LE VAL-DE-GRACE
Il serait difficile d'écrire l'histoire du Val-de-Grâce, sans rencontrer, à chaque mol, sous la plume, le souvenir et le nom d'Anne d'Autriche dont cette église occupa la pensée pendant sa vie, et posséda le cœur après sa mort.
Ce fut d'abord, au x" siècle, une abbaye royale, un monastère de filles, située dans la vallée de la Rièvre à trois lieues de Paris et qui s'appelait le Val-profond. La reine Anne de Bretagne l'ayant prise sous sa protection, changea son nom en celui de Val-de- Gràce ; mais ces religieuses, contraintes par l'insalubrité du lieu et la dégradation des bâtiments à quitter le Val pour se loger dans Paris, achetèrent, au commencement du xvii" siècle, un vaste terrain au Faubourg Saint-Jacques et une maison occupée alors par des oratoriens et qu'on appelait le Petit Bourbon. Elles s'y établirent ; c'était le temps où Louis Xlll, devenu majeur, et secouant la tutelle funeste de Marie de Médicis, s'abandonnait à la tutelle non moins dangereuse de ses favoris, et sa jeune femme, la reine Anne d'Autriche retrouvait, à sa cour, des maîtres plus exigeants, plus fâcheux pour elle que n'avait été sa belle-mère. Car la vie d'Anne d'Autriche s'écoula dans une lutte continuelle qu'elle soutint avec courage, mais rarement victorieuse.
A peine le règne des Luynes finissait-il que celui de Richelieu commençait, et ce mailre-là fut plus cruel que les autres pour la reine. On sait les mauvais traitements que lui fit endurer, par ricochets, la jalousie de Richelieu dissimulée derrière celle du roi. Anne d'Autriche, espagnole, c'est-à-dire dévote, — elle ne fut pieuse que plus lard — avait déjà pensé, du temps des Luynes, à se réfugier dans les bras de la religion, et
certains auteurs affirment que les Bénédictines du Val-de-Grâce, lorsqu'elles vinrent à Paris et achetèrent les immeubles du faubourg Saint-Jacques désignés plus haut, n'étaient que les prêle-nom de la reine dont l'intention était de se ménager, pour les jours d'orage, une retraite honorable dans un couvent.
Cette opinion ne manque pas de justesse. On voit, dans sa longue carrière, Anne d'Autriche, poursuivre opiniâtrement en pensée le projet d'un asile inviolable où nulle disgrâce venant du roi, nul despotisme de ministre, nulle tempête enfin ne saurait l'atteindre. Admettons qu'elle ait été l'acquéreur secret de la maison des Bénédictines