL\T-PAUL primitivemest DE SICILE

L ne s'agit pas ici du célèbre hôfel de Charles V, dont la description eût mérité toute l'attention de nos lecteurs. Mais ce fameux rendez-vous de châteaux n'existait plus sous Louis XIV, et si nous en parlons plus loin, à diverses reprises, ce ne sera qu'indirectement et pour compléter certains récils historiques, par un dessin nécessaire des localités.

L'édifice auquel est consacrée la présente notice succéda, sur le même emplacement, à plusieurs hôtels bâtis ou rebâtis par différents propriétaires. H était situé rue du Roi-de-Sicile, laquelle rue commençait à la Vieille rue

du Temple pour aboutir à la rue des Ballets (supprimée aujourd'hui). Construit d'abord par le frère de saint Louis, comte d'Anjou, couronné roi de Sicile en 1266, — d'où la rue a pris le nom, — il passa ensuite au fils de ce prince, Charles le Boiteux, roi de Jérusalem, son successeur, et comme là résidèrent, plus tard, les comtes d'Alençon, issus de Charles de France, fils de Philippe le Hardi, comte d'Alençon et de Valois, l'hôtel s'appela d'Anjou, de Valois, ou d'Alençon. Mais sous Charles VI, ayant plu au roi à cause de sa situation, il lui fut cédé par Pierre, comte d'Alençon, suivant acte du 30 mars 1389. Voici à quel propos Charles VI acheta ce petit palais.

Épris de tournois, joutes et combats à outrance, qui se célébraient d'ordinaire place de la Culture-Sainte- Catherine, et se passionnant pour ces exercices chevaleresques, au point d'entrer en lice subitement quand la fantaisie lui en prenait, il regrettait que son palais à lui, l'Hôtel Saint-Paul de Charles V, fijt trop éloigné pour qu'il s'allât armer ou désarmer à son loisir; l'hôtel d'Alençon, au contraire, n'était séparé de la place que par le mur d'enceinte de la Ville, et le roi, en faisant pratiquer une porte dans cette muraille, pourrait entrer dans la lice ou en sortir en un moment, comme si la place de la CuUure- Sainte-Catherine eiit été une cour de son Hôtel. L'hôtel acquis, Charles VI fît ouvrir la porte (acte du 26 mai 1390).

Les archives ne font pas mention des actes en vertu desquels cet hôtel devint la propriété des rois de Navarre; le fait est certain, cependant; les rois de Navarre possédèrent cette maison qui porta leur nom durant près d'un siècle. Après eux elle appartint à Antoine de Roquelaure qui la revendit à François d'Orléans-Longueville, comte de Saint- Paul, duc de Fronsac : l'hôtel, entièrement reconstruit dans le style du xvi' siècle, prit dèsce moment le nom d'hôtel Saint-Paul, que personne n'eîjl osé lui donner si l'ancien, le premier Hôtel de Saint-Paul, celui de Charles V, maison royale, fiit resté debout; mais, nous l'avons dit, cette étrange magnificence du xiv' siècle avait cessé d'exister au début du xvf ; le temps de sa splendeur n'avait pas dépassé une période de cinquante ans.

L'Hôtel de Saint-Paul, de la rue du Roi-de-Sicile, passa, sous Louis XIII, au comte de Chavigny, son minisire et secrétaire d'État, dont une petite-fille épousa Henri de Caumont, duc de la Force. Le nom de la Force remplaça dès lors celui de Saint-Paul, et subsista malgré le partage de ce vaste hôtel, dont une moitié fut vendue à l'Intendant des Finances Poultier, l'autre moitié aux frères Paris, financiers et spéculateurs. Sous le nom de la Force, devenu prison, il acquit une nouvelle et sinistre célébrité.

Cette maison, dont l'entrée principale était rue du Roi-de-Sicile et rue des Ballets, s'étendait, par ses beaux jardins, jusqu'aux jardins de l'Hôtel d'Angoulême, lequel occupait tout l'espace compris entre les rues Cullure-Sainte-Catherine, des' Francs- Bourgeois et Pavée où s'ouvrait sa grande entrée. Et, tout autour, les jardins des Filles

HOTEL SlINT-rADL.

Bleues, de l'hôlel Carnavalet, el des Filles Sainte-Catherine, s'épanouissaient comme une campagne silencieuse et riante.

A tant de verdure, de fraîcheur cl d'air, à tant de ciel et de paix, succédèrent plus tard un entassement de cachots, un peuple de bourreaux et de victimes.

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