LES MINIMES
L'ordre des Minimes avait plusieurs établissements en France, l'un à Chaillot dans l'hôtel de Nigeon, donné par Anne de Rrelagne à ces religieux en mémoire de leur fondateur saint François de Paule, un autre fondé par Henri III dans le bois de Vincennes; un troisième enfin, qui ne fut qu'un essai, à Paris même, dans la chapelle Sainte-Suzanne, sur l'emplacement occupé depuis par l'église Saint-Roch.
Ange de Joyeuse légua, vers 1590, à ces religieux, son hôtel de la rue Saint-Honoré, pour qu'ils s'en fissent un couvent, — le projet n'eut pas de suite.
Mais, en 1609, un chanoine de Paris, nommé Olivier Chaillou, fils d'un secrétaire de la chambre du roi et descendant de François de Paule, entra dans l'ordre des Minimes et leur fit don de tous ses biens, ce qui permit à celte congrégation d'acheter une partie des anciens jardins du Palais des Tournelles. Henri IV approuva cette acquisition par lettres patentes, en janvier 1607, et les Minimes se hâtèrent d'élever- une petite chapelle
provisoire sur leur propriété. On y célébra la messe pour la première fois le 25 mare 1610, jour de l'Annonciation.
Après Henri IV, sa veuve, Marie de Médicis, pril ce couvent sous sa protection, fil rembourser aux Minimes le prix de leur acquisition, y ajoutant ses propres deniere, fui imitée dans ses largesses par un grand nombre de bienfaiteurs, et ces religieux, d'une bonne et sainte réputation, récompensés de leur simplicité, car ils s'étaient nommés « les plus humbles de tous », se trouvèrent en situation de bâtir un couvent et une église.
£ (1 1. 1 s K II E 9 M I M M P S .
La première pierre en fut posée, en 1011, au nom de Marie de Médicis. Mais c'était, en France, le moment du provisoire. La minorité de Louis XIII s'annonçait orageuse, vingt ans s'écoulèrent avant que l'on commençât le maître-autel, et quarante-neuf ans encore avant que l'église lût achevée. Le portail, d'un beau style et très réussi, fut le dernier ouvrage de Mansart ; il portait à son fronton un curieux bas-relief: Sixte IV entouré de cardinaux, donnant l'ordre à François de Paule, fondateur des Minimes, de se rendre auprès de Louis XI pour l'assister à sa mort.
On sait que Louis XI avait demandé avec instance l'intercession du saint homme,
s'était, à son arrivée, prosterné mourant devant lui, en le suppliant de prolonger sa vie, et que, dit Comines, saint François, s'il ne put faire vivre le roi, l'aida du moins à bien mourir.
L'église des Minimes et leur établissement tout entier répondaient au caractère éminemment noble et simple de l'Institution. Ils avaient pour règle la charité, pour devise l'humilité, leur premier nom avait été : Ermites de saint François. Charles VIII et Louis XII retinrent saint François en France : le premier de ces deux princes le consultait dans ses affaires les plus graves et le pria de tenir son fils sur les fonts de baptême. Anne de Bretagne, femme de Louis XII, fit don aux Minimes de leur premier établissement.
Cet ordre respectable, dont la règle était des plus austères, compta parmi ses adhérents un grand nombre de pieux docteurs, d'historiens, de savants illustres, des philosophes même, car l'esprit de ces religieux était tourné vers les spéculations les plus hautes et les plus libérales : Niceron, ami de Descartes, logicien; de Coste, écrivain délicat, auteur des Éloges des Dames illustres; un célèbre botaniste, Charles Plumier, et plus tard Vaucanson qui fut, dit-on, l'un de leurs disciples.
Leurs chapelles, recherchées après la mort, comme leur exemple avait servi pendant la vie, s'ouvrirent à beaucoup de personnages célèbres : Henri de Bourbon, prince de Condé, leur avait légué ses entrailles. La famille des Colbert Villacerf s'y était réservé une sépulture où l'on remarquait le médaillon d'Edouard Colbert, surintendant des bâtiments royaux, mort en 1699, marbre magnifique de Coustou l'aîné, l'un des meilleurs ouvrages de ce maître. Ce Colbert Villacerf était premier maîlre-d'hôtel de la reine Marie-Thérèse d'Autriche, et la charge resta dans la famille, car le fils de ce dernier,- Gilbert Colbert, capitaine de vaisseau, en 1692, devint aussi maîlre-d'hôtel de la duchesse de Bourgogne, dauphine, morte en 1712, et garda son emploi près de Marie Leczinska lorsqu'on fit la maison de cette reine.
Une autre chapelle appartenait aux ducs de La Viéville, d'autres à l'hôpital-Vitry, aux de Verthamont, une à la duchesse d'Angoulême et son mari Charles de Valois, duc d'Angoulême, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, conspirateur perpétuel sous tous les rois, qu'il exploitait tour à tour sans leur pardonner leur légitimité. Son dernier complot l'eût conduit à l'échafaud — car il avait été condamné à mort — sans la clémence d'Henri IV, qui voulut bien lui pardonner d'avoir, à l'instigation d'Henriette d'Entragues, duchesse de Verneuil, traité avec Philippe 111 d'Espagne, pour détrôner le roi régnant, et qui lui épargna le supplice des traîtres, uniquement en mémoire de Charles IX qui le lui avait recommandé à son lit de mort. Cet homme odieux vécut sous Charles IX, Henri III, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, ne mourut qu'en 1650, et cette goutte égarée de sang royal qu'il avait dans les veines lui sauva mille morts infamantes, qu'il
avait toutes méritées dans ses soixanle-dix-sept ans d'existence. — Marie Touchel, donl l'anagramme était : « Je charme tout », avait créé là deux vilains enfants. Son tombeau à elle-même se voyait aux Minimes avec cette inscription :
Gygist le corps de haute et puissante dame' madame Marie Touchel De Belleville
Au jour de son décès
Veuve de feu haut et puissant Seigneur
Messire François de Balzac
Sieur d'Kntragues
Laquelle décfida le 28 mars 16.38 Agée de 89 ans.
Entre autres célébrités inhumées dans cette église, on citait le docteur Launoy, le fameux dénicheur de saints dont nous avons parlé dans la notice de Saint-Eustache, Abel de Sainte-Marthe, etc.
Les registres de la sacristie des Minimes contenaient cette mention : que la reine Anne d'Autriche, affligée de sa longue stérilité, visitait presque tous les vendredis le couvent, pour y implorer l'intercession de saint François de Paule, et qu'enfin, après vingttrois ans de mariage, elle fut exaucée et accoucha de Louis XIV.
Le cloître des Minimes ne fut achevé complèlement qu'en 1683. Leur bibliothèque, de 20,000 volumes environ, était choisie et riche en manuscrits religieux. On accédait aux Minimes par les trois arcades du pavillon de la reine, Place Hoyale, et certains criliques regrettaient alors que ce pavillon et celui du roi qui se font face n'eussent pas été supprimés pour donner, ici, la perspective du portail des Minimes, là, le panorama des rues Royale et Saint-Antoine,