LES GOBELINS
Au bord de la petite rivière de Bièvre, il y avait, dès le xvi* siècle, toute une population de foulons, teinturiers et drapiers, fixés, disait-on, dans ces parages à cause de l'eau, dont les propriétés étaient merveilleuses pour le dégraissage et la teinture des étoffes de laine. Celle industrie prospérait depuis assez longtemps, mais dans les conditions modestes d'un commerce assez vulgaire, lorsqu'un de ces teinturiers, Gilles Cobelin, trouva ou exploita le secret de la belle écarlale, due à la cochenille nouvellement importée des Indes occidentales. Ce premier Gobelin venait, à ce que l'on prétend, de Reims, où il avait exercé son métier sans rencontrer l'éclatant succès qui l'attendait aux bords de la Bièvre. Il réussit donc au-delà de ses espérances, fonda un atelier important dans une belle maison à lui qui s'appela Folie-Gobelin; La richesse suivit la renommée, et les Gobelins, fils et petits-fils, laissèrent de grands biens à leurs descendants. Déjà leur nom était populaire, et le pays qu'ils avaient habité s'appela les
Gobelins.
Ils vendirent la manufacture à un industriel, du nom de Canayes, qui, outre la fabri-
cation de l'écarlate, entreprit la teinture des tapisseries de haute-lisse. Après ceux-ci, vint un hollandais, Glucq, secondé par un habile tisseur de tapisseries flamand, un véritable artiste, Jeans Leansen ; leurs produits, très recherchés du public, malgré la protection que le roi Henri IV avait accordée à ses fileurs de la Place Royale, faisaient une dangereuse concurrence à ceux-ci dont les travaux étaient d'un art inférieur. Tout au contraire, les tapisseries de Leansen attirèrent l'attention du roi Louis XIV, et Colbert, qui veillait avec un soin jaloux à maintenir la supériorité de l'industrie française, eut l'idée d'acquérir la manufacture des Gobelins, de l'élever au rang de maison royale, et de justifier cette faveur et cet honneur par la beauté des ouvrages qu'on y exécuterait, par le choix des sujets, la nouveauté des dessins et des modèles. Colbert fit donner la direction des Gobelins à Lebrun, premier peintre du roi. La maison, ainsi constituée, ne travaillerait plus pour le gain, mais pour l'honneur de la France et la gloire du roi. Ce vaste plan fut suivi, sans hésitation et sans délais. Le roi acheta (1662) tous les terrains et constructions qui forment encore aujourd'hui le domaine des Gobelins. On y bâtit des ateliers pour les peintres, dessinateurs, maîtres tapissiers de haute-lisse, graveurs, sculpteurs, lapidaires, orfèvres, fondeurs, menuisiers ébénistes, tous plutôt artistes qu'ouvriers. Ils eurent leur logement aux Gobelins, pour eux elleurs ménages. On entretint dans la maison, aux frais du roi, soixante enfants, apprentis, lesquels, après six ans d'apprentissage et quatre ans de service, pourraient lever et tenir librement boutiques des marchandises, arts et métiers auxquels ils auraient été instruits. On fit aux ouvriers étrangers les plus avantageuses conditions, et ce fut le même maître flamand, duquel avait été achetée la manufacture, qui exécuta, pour le roi, les premières splendides tapisseries sorties des métiers royaux. La famille de ce Jeans resta aux Gobelins après lui, et continua ses travaux et sa renommée. L'écarlate et le vernis des Gobelins jouissaient d'une réputation universelle, et toute l'Europe, émerveillée des chefs-d'œuvre de cette industrie, enviait les Gobelins à la France.
Cependant la haute prospérité du règne avait fléchi. Le tour était venu des disgrâces. On avait tant créé, tant dépensé qu'il fallait songer à économiser; de 1662 à 1694, les Gobelins avaient donné au royaume trente ans de gloire, mais rien que cela. La nécessité commandait partout des réformes : tout plie sous la nécessité. Les Gobelins durent perdre alors l'organisation artistique qui avait fait de la maison comme un sanctuaire des arts les plus élevés. On supprima les classes de sculpture, de dessin, de peinture, et l'on congédia les maîtres choisis qu'on avait appelés à grands frais de tous les coins du monde. L'Académie installée aux Gobelins fut fermée ; Colbert, ce grand esprit, passionné pour la gloire du pays et du règne, payait les voyages, les leçons, pensionnait les grands arlistes, les comblait de gratifications, lui le plus parci-
monieux des ministres; mais, en 1692, Colbert élail mort, el semblait avoir emporté avec lui la fortune de son maître.
Cependant, le mouvement imprimé par ces puissants génies ne s'arrêta pas tout à coup. Habitués aux chefs-d'œuvre de leurs pères, les fils conservèrent longtemps la tradition. Avec moins d'éclat, et presque sans subsides, les Gobelins n'ont perdu ni leur prestige ni la supériorité de la fabrication ; et les historiens du xvni' siècle nomment encore avec un certain orgueil les artistes et les artisans que l'antique renommée de la maison soutenait au milieu des épreuves, et qui se sont fait un nom après les maîtres du siècle de Louis XIV.
Ce quartier de la place Maubert, considérable et très populeux, renfermait encore : 1 abbaye et cour abbatiale de Saint-Victor, rue du Faubourg Saint-Victor ; 5 abreuvoirs: rue du Pavé de la place Maubert, rue de Seine, rue des Fossés Saint-Bernard, 2 en la rivière de Bièvre ou des Gobelins ; 1 barrière des Huissiers et sergents, place Maubert; 12 bateaux pour laver le linge ; bateaux pour la commodité du public, pour aller à Charenton el autres villages des environs de Paris, en montant la rivière, quai Saint-Bernard ; 1 bibliothèque de Saint-Victor : ouverte au public les lundis, mercredis et samedis, de 7 heures du matin à 1 1 heures, et l'après-dîner, de 2 à 5 heures ; s'il se trouve des fêtes dans ces jours, elle est ouverte le jour suivant ; 1 boîte publique pour mettre les lettres de la poste générale, place Maubert, au coin des rues Galande et des Trois-Portes ; 6 boucheries; 30 étaux : celle de Scipion ou Sainte-Marthe, privilégiée, rue de la Barre, faubourg Saint-Michel ; 5 bureaux, 4 barrières, 2 brigades, 3 laissez-passer, 1 roulette et 1 poste pour la recelte et siîreté des droits d'entrée ; 3 bureaux : de la Tournclle, de la porte Saint-Bernard, de la Halle aux vins ; garde à l'entrée el à la sortie de la Halle; 12 bureaux ou barrières, des chantiers, de Saint-Victor, du cloître Saint-Marcel, de la Reine-Blanche, de Loursine, du Champ de l'alouette, de Coupe-Barbe, des Gobelins ; 4 carrefours : de la Croix Clamart où aboutissent les rues du Fer, de la Muette el la grande rue du faubourg Saint-Victor, de la Pitié, où aboutissent les rues du faubourg Saint- Victor, Coupeau el de Sèvres ; de Sainl-IIippolyte où aboutissent les rues : Quirasis, des Trois-Couronnes, de Saint-Hippolyte, de l'église Saint -Hippolyle, faubourg Saint-Marcel ; de la place Maubert, où aboutissent les rues de la Montagne Sainte-Geneviève, des Noyers, de Bièvre, de Saint-Victor, du Pavé, place Maubert, où se font les |»ul)lications de paix ; Chantiers pour le bois à brûler, rue de Seine, tout le long du quai Saint-Bernard, rues des Fossés Saint-Bernard, et sur le bord de l'eau, derrière les maisons de la rue de la Tournelle ; 3 chapelles : de Sainte-Marthe ou Scipion, rue de la
Barre, faubourg Saint-Marcel ; du cimetière des morts, dépendant de i'Hôtel-Dieu, faubourg Saint-Marcel ; de Sainte-Valère, dépendant de l'Hôtel-Dieu, rue de l'Oursine ;
1 chapitre et église collégiale de Saint-Marcel, cloître Saint-Marcel ; 1 château : de la Tournelle, servant à y retenir les galériens^ attenant à la porte Saint-Bernard ; 4 cimetières hors de leurs églises : Saint-Nicolas du Chardonnet, rue d'Arras, de l'Hôtel-Dieu, de Sainl-Hippolyte, cloître Saint-Marcel; de la Pitié, rue Saint-Victor, vis-à-vis la fontaine ;
2 cloîtres : des Bernardins, rue des Bernardins de Saint-Marcel, qui a trois entrées, 2 rue du faubourg Saint-Marcel, 1 rue des Francs-Bourgeois; 1 clos-payen, pour blanchir le linge, rivière des Gobelins, par delà la maison Royale, chemin de Gentilly ; 8 collèges : d'Arras, de Boncouri, rue Bordet; des Ecossais, fossé Saint-Victor; de Laon, montagne Sainte-Geneviève ; de la Marche, id. ; de Saint-Michel ; du Cardinal Lemoine, rue Saint- Victor ; de Navarre, rue Montagne Sainte-Geneviève (il se fait en la plupart de ces collèges le service divin, et la messe s'y célèbre tous les jours) ; 3 communautés : des Nouveaux convertis ; de la Doctrine chrétienne ; des Prêtres infirmes ou François de Sales, place du Puits l'Hermile ; 7 communautés de filles : de la Croix (Sainte-Jeanne), rue d'Orléans, faubourg Saint-Marcel ; de Sainte-Geneviève ou Miramion, rue de la Tournelle ; de la Miséricorde, appelée les Cent Filles, rue Vieille-Saint-Jacques ; de Sainte-Valère, rue de l'Oursine ; des sœurs de la Charité, pour 3 paroisses : de Sainl- Médard, Saint-IIippolyte, Saint-Nicolas du Chardonnet ; 2 couvents : des Bernardins, même rue ; des Carmes, rue des Carmes ; 4 couvents ou congrégations de filles : des Anglaises, rue des Fossés Saint-Victor; des Filles Anglaises, champ de l'Alouette ; de la Congrégation de Notre-Dame des Cordelières, rue de l'Oursine ; 8 corps de gardesfrançaises : rue MoufFetard, deux : faubourg Saint-Marcel, rue de l'Oursine, deux; rue de la Clef, faubourg Saint-Victor, près la Pitié ; 2 cours : de Bavière, rue Bordet ; du Patriarche, rue MoufTetard ; 1 croix : de Clamart, au bout du faubourg Saint-Victor ; 9 égouts ; 3 fontaines publiques : Sainte-Geneviève, place Maubert, de Saint- Victor, coin de la rue de Sèvres ; les Gobelins, maison royale des manufactures du roi pour les tapisseries, peintures, sculptures et autres, où l'on teint aussi la belle écarlate, au bout du faubourg Saint-Marcel ; 4 hôpitaux : de la Miséricorde de Jésus, pour les pauvres femmes malades, rue MoufFetard ; de la Pitié, dépendant de l'Hôpital Général; du Refuge, id. ; de la Salpêtrière, place du Marché aux chevaux. Hôtels renommés : Jaune, rue de l'Oursine; de Némond, rue de la Tournelle; deScipion ou Sainte-Marthe, rue de la Barre, faubourg Saint-Marcel. Jardin Royal des plantes, où il y a chapelle, rue et faubourg Saint-Victor ; 3 marchés publics : aux chevaux, ânes et cochons, entre l'hôpital de la Salpêtrière et la rue Poulivaux; de la place Maubert, de Saint-Médard ; 5 paroisses: de Saint-Jean, du Cardinal Lemoine, de Saint-Hippolyle, de Saint-Martin (cloître Saint-
Marcel), dn Saint-Médard, rue MoufTelard ; de Saint-Nicolas du Chardonnel ; 6 place»: du Pelit-Champ, où aboutissent les rues Épée de Bois, du Noir, Gracieuse, faubourg Saint-Marcel ; de la Croix-Clamart ; du Marché aux chevaux ; de Saint-Hippolyle; de la place Maubert, où aboutissent les rues : du Pavé, des Lavandiers, Perdue, des Noyers, de Bièvre, Saint-Victor et Montagne Sainte-Geneviève ; du puits l'IIermite, où aboutissent les rues : du Battoir, Puits l'IIermite, de la Fontaine Française; 7 ponts sur la rivière de Bièvre ; 3 ports de la porte Saint-Bernard : du Mulet, quai de la Tournelle ; de la Tournelle; 2 portes ou arcs de triomphe : de Saint-Bernard entre les quais de la Tournelle et Saint-Bernard; fausse porte Saint-Marcel ; 5 puits publics; 2 quais: Saint-Bernard, de la Tournelle; 65 rues et culs-de-sac, dont plusieurs privilégiés pour les artisans; 1707 maisons; 300 lanternes; 3 séminaires: des Bons-Enfants, de Saint-Nicolas du Chardonnet; des 33 écoliers, dit Hôtel d'Albiac, rue de la Montagne Sainte-Geneviève ; 1 voirie aux environs du Marché aux chevaux et champ de l'Alouette.
Tlan dic Quartier f t iUS'' Baurift: